Certains insectes sont vêtus d’habits coriaces et semblent prêts à affronter toute menace. C’est le cas d’un gros individu que j’ai retrouvé mort au sol l’été dernier et qui figure sur la photographie ci-dessous.
Je vous parlerai plus amplement de cet insecte lors de la prochaine chronique, mais, entre temps, je vous laisse le plaisir de tenter de deviner à quel groupe il appartient!
Vous êtes invités à répondre à cette devinette sur la Page Facebook DocBébitte ou en inscrivant vos réponses dans la section « Commentaires » de la présente chronique. La réponse sera fournie lors de la prochaine publication DocBébitte!
Quel insecte ou quel groupe d’insectes est muni d’une cuirasse comme celui-ci?
Cette semaine, je vous raconte l’histoire d’une photo! Vous avez sans doute remarqué que je vous recommande souvent, lorsque vous prenez des clichés d’invertébrés, de les photographier de tous bords, tous côtés, afin de permettre une identification réussie des individus. Il arrive toutefois que certains insectes présentent des caractéristiques singulières, permettant de les reconnaître à partir d’une simple photo. C’est le cas de notre invertébré de la semaine.
Il faut dire qu’il n’y avait pas de risque que je rate ladite photo. Celle-ci me fut transmise à trois reprises en cinq minutes par mon père (Ah, les parents et la technologie!). Cela dit, le papillon de nuit qui y figurait présentait plusieurs attributs inusités, incluant ce que je pourrais qualifier de « houppes », ainsi qu’une marque pâle de forme particulière sur l’aile. Cette marque était constituée d’une partie supérieure ovale jointe à ce qui ressemblait à un « V » inversé. Selon les individus, ces deux formes ne sont pas toujours liées (voir cette photo tirée de Bug Guide en exemple). En outre, ces caractéristiques me permirent de confirmer l’espèce photographiée : un autographe commun (Autographa precationis).
L’autographe commun observé par mon père
L’autographe commun appartient à la grande famille des noctuelles (Noctuidae), des papillons de nuit dont plusieurs espèces sont bien connues, car elles sont attirées par les lumières les soirs d’été. C’est le cas de notre papillon, que l’on rencontre habituellement dans les champs, les jardins et tout autre endroit ouvert où poussent des herbacées variées. Comme leur période de vol s’étale de l’été au début de l’automne et qu’ils nous côtoient de près, il n’est donc pas inusité que mon père ait observé un individu de cette espèce en ville à ce temps-ci de l’année.
Ce n’est sans doute pas une surprise de rencontrer l’adulte près de lieux où poussent toutes sortes de « mauvaises » herbes : la chenille se délecte d’une vaste variété de plantes herbacées, incluant les pissenlits, les chardons, les plantains, certaines espèces de malvacées, les trèfles et les tournesols. Celle-ci est d’ailleurs très jolie et marie le vert et le noir à perfection (voir cette photographie – les pattes noires et la bande noire englobant les yeux sont deux critères aidant à l’identification).
Quelques détails pour vous aider à l’identification de cette noctuelle
Quelques adultes d’autres espèces de noctuelles appartenant à la même sous-famille que l’autographe commun (Plusiinae) pourraient être confondus avec ce dernier. C’est cependant la combinaison de la marque pâle sur l’aile avec une tache roussâtre à l’arrière de cette dernière, ainsi qu’une fine ligne blanchâtre dont la base touche pratiquement celle du V inversé, qui permet de le différencier de ses consœurs noctuelles – notamment la fausse-arpenteuse du chou (Trichoplusia ni) qui ne possède pas de ligne pâle (voir ici) ou la chenille arpenteuse du soja (Chrysodeixis includens) dont la ligne est située plus loin vers l’avant (cette photo).
Ce joli papillon de taille moyenne (18 à 20 millimètres de long; envergure des ailes atteignant 38 millimètres) peut produire au moins trois générations par année selon la latitude – Wagner (2005) parle plus précisément de deux générations dans les environs du Connecticut et trois plus au sud. Cette productivité, associée au fait que notre autographe vit près de nos maisons, en fait un papillon de nuit que vous risquez fort d’observer! Avec les froids automnaux qui s’amorcent, c’est toutefois une partie remise pour l’été prochain!
Pour en savoir plus
Beadle, D. et S. Leckie. 2012. Peterson field guide to moths of Northeastern North America. 611 p.
Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.
Après bientôt trois ans d’existence du blogue DocBébitte sur Internet, dont un peu plus de deux années sur Facebook, c’est un plaisir de voir la communauté de lecteurs Facebook franchir un nouveau jalon : vous êtes maintenant plus de 100 personnes à suivre les aventures de DocBébitte!
Je vous remercie pour vos nombreux encouragements et vos suggestions toujours très appréciées. Je réitère d’ailleurs que DocBébitte, c’est aussi pour vous! Si vous souhaitez voir un sujet traité, n’hésitez pas à le mentionner!
Pour ceux qui suivent le blogue Internet et qui désirent se joindre à la communauté Facebook, vous pouvez nous joindre en suivant ce lien : Page Facebook DocBébitte.
Au plaisir de vous accueillir!
Cette araignée sauteuse est heureuse d’accueillir les 100e et 101e visiteurs DocBébitte sur Facebook cette semaine!
Agelenopsis potteri mâleLa toile en entonnoir caractéristique des Agelenidae
C’est avec enthousiasme que je vous entretiens cette semaine au sujet d’une famille d’araignées que j’ai bien à cœur : les Agelenidae. J’avais envie de vous parler de ce groupe d’arachnides depuis déjà belle lurette et l’occasion se présente enfin!
Pourquoi un tel enthousiasme pour des araignées qui, il faut le dire, ne figurent habituellement pas au top 10 des invertébrés les plus appréciés? D’une part, il s’agit du premier groupe d’araignées que j’ai appris à identifier à l’espèce. D’autre part, c’est une famille qui est omniprésente et pour laquelle j’ai moult anecdotes à raconter – incluant un retour en enfance lorsque j’habitais chez mes parents!
Commençons donc!
Que vous soyez spécialiste ou profane, vous connaissez sans aucun doute les agélénidés, et ce, pour deux raisons. Tout d’abord, les individus appartenant au genre Tegenaria – que l’on nomme communément « tégénaires » – sont associés aux habitations humaines. Ils s’abritent dans nos maisons où ils sont actifs pendant la majorité de l’année. Les tégénaires sont cosmopolites et sont retrouvées dans de nombreux pays autour du globe; elles sont donc bien connues des humains, qu’elles ont suivi dans leurs déplacements. Deuxièmement, les membres du genre Agelenopsis sont très communs autour de nos maisons. Leurs toiles en forme d’entonnoir sont caractéristiques et tapissent nos haies, clôtures et murs extérieurs. Bref, les Agelenidae nous côtoient de près.
C’est surtout ce second genre – Agelenopsis – que je connais davantage. Lorsque j’étais petite, les haies de thuyas entourant la maison familiale étaient parsemées de petites toiles en forme d’entonnoir. Je m’amusais alors à jeter de petits bouts de gomme sur la plate-forme bordant le creux de l’entonnoir afin de voir sortir, à grande vitesse, une araignée croyant attraper une proie. L’araignée déçue avait vite fait de décrocher mon bout de gomme et de le jeter par terre, puis de retourner dans son antre en attendant patiemment une vraie proie!
A. potteri mâle – bien que rapides, les agélénidés peuvent être manipulés!Tout support est bon pour une toile d’Agelenidae
Fait que je ne savais pas à ce moment, la soie tissée par les Agelenidae n’est pas collante. Plutôt que de baser leur tactique de chasse sur une toile collante où leur proie reste coincée, ces araignées se fient à leur vitesse d’exécution. Ainsi, elles attendent patiemment, tapies dans leur retraite en forme d’entonnoir, qu’un insecte tombe dans leur toile. Vites comme l’éclair, elles bondissent sur l’individu en question. Il faut dire que leurs pattes sont munies de fins poils qui sont très sensibles aux vibrations – ce qui leur permet de réagir rapidement à tout stimulus! Cela inclut, bien sûr, des bouts de gomme jetés sur la toile!
Les Agelenopsis sont de taille moyenne et peuvent atteindre une longueur frôlant les 2 centimètres. Ces araignées se reconnaissent non seulement par les toiles en forme d’entonnoir qu’elles tissent, mais aussi par leur morphologie distincte : corps plutôt allongé, longues filières et, chez les mâles, longue spirale visible à l’œil nu ornant la partie ventrale des pédipalpes. Bien que d’autres familles d’araignées comprennent des individus tissant des toiles en forme d’entonnoir, ce seraient les agélénidés qui seraient les plus communs selon Bradley (2013). Si vous êtes attentifs aux différentes caractéristiques citées ci-dessus, vous devriez être en mesure de confirmer que les espèces observées sont ou non des Agelenidae.
La retraite en forme d’entonnoir est munie d’une seconde issue située à l’arrière de la toile. Cela permet à l’araignée de fuir de potentiels prédateurs. J’ai d’ailleurs pu observer un individu du genre Agelenopsis fuir une guêpe parasitoïde de cette façon. J’ai tout juste eu le temps de prendre une courte vidéo de la situation, que vous pouvez visionner à la fin de la présente chronique.
Quelques trucs pour identifier un AgelenopsisA. potteri versus A. utahana
Les deux genres d’Agelenopsis présents au Québec sont Agelenopsis potteri et Agelenopsis utahana. Ces deux genres se côtoient dans la portion méridionale et sud de la province. A. utahana est cependant un peu plus nordique que A. potteri et se retrouverait jusqu’à la forêt boréale. À noter que, selon Paquin et Dupérré (2003), deux autres espèces pourraient aussi être retrouvées à l’extrême sud de la province : A. actuosa et A. emertoni. Avec les changements climatiques et l’extension d’aire vers le nord observée pour de nombreuses espèces animales et végétales, peut-être seront-elles de plus en plus remarquées dans le futur.
Pour ma part, je retrouve des membres de A. potteri et A. utahana régulièrement autour de ma demeure (à la hauteur de la ville de Québec). Ce sont d’ailleurs ces deux espèces d’araignées que j’ai appris à identifier en premier. En effet, j’ai commencé à recueillir les invertébrés qui tombaient dans ma piscine à la fin de l’été 2013. J’ai vite réalisé que les mois d’août et de septembre étaient des mois où les Agelenopsis – en particulier les mâles – se promenaient beaucoup au sol. En se déplaçant, ces derniers tombaient dans ma piscine qui est située à la hauteur du sol et s’y noyaient.
Comme mentionné plus tôt, les mâles arborent des structures en forme de spirale sous leurs pédipalpes qui s’avèrent représentatives du genre Agelenopsis. Chez A. potteri, la spirale est plus épaisse et se termine par une pointe recourbée qui fait penser à un petit crochet. On peut même apercevoir cette courbure sur les photographies d’individus vivants si l’on est attentifs. J’ai également remarqué que les individus A. utahana étaient généralement plus jaunâtres et n’arboraient pas de lignes brunes aussi distinctes que A. potteri sur le céphalothorax. Il n’en demeure pas moins que Paquin et Dupérré (2003) précisent que la coloration peut être variable chez ces individus… La meilleure façon de les identifier à l’espèce sans avoir de doute est par conséquent d’examiner les pédipalpes. Pour ce qui est des femelles, la tâche est plus complexe et il faut préférablement les examiner sous une loupe stéréoscopique!
Si vous apercevez des araignées dans des toiles en forme d’entonnoir, vous saurez maintenant quelles caractéristiques examiner afin de savoir à quel individu vous faites face! Si le fait d’approcher ces araignées vous fait un peu peur, je peux vous rassurer : bien qu’ils soient rapides et plutôt voraces, toutes les sources que j’ai consultées s’entendent pour dire que les Agelenidae sont inoffensifs. Ils préféreront prendre la fuite avant d’attaquer! Comme l’adage le veut : les petites bêtes ne mangent pas les grosses!
Vidéo 1. Agelenopsis qui a fui par l’issue arrière de sa retraite alors qu’une guêpe parasitoïde tente de l’attraper en entrant par la partie avant. Échappée belle!
Pour en savoir plus
Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.
Les jeux sont faits! Vous vous êtes prononcés quant à votre photo « coup de cœur » et c’est le cliché représentant un hyménoptère tout vert et pris par Mme Julie Cusson qui a reçu le plus grand nombre de votes. Félicitations à Mme Cusson et, comme promis, le reste de la présente chronique fera le portrait de l’insecte photographié!
Avant de me lancer, je souhaiterais commencer par remercier tous les participants au concours amical de cette année qui ont soumis de superbes clichés, souvent hauts en couleur! De nombreux lecteurs qui ont voté m’ont d’ailleurs indiqué que le choix s’avérait fort difficile. Bravo pour vos jolis clichés et pour avoir partagé votre passion des insectes et de la photographie!
Photographie gagnante du concours amical de 2015 – Augochlora pura par Julie Cusson
Parlons maintenant de notre insecte-vedette. Je dois tout d’abord préciser que l’identité de l’insecte – Augochlora pura – a été fournie par la photographe. Comme je l’ai déjà mentionné, je suis une entomologiste amateur qui a tout à apprendre au sujet de nombreux groupes d’insectes. Les hyménoptères en font partie : cet ordre représente un groupe varié et je vous mentirais si je vous disais que je maîtrise l’identification des espèces qui y appartiennent.
Chez les hyménoptères, on retrouve quelques familles qui comprennent des individus de coloration vert ou bleu métallique, dont les Halictidae, les Megachilidae et les Chrysididae. Si je me fie à Borror et White (1970), ainsi qu’à Marshall (2009), l’examen attentif des motifs sur les ailes, ainsi que de leur forme est d’une grande importance dans la distinction de ces familles – ce qu’on ne voit pas toujours bien sur une photo individuelle! Dans notre cas, Augochlora pura est une jolie abeille appartenant à la famille Halictidae.
Ce petit halicte de 8 mm de long est bien réparti dans l’est de l’Amérique du Nord. Habituellement de couleur vert métallique, il peut toutefois prendre des teintes cuivrées, dorées et même bleutées. On peut l’observer butinant sur des fleurs de diverses variétés : amélanchier, hydrangée, asclépiade, rhododendron, aster, mauve (malva), rudbeckies et j’en passe! Il n’est donc pas surprenant de le voir en action sur de jolies fleurs, comme c’est le cas sur notre photo gagnante!
Ce petit pollinisateur vit sous l’écorce des arbres, souvent dans le bois mort ou pourri, ou encore dans des galeries taillées par des insectes xylophages. Une des sources consultées suggère qu’il vivrait aussi sous terre, en particulier lorsque celle-ci n’est pas compactée et permet la libre circulation.
Les femelles A. pura ramènent au nid le pollen qui servira à nourri leurs larves qui se développent dans des cellules habituellement situées tout au bout des galeries. Selon Borror et White (1970), il arrive que plusieurs individus établissent leur nid à proximité les uns des autres de sorte qu’ils utilisent les mêmes galeries pour circuler. Marshall (2009), quant à lui, indique que les halictes de façon générale (pas spécifiquement A. pura) nichent souvent en groupes et peuvent prodiguer des soins à l’ensemble des jeunes, qu’ils soient les leurs ou non. Il n’en demeure pas moins que le mode de vie solitaire semble aussi être fréquent, suggérant une variabilité dans le comportement social de cette famille.
Ces abeilles seraient parmi les premières à être observées au printemps, puisqu’elles seraient plus tolérantes au froid que plusieurs de leurs consœurs. Les premiers individus observés seraient généralement des femelles fécondées qui passent l’hiver à l’abri dans leurs galeries. Les larves survivent également à l’hiver en demeurant sous le bois et elles émergent un peu plus tard pendant la saison estivale.
Pour terminer, vous pourriez être tentés de manipuler ces sympathiques petites abeilles. Vous devrez cependant user de prudence, car il semblerait qu’elles soient en mesure de piquer! Sur ce, bonnes observations et bravo encore à Julie Cusson pour ce cliché coloré!
Pour en savoir plus
Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.