Plécoptère ou mégaloptère, là est la question!

Plécoptère adulte (famille Perlidae)
Plécoptère adulte (famille Perlidae)

Les photographes d’insectes, qu’ils soient amateurs ou aguerris, abondent et nombreux sont ceux qui aiment partager leurs découvertes, notamment sur la page Facebook Photos d’insectes du Québec.

À quelques reprises cet été, j’ai vu des photographes se demander s’ils avaient capturé sur le vif un adulte mégaloptère ou un plécoptère. Bien que certains mégaloptères se distinguent très bien par leur taille et leurs mandibules gigantesques (corydales cornues), d’autres groupes comme le genre Chauliodes, en particulier, peuvent ressembler à certains plécoptères.

Mégaloptère adulte (Chauliodes pectinicornis)
Mégaloptère adulte (Chauliodes pectinicornis)

Chez les larves et naïades, la distinction s’effectue assez simplement entre les mégaloptères et les plécoptères. J’avais donné quelques conseils d’identification d’insectes aquatiques dans cette chronique. Pour résumer, les naïades de plécoptères sont munies de fourreaux allaires, ont deux griffes par pattes et portent deux longs appendices effilés situés tout au bout de leur abdomen que l’on appelle « cerques ». Les larves de mégaloptères possèdent un corps mou bordé de longs filaments latéraux (des branchies) et leurs pattes comportent deux griffes. Leur abdomen se termine soit par un long filament unique soit par deux fausses pattes munies de deux crochets chacune. Bien qu’ils puissent être confondus avec d’autres groupes (ex. : coléoptères), les formes que prennent les stades aquatiques de mégaloptères et de plécoptères sont fort différentes.

Les mégaloptères et plécoptères adultes, quant à eux, possèdent quelques attributs qui les distinguent. Mais leur silhouette générale se ressemble. Il s’agit dans les deux cas d’organismes d’assez grande taille qui peuvent mesurer quelques centimètres de longueur. Leur corps est souvent brunâtre, alors que leurs ailes sont longues, nervurées et repliées par-dessus l’abdomen.

Lorsque leurs ailes sont refermées, les deux groupes se ressemblent : plécoptère Pteronarcys à gauche et mégaloptère Chauliodes à droite
Lorsque leurs ailes sont refermées, les deux groupes se ressemblent : plécoptère Pteronarcys à gauche et mégaloptère Chauliodes à droite
Plécoptère (genre Pteronarcys) en haut, mégaloptère (chauliode parchemin) en bas
Plécoptère (genre Pteronarcys) en haut, mégaloptère (chauliode parchemin) en bas
Cerques du plécoptère qui se cachent sous les ailes : vue ventrale
Cerques du plécoptère qui se cachent sous les ailes : vue ventrale
Tarse du plécoptère
Tarse du plécoptère

L’adulte plécoptère est, tout comme la naïade, muni de deux cerques logés au bout de son abdomen. Malheureusement, ses longues ailes cachent souvent ces appendices qui servent de critère d’identification. Si vous ne pouvez voir les cerques, tâchez de vous concentrer sur les pattes (conseil aux photographes!). En effet, les tarses des plécoptères adultes comportent 2 à 3 segments, alors que ceux des mégaloptères en comptent 5. Il s’agit ici d’un des critères utilisés par Merritt et Cummins (1996) afin de discriminer les insectes d’origine aquatique.

Un autre critère que j’ai retrouvé dans mes guides porte sur les ailes. Lorsqu’ouvertes, il est facile de voir que les ailes postérieures des plécoptères sont plus larges que leurs ailes antérieures. Cette différence marquée n’existe pas chez les mégaloptères.

Outre ces critères que je pourrais qualifier « d’officiels » (tirés de guides), on peut noter, à l’œil, d’autres différences aidantes. Par exemple, si vous jetez un coup d’œil à mes photos comparatives, vous remarquerez que le thorax (partie située immédiatement après la tête) de notre plécoptère (ici un individu du genre Pteronarcys) est aussi large que la tête. En revanche, le thorax du chauliode parchemin (Chauliodes pectinicornis) est plus étroit que la tête et de forme légèrement plus allongée. Je ne vous dirai pas que ce critère fonctionne de façon absolue pour toutes les familles de plécoptères et de mégaloptères, mais il donne un petit coup de pouce pour les groupes qui se ressemblent beaucoup (plécoptères Perlidae/Pteronarcyidae versus mégaloptères Chauliodes). En cas de doute, recherchez les cerques ou regardez les tarses et les ailes!

Tarse du mégaloptère
Tarse du mégaloptère

J’aimerais vous dire « à vos appareils photo », mais la saison des insectes tire à sa fin. J’espère néanmoins que ces quelques conseils vous seront utiles lors de la prochaine saison estivale. Vous saurez alors quels angles utiliser et quels organes photographier pour vous permettre d’identifier vos spécimens. Si vous êtes comme moi, ce ne sont pas les angles et le nombre de clichés qui manqueront!

 

PS – Pour ceux d’entre vous qui cherchent des conseils supplémentaires pour distinguer les deux espèces de chauliodes que nous avons au Québec, vous pouvez aussi consulter cette chronique.

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Bug Guide. Order Megaloptera – Alderflies, Dobsonflies, and Fishflies. https://bugguide.net/node/view/233428
  • Bug Guide. Order Plecoptera – Stoneflies. https://bugguide.net/node/view/76
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Respirer sous l’eau

Je vous fais une confidence. Quand j’étais petite (entre 8 et 12 ans, environ), je pouvais passer des journées presque entières à me baigner. Je m’amusais à plonger ma tête sous l’eau et à « renifler ». Je m’imaginais que j’étais capable de respirer un tout petit peu sous l’eau. Bon, d’accord, c’était à l’époque du film Splash mettant en vedette Daryl Hannah et Tom Hanks. J’étais sans doute un peu trop inspirée par ces histoires de sirènes (bien que je devais pour ma part avoir davantage la grâce d’un lamantin!).

Notonecte
Le notonecte peut faire le « plein d’air » en sortant le bout de son abdomen de l’eau
Chironomes larves gros
Les chironomes rouges respirent par leur « peau » et peuvent emmagasiner l’oxygène

Ce n’est donc pas une surprise si je vous dis que je suis fascinée par cette capacité de plusieurs espèces d’invertébrés à respirer sous l’eau. Les stratégies pour ce faire sont fort variées et je vais tenter d’en effectuer un petit survol – aussi modeste soit-il face à toute cette diversité!

Premièrement, il importe de mentionner que certains insectes ne respirent pas « réellement » sous l’eau. Ils transportent plutôt avec eux leur réserve d’air, comme un plongeur qui charrie sa bombonne d’oxygène. C’est le cas par exemple des dytiques (Dytiscidae), des coléoptères qui forment une bulle d’air au bout de leur abdomen dans laquelle ils puisent leur oxygène. Les notonectes ont également adopté une méthode similaire. Ces insectes, qui vivent tête vers le bas, n’ont qu’à transpercer la surface de l’eau du bout de leur abdomen afin de renouveler leurs réserves d’air. Les gerridés, quant à eux, sont munis de petits poils imperméables qui capturent l’air tout autour de leur corps avant de plonger. Vous aurez compris que ces insectes ne respirent pas « par le nez » comme nous le faisons, puisque leurs réserves d’oxygène sont souvent situées au bout de l’abdomen. La respiration chez les insectes pourrait d’ailleurs faire l’objet d’une chronique en soi, puisqu’il y en a passablement à dire! D’ici à ce que j’écrive à cet effet, vous pouvez toutefois consulter certaines des sources citées dans les références ci-dessous (section « Pour en savoir plus »).

D’autres insectes ont aussi adopté des tactiques ne nécessitant pas de branchies, bien qu’ils vivent à temps plein sous l’eau et qu’ils ne se constituent pas de réserves d’air telles quelles. À titre d’exemple, les larves de syrphes – surnommées asticots à queue de rat – sont munies d’un long appendice qui ressemble en effet à une queue de rongeur. Elles s’en servent pour aspirer l’air présent à la surface de l’eau tout en demeurant ensevelies plus en profondeur, à l’abri des prédateurs. Elles ont un système respiratoire dit « ouvert », tout comme les insectes terrestres (c’est-à-dire que les stigmates, par lesquels elles respirent, ne sont pas recouverts d’une membrane comme certains insectes que je mentionnerai plus tard). Un tel système ouvert n’est pas la règle chez les insectes aquatiques qui demeurent complètement immergés, bien que l’on dénombre des groupes qui y font appel, particulièrement chez les diptères (tipules et maringouins, notamment).

Hydropsychidae_JC
Cet Hydropsychidae possède des branchies visibles sur l’abdomen
Pteronarcyidae_Jacques-Cartier
Les plécoptères comme ce Pteronarcyidae ont des branchies sur la face ventrale de leur abdomen

Certaines espèces, quant à elles, prélèvent majoritairement leur oxygène par diffusion à travers leurs tissus corporels mous. Il s’agit également d’une stratégie d’appoint souvent utilisée par les insectes qui ont un système respiratoire ouvert, ainsi que par ceux qui portent des branchies. Un cas notoire est celui des chironomes rouges : ils sont caractérisés par la présence d’hémoglobine qui leur permet de séquestrer une partie de l’oxygène obtenue par diffusion à la surface de leur corps et de l’utiliser en période d’anoxie (déficit en oxygène).

En revanche, de nombreuses larves d’insectes aquatiques sont dotées de branchies. Ces dernières prennent des formes variées : filaments touffus, filaments uniques, branchies aplaties en forme de feuille, etc. La raison d’être d’une branchie est fort simple : elle augmente la surface de contact du corps de l’insecte avec son milieu, contribuant à la capture d’une plus grande quantité d’oxygène. Les branchies constituent un système de respiration fermé (par opposition au système ouvert discuté plus haut). Cela signifie que les stigmates sont recouverts d’une membrane au travers de laquelle l’oxygène est diffusé.

Plusieurs larves de trichoptères et de plécoptères, par exemple, possèdent des branchies touffues apparentes sur la face ventrale de leur thorax et/ou de leur abdomen. Je pense plus précisément aux individus des familles Hydropsychidae (trichoptère), Perlidae (plécoptère) et Pteronarcyidae (plécoptère) sur lesquels les branchies sont facilement observables. Il s’agit d’ailleurs d’un critère utilisé dans l’identification de ces familles.

Chez les larves de mégaloptères, les branchies ont plutôt l’apparence de longs filaments disposés tout le long du corps. De plus, les larves ne se contentent pas que de ces filaments pour être alimentées en oxygène et sont en mesure d’assimiler l’oxygène dissous par diffusion à travers leurs tissus. Certaines espèces de mégaloptères nord-américaines possèdent aussi quelques branchies touffues à la base des plus longs filaments pour favoriser une meilleure captation de l’oxygène. Bref, toutes les techniques sont bonnes!

Corydalidae
Les filaments de chaque côté de ce mégaloptère (Corydalidae) sont des branchies
Aeshnidae Larve 2014
Les larves de libellules (ici une Aeshnidae) sont dotées de branchies internes

Pour ce qui est des éphémères, les branchies, bien visibles, sont disposées en deux rangées situées de chaque côté de l’abdomen (face dorsolatérale). Ils les agitent rapidement de sorte à y faire circuler l’eau, fait que l’on peut observer si l’on tient une larve d’éphémère vivante dans sa main et qu’on y ajoute un peu d’eau (voir la vidéo à la fin de la présente chronique pour un aperçu). Les branchies des éphémères ressemblent à des feuilles, prenant des formes très variées. Certaines sont de forme allongée, d’autres, plus rondes. Elles varient suffisamment en forme et en taille d’une famille à l’autre qu’elles peuvent servir à l’identification des individus. Les branchies des larves de demoiselles (sous-ordre Zygoptera), qui sont au nombre de trois, ressemblent également à de longues feuilles. Les demoiselles gardent ces branchies, situées tout au bout de leur abdomen, séparées de sorte à absorber le plus d’oxygène possible. Si cela ne s’avère pas suffisant, elles balancent leur abdomen de gauche à droite pour garder leurs branchies constamment en contact avec de l’eau saturée en oxygène.

Bien que les larves de demoiselles soient dotées de branchies externes, leurs proches parentes, les larves de libellules (sous-ordre Anisoptera), sont munies de branchies internes situées dans une chambre localisée au bout de leur abdomen. Par conséquent, elles doivent pomper l’eau par leur rectum afin de la faire circuler dans cette chambre interne où l’oxygène est extrait. Cela comporte un avantage : éviter que les branchies, souvent fragiles, soient endommagées.

Ce qui est étonnant, c’est que ces adaptations à la vie aquatique disparaissent complètement lorsque les larves d’insectes émergent et se transforment en adultes ailés. Croyez-vous que ces adultes gardent un souvenir de leur vie passée dans un tout autre milieu? Peut-être rêvent-ils encore de temps en temps, tout comme moi lorsque j’étais plus jeune, de pouvoir respirer sous l’eau?

 

Vidéo : Larve d’éphémère (Famille : Ephemerellidae) dont les branchies sont en mouvement (visionnez en haute définition).

 

 

Pour en savoir plus

Nager en eau trouble : des indicateurs de la santé des cours d’eau – Partie 1

Vous le savez déjà : j’ai un faible pour les invertébrés aquatiques. Cet été, je me suis payée une petite sortie dont l’objectif était de sensibiliser et d’éduquer des jeunes à la santé des cours d’eau et aux façons de la mesurer… tout en me permettant de patauger un peu dans des rivières et d’attraper des invertébrés! Depuis quelques années, nos neveux du Nevada viennent passer quelques semaines au Québec. Cette année, nous avons planifié ensemble une étude sur l’état de santé des rivières. Il s’agissait de choisir des rivières nous permettant de vérifier deux hypothèses :

  • Les rivières boisées sont-elles caractérisées par des communautés d’invertébrés en meilleure santé que celles retrouvées dans les rivières urbaines et agricoles?
  • Les concentrations de nitrates sont-elles plus élevées dans les milieux urbanisés et agricoles que dans les milieux boisés?

Il faut dire que cette seconde hypothèse vient du plus vieux de mes neveux (j’avais pour idée seulement de collecter des invertébrés), mais que les résultats furent en fin de compte très probants – ce que nous verrons un peu plus tard!

Neveux_Jacques-Cartier
Sortie éducative sur la rivière Jacques-Cartier : Jérémie, Alexandre et DocBébitte

Aidée de mes deux neveux, Jérémie et Alexandre, nous choisîmes donc trois sites : un premier localisé sur la rivière Jacques-Cartier et caractérisé par un bassin fortement boisé, un second sur la rivière du Cap-Rouge dont le bassin est agricole et urbain, ainsi qu’un troisième sur la rivière Lorette dont le bassin est également agricole et urbain.

Nous avons entrepris notre journée en nous rendant à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, dans un tronçon de la rivière Jacques-Cartier caractérisé par des rapides. Il importe de mentionner que les trois sites échantillonnés étaient situés dans des zones à courant rapide. La première raison pour laquelle nous avons choisi ce type d’habitat est parce qu’on peut facilement y échantillonner les roches : nous n’avons qu’à descendre dans la rivière munis de bottes-salopettes. En deuxième lieu, les portions de rivières où le courant est plus rapide sont mieux oxygénées et l’on y retrouve une plus grande diversité d’invertébrés. Finalement, la présence du courant aide grandement à entraîner les invertébrés et les petits poissons dans le fond de notre filet et d’éviter qu’ils en ressortent trop facilement.

En arrivant sur le site, mes neveux notèrent rapidement la présence d’exosquelettes de plécoptères sur les roches. Il s’agissait de plécoptères de la famille des Perlidae, une famille sensible à la pollution (j’en ai parlé dans cette chronique). Cela augurait déjà bien! Munis de filets,  nous amorçâmes donc l’échantillonnage de la rivière Jacques-Cartier. À chaque coup de filet, nous déposions les invertébrés capturés dans un bol blanc, ce qui nous permettait de les identifier. C’est l’aîné de nos neveux – Jérémie – qui s’affairait à identifier les invertébrés à l’aide d’un guide visuel bien adapté à cette tâche, car fort convivial : « A Guide to Common Freshwater Invertebrates of North America » (Voshell, 2002). Bien que l’échantillonnage était uniquement qualitatif (rien de hautement scientifique), il était facile de voir que les invertébrés capturés étaient des invertébrés peu tolérants à la pollution.

Perlidae_Jacques-Cartier
Un Perlidae, famille sensible à la pollution

Mes neveux ne purent toutefois faire ce constant qu’au moment de l’analyse des données. Nous nous sommes servis d’une grille de tolérance des invertébrés à la pollution que l’on peut retrouver dans le livre « Methods in Stream Ecology » (Hauer et Lamberti, 2007). La façon de calculer est simple : on doit attribuer une cote de 0 à 10 pour chaque famille capturée pour un site donné. Une cote de 0 correspond à un organisme très sensible à la pollution, alors qu’une cote de 10 est attribuée aux organismes très tolérants. Ensuite, on fait la moyenne des cotes pour tout le site. Au total, il y a sept catégories allant d’une qualité de l’eau excellente (cote entre 0 et 3.75) à une qualité très mauvaise (cote entre 7.26 et 10). Pour un indice plus quantitatif, on multiplie les cotes de chaque famille par le nombre d’individus recueillis, et ce, avant de faire la moyenne par site. Comme nous n’avons pas fait d’échantillonnage quantitatif, cependant, nous n’avons pas réalisé cette seconde étape.

Pteronarcyidae_Jacques-Cartier
Ce Pteronarcyidae a aussi contribué à la bonne cote de la rivière Jacques-Cartier

La cote qualitative obtenue à l’aide des invertébrés capturés dans la rivière Jacques-Cartier fut de 2,33. Cela signifie une qualité de l’eau excellente. Ce faible pointage a été particulièrement influencé par la présence de trois organismes sensibles : un plécoptère de la famille Pteronarcyidae (cote de 0), un plécoptère de la famille Perlidae (cote de 1) et un éphémère de la famille Ephemerellidae (cote de 1).

Fait intéressant, les concentrations de nitrates mesurées à ce site étaient non détectables. Il faut dire d’emblée que nous avons simplement utilisé une trousse de mesure de nitrates pour aquariums. Encore une fois, ce n’est rien de hautement scientifique et les valeurs nous offrent surtout un ordre de grandeur, mais ce fut fort intéressant, côté éducatif!

Croyez-vous que les résultats furent différents pour nos deux sites dont le bassin versant (bassin de drainage) était caractérisé par des activités urbaines et agricoles?

À l’instar des émissions de télévision qui nous disent « To be continued », je vous fais patienter une semaine et vous écris la suite lors de la prochaine chronique! J’en profiterai aussi pour vous parler de ce qui se fait au Québec en matière d’évaluation de la santé des cours d’eau à l’aide d’invertébrés aquatiques.

 

Pour en savoir plus

  • Hauer, F.R., et G.A. Lamberti. 2007. Methods in Stream Ecology. 877 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Une perle d’invertébré!

La semaine dernière, je vous proposais un petit jeu visant à deviner quel était l’invertébré aperçu dans l’œil de mon microscope. La réponse est la suivante : il s’agit d’une larve de perle (famille des perlidae), une sorte de plécoptère (ordre).

Perlidae larve
Larve de plécoptère (Perlidae)

Les perles ne sont pas les plus connus des invertébrés. Peut-être est-ce même la première fois que vous en entendez parler. J’ai fait la connaissance de cet ordre d’insecte lors de mes études, puisque les larves de perles sont très communes dans les rivières du Québec. Elles aiment les ruisseaux et les rivières bien oxygénés – faisant en sorte qu’on les retrouve typiquement dans des zones peu profondes à courant rapide, où les roches émergent de l’eau. Ces larves sont sensibles à la pollution d’origine humaine et s’avèrent, par conséquent, de bons indicateurs de la qualité des eaux courantes.

Les larves de perlidae sont munies de branchies à la base de leurs pattes (l’équivalent de nos aisselles). C’est ainsi qu’elles peuvent respirer sous l’eau. Leur corps est aplati et leurs pattes possèdent deux « griffes », faisant en sorte qu’elles peuvent se mouvoir aisément sans être emportées par les forts courants des milieux où elles vivent.

Perlidae patte
Patte d’une larve de perle

Les larves sont également de voraces prédateurs et j’en ai vu à quelques reprises se nourrir d’invertébrés alors que je les observais, sur une roche que je venais tout juste de sortir de l’eau. En revanche, elles sont des proies de choix pour les poissons et les autres invertébrés prédateurs. Même les canards les apprécient comme collation! Elles jouent donc un rôle important dans les écosystèmes aquatiques.

Les larves peuvent passer plus d’une année sous l’eau, avant d’émerger en tant qu’adulte ailé. Plus précisément, le cycle de vie total peut varier de une à trois années, selon la localisation géographique. Les individus peuvent subir un grand nombre de mues (plus d’une vingtaine, selon l’espèce), avant de parvenir au stade adulte final. C’est d’ailleurs un exosquelette (peau de mue, en d’autres termes!) d’une larve de plécoptère que j’ai prise en photo sous le microscope (voir la chronique de la semaine dernière).

Les adultes ressemblent beaucoup aux larves, comme on peut le voir sur les photographies. La différence principale se situe au niveau des ailes qui, bien sûr, ne seraient pas utiles pour la larve qui vit en milieu aquatique!

Plecoptère
Plécoptère adulte

Une fois émergés, les adultes s’abritent dans la végétation près des cours d’eau où ils ont grandi. Ils s’affairent alors à chercher un partenaire pour se reproduire. Pour la majorité des espèces de plécoptères, cette recherche se traduit par une chanson à répondre! Cette activité est appelée « drumming » en anglais. Plus particulièrement, les mâles frappent le sol avec leur abdomen et les femelles répondent à cette « bonne vibration ». Au milieu de ce concert de percussions, les femelles finissent par trouver des mâles et la reproduction a lieu!

Lorsque les œufs ont atteint un certain niveau de maturité, les femelles les joignent en une masse qu’elles maintiennent au bout de leur abdomen (voir cette image). Elles sillonnent alors la surface de l’eau afin de les libérer. Selon l’espèce de plécoptère concernée, les femelles peuvent même aller jusqu’à se glisser sous l’eau afin d’y laisser leurs œufs sur tout substrat disponible (roche, bois, débris, etc.).

Les perles sont identifiées comme étant des insectes bénéfiques. Elles ne se nourrissent pas de cultures ou de plantes appréciées des jardiniers, ne conduisent pas à des émergences massives, comme certaines espèces d’éphémères (voir cette chronique) et ne constituent pas de danger pour l’homme. Elles jouent un rôle-clé dans les écosystèmes aquatiques et sont de bons indicateurs de la qualité des cours d’eau.

Bref, elles gagnent à être connues!

 

Pour en savoir plus

  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Thorp, J.H. et A.P. Covich. 2001. Ecology and classification of North American freshwater invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Bugguide (femelle tenant une masse d’oeufs): http://bugguide.net/node/view/195667/bgimage

 

Dans l’oeil de mon microscope: 1) L’extraterrestre

Je me suis nouvellement achetée un microscope et ai commencé à prendre des photographies de ce que je voyais dans mon objectif. Bien que ces photographies ne soient pas dignes d’une œuvre d’art, je trouvais tout de même intéressant de les partager avec vous.

Ainsi, je vous propose une nouvelle formule : de plus courtes capsules intercalées, à l’occasion, entre des chroniques régulières, dans le cadre desquelles je tenterai de vous faire deviner l’invertébré que l’on voit dans l’œil de mon microscope.

Cette semaine, je vous propose un premier invertébré dont la tête me fait penser à des extraterrestres retrouvés dans certains films de science fiction!

Je vous donnerai la réponse – ainsi qu’une description de l’organisme en question – lors de la prochaine chronique!

À vos marques, prêts, partez!

Microscope 1
Qui suis-je? Réponse dans une prochaine chronique!