Dans cette nouvelle planche, une patiente inquiète se demande si son appétit d’ogre est normal.
Pas de panique!
Chez les chenilles, l’appétit n’est pas un défaut : c’est une stratégie de survie! Il faut en effet faire le plein d’énergie pour réussir la métamorphose.
Une patiente inquiète rencontre la Doc cette semaine.
À travers les années, j’ai parlé des chenilles à de multiples reprises. Voici quelques faits saillants au sujet de leur alimentation – et les chroniques complètes associées en hyperliens, si vous voulez en savoir plus :
Manger pour se transformer. Les chenilles doivent accumuler des réserves pour la métamorphose. Chez le papillon monarque, la chenille peut prendre en 10 à 14 jours plus de 3 000 fois son poids d’origine! Dans Sa majesté le papillon!
Vivre sur ses réserves. Plusieurs espèces accumulent des réserves qui serviront au stade adulte. Chez la saturnie cécropia, l’adulte ne se nourrit plus et vit sur ces réserves. Dans Un beau gros papillon.
« Gourmets » du potager. La chenille du papillon du céleri raffole de plusieurs plants tels le persil, la carotte, le céleri et le fenouil. À un point tel qu’on les observe souvent dans nos potagers. Dans La chenille gastronome.
Souper de groupe. Certaines espèces vivent et mangent de façon grégaire. Comme la livrée des forêts, qui se nourrit en groupe aux premiers stades de sa vie, pour ensuite rentrer au bercail entre les repas. Dans Une sympathique chenille livrée pour vous!
Qui mange beaucoup… laisse des traces! Les excréments trahissent l’appétit et l’activité des chenilles, comme je l’observe chez la chenille du diacrisie de Virginie. Dans Avoir une faim de… chenille!
Quelle est la morale de cette histoire, Doc? Pour une chenille en santé, l’appétit est une bonne nouvelle. Alors, bon buffet… et rendez-vous au prochain épisode!
La période de soumission des photos pour le 13e concours amical est terminée. C’est maintenant à vous de voter!
Cette année, nous avons une belle variété d’invertébrés en action : chenilles gourmandes, araignées-sauteuses qui nous font de beaux yeux, et bien d’autres encore.
Ce sont 34 clichés qui se disputent la première place sur le podium. Le prix? Une chronique mettant en vedette la photographie gagnante et son auteur!
Les clichés sont classés par ordre alphabétique d’invertébrés (de Araneae à Orthoptera) et numérotés en conséquence.
Retenez bien ce numéro, car c’est à vous de trancher pour votre photo « coup de cœur »! Que ce soit pour l’aspect artistique de la photographie, pour son caractère inusité, parce que vous avez un faible pour l’invertébré mis en vedette… ou tout simplement pour encourager le photographe associé, laissez libre cours à votre cœur !
Après tout, il s’agit d’un concours amical!
Comment voter?
Remplissez le formulaire situé au bas de cette page (sous la galerie photo).Date limite :vendredi 10 octobre 2025.
Chaque personne a droit à un vote – y compris les participants.
C’est maintenant à votre tour de jouer! Il ne vous reste plus qu’à admirer les photographies ci-dessous et soumettre votre vote. Bonne chance à tous!
Galerie Photo
Cliquez sur une photographie pour accéder à la galerie et visionner les photos pleine grandeur (en mode carrousel).
#1. Alexandre Roy. Araignée crabe et sa proie, Parc National de Fundy.#2. Raphaël Pratte. Araignée fleur-de-lis, Saint-Hippolyte.#3. Annie Darline Beaudoin. Araignée sauteuse (Maevia inclemens), Luskville.#4. Suzanne Gauthier. Argiope jaune et noire, Huntingdon.#5. Suzanne Gauthier. Argiope jaune et noire, Huntingdon.#6. Christian Anderson. Cantharide livide, Salaberry-de-Valleyfield.#7. Nancy Caron. Charançon (Eurymycter fasciatus), Saint-Calixte.#8. Claude Trifiro. Cicindèle à six points, Windsor.#9. Sylvie Benoit. Coccinelle asiatique, Parc national de Plaisance.#10. Mylène Roy. Longicorne à trois bosses, Clarenceville.#11. Jade Demers. Osmoderme rugueux, Saint-Janvier-de-Joly.#12. Claude Trifiro. Syrphe géminé, Windsor.#13. Steve Masse. Syrphes en accouplement, Montréal.#14. Dominique Aumais. Éphémère du genre Hexagenia, Salaberry-de-Valleyfield.#15. Céline Benoit Anderson. Éphémère du genre Hexagenia, Salaberry-de-Valleyfield.#16. Luc Pouliot. Acanalonide conique, Sainte-Thérèse.#17. Claudia Bergeron. Cicadelle du rhododendron, Neuville.#18. Luc Pouliot. Philène des prés, Sainte-Thérèse.#19. Alexandre Roy. Punaise de la famille Miridae, Port-au-Saumon.#20. Christian Anderson. Réduve masquée, Salaberry-de-Valleyfield.#21. Steve Masse. Abeille cotonnière, Saint-Thomas.#22. Manon Lessard. Abeille coupe-feuilles, Québec.#23. Raphaël Pratte. Abeille domestique, Boucherville.#24. Céline Benoit Anderson. Bourdon fébrile, Salaberry-de-Valleyfield.#25. Sylvie Benoit. Guêpe de l’est, Parc national de Plaisance.#26. Jade Demers. Guêpe svelte du nord, Saint-Lucien.#27. Jacinthe Bégin. Chenille de Sphinx du peuplier, Parc National du Mont-Orford.#28. Manon Lessard. Chenille du papillon monarque , Québec.#29. Nancy Caron. Mineuse du tremble, Saint-Calixte.#30. Claudia Bergeron. Papillon du genre Crambus, Neuville.#31. Jean-Michel Nadeau. Vice-roi, Montréal.#32. Dominique Aumais. Mante religieuse, Salaberry-de-Valleyfield.#33. Jean-Michel Nadeau. Périthème délicate, Montréal.#34. Mylène Roy. Sauterelle à ailes oblongues, Clarenceville.
Formulaire de vote
La période de vote est maintenant terminée. Merci pour votre participation.
Ce récit a été rédigé initialement le 25 juillet 2025.
Pas d’insectes vedettes aujourd’hui… quoique mes vers ont joué les figurants.
Un couple de merles avait élu domicile dans notre cour, perché bien haut dans un arbre. On les voyait aller et venir, bec chargé, se posant brièvement sur notre patio. Un petit spectacle qu’on aimait bien observer.
Puis hier, les vents sont arrivés. On parlait de tornade potentielle. Et avec eux : deux oisillons échoués près de la piscine. Repérés par hasard par ma conjointe. Là gisait un festin potentiel pour un chat du voisinage.
Alors, comme dans toute bonne aventure… il a fallu faire un choix. Et négocier.
Comme plusieurs le savent, ma compagne, DocBébitte, adore les animaux. Toute décision impliquant le vivant demande un certain doigté.
Nous avons donc opté pour la voie du bricolage.
Le nid 2.0.
Une vieille mangeoire, un piquet, un peu de foin. Surtout, beaucoup de ruban adhésif. Vive le ruban adhésif.
Nid 2.0, en place. Oisillons délicatement déposés, légèrement nourris. (Ouais, j’ai une vermiculture. C’est vivant aussi, mais j’ai eu l’autorisation de ma conjointe. Allez savoir? Des milliers de vers sont probablement encore vexés.)
Les parents merles ont hésité. Observé. Attendu. On craignait qu’ils aient abandonné.
Le lendemain, les oisillons étaient toujours là. Vivants. Nourris. Acceptés.
Famille réunie. Chat frustré. Caroline soulagée.
Les deux rescapés.
Seul bémol: notre piscine figure désormais sur leur territoire.
Et ma compagne se fait observer. Elle semble même apprécier d’être épiée. Dois-je m’inquiéter?
Vidéo de ma compagne épiée (et un peu plus, gracieuseté de DocBébitte).
Épilogue
Les jours suivants, les merles sont restés dans leur Nid 2.0. Un seul parent s’est adapté au nouveau nid, et un seul oisillon a survécu, l’autre ayant succombé à sa chute. Avec beaucoup d’originalité, nous avons prénommé l’oisillon en santé Ti-Pit. Éventuellement, Pit a chuté de nouveau, mais il s’est attardé plusieurs jours dans notre cour. Il s’est finalement éloigné pour de bon, sous la conduite de son parent.
J’ignore ce qui s’est ensuite passé, mais je choisis de bien conclure le récit. Imaginons-le émancipé. Qui sait, Pit reviendra peut-être dans notre cour l’an prochain et contribuera à la prochaine génération?
Pour terminer, un petit survol des grands groupes d’orthoptères – sauterelles, mais aussi grillons, criquets et autres – vous plairait? Plongez dans ma capsule de 2013 :
Chaque été, alors que d’autres reçoivent des cartes postales ou des photos de couchers de soleil, j’ai plutôt le plaisir de recevoir, de parents ou d’amis… des photos d’insectes! Dont plusieurs que je n’ai pas eu la chance de photographier moi-même.
C’est le cas de la vedette du jour : un splendide anax d’Amérique (Anax junius; aussi retrouvé sous le nom d’anax de juin ou anax précoce, selon les sources). Il s’agit d’une grosse (68-80 mm) libellule colorée de la famille Aeshnidae.
La photo provient de Karl, un compagnon de randonnée de mon conjoint, visiblement bien informé du curieux penchant que la douce moitié de son comparse a pour les insectes!
Le bel anax d’Amérique, photographié par Karl.
J’ai reconnu la superbe libellule au premier regard : thorax vert éclatant, abdomen bleuté… aucun doute! Et il s’agit d’une espèce que j’ai sur ma liste d’envies. Jusqu’ici, mon seul cliché remonte à mon voyage en Californie, dans la Vallée de la Mort, où je n’ai photographié qu’un individu moribond. Karl, lui, a eu la chance d’en dénicher un bien vivant – et perché!
Le spécimen moribond que j’ai trouvé.
Pourtant, l’anax d’Amérique n’est pas une espèce si rare. C’est juste qu’il est difficile d’en surprendre un, tranquillement perché, à attendre de se faire prendre en photo!
La marque en forme de cible.
Je vous mentionnais que cet arthropode se reconnaît facilement. En matière d’espèces similaires à nos latitudes, l’anax d’Amérique se distingue des autres membres de la famille Aeshnidae par la combinaison verte et bleue du mâle, qui est unique. La femelle ou les individus immatures peuvent être confondus avec l’anax ardent (A. longipes), retrouvé dans les états américains bordant le sud du Québec. Néanmoins, l’anax d’Amérique possède une marque en forme de cible (bull’s eye en anglais) sur le dessus du front, ce qui permet de l’en distinguer.
Autre point : la tenue du mâle semble facile à reconnaître, mais qu’en est-il des femelles et des immatures? En particulier, je voulais confirmer que le spécimen croqué sur le vif par Karl était bien un mâle. Je croyais que tous les mâles arboraient un abdomen largement bleuté. Or, ce n’est pas tout à fait exact. Dans un nouveau livre sur les libellules que je me suis offert ce printemps – Lam, 2024 – j’ai lu que les mâles immatures ou retrouvés à des températures plus froides peuvent exhiber un abdomen mauve à brun roux. L’abdomen de la femelle, quant à lui, semble pouvoir osciller entre le vert et le brun-kaki. Mais, à des latitudes plus faibles, comme dans la Vallée de la Mort, il peut s’avérer davantage bleuté. Comment donc s’assurer que les individus sur mes différentes photos sont des mâles ou des femelles?
J’ai appris deux autres trucs très utiles pour ce faire!
Premièrement, la bande sombre dorsale qui court au centre de l’abdomen s’interrompt au troisième segment chez le mâle, mais remonte jusqu’au second chez la femelle.
La bande sombre dorsale se rend au second segment chez la femelle (à gauche) et en est absente chez le mâle (à droite).
Ensuite, les appendices tout au bout de l’abdomen (appendices caudaux) sont munis d’une petite pointe visible chez le mâle, alors qu’ils sont arrondis et d’apparence plus lisse chez la femelle.
On devine la petite pointe chez le mâle (à droite) par opposition à la femelle (à gauche).
Verdict? Le spécimen figurant sur la photo de Karl est un mâle! Alors que celui que j’ai observé en Californie est une femelle.
Identification : faite! Passons maintenant à ses habitudes.
Je laissais entendre plus haut que cette espèce ne s’arrête pas assez souvent à mon goût pour se laisser photographier. C’est que le mâle est affairé à patrouiller activement autour des milieux aquatiques à la recherche d’une partenaire. Néanmoins, une fois qu’il a déniché une femelle, le couple forme un tandem et il procède à la ponte en gardant cette position. Cela est un fait inusité au sein de la famille Aeshnidae et constitue un critère pour distinguer les anax d’Amérique des autres membres du groupe.
La ponte peut se faire dans les milieux à proximité d’où le tandem est formé, ou s’exécuter à bien des lieues de là. En effet, l’anax d’Amérique est reconnu comme un migrateur susceptible de se déplacer vers le nord au printemps, et vers le sud à l’automne, pour coloniser de nouveaux horizons. Certaines sources suggèrent d’ailleurs qu’il y aurait cohabitation des populations migratrices et résidentes de cette espèce en Amérique du Nord. Les populations résidentes, elles, sont composées d’individus pondus pendant l’été, mais qui demeurent sous l’eau pendant tout l’hiver, pour se métamorphoser sur place l’été suivant. Bref, notre belle libellule combine deux stratégies pour assurer sa pérennité.
Cette aptitude à migrer fait qu’elle figure parmi les premiers odonates observés au début de l’été à nos latitudes – dès mai, selon Paulson (2011). À cet effet, Savard et collab. (2022) suggère que l’un des noms français de cette espèce, anax précoce, « évoque l’arrivée hâtive des premiers individus migrateurs au Québec ».
L’anax d’Amérique est couramment retrouvé autour d’étendues d’eau calmes. Les naïades (stade juvénile) se développent d’ailleurs dans les milieux lentiques, c’est-à-dire là où le courant est faible ou inexistant. On les observe donc dans les étangs, les lacs, ainsi que les tronçons calmes de rivières.
Je vous ai mentionné à de multiples reprises que les libellules sont des prédateurs hors pair. L’anax d’Amérique n’y échappe pas. Tant les naïades que les adultes constituent de voraces prédateurs. Ils sont jugés utiles, car ils se nourrissent notamment des larves ou des adultes de moustiques (Culicidae), de mouches noires (Simuliidae) ou de mouches à chevreuil (Tabanidae)… Plus efficaces que n’importe quel chasse-moustique! De plus, il s’agit de libellules si grosses qu’on retrouve même sur leur menu des papillons et… d’autres libellules!
En plus de constituer l’une des premières espèces observées au Québec, cette flamboyante libellule fait partie de celles rencontrées plus tard, à la toute fin de l’été, en septembre. Gardez donc vos yeux – et vos appareils photo – grands ouverts : vous pourriez peut-être encore croiser ce grand voyageur… en train de faire une pause rare et précieuse!
Desroches, J.-F. et Tanguay M. (2025). Les invertébrés du Québec et leurs noms français. En collaboration avec l’Office québécois de la langue française. Québec. 518 p.