Du bacon pour Monsieur dermeste!

Dermeste du lard 1
Dermeste du lard retrouvé dans un chalet cet hiver (vue dorsale)
Dermeste du lard 4
Même dermeste sous le stéréomicroscope

En mars dernier, j’ai eu le plaisir d’aller passer une fin de semaine avec ma belle-famille dans un sympathique chalet autour duquel on pouvait pratiquer de multiples activités hivernales. Je vous fais trêve d’histoires familiales et je me rends directement au point qui vous intéresse : lorsque vint le temps de quitter, je me chargeai de passer le balai dans le chalet, ce qui incluait le sous-sol où mon conjoint et moi étions installés pour le séjour. Je trouvai plusieurs spécimens du même insecte que je ne connaissais pas. C’était de toute évidence un coléoptère, mais je n’étais pas outillée pour l’identifier dans l’immédiat.

Je préservai donc deux individus que je ramenai dans un pilulier (oui, j’en ai toujours à portée de main!) aux fins d’identification. Ce n’est qu’une fois rendue à la maison que j’eus la surprise de découvrir qu’il s’agissait de dermestes du lard (Dermestes lardarius)… une espèce envahissante considérée comme une peste! Nous ne semblions pas en avoir ramené avec nous à la maison, fort heureusement!

Le dermeste du lard se distingue des autres dermestes par les motifs présents sur ses élytres. En effet, les élytres foncés sont flanqués d’une bande beige-orangé qui est ponctuée de six points plus sombres (trois par élytre). C’est cette partie du corps de l’insecte qui était visible sur la photo de la devinette de la semaine dernière.

Un des deux spécimens collectés était moribond et bougeait encore légèrement lorsque je le pris dans mes mains. Je pus filmer une vidéo de ce dernier qui est incluse dans la présente chronique. Les deux autres spécimens observés étaient, quant à eux, morts. Je me demandai par la suite si ceux-ci avaient été empoisonnés. Il faut dire que, pour des gens qui louent un chalet, ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle de voir celui-ci envahi par des dermestes.

Dermeste du lard 2
On peut voir les antennes en forme de massue
Dermeste du lard 3
Le dermeste en question dans ma main, pour une idée de sa taille

Je me demandai aussi pourquoi ces derniers s’étaient retrouvés dans cette demeure en particulier. C’est en fouillant dans mes livres et sur Internet que je pus lire que les dermestes sont attirés par différentes denrées, habituellement riches en protéines : les viandes (d’où il tire vraisemblablement son nom « dermeste du lard »!), la nourriture pour chiens et chats, les fourrures, les plumes et les insectes morts. Étant donné que nous avions observé pendant notre séjour qu’il y avait beaucoup de mouches mortes sur le rebord élevé d’une fenêtre inatteignable (donc où le ménage ne se fait pas régulièrement), je présumai que j’avais trouvé la source de nourriture qui attirait nos coléoptères.

Selon la documentation consultée, c’est tôt au printemps que les dermestes pénètrent dans les demeures, attirés par les insectes morts ou l’odeur d’autres denrées. Une fois à l’intérieur, ils en profitent pour pondre leurs œufs, dont les larves se nourriront ensuite desdites denrées.

Les larves sont susceptibles de causer des dommages importants, outre le fait qu’elles se nourrissent de certains de nos aliments. Selon le PennState College of Agricultural Sciences, des tests effectués en laboratoire ont permis de conclure que les larves étaient en mesure de percer non seulement le bois, mais aussi le fer aisément afin de se procurer une place confortable pour leur pupaison!

J’avais déjà observé des larves de dermestes chez moi, mais il ne s’agissait pas du dermeste du lard (les adultes aperçus étaient plus petits et ne possédaient pas les motifs caractéristiques de D. lardarius). Les larves de dermestes ressemblent à de petites chenilles compactes et très poilues. Elles sont de couleur brunâtre. J’en avais observé une sous mon microscope que je pus également filmer (voir les vidéos ci-dessous). Ce qu’il faut dire, c’est que ces larves ne sont pas particulièrement appréciées des muséologues ou des entomologistes, car elles sont susceptibles de détruire des insectes ou des animaux naturalisés. Dans mon cas, j’en vois à l’occasion dans la maison, mais je n’ai jamais noté aucun dommage, ni sur ma collection d’insectes ni ailleurs. Leur nombre est sans doute insuffisant pour poser une menace quelconque.

Dermestidae Larve
Larve de dermeste (espèce non identifiée)

Comme je bâtis moi-même ma collection d’insectes à partir d’organismes retrouvés morts, il m’est déjà arrivée de voir sortir une larve de dermeste d’un individu que je venais de recueillir. Il me faut user de précaution pour ne pas contaminer le reste de ma collection; les invertébrés récoltés prennent donc immédiatement le chemin du congélateur. D’ailleurs, en cas d’invasion de dermestes du lard, le PennState College of Agricultural Sciences conseille de mettre les produits « contaminés » au chaud (140° pendant 30 minutes) ou au froid (0° pendant 3 à 4 jours). Cela a pour effet de tuer les insectes indésirables qui y sont associés.

En outre, si vous observez de toutes petites chenilles poilues et brunes, ou encore de plus gros coléoptères noirs et beiges/oranges dans votre demeure, il pourrait être utile de les identifier afin de vous assurer que vous n’êtes pas aux prises avec une espèce de dermeste pouvant causer des dommages. Cela dit, il semble que ce ne soient pas toutes les espèces de dermestes qui sont problématiques, puisque bon nombre d’entre eux vivent en notre compagnie sans se faire voir!

 

Vidéo 1. Dermeste du lard moribond observé dans un chalet.


Vidéo 2. Larve de dermeste vue sous le microscope.

Vidéo 3. Même larve de dermeste.

Pour en savoir plus

Dans l’œil de mon microscope : le léopard

Lors de la prochaine chronique, je vous relaterai une récente rencontre avec quelques individus d’une espèce intrigante. Vue de près au stéréomicroscope, elle fait penser à un léopard avec ses taches noires « poilues » sur fond orangé.

De quelle espèce d’insecte s’agit-il?

Vous pouvez répondre à cette devinette en vous joignant à la Page Facebook DocBébitte ou encore en inscrivant votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. L’invertébré-mystère vous sera dévoilé lors de la prochaine publication DocBébitte!

Devinette 2016-04-28
Taches noires sur fond orangé. C’est un insecte, pas un léopard!

Deuxième Festival des insectes de Québec – Bon en bibitte!

Festival insectes 1
Victor l’Insecteur émerveille petits et grands avec ses histoires et ses costumes – ici en reine des abeilles!
Festival insectes 2
Produits disponibles au kiosque de dégustation
Festival insectes 3
Cake pop (gauche) et truffe (droite) contenant des insectes étaient au menu!

L’an dernier, j’avais décidé de vous faire part de mon expérience au Festival des insectes de Québec qui se déroulait à l’Aquarium du Québec (cette chronique). Cette année, je récidive ayant assisté à la seconde édition de cet évènement qui, je l’espère, n’en est pas à sa dernière!

Comme en 2015, de multiples activités étaient offertes : conférences, épinglage d’insectes, observation de spécimens naturalisés ou vivants, achat de produits entomologiques (jouets, invertébrés naturalisés, miel, etc.), dégustation d’insectes et manipulation de spécimens vivants.

En matière de conférences, nous avons été choyés par des présentateurs offrant des exposés diversifiés : récits de voyages entomologiques, état de situation sur des espèces d’insectes ravageurs, vidéo mettant en vedette entomologistes professionnels ou en herbe… le tout couronné d’animations éducatives réalisées par Victor l’Insecteur. Toujours aussi hilarantes, d’ailleurs!

Au kiosque de dégustation, la palette de produits disponibles était plus variée que l’année dernière. Aux grillons et larves de ténébrion séchés s’ajoutaient notamment la salsa aux sauterelles, les truffes au chocolat et aux œufs de punaise géante, ainsi que les cake pops aux grillons. J’ai personnellement goûté aux deux derniers items et je dois dire que la truffe a particulièrement retenue mon attention : elle était dé-li-cieuse! Et, non, je n’ai pas peur que de petites punaises d’eau « poussent » dans mon estomac!

Autre point fort du festival, du moins à mon avis : la manipulation d’invertébrés! Quelle belle façon de permettre aux petits et grands de voir de très près des invertébrés vivants! J’eus également la chance, dans le cadre de bénévolat effectué le dimanche, d’être associée à deux kiosques de manipulation d’invertébrés. Je pus ainsi manipuler moi-même plusieurs individus, dont des mygales, scorpions, mantes, chenilles, ténébrions (adultes et larves) et bernard-l’hermite. J’appris à mes dépens que quand un bernard-l’hermite pince, il ne lâche pas prise de sitôt! Je dus patienter une bonne minute – qui me sembla somme toute assez longue – avant que Monsieur décide de lâcher prise. Pas tout à fait les écrevisses de rivière auxquelles je suis plus habituée!

Festival insectes 4
La manipulation d’invertébrés constituait une activité très populaire
Festival insectes 5
Ludovic Leclerc (bénévole au festival) aidait les participants à épingler leurs insectes

Fait intéressant, je me fis mordre ou pincer par des chenilles, une larve de ténébrion et un bernard-l’hermite. Or, aucun des invertébrés habituellement « craints » des gens (mygales et scorpions) ne montra de signes d’agressivité. D’ailleurs, j’eus un coup de cœur pour les sympathiques mygales manipulées, qui se montrèrent toutes très douces. Elles avaient visiblement l’habitude de se faire manipuler et déambulaient délicatement sur mes mains et bras.

Une volière à papillons constituait également un des attraits du festival. Quelques espèces de saturnidés s’y laissaient observer. Immédiatement à côté de la volière se trouvait la « salle » d’épinglage où l’on pouvait voir des bénévoles aider des participants à faire le montage de leurs insectes séchés nouvellement acquis.

En outre, l’évènement fut fort plaisant tant du point de vue des visiteurs (ce que je fis le samedi) qu’en tant que bénévole (le dimanche). Je vous recommande chaudement l’expérience… Ne reste qu’à attendre le retour de cette activité l’an prochain!

Je termine le tout en vous offrant quelques photographies supplémentaires prises lors de l’évènement. Bon visionnement!

 

Galerie photos

 

Festival insectes 6
Manipulation d’invertébrés avec Simon Landry, bénévole
Festival insectes 7
Autre vue sur le kiosque de manipulation
Festival insectes 8
Auriez-vous manipulé ces larves de ténébrion?
Festival insectes 9
Plusieurs spécimens vivants étaient sur place, dont cette jolie araignée bleue (Chromatopelma cyaneopubescens)
Festival insectes 10
On pouvait observer et manipuler des saturnidés dans la volière
Festival insectes 11
Jean-Michel Béland nous a entretenus sur les ravageurs forestiers
Festival insectes 12
Yves Dubuc nous fit le récit d’un récent voyage entomologique
Festival insectes 13
Martin Breton nous fit découvrir le monde des insectes ravageurs
Festival insectes 14
Ludovic Leclerc nous présenta une vidéo qu’il a lui-même réalisée
Festival insectes 15
Pierre-Olivier Ouellet termina le tout avec des péripéties vécues lors d’expéditions en Amérique Latine

Escale nature dans le Sud-ouest américain – Partie 2

La semaine dernière, je vous parlais d’une première partie de voyage dans le Sud-ouest américain dans le cadre duquel j’avais eu la chance d’observer quelques insectes.

Coquerelle Nevada
Coquerelle mal en point retrouvée sur le sol
Coquerelle Disneyland
Cette photographie médiocre est simplement pour témoigner de mon observation d’une coquerelle à Disneyland

Je commence par une petite rectification : on m’a informée que le criquet que j’avais observé était vraisemblablement un individu du genre Anconia (possiblement même A. integra, mais à confirmer) plutôt que T. pallidipennis. Bien que les motifs et la coloration soient similaires, ce sont les yeux et la forme de la tête entre ces deux individus qui présentent quelques différences. Les yeux du genre Anconia sont de plus grande taille, alors que la tête de T. pallidipennis est plus large et ne présente pas, ou peu, de déclivité (merci à Jean-Philippe pour ces précisions!).

Refermons cette petite parenthèse et poursuivons notre périple!

La seconde partie de notre voyage s’est effectuée en milieu plus urbain. En fait, nous avons passé du temps en banlieue de Las Vegas, ainsi qu’en Californie, à Disneyland. Nous n’étions pas en pleine nature, visiblement. Cela ne m’a pas empêchée d’observer quelques invertébrés dont un groupe en particulier qu’il m’était surprenant de voir ainsi aussi facilement en plein air : des coquerelles! De très grosses coquerelles.

Ma première rencontre fut à un endroit inattendu. Près d’un manège à Disneyland alors que nous n’étions pas encore aux heures de pointe, j’entendis un de mes neveux s’exclamer et m’appeler immédiatement pour venir voir ce qu’il avait trouvé. Il s’agissait d’une grosse coquerelle qui déambulait sur le bord d’une clôture dans un secteur muni de jeux divers. Je dois avouer que je ne m’y attendais pas! La photo que je pris avec mon iPhone n’est vraiment pas terrible, mais je vous la présente tout de même. La coquerelle faisait au moins 3 centimètres de long! Moi qui croyais que ces bêtes se cachaient dans des petits recoins reculés pour ne sortir que la nuit! Je ne pensais pas voir une coquerelle en plein jour dans un parc d’attractions majeur!

Ma seconde observation se fit dans une rue près d’où nos neveux demeurent. La coquerelle en question avait dû être blessée et gisait sur le dos, bougeant lentement des pattes. Je pris une vidéo que vous pourrez visionner ci-dessous. Encore une fois, la bête était de bonne taille. J’ai rapporté cette observation à ma belle-sœur qui m’indiqua que les coquerelles sont tellement communes qu’elles sont facilement visibles : dès que le soleil se couche, elles ne se gênent pas pour ramper à côté de vous si vous êtes confortablement installés à l’extérieur. Malheureusement, ces insectes cherchent également à entrer dans les maisons lors des changements de saison. À ce qu’il semble, les exterminateurs sont bien occupés dans ce coin de pays au printemps et à l’automne.

Veuve noire
Le plus près que j’ai été (du moins consciemment) d’une veuve noire
Mygale Nevada
Mygales et autres araignées peuvent être examinées en sécurité pour ceux qui préfèrent éviter les morsures!

Ce ne sont pas toutes les espèces de coquerelles qui cherchent à entrer dans les maisons. Bien au contraire, la majorité des coquerelles nord-américaines seraient plutôt associées aux régions boisées et non habitées et ne seraient donc pas considérées comme des pestes. Les coquerelles sont des omnivores opportunistes et vont par conséquent se nourrir d’une très vaste variété d’aliments. C’est malheureusement aussi ce qui en fait des vecteurs de maladies lorsqu’elles se retrouvent étroitement associées aux humains. En effet, celles-ci peuvent se nourrir de restes en décomposition, incluant des cadavres d’animaux et des déchets variés. Ainsi, quand elles entrent dans nos demeures, elles peuvent transporter avec elles divers pathogènes, surtout si elles se retrouvent à proximité de nos propres sources de nourriture. Selon Stewart (2011), les coquerelles liées aux habitations humaines sont susceptibles d’être vecteur d’une vaste quantité de pathogènes incluant l’E. coli, la salmonellose, la lèpre, la fièvre typhoïde, la dysenterie, la peste, les ankylostomes, l’hépatite, les staphylocoques et les streptocoques. Oui oui, « beurk » semble une réaction appropriée en réponse à cette énumération! En outre, c’est la raison pour laquelle vous aurez noté que je ne manipule pas l’individu que j’ai filmé sur la vidéo!

Ce qui m’amène à vous parler de quelques invertébrés venimeux retrouvés dans ce secteur de l’Amérique du Nord. Contrairement à ce que je fais quand je suis au Québec, je m’abstiens de soulever des roches et de manipuler trop abondamment toutes sortes d’espèces d’invertébrés lorsque nous allons visiter le Sud-ouest américain. Cette portion de l’Amérique du Nord (Nevada, Arizona, Utah et compagnie!) recèle de bons nombres de créatures venimeuses susceptibles d’infliger des morsures douloureuses, voire dangereuses pour les humains. Au menu figurent notamment scorpions, veuves noires, mygales et serpents à sonnettes. Bref, en tant que simple entomologiste amateur qui ne connaît pas en profondeur toutes ces espèces, je préfère m’abstenir et laisser la manipulation aux professionnels!

De toutes les visites effectuées dans ce secteur, je n’ai pas encore eu la chance – ou la malchance – de faire la rencontre de tels individus en pleine nature. Bien sûr, les centres nature du coin permettent de voir en toute sécurité la majorité de ces animaux. Pour les plus téméraires, il serait sans doute facile de soulever quelques roches ici et là pour voir ce qui s’y cache. Pour ma part, je préfère réaliser mes observations sagement en toute sécurité et garder le soulèvement de roches pour « mes » rivières québécoises!

Abeille flaque eau_Nevada
Les points d’eau comme les piscines ou les flaques attirent toujours abeilles, guêpes et mouches

Finalement, comme plusieurs plantes du désert étaient en fleur à cette époque de l’année, je pus voir plusieurs hyménoptères (abeilles et guêpes), ainsi que des mouches en pleine séance de pollinisation. Nous observâmes également ces mêmes groupes d’insectes près de points d’eau, comme la piscine du quartier où de jolies grosses guêpes venaient s’abreuver à la surface de l’eau. Je n’avais malheureusement pas mon appareil photo à ce moment (j’avais prévu me baigner!), mais je pus tout de même photographier un peu plus tard quelques autres individus dans une flaque d’eau qui semblait provenir d’une toute petite résurgence souterraine.

Pour terminer, les invertébrés n’étaient pas les seuls au rendez-vous, comme je l’ai précisé dans la chronique de la semaine dernière. Oiseaux, reptiles et quelques petits rongeurs du désert se sont présenté le bout du nez. Par ailleurs, le Sud-ouest américain recèle d’une vaste quantité de parcs nationaux tout aussi beaux les uns que les autres. Je recommande au moins une escale dans ce coin de pays à ceux d’entre vous qui aiment voyager!

 

Vidéo 1. Coquerelle mal en point qui s’agitait sur le sol. C’était ma deuxième observation et j’étais surprise par la taille des individus – voir mon pied en comparaison dans la vidéo.


Pour en savoir plus

  • Alden, P. et P. Friederici. 2012. National Audubon Society Field Guide to the Southwestern States. 447 p.
  • Bug Guide. Order Blattodea – Cockroaches and Termites. http://bugguide.net/node/view/342386
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Stewart, A. 2011. Wicked bugs. 272 p.
  • Wikipedia. Cockroach. https://en.wikipedia.org/wiki/Cockroach

Escale nature dans le Sud-ouest américain – Partie 1

Joshua Tree_1
Joshua Tree National Park offre de beaux paysages typiques du Sud-ouest américain

Vous avez sans doute remarqué la trêve de chroniques DocBébitte des dernières semaines. La raison était fort simple : j’étais à l’extérieur du pays, affairée à visiter quelques recoins du Sud-ouest américain où demeurent mes neveux.

Bien que le voyage en soi n’en était pas un de nature entomologique, vous vous doutez sans doute que j’en ai profité pour observer – et photographier lorsque cela était possible – quelques invertébrés locaux. Armée de mon appareil photo, il m’est donc souvent arrivée de m’arrêter afin de prendre des clichés de quelques spécimens… au grand dam de mon conjoint et de mes neveux qui ont dû patienter à quelques reprises!

Notre premier arrêt fut à Joshua Tree National Park, un parc de toute beauté où se côtoient de jolies formations rocheuses et des « forêts » du fameux Joshua tree – un végétal qui a donné son nom au parc et dont l’apparence se situe à mi-chemin entre un arbre décidu et un cactus.

Trimerotropis pallidipennis_2
Une de mes premières observations entomologiques
Malacosoma sp. 4
Dans ce secteur du parc, de très nombreux arbres étaient couverts de ces tentes, dans lesquelles on voyait encore certains individus
Malacosoma sp. 3
Chenille Malacosoma sp. rampant sur une roche

Lors de notre séjour dans ce parc, nous pûmes observer à plusieurs reprises de grosses fourmis sillonnant le sol. Aux dires de mes neveux, il s’agissait des fameuses « fire ants », des fourmis reconnues pour leur piqûre intense et irritante. Par conséquent, je pris mes précautions, évitant de m’agenouiller en plein milieu de leur chemin lorsque vint le temps de les examiner de plus près – contrairement à ce que j’aurais fait si j’avais été dans la même situation au Québec! Ce n’est qu’à mon retour au Québec que j’appris que le terme « fire ant » semble être utilisé surtout pour un genre de fourmis (Solenopsis), alors que les fourmis que j’avais photographiées s’avéraient plus probablement du genre Pogonomyrmex (des « Harvester Ants »). C’est leur forme et leur coloration, ainsi que la forme du nid qui ressemble à un cratère autour duquel la végétation est absente (selon les sources consultées), qui m’ont mise sur cette piste. « Fire ant » ou non, il n’en demeure pas moins que ce genre est, lui aussi, susceptible d’infliger une piqûre douloureuse. J’ai donc sans doute bien fait d’éviter de m’installer sur leur chemin!

Fait intéressant, le nom « harvesting ant » (« fourmi qui récolte » selon ma libre traduction) vient du fait que les ouvrières du genre Pogonomyrmex ont l’habitude de récolter les graines des plantes situées à proximité de leur nid pour les y ramener. Elles se nourrissent en grande partie de ces graines, mais aussi d’autres matières comme des invertébrés ou encore des restes d’animaux morts. Une fourmi que j’ai suivie ramenait même vers le nid ce qui ressemblait à une crotte d’oiseau séchée. Bref, toute matière organique semble bonne!

Toujours dans le parc, tout près de notre point de départ lors de la première journée, un criquet que je ne connaissais pas se prélassait au soleil. Je pus en prendre également plusieurs clichés, ce qui me permit de l’identifier comme étant fort probablement un Trimerotropis pallidipennis, le Pallid-winged grasshopper (voir addenda dans la chronique du 14 avril à cet effet: il s’agirait finalement d’un individu du genre Anconia). Il s’agit encore une fois d’une espèce associée aux zones désertiques, en particulier aux secteurs parsemés de petits buissons et de graminées. La coloration tachetée de brun et de beige de cet orthoptère le rend assez difficile à voir contre le sol graveleux et rocheux du désert américain. Heureusement pour moi, l’individu observé était confortablement installé en plein milieu d’un sentier pédestre asphalté, tout près du pavillon des visiteurs.

Dans un autre secteur du Joshua Tree National Park qui était parsemé de petits arbustes, je découvris que lesdits arbustes étaient jonchés de tentes en soie fabriquées par nulle autre que des chenilles du genre Malacosoma, un groupe comprenant plusieurs espèces connues pour leur capacité à fabriquer des abris de soie et pour dévorer les feuilles des arbres environnants! Des chenilles étaient encore visibles dans certains de ces abris, alors que quelques individus déambulaient sur des roches avoisinantes.

Des chenilles du genre Malacosoma sont retrouvées au Québec, notamment la livrée d’Amérique (M. americanum) qui est bien connue pour ses tentes en soie qu’elle tisse sur les arbres dont elle se nourrit. Bien que j’aie d’abord cru que les individus observés étaient eux aussi des M. americanum, je réalisai en consultant mes livres et diverses sources Internet qu’il était plus probable qu’il s’agisse d’espèces plus abondantes dans le sud-ouest des États-Unis comme M. californicum ou encore M. incurva. Ces espèces se ressemblant beaucoup, je n’étais pas certaine au moment de la rédaction de la présente chronique des façons de les différencier. Si vous avez des conseils à cet effet, n’hésitez pas à les écrire dans la section « Commentaires »!

Lézard U. stansburiana
Les lézards de toutes sortes étaient très abondants comme ce joli « Side-blotched lizard » (Uta stansburiana)

Les invertébrés n’étaient pas les seuls au rendez-vous dans le Joshua Tree National Park et nous avons également fait la rencontre de plusieurs oiseaux et reptiles, dont plusieurs espèces qui se gavaient sans doute des nombreux invertébrés visibles ou cachés sous les roches. En particulier, nous avons fréquemment croisé des lézards et des passereaux le long des sentiers de randonnée et, à mon grand plaisir, plusieurs d’entre eux se laissèrent prendre allègrement en photo. Si vous êtes passionnés d’invertébrés, mais aussi de nature et de petits animaux de toutes sortes, je vous recommande fortement une sortie dans ce parc national au printemps (à l’été, c’est beaucoup trop chaud) : vous pourriez même avoir l’occasion d’assister à des floraisons de fleurs et d’arbres du désert, ainsi que de cactus. J’agrémente d’ailleurs la présente chronique de quelques photographies et vidéos supplémentaires sur le sujet, question de vous mettre l’eau à la bouche! Voir à la suite de la section « Pour en savoir plus » ci-dessous.

Pour terminer, les autres observations entomologiques réalisées pendant notre voyage ont été effectuées en milieu plus urbanisé. Je poursuivrai mon récit de voyage à cet effet lors de la prochaine chronique!

 

Pour en savoir plus

 

Vidéo 1. Colonie de fourmis (Pogonomyrmex sp.) – celles-ci étaient nombreuses au Joshua Tree National Park.

 

Vidéo 2. Iguane du désert (Dipsosaurus dorsalis)

 

Vidéo 3. Bruant à gorge noire (Amphispiza bilineata)

 

Photographies

Bruant gorge noire
Les passereaux comme ce bruant à gorge noire brisaient le silence du désert de leurs chants
49 palms oasis
Une oasis dans le désert… une des randonnées possibles dans le parc
Fleurs du désert
Floraison en plein désert
Cactus en fleur
Cactus en fleur entouré d’une « forêt » d’autres cactus