Éphémères, ces insectes!

Certains les appellent des « mannes ». Ils sont bien connus des pêcheurs, qui utilisent des leurres qui leur ressemblent pour pêcher à la « mouche ». Il s’agit des éphémères (ordre des éphéméroptères).

Hexagenia
Éphémère adulte (Hexagenia)

Le nom de ce groupe d’insectes offre un bon indice quant à leur cycle de vie : le stade adulte est effectivement très éphémère et ne dure, pour certaines espèces, que 90 minutes! En fait, ce stade est tellement court que les éphémères adultes ne possèdent même pas de pièces buccales. Leur seul objectif : se reproduire!

Pourtant, les éphémères ont une durée de vie totale qui peut varier de quelques mois à plus de deux ans. C’est cependant sous forme larvaire que les éphémères vont passer la plus grande partie de leur vie.

Les larves d’éphémères se développent sous l’eau. Elles possèdent des branchies le long de leur corps, ce qui leur permet de respirer. Plusieurs espèces sont sensibles à la pollution des milieux aquatiques et sont, par conséquent, utilisées comme indicatrices de la santé des cours d’eau. Lorsque je sillonnais les rivières au Québec, il m’arrivait fréquemment – presque tout le temps, même – d’en capturer. Les larves sont très bien réparties et on les retrouve à peu près partout dans nos lacs et nos rivières. Elles constituent d’ailleurs un maillon important à la base des chaînes alimentaires de ces milieux, étant consommées par d’autres insectes aquatiques prédateurs, ainsi que par de nombreuses espèces de poissons.

Heptageniidae Larve
Larve d’éphémère (Heptageniidae)

Les éphémères constituent également une importante source de nourriture une fois qu’ils sont parvenus au stade adulte, et ce, tant pour les milieux aquatiques que terrestres. En effet, lorsque vient le temps de se reproduire, les larves d’éphémères émergent des milieux aquatiques pour se transformer en adultes ailés. Les émergences peuvent se produire graduellement ou, dans le cas de certaines espèces, de façon soudaine et « massive ». Certaines espèces émergent simultanément en quantités phénoménales et vont même jusqu’à causer certains désagréments! J’avais déjà entendu parler, lors d’une conférence sur les invertébrés aquatiques, qu’il y avait des endroits où l’on devait sortir les camions de déneigement pour ramasser les carcasses d’éphémères à la suite d’émergences massives. En faisant des recherches, je suis tombée sur cet article, qui présente des images concernant une émergence monstre ayant eu lieu en juin 2012 aux États-Unis (Wisconsin).

J’avais également pris une courte vidéo (ci-dessous) lors d’une émergence de caenidae, une sorte de tout petit éphémère, à l’été 2011. Nous étions pris d’assaut par plusieurs individus, qui s’arrêtaient sur nous le temps d’une mue! Fait surprenant, la mue des éphémères qui viennent tout juste d’émerger de l’eau est nécessaire afin que l’individu atteigne le stade final où il peut enfin se reproduire – autrement, il demeurerait à un stade intermédiaire entre la larve aquatique et l’adulte reproducteur! Ce stade, que je qualifierais de pseudo-adulte (organisme ailé qui ressemble à un adulte, mais dont les organes reproducteurs ne sont pas entièrement développés – on parle de subimago dans la littérature), est unique. Il n’existe chez aucun autre insecte.

Malgré les désagréments engendrés chez certains humains, ces émergences font le bonheur de nombreux consommateurs. Tout d’abord, les oiseaux, qui sont souvent en période de nidification lors de ces émergences, s’en servent comme source supplémentaire de protéines! Les poissons aussi se nourrissent des adultes éphémères qui frôlent la surface de l’eau (ou qui y tombent) pendant l’accouplement ou la ponte des œufs. Même les pêcheurs en profitent, en utilisant des leurres qui ressemblent aux éphémères adultes, sachant que les poissons les identifient déjà comme un gourmet repas.

Bref, les éphémères constituent avant tout une espèce utile! D’ailleurs, nombreux sont ceux qui savent profiter de cette « manne », sans mauvais jeu de mots!

Pour en savoir plus

Caeniidae
Éphémère de la famille des Caenidae

La mouche qui veut se faire aussi menaçante que la guêpe

Et non, il ne s’agit pas d’une nouvelle fable de La Fontaine. Il s’agit plutôt d’un fascinant exemple de mimétisme.

Qu’est-ce que le mimétisme? Le petit Robert le défini comme une « propriété que possèdent certaines espèces animales, pour assurer leur protection, de se rendre semblables par l’apparence au milieu environnant, à un être de ce milieu, à un individu d’une espèce mieux protégée ou moins redoutée ». En fait, j’ajouterais que c’est une des intrigantes démonstrations de ce vers où l’évolution – et la sélection naturelle en particulier – peut nous conduire.

Je vous parle aujourd’hui du cas d’un groupe de mouches (ordre des diptères), les syrphidae. Celles-ci en sont venues à ressembler à des abeilles ou des guêpes. Pourquoi, me direz-vous? La réponse est fort simple – surtout si vous avez lu la définition de mimétisme ci-dessus! En effet, pour une mouche, ressembler à un organisme menaçant comme une abeille ou une guêpe augmente passablement ses chances de survie… et donc ses chances de passer ses gênes à de futurs rejetons! Ainsi, si l’on remonte le temps, certaines mouches ont commencé à présenter des caractéristiques physiques similaires à des abeilles ou à des guêpes. Ces mouches se faisaient moins manger que leurs consœurs, les prédateurs croyant faire face à un insecte susceptible de les piquer. C’est ainsi qu’elles eurent davantage la chance de passer leurs gênes… créant un groupe complet de mouches ressemblant de plus en plus à des abeilles ou à des guêpes.

Syrphidae
Syrphidae (Photo: Caroline Anderson)

Les syrphidae sont souvent appelées « mouches à fleur ». Nombreuses d’entre elles se délectent du nectar et du pollen des fleurs et sont d’ailleurs considérées comme étant d’importantes colonisatrices. Fait intéressant, certaines espèces se nourrissent plutôt de la substance sucrée excrétée par les pucerons. On les retrouve donc non pas sur des fleurs, mais accrochées aux feuilles, parmi des tas de pucerons!

La plupart des syrphidae sont prédatrices à l’état larvaire. Plusieurs larves se nourrissent de pucerons, ce qui fait sans doute d’elles de bonnes amies des jardiniers.

Larve syrphidae
Larve aquatique de syrphidae (Photo: Caroline Anderson).

Certaines larves de syrphidae vivent en milieu aquatique. La plus connue est sans doute le « rat-tailed maggot » (traduire asticot queue-de-rat). Son long appendice (voir photo) sert de siphon respiratoire. Cette larve a la capacité de subsister dans des milieux aquatiques très pauvres en oxygène. Elle se sert de son appendice pour aller chercher de l’air vers la surface, où l’oxygène est plus abondant.

En somme, la famille des syrphidae constitue un groupe d’insectes fort utile pour nous, les humains. Les adultes sont de bons pollinisateurs, alors que les larves peuvent contribuer à la lutte biologique aux pucerons. Leur évolution est également fort fascinante. La prochaine fois que vous croyez voir une abeille sur vos fleurs, regardez-là une deuxième fois. Il pourrait bien s’agir d’une mouche à fleur!

Pour en savoir plus:

 

Un « monstre » sous vos pieds?

Quoi de mieux, pour mon premier article, que de vous parler d’un insecte aquatique tout à fait étonnant?

Nombreux sont ceux qui ignorent qu’il existe toute une faune vivant dans le fond des lacs et des rivières… et je ne parle pas de poissons! En effet, une multitude d’invertébrés – crustacés, mollusques, insectes et autres – passent leur vie (ou une partie de leur vie) en milieu aquatique.

Ces organismes sont dotés de systèmes leur permettant de respirer sous l’eau… systèmes variables d’une espèce à l’autre! On parle de branchies, de bulles d’air, de diffusion de l’oxygène à travers la peau, etc.!

Pour ce premier article, je vous parle d’un des plus gros d’entre eux: les corydales, de l’ordre des Mégaloptères (Famille: Corydalidae). En fait, pour être précise, je devrais vous parler de larves de corydales, puisque ce sont les juvéniles qui vivent en milieu aquatique. Une fois près de la maturité, les larves se métamorphosent en adultes ailés… et terrestres! Le processus est similaire à la chenille qui se transforme en papillon, exception faite que les corydales vont complètement changer de milieu! Aussi, les larves peuvent prendre jusqu’à trois ans pour se développer sous l’eau… alors que l’adulte ne va survivre qu’une saison, le temps de se reproduire!

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Larve de corydalidae (Photo: Caroline Anderson)

Comme on peut le déduire en regardant les photographies, les corydalidae sont des prédateurs. Ils se nourrissent de d’autres invertébrés aquatiques. Leurs grosses mandibules (mâchoires) en témoignent bien. Leur taille est aussi impressionnante, pouvant aller jusqu’à 9 centimètres!

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Larve de corydalidae (Photo: Caroline Anderson)

Les corydales vivent de préférence dans les milieux aquatiques qu’on appelle lotiques. Ce sont les rivières et les ruisseaux où l’eau coule de façon constante – par opposition aux milieux lentiques, où l’eau est plus stagnante.

Les larves respirent sous l’eau à l’aide de branchies. Ce sont les longs filaments que l’on peut voir le long de leur corps. Elles assimilent également l’oxygène à travers certaines portions de leur peau.

Les invertébrés aquatiques comme les corydales sont souvent utilisés pour identifier l’impact des activités humaines (pollution) sur les milieux aquatiques. Ils présentent effectivement des degrés de tolérance variés face à différents types de pollution. Les larves de corydales sont considérées comme étant intolérantes à la pollution et leur présence témoignerait donc d’un site peu affecté par la pollution d’origine humaine. Toutefois, mon expérience sur le terrain suggère que les corydales peuvent présenter une certaine tolérance à la pollution, en particulier lorsqu’il s’agit d’un enrichissement du cours d’eau conduisant à une plus grande abondance de proies. Cela dit, je n’en ai trouvé qu’à quelques sites en rivière au Québec et il ne semble pas s’agir d’un invertébré extrèmement abondant.

Il peut être étonnant de constater que d’aussi gros organismes se promènent sous nos pieds lorsque nous nous baignons dans les lacs et les rivières. J’espère que ce blogue aidera à les démystifier… et à vous rassurer!

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