Un trichoptère libre et sans attaches!

La semaine dernière, je vous parlais d’une petite chenille – la mite des vêtements porte-case – qui s’avère être une savante fabricante de fourreaux. Bien que quelques lépidoptères soient en mesure de construire des fourreaux à partir de fibres de tissu ou de matière végétale, ce sont généralement les trichoptères qui sont des maîtres dans l’art.

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Individu du genre Rhyacophila
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Même Rhyacophila, autre angle

J’avais déjà écrit au sujet de certaines larves de trichoptères qui construisent des fourreaux de formes multiples et à l’aide de matériaux divers (cette chronique). Bien que la quasi-totalité des familles de trichoptères comporte des larves qui fabriquent de petites maisons portables ou fixées à un substrat, une famille retrouvée sous nos latitudes défie cette règle. Il s’agit des Rhyacophilidae, qui vivent sans attaches. Leur nom anglais « Free-living caddisflies » reflète bien ce mode de vie.

Selon les ouvrages consultés, on retrouve les larves de ces trichoptères principalement dans de petits cours d’eau frais et bien oxygénés, quoique certaines espèces puissent être observées dans des milieux un peu plus chauds et ouverts. Pour ma part, j’en trouve régulièrement lorsque je m’amuse à examiner les roches de petits cours d’eau frais quand nous faisons de la randonnée en forêt. Par ailleurs, j’en avais récolté lors de mes études dans des rivières d’assez grande taille peu ou modérément affectées par les activités humaines. Bref, mes observations personnelles semblent assez bien correspondre à ce qui est véhiculé dans la littérature.

Habituellement, on retrouve les larves surtout sous les galets et les roches des sections des cours d’eau où le courant est plus rapide. Afin d’éviter de se faire emporter par le courant lorsqu’elles se déplacent, elles tissent un petit fil de soie auquel elles peuvent s’accrocher, telle une bouée. Les griffes aiguisées des fausses pattes situées tout au bout de leur abdomen les aident aussi à garder une bonne prise alors qu’elles se meuvent en quête de nourriture.

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Habitat typique dans lequel vous pouvez retrouver des Rhyacophilidae au Québec
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Pupe de Rhyacophila; la pupe est à gauche (on voit ses yeux) et les « restes » de la larve sont à l’extrême droite

La majorité des larves sont prédatrices et se nourrissent d’autres invertébrés, incluant larves de mouches noires et petits trichoptères. Elles ne font pas la fine bouche, pourvu que les proies soient d’une taille qu’elles sont capables de maîtriser. Même les œufs de poissons constituent une source intéressante de protéines. En revanche, quelques espèces préfèrent déchiqueter la matière végétale ou brouter les algues qui poussent sur le substrat rocheux.

Lorsque j’étais aux études, j’avais évalué la position trophique (ce qui signifie la position dans la chaîne alimentaire) de plusieurs invertébrés dans les rivières québécoises. Comme nous avions capturé un bon nombre de Rhyacophilidae (43 échantillons provenant de sites variés), nous avions calculé leur position dans les chaînes alimentaires. Il en ressortait que, en moyenne, les individus se retrouvaient effectivement à la position « carnivore », certains d’entre eux étant même des prédateurs de carnivores! Pas mal pour un organisme qui atteint à peine les 30 millimètres à maturité (généralement entre 11-23 mm pour le genre Rhyacophila)!

Bien que les larves ne vivent pas dans un abri, elles en construisent un lorsque vient le temps de se métamorphoser en pupe (stade de développement entre la larve et l’adulte). Les trichoptères optent pour ce que l’on appelle la métamorphose complète. À l’instar des papillons, ils doivent donc passer par un stade moins mobile, la pupe (que l’on appelle chrysalide chez le papillon), avant d’émerger en adulte ailé et terrestre. Ainsi, la larve formera un amas de petites pierres qu’elle agglutinera les unes aux autres. Au sein de cet amas, elle se tissera un cocon de soie rigide et de couleur brunâtre. Lorsque l’on brasse les roches sur lesquelles ces amas sont construits, on peut facilement déloger ces cocons, qui ressemblent à de petites capsules.

Ces cocons sont passablement translucides et l’on peut y voir la pupe qui se transforme progressivement. Fait intéressant, il est même possible de voir la pupe, d’un côté, et les restants de la « vieille peau » de la larve, de l’autre. Cela semble étrange pour nous, de voir un insecte se métamorphoser et se débarrasser des membres dont il ne se servira plus! Une fois à maturité, la pupe utilise ses mandibules pour se tailler une sortie hors de son cocon. Elle nage jusqu’à la surface où s’ensuit la transformation finale vers l’adulte.

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Comment identifier une larve de Rhyacophila
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Larve d’Hydropsychidae (genre Macrostemum), facile à distinguer du genre Rhyacophila

Les larves de Rhyacophilidae sont considérées comme étant sensibles à la pollution. Elles ont d’ailleurs une cote de tolérance de 0 sur 10, ce qui signifie qu’elles sont très sensibles (voir cette chronique où j’explique davantage comment ces cotes fonctionnent). Voshell (2002) suggère que ce serait notamment l’absence d’un fourreau ou d’un abri qui les rendrait plus vulnérables aux pressions environnementales. Compte tenu de cette sensibilité, mais aussi du fait qu’il s’agit de prédateurs, les Rhyacophilidae sont considérés comme un maillon important dans les chaînes alimentaires aquatiques et un indicateur de la santé du milieu.

Si vous avez envie d’examiner quelques roches à la recherche de larves de Rhyacophilidae, ces dernières sont faciles à identifier. À noter qu’au Québec, on ne retrouve que le genre Rhyacophila. Les larves de Rhyacophila sont souvent très vertes et d’une taille appréciable (plus de 1 cm). Contrairement aux larves d’Hydropsychidae, une autre famille de trichoptères très commune et souvent verdâtre, les larves de Rhyacophila ne possèdent pas de branchies sur leur abdomen. Les différents segments de leur abdomen sont aussi séparés par des sillons assez creux. Finalement, la larve ne possède pas de plaques thoraciques (près de la tête), mais est munie d’une plaque apparente sur le 9e segment de son abdomen, juste avant la dernière paire de pattes, qui sont des fausses pattes.

Si ces détails ne vous sont pas suffisants, je vous propose de m’inviter lors de votre prochaine excursion pour une séance d’identification! Sinon, bonne observation!

 

Pour en savoir plus

  • Anderson, C. et G. Cabana. 2007. Estimating the trophic position of aquatic consumers in river food webs using stable nitrogen isotopes. Journal of the North American Benthological Society 26(2): 273-285.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Bug Guide. Family Rhyacophilidae – Free-living caddisflies. http://bugguide.net/node/view/74941

Des tricoteuses miniatures!

Beau petit tricot tendance fait à la main en laine jaune, rouge et bleue. On se croirait dans un défilé de haute couture. Détrompez-vous! La fine tricoteuse qui a fabriqué ce joli pull n’est pas humaine… Il s’agit plutôt d’une petite chenille dont le nom fait frémir : la mite des vêtements porte-case (Tinea pellionella).

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Ce joli fourreau est une gracieuseté d’une mite des vêtements porte-case

C’est en décembre 2013 que nous avons découvert le pot aux roses. Il faut dire que nous soupçonnions déjà avoir affaire à un problème de mites des vêtements, mais ne trouvions aucune larve dans nos garde-robes.

Aux printemps 2011 et 2012, nous avions observé quelques très petits papillons (10 à 15 millimètres) brun-beige qui se promenaient dans la maison, sans plus. À l’été 2013, surprise, nous nous sommes retrouvés avec 5 à 7 papillons par jour pendant deux ou trois mois. Nous avons scruté tapis, dessous de meubles et autres recoins sans réussir à trouver la source. Or, en décembre 2013, je tombai sur une toute petite chenille enveloppée d’un fourreau laineux qui grimpait le long du mur de la salle de bain (voir la première vidéo à la fin de la chronique). En l’examinant sous le microscope je compris 1) qu’il s’agissait d’une mite des vêtements porte-case (on la nomme aussi « teigne ») et 2) que son joli fourreau arborait des couleurs que l’on retrouvait… dans les couvertes de notre lit! C’est à ce moment que nous eûmes l’idée de tirer le lit et d’examiner en dessous. Ouf! Quel spectacle nous eûmes, voyant tout un tas de petites chenilles entrelacées avec brindilles de tissus et de poussière!

Mite vêtements
Les teignes adultes sont toutes petites
T. pellionella
Première larve de teigne porte-case observée… avant de trouver le pot aux roses!

À partir de mon stéréomicroscope, je pris quelques vidéos des amas de fourreaux entremêlés, incluant les chenilles bien vivantes qui s’y cachaient. Vous pouvez les visionner à la toute fin de la présente chronique. J’en entends déjà certains d’entre vous dire « ouache »! Oui, ces belles petites bêtes étaient bien sous mon lit!

À partir de ce moment, nous avons commencé à trouver des larves de ces mites un peu partout au sol dans la chambre. Par chance, aucune ne semblait s’intéresser à nos vêtements, qu’ils soient suspendus ou dans des tiroirs.

Évidemment, bien que je n’aime pas maltraiter les insectes, nous avons dû prendre des mesures pour nous en débarrasser. Malheureusement, ces teignes peuvent avoir des impacts négatifs lorsqu’elles se faufilent dans nos demeures. Les larves peuvent ronger les vêtements et les tissus (couvertes, par exemple), de même que les tapis. Il s’agit d’une espèce nuisible.

Elles ne sont pas, non plus, appréciées des établissements muséologiques, car elles affectionnent tout ce qui contient de la kératine (poils, peaux, fourrures, plumes et cornes), ainsi que les tissus, tapisseries et tapis (attention objets et meubles anciens!).

Ces teignes font partie de la famille Tineidae, qui compte de nombreuses espèces dont les larves se nourrissent principalement de fongus, de lichens et de détritus. Outre la mite porte-case, deux autres espèces de teignes envahissent nos demeures : la teigne commune des vêtements et la teigne du tapis. Ce ne sont cependant que les larves de Tinea pellionella qui tissent de jolis petits fourreaux.

Bref, il me fut facile de confirmer à quoi nous faisions face. C’est un expert en extermination qui nous indiqua quoi faire pour nous débarrasser de ces insectes dont les populations étaient visiblement en train d’exploser dans notre demeure. La solution : un produit à vaporiser tout le long des murs et du lit et qui tue tout ce qui rampe. Malheureusement, ce produit n’était pas spécifique et je craignais bien que d’autres petites bêtes que j’aime et que je laisse promener dans ma maison – des poissons d’argent et des araignées – allaient aussi être affectées. Ce fut le cas, car je retrouverai beaucoup de poissons d’argent morts le long des murs de la chambre dans les jours qui suivirent. Toutefois, l’effet fut concluant pour les teignes également et nous permit de réduire les populations à un point tel que nous n’avons vu qu’un très faible nombre d’adultes (4 ou 5) se promener au printemps dernier.

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Mites des vêtements qui s’agitent sous la loupe de mon stéréomicroscope
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Deux autres larves que j’ai préservées dans l’alcool

Selon les conseils de l’expert en extermination, nous avions aussi suspendu un piège à phéromones destiné à attirer et capturer les mâles de sorte à éviter tout accouplement. Nous n’avons capturé aucun individu, mais compte tenu du très faible nombre d’adultes observés cette année, je ne saurais dire s’il s’agit d’un échec.

En plus de ces stratégies, nous nettoyons beaucoup plus souvent qu’avant le dessous du lit! Par ailleurs, nous nettoyons aussi plus fréquemment les couvertes, car j’avais lu que les larves de ces teignes ont un faible pour les vêtements un peu défraîchis (elles aiment l’odeur de sueur, à ce qu’il paraît!). Nous nous assurons aussi d’une certaine rotation des vêtements à laver – j’étais du genre à porter un chandail de laine plusieurs fois avant de le mettre au lavage (je n’aime pas gaspiller l’eau!). Il s’agit d’une seconde stratégie : en effet, si des œufs ou des larves de teignes se retrouvaient sur ces vêtements, ils seraient éliminés.

J’aimerais terminer par l’épineuse question : comment peut-on se retrouver avec des mites des vêtements dans notre maison? Bien que je ne saurai jamais exactement quelle est la source d’introduction, je soupçonne que les coussins de nos chaises de patio, qui passent l’été dans notre remise et que l’on entrepose dans la maison pour l’hiver, pourraient être un vecteur. Autrement, des vêtements, couvertes ou  matériaux de ce genre achetés dans des magasins pourraient, à l’occasion, contribuer à introduire des individus. À titre d’exemple, en allant acheter des articles de Noël à un Dollarama cette année, j’observai un tout petit papillon brun-beige de ce type qui passa à un mètre de moi. D’où venait-il? Y avait-il des larves cachées dans un objet quelque part? L’histoire ne le dira pas!

Pour conclure, si vous observez de petits papillons dans votre maison, il serait pertinent que vous tentiez de les identifier avant que les populations n’explosent. Il pourrait s’agir de teignes des vêtements, mais aussi d’autres microlépidoptères qui, pire encore, s’attaquent aux denrées alimentaires. Habituellement, les spécialistes en extermination pourront vous aider à l’identification des spécimens et aux solutions associées.

 

Vidéo 1. La toute première teigne aperçue, grimpant le long du mur de ma salle de bain.

 

 

Vidéo 2. Teignes porte-case qui s’agitent sous mon stéréomicroscope.

 

 

Vidéo 3. Deux autres teignes porte-case en mouvement.

 

 

 

Pour en savoir plus

Familiers Nymphalidés

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Amiral
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Belle dame, soumise lors du concours de photographie 2013 DocBébitte

Que vous soyez entomologiste amateur ou non, vous avez sans doute déjà passé quelques instants à contempler un joli papillon volant de fleur en fleur. Les papillons ont la cote auprès de tous et ce n’est pas pour rien : gracieux, colorés, souvent de bonne taille, ils sont faciles à admirer.

Il y a de bonnes chances que le papillon que vous contempliez fasse partie de la famille des Nymphalidés (Nymphalidae). Ce groupe est effectivement le plus nombreux en nombre d’espèces : 51 espèces au Québec selon Leboeuf et Le Tirant 2012. Dans le monde, ce sont environ 6 000 espèces qui sont retrouvées. Au Québec, cette famille comporte des individus de taille moyenne ou grande dont l’apparence est fort variée. Les couleurs sont souvent vives (le orange est courant), quoique certaines espèces revêtent également des robes plus sobres dans les teintes de brun (c’est le cas des Satyres). Le dos des ailes, quant à lui, est habituellement plus discret et permet aux papillons plus colorés de « disparaître » de la vue de potentiels prédateurs.

Vous vous demandez sans doute qui sont ces Nymphalidés? Certains d’entre eux sont très connus, car ils visitent nos plates-bandes sans gêne : Croissant nordique, Monarque, Amiral, Vulcain, Belle dame, Vice-roi et j’en passe! Saviez-vous que le fameux Morpho bleu – rendu célèbre par le film « Le Papillon bleu » résumant l’aventure qu’a vécue David Marenger avec Georges Brossard – fait partie de cette famille?

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Croissant nordique
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Une chrysalide de Nymphalidé, possiblement de Phyciodes sp. selon les bons conseils de collègues entomologistes
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Monarque, soumis lors du concours de photographie 2014 DocBébitte

Une façon simple de reconnaître un Nymphalidé, c’est d’examiner ses pattes antérieures. Cette première paire de pattes est atrophiée, faisant en sorte que ces papillons se déplacent sur quatre pattes! Or, si elles ne servent pas à se balader, à quoi peuvent-elles bien servir? Il semblerait que cette paire de pattes ait plutôt une fonction gustative afin de « tester » la nourriture potentielle! Goûter avec ses pieds… Particulier, n’est-ce pas?

Les chenilles sont variées. Plusieurs portent de petites épines sur le dos. Certaines sont plutôt lisses, alors que d’autres ressemblent à des fientes d’oiseaux, comme la chenille de l’Amiral, par exemple. Finalement, la chenille du Monarque arbore de belles rayures jaunes, blanches et noires. Difficile à manquer! Quant aux chrysalides, celles-ci présentent également des formes et des motifs variés.

L’été dernier, j’ai eu la chance de prendre une vidéo (et quelques photos, bien sûr!) d’une chrysalide qui appartiendrait à un individu de la famille des Nymphalidés. La bête en question avait décidé de procéder à sa métamorphose sur le rebord de ma piscine creusée, dont le niveau d’eau était alors abaissé (et oui, encore des réparations de piscine – voir cette chronique et vous comprendrez!). Étant donné que je ne suis pas encore habilitée à identifier des chrysalides, ce sont des collègues entomologistes qui m’ont proposé qu’il pourrait s’agir d’une chrysalide du genre Phyciodes (Croissants). Sur la photo, l’on est capable de voir les « restes » de la chenille qui, de toute évidence, portait de petits poils et épines. Aussi, le fait que mes plates-bandes sont envahies par des Croissants nordiques pendant l’été appuie largement l’hypothèse qu’il s’agissait d’un membre de ce groupe. À la fin de la présente chronique, vous pouvez visionner une petite vidéo où l’on voit la chrysalide « gigoter » lorsque je la touche. Fascinant!

Une fois sortis de leur chrysalide, les Nymphalidés ont habituellement une assez bonne longévité qui peut se compter en nombre de mois chez plusieurs espèces (neuf mois chez le Monarque!).

Vulcain
Vulcain
Satyre perlé
Satyre perlé qui est presque passé inaperçu!

Les stratégies utilisées pour survivre à l’hiver sont diverses. Certaines espèces, comme le Monarque, la Belle dame et le Vulcain, migrent vers le sud. D’autres passent l’hiver à l’état adulte, cachés dans les abris qu’ils peuvent trouver (ce qui inclut les cordes de bois et les cabanons, selon Dubuc 2007). C’est le cas du Morio, qui est l’un des premiers papillons que l’on peut apercevoir au printemps – aussi tôt qu’en avril, alors qu’il y a encore de la neige au sol! Enfin, plusieurs espèces traversent l’hiver sous forme de larves qui sont capables de geler, sans pour autant en souffrir. Chez les représentants de la sous-famille Satyrinae, les chenilles opteraient pour une stratégie visant à déshydrater leurs tissus corporels, puis geler complètement comme des cubes de glace!

En somme, cette famille nombreuse comporte des individus à l’apparence et au comportement variés, qu’ils soient au stade adulte ou à l’état larvaire. Si le sujet vous intéresse et que vous voulez en savoir plus sur les différentes sous-familles, j’ai mis la main sur un site Internet intéressant du Système canadien d’information sur la biodiversité. Il y a aussi, bien sûr, de très bons livres que vous pouvez vous procurer et qui sont cités ci-dessous! Bonne lecture!

 

Vidéo. Chrysalide de Nymphalidé qui bouge lorsque je la touche.

 

Pour en savoir plus

 

Un champion patineur!

Les insectes aquatiques ou semi-aquatiques sont généralement méconnus, si on les compare à d’autres compères plus populaires (papillons, par exemple). On ne peut pas dire que c’est le cas des gerridés, mieux connus sous le nom de patineurs ou d’araignées d’eau. Malgré cette dernière appellation, ces insectes sont loin d’être des araignées : il s’agit d’hémiptères (punaises et compagnie).

Les gerridés (famille Gerridae) sont bien adaptés à la vie en milieu aquatique. Leurs pattes, munies de poils hydrofuges, servent en quelque sorte de raquettes : elles leur permettent de « marcher » sur l’eau. Ainsi, en quelques mouvements de pattes, ils glissent aisément à la surface de l’eau, tels des patineurs.

Gerridae
Patineur dans mon étang à poisson

Comme patiner se fait plus facilement sur une surface lisse, il n’est pas surprenant de constater que ces insectes ont une préférence pour les eaux plus calmes : étangs, lacs, portions calmes de rivières… et piscines!

Seules les pattes du milieu et les pattes postérieures touchent l’eau et servent à la navigation. Les pattes antérieures, plus courtes, sont maintenues repliées, dans les airs. Cela donne l’impression que ces hémiptères n’ont que quatre pattes. Détrompez-vous! Ils en ont bien six!

Ces courtes pattes antérieures servent à saisir des proies. En effet, les patineurs sont des prédateurs qui percent les tissus de leurs proies avec leur rostre afin d’y aspirer les fluides. Leur menu est fort varié et comprend autant des proies aquatiques que terrestres, qu’elles soient mortes ou vives! Même un autre gerridé peut se retrouver au menu, ces derniers étant cannibales! C’est souvent en sentant les vibrations d’invertébrés à la surface de l’eau – par exemple, un invertébré terrestre tombé à l’eau et en détresse – qu’ils parviennent à trouver leur proie. Il semblerait qu’ils soient aussi dotés d’une bonne vue, utile pour détecter les proies. J’ajouterais à cet effet qu’ils nous voient venir de loin quand on cherche à les photographier : ils détalent rapidement!

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Patineur dans ma piscine au printemps, en train de déguster un repas (ver)

Bien qu’ils préfèrent sillonner la surface des milieux aquatiques, les gerridés sont capables de plonger sous l’eau. Ils sont munis d’écailles imperméables qui les protègent. De plus, les poils imperméables qui recouvrent leur corps capturent une fine couche d’air qui leur permet de respirer sous l’eau. Étonnamment, malgré tout cet arsenal les protégeant de l’eau, les gerridés préfèrent tout simplement se réfugier comme vous et moi lorsqu’il pleut. Ils se servent des feuilles des arbres en guise de parapluie!

Une particularité notable de cette famille est qu’elle contient des individus adaptés à la vie en milieu marin. Les océans sont considérés comme un désert que seules quelques espèces d’insectes ont pénétré. Selon Merritt et Cummins 1996, de toutes les espèces d’insectes vivantes, on ne retrouve que quelques espèces qui ont peuplé l’océan : elles appartiennent toutes à la famille Gerridae (genre Halobates). La vie en milieu marin n’est pas facile et ces gerridés doivent survivre à l’aide des quelques ressources alimentaires qu’ils peuvent trouver et percer de leur rostre : œufs de poissons, zooplancton et autres invertébrés incluant des gerridés. Ils sont aussi restreints à pondre leurs œufs sur les rares objets qui flottent, ce qui inclut, selon Marshall 2009, des oiseaux de mer vivants!

Le polymorphisme alaire (différentes tailles ou formes d’ailes) est fréquent chez les gerridés. On peut donc retrouver autant d’individus dotés d’ailes que d’individus aptères au sein d’une même espèce. Le fait de ne pas avoir d’ailes ou encore d’avoir de très petites ailes rend ces insectes moins lourds (avoir des ailes mouillées n’est pas toujours pratique, selon la littérature). En revanche, avoir de grandes ailes permet aux individus de quitter un point d’eau pour un autre, notamment si le premier s’assèche ou devient trop peuplé. Il s’agit en outre d’une bonne méthode pour coloniser rapidement un nouveau point d’eau (voir cette chronique)! C’est visiblement la stratégie adoptée par les spécimens qui visitent nos piscines.

Veliidae
Vélie capturée en rivière (noter ses fémurs plus courts)

Une autre famille d’hémiptères ressemble beaucoup aux gerridés : ce sont les vélies (Veliidae). Ces deux familles sont adaptées à la vie à la surface de l’eau et s’y déplacent de façon similaire; les Veliidae sont d’ailleurs appelés « patineurs à épaules larges » en anglais. Leur mode d’alimentation est également comparable. Toutefois, Voshell 2002 propose une méthode facile pour les distinguer : chez les gerridés, le fémur des pattes antérieures – soit la première portion bien visible de la patte – dépasse largement le bout de l’abdomen lorsque l’on étire la patte. Chez les vélies, le fémur est plus court et ne dépasse pas le bout de l’abdomen.

Finalement, bien que les vélies occupent globalement le même type d’habitat que les gerridés, le genre le plus commun en Amérique du Nord (Rhagovelia) a une préférence pour les eaux un peu moins calmes comme les remous de rivières et les ruisseaux. On peut fréquemment les observer dans ces habitats, formant des rassemblements de plusieurs dizaines d’individus. Bien que les gerridés soient décrits comme étant territoriaux, il est également fréquent de les retrouver en grands groupes, en particulier pour partager un repas de taille (voir cette photographie tirée de Wikipedia). Bref, l’on se retrouve parfois avec tellement de patineurs dans un même endroit que l’on se croirait aux Olympiques!

 

Pour en savoir plus

  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Bug Guide. Family Gerridae – Water Striders. http://bugguide.net/node/view/163
  • Wikipedia. Gerridae. http://en.wikipedia.org/wiki/Gerridae

Les longicornes : Pas sortis du bois!

Cyllène du robinier
Cyllène du robinier

Connaissez-vous les longicornes? Il s’agit de fort jolis coléoptères de la famille Cerambycidae qui sont dotés d’antennes particulièrement longues. Les tailles et les couleurs des membres de cette famille sont très variables, certains individus étant plutôt sombres, alors que d’autres arborent des teintes plus vives. Selon Marshall 2009, les longicornes sont particulièrement populaires auprès des collectionneurs d’insectes amateurs non seulement à cause de leur beauté, mais aussi parce qu’ils sont relativement faciles à identifier. Les combinaisons de couleurs et de formes feraient effectivement en sorte que les individus se distinguent assez aisément. C’est ce que j’ai constaté en tentant d’identifier les spécimens que j’avais photographiés.

Ce qui fait la réputation des longicornes, ce ne sont pas que les adultes : les larves font également couler de l’encre. De nombreuses espèces se nourrissent du bois des arbres, qu’ils soient malades ou en santé, et y creusent des galeries. Ainsi, certaines larves causent des dommages notables et ne sont pas appréciées des forestiers. C’est le cas d’une espèce introduite, le longicorne étoilé (ou capricorne asiatique), qui est considéré comme une peste. Il suscite beaucoup d’inquiétudes, car il aurait notamment le potentiel de détruire les érablières.

Lepture Thorax orangé
Lepture au thorax orangé
Longicorne noir
Longicorne noir qui s’est posé sur mon bras lors d’une randonnée en forêt

Fait intéressant, comme le bois n’est pas une source de nourriture très nutritive, les larves de certaines espèces de longicornes peuvent prendre plusieurs années à se développer (Marshall 2009 parle de dizaines d’années pour les grosses espèces croissant dans le bois mort). En revanche, les adultes vivent beaucoup moins longtemps – quelques semaines seulement.

Près de 350 espèces de cérambycidés ont été recensées dans l’est de l’Amérique du Nord. À l’échelle mondiale, ce sont plus de 20 000 espèces qui sont connues. Bien que les longicornes trouvés ailleurs dans le monde puissent parvenir à quelques 150 millimètres de long, les longicornes de l’est de l’Amérique du Nord atteignent également une taille appréciable allant jusqu’à 60 millimètres. Cela ajoute sans doute à leur popularité!

Le comportement alimentaire des adultes est varié. Leur menu inclut notamment du bois (branches et écorce), des feuilles, de la sève, des fruits, des champignons, du nectar et du pollen. Les individus qui visitent les fleurs sont souvent très colorés et vont même jusqu’à imiter l’apparence des guêpes. C’est le cas, par exemple, du Cyllène du robinier et du Clyte des champs. Il s’agit d’une forme de mimétisme visant à passer pour un individu potentiellement menaçant (ici une guêpe) afin de ne pas se faire attaquer par un prédateur (voir aussi cette chronique).

Clyte des champs
Clyte des champs
Saperde du peuplier
Saperde du peuplier, un longicorne attiré par les lumières le soir

On ne peut pas dire que les longicornes passent inaperçus, tant du point de vue visuel que du point de vue auditif. En effet, les larves et les adultes sont reconnus pour les sons qu’ils sont capables d’émettre. Certains cérambycidés, lorsque manipulés, peuvent produire un son visant sans doute à décontenancer le « manipulateur » (voir cette première vidéo ou cette seconde). De même,  certaines larves produisent un son particulier lorsqu’elles creusent le bois. On peut entendre le bruit que fait la larve du longicorne gris (Monochamus notatus) sur le CD « Les sons de nos forêts » (Centre de conservation de la faune ailée de Montréal 1991). Il s’agit d’une sorte de grincement qui peut être entendu dans un rayon d’une centaine de mètres.

Bien que certaines espèces de longicornes aient été introduites et qu’elles suscitent maintes inquiétudes, la disparition des espèces indigènes devrait être tout aussi préoccupante. Il faut dire que de nombreuses espèces de longicornes sont bénéfiques, car elles contribuent à décomposer le bois mort et les arbres mourants. Elles jouent par conséquent un rôle dans le recyclage de la matière organique, processus essentiel à la régénération des forêts. À cet effet, Marshall 2009 rapporte qu’une étude ontarienne récente a noté la disparition probable de 30 de ses 214 espèces de longicornes. Ces 30 espèces n’ont effectivement pas été capturées ou observées depuis 1950. La perte et la fragmentation d’habitats forestiers dues aux activités humaines sont pointées du doigt. En outre, les longicornes ne sont pas les seuls organismes affectés par le développement humain, puisqu’une panoplie d’autres animaux (oiseaux, reptiles et mammifères) qui se nourrissent eux-mêmes d’insectes et qui comptent sur les habitats forestiers pour s’abriter sont également menacés.

 

Pour en savoir plus