2020 est une année qui restera gravée dans la mémoire de bien des gens!
Plusieurs souhaitent tourner la page rapidement, alors que d’autres ont profité du temps épargné par le télétravail pour s’adonner encore plus à leurs passe-temps préférés… comme l’entomologie!
Où que vous soyez et peu importe ce que vous avez fait de 2020, je prends un petit moment pour vous souhaiter, chers lecteurs DocBébitte, collègues, parents et amis, de joyeuses fêtes avec votre petit cocon familial… ainsi qu’une nouvelle année remplie de santé, d’abord et avant tout!
Au plaisir de faire de nouvelles découvertes avec vous et de continuer à lire vos commentaires en 2021, que ce soit sur le présent blogue ou sur la page Facebook DocBébitte!
Il est fréquent que mes parents et amis me transmettent des photographies d’invertébrés à identifier.
Bien que je ne sois pas une entomologiste professionnelle, je m’amuse souvent à tenter d’identifier les individus croqués sur le vif. Cela me permet d’en apprendre davantage moi-même au sujet de groupes d’organismes que je n’ai pas encore rencontrés, puis de partager mes découvertes.
Il y a quelques jours, lorsque ma mère me transmit une photo d’une chenille qu’elle avait observée au début du mois de novembre, je sus immédiatement de quelle espèce il s’agissait.
C’était un joli arthropode coloré que je n’avais pas eu la chance d’observer moi-même jusqu’à maintenant: une chenille du sphinx du gaillet (Hyles gallii).
Chenille du sphinx du gaillet: la photo qui m’a inspiré la présente chronique!
D’assez grande taille, cette chenille peut atteindre 70 millimètres à maturité. Sa robe varie du beige au noir en passant par le vert. Elle est munie d’une corne rouge ou noire au bout de son abdomen, ce qui aide à l’identifier (la corne est une caractéristique propre à la famille des sphinx). Elle se reconnaît également par la présence de taches plus pâles sur ses segments abdominaux.
L’adulte quant à lui, constitue un fort joli papillon de taille moyenne (voir cette photo tirée de BugGuide).
Les plantes favorites de la chenille incluent des végétaux de la famille des onagracées, tels les épilobes, et des rubiacées, dont les gaillets, d’où le sphinx tire son nom. Selon Wagner 2005, les chenilles matures font toutefois moins la fine bouche et peuvent se délecter d’autres types de plantes.
Les habitats privilégiés par cette espèce comprennent les milieux ouverts ou semi-ouverts tels que les champs, les prés abandonnés, les friches, les milieux humides ou les tourbières.
Selon Handfield 2011, les plantes hôtes de cette espèce sont communes et répandues sur le territoire du Québec, faisant en sorte que les adultes sont sans doute plus communs que ce que laissent paraître les données. En effet, ce dernier indiquait que les adultes étaient plutôt occasionnellement rencontrés au Québec, affirmation appuyée par Beadle et Leckie en 2012 concernant leur situation en Amérique du Nord. Cependant, Normandin mentionne dans son ouvrage publié en 2020 que cette espèce est commune; il faut croire que l’avancement de la science a permis de cumuler davantage d’informations, au courant des dernières années, sur la présence de cette espèce au Québec.
La période de vol des adultes s’étale de la fin du mois de mai à la première semaine d’août. Pour ce qui concerne les chenilles, on peut les voir se déplacer de la mi-août à la fin du mois d’octobre, période à la fin de laquelle elles se chercheront un refuge pour passer l’hiver. Pour ce faire, elles s’enfouiront dans le sol meuble, y effectueront leur métamorphose et traverseront les rigueurs de l’hiver sous forme de chrysalide.
La chenille que ma mère a photographiée au début du mois de novembre devait en être à ses derniers déplacements avant l’hiver.
Espérons qu’elle se soit trouvé un refuge et qu’on puisse l’observer sous forme adulte au printemps venu!
Pour en savoir plus
Beadle, D. et S. Leckie. 2012. Peterson field guide to moths of Northeastern North America. 611 p.
Pourquoi ne pas tourner la page sur cette année, que certains voudront voir disparaître rapidement, en commençant 2021 avec le seul et unique calendrier DocBébitte?
Comme vous le savez, DocBébitte est un blogue que j’alimente dans mes loisirs et je n’en retire aucun bénéfice autre que vos généreux commentaires qui me font progresser dans mes réflexions et mes connaissances!
Loin de moi est donc l’idée de commercialiser des calendriers et c’est pourquoi, comme chaque année, je souhaitais offrir un calendrier inédit DocBébitte à un lecteur chanceux qui sera choisi par le hasard!
Voici comment participer :
Vous devez posséder une adresse postale au Québec, où je pourrai vous envoyer ledit calendrier*;
Pour vous inscrire, écrivez-moi à DocBebitte@Outlook.fr en indiquant que vous souhaitez participer au tirage du calendrier 2021;
Vous inscrire avant le vendredi 18 décembre 2020 à 23h59.
Le tirage (un seul calendrier est à tirer) aura lieu dans les jours qui suivront! D’ici là, bonne chance et je vous souhaite du courage pour terminer cette année 2020 pas comme les autres (on l’espère)!
Caroline, alias DocBébitte
*SVP noter que je me dégage de toute responsabilité liée à un bris lors du transport par Postes Canada. Merci pour votre compréhension.
En début de semaine dernière, j’ai publié une capsule vidéo vous offrant quelques suggestions de livres entomologiques à donner en cadeau.
La voici :
À la fin de la capsule, je vous propose de jeter un coup d’œil à des chroniques DocBébitte antérieures, lesquelles parlent de plusieurs autres livres que vous pourriez offrir à votre entomologiste préféré… Ou à vous-même!
Ces chroniques sont nombreuses et sont accessibles en suivant les hyperliens associés :
Sur leur perchoir, bien visibles, elles se laissent regarder (et photographier) à souhait!
Certaines sont sobres, d’autres, plus flamboyantes.
C’est le cas de notre insecte-vedette de la semaine : la célithème indienne (Celithemis elisa).
Plutôt petite, la célithème indienne!
Bien que plutôt petite – elle fait entre 29 et 34 mm –, cette libellule ne passe pas inaperçue! Ses ailes sont joliment colorées, de même que les segments de son abdomen. En amorçant mes lectures sur le sujet, j’avais entrepris de vous écrire que le mâle se distingue aisément de la femelle. En effet, plusieurs sources indiquent que le visage du mâle est rouge, de même que les marques de son thorax, de son abdomen et de l’extrémité de ses ailes. En revanche, elles mentionnent que toutes ces marques sont généralement jaunes ou brunâtres chez la femelle (cette photo de BugGuide).
Mâle vu de face. Notez le visage rouge.
Cependant, j’ai noté qu’une des sources consultées spécifiait que les mâles immatures présenteraient des traits et couleurs similaires aux femelles. Pis encore, je me suis rendu compte que les femelles peuvent arborer des taches rouges au bout des ailes. C’est le cas de la femelle que j’ai pris en photo, ce qui me fit vérifier par deux fois si je ne faisais pas plutôt face à un mâle immature! Et, si je puis en ajouter, en vérifiant les photographies disponibles sur BugGuide, j’ai réalisé que les mâles d’apparence plus mature (portant beaucoup de rouge) peuvent également avoir le bout des ailes jaunes.
Femelle vue de face. Notez le visage brun-jaune.
Quel méli-mélo!
Pour s’en sortir, il faut jeter un coup d’œil au bout de l’abdomen des individus. Ce dernier diffère entre les mâles et les femelles : les mâles portent des appendices plus développés. Cela peut servir de repère en cas de doute. Vous en serez avertis!
Appendices au bout de l’abdomen du mâle (gauche) et de la femelle (droite)
Outre cette confusion entre les genres, une autre célithème rencontrée au Québec peut être confondue avec la célithème indienne si l’on regarde trop vite. Il s’agit de la célithème géante (Celithemis eponina), retrouvée tout au sud de la province (voir cette photo soumise par une lectrice lors d’un précédent concours de photo).
Toutefois, la célithème géante possède des ailes nettement plus jaunâtres que celles de la célithème indienne, qui sont transparentes (hormis les tâches qu’elles arborent). Les ailes de la célithème géantes sont également flanquées de bandes brunes qui traversent complètement l’aile, ce qu’on ne remarque pas chez la célithème indienne.
Selon Paulson (2011), l’aire de distribution de la célithème indienne se limiterait à l’extrême sud du Québec. Les renseignements consignés dans l’atlas préliminaire des libellules du Québec (Savard 2011) font part, quant à eux, de mentions allant jusqu’à la hauteur de Trois-Rivières. Cela correspond aux latitudes de mes propres observations qui se situaient sur le territoire de la Station de Biologie des Laurentides, à Saint-Hippolyte, ainsi qu’aux environs du lac des Plages à Lac-des-Plages.
Mâle, vue dorsale
Notre jolie libellule affectionne les herbes et la végétation arbustive de faible hauteur retrouvées aux abords des plans d’eau. Les mâles choisissent un perchoir légèrement plus haut de sorte à surveiller le passage des femelles. Ils s’affairent aussi à survoler sporadiquement leur territoire, incluant les milieux aquatiques adjacents, tantôt pour se nourrir, tantôt pour accueillir une potentielle partenaire.
Quand un mâle trouve sa douce moitié, la copulation se produit en tandem, pendant environ cinq minutes. Le couple demeure en formation pendant la déposition des œufs qui s’ensuit; il arrive plus rarement que la femelle termine ce travail seule. Quelque 700 à 800 œufs sont déposés aux abords d’étangs ou de lacs bordés de végétation aquatique. L’espèce se rencontre aussi le long de rivières à courant lent.
Vue dorsale de la femelle
Les naïades évoluent en milieu aquatique. Elles se retrouveraient en particulier accrochées aux plantes aquatiques vasculaires, où elles attendent le passage d’une proie à croquer. Fidèles à l’ordre des Odonates (libellules et demoiselles), elles constituent de voraces prédateurs et se délectent d’invertébrés aquatiques, de têtards et de petits poissons.
Au Québec, l’émergence de la célithème indienne se produirait vers le mois de juin. Cela nous permettrait d’observer cette flamboyante libellule tout l’été, soit de juin à août!