Des insectes propres propres

Parmi les tâches quotidiennes que nous exécutons, quoi de plus coutumier que de se laver? Plus ou moins chaque jour (selon nos critères de propreté!), nous prenons douches et bains, dans l’objectif louable de désincruster notre peau et nos cheveux des impuretés qu’ils ont recueillies pendant la journée. De façon similaire, nous voyons souvent nos chats, chiens ou oiseaux domestiques prendre le temps de se nettoyer.

Les insectes ne sont pas en reste! Eux aussi accordent beaucoup d’importance à leur hygiène corporelle. Le fait de se laver leur apporte en effet plusieurs bienfaits.

Mouche lave
Les mouches passent beaucoup de temps à se laver – Celle-ci se frotte les pattes l’une contre l’autre
Coccinelle asiatique lave
Coccinelle asiatique qui se lisse les antennes

Tout d’abord, les insectes sont munis d’organes sensoriels délicats qui, s’ils sont sales, n’opèrent pas convenablement. À titre d’exemple, leurs antennes peuvent servir à de multiples fins (odorat, goût, texture, température, etc.) et doivent par conséquent être dépourvues d’impuretés. Sans un nettoyage régulier des antennes, il devient difficile pour les insectes de trouver leur nourriture, éviter les prédateurs ou encore trouver un partenaire. De même, le nettoyage permet aux insectes volants de lisser leurs écailles de sorte à diminuer la friction lorsqu’ils sont en vol.

Le nettoyage quotidien permet aussi de se débarrasser des organismes pathogènes et des parasites qui pourraient autrement devenir trop abondants et altérer la qualité de vie de l’insecte qui en est porteur. De plus, certains insectes profitent des séances de nettoyage pour se badigeonner le corps de sécrétions corporelles. Ces dernières sont souvent utiles pour s’identifier entre espèces et dénicher un partenaire intéressant.

Fait étonnant, une des sources que j’ai consultées suggère que, tout comme chez plusieurs mammifères et oiseaux, le comportement conduisant les insectes à se « nettoyer » peut être induit par le stress. Qui aurait cru qu’un insecte stressé puisse développer la manie de se laver?

Les tactiques de nettoyage sont nombreuses et variées. Afin d’atteindre les différentes parties de leur corps, les insectes se frottent avec leurs pattes, se grattent ou se lèchent avec leurs pièces buccales, s’étirent et se secouent les ailes et « gigotent » dans tous les sens. Certains insectes pratiquent également le « nettoyage communautaire ». Par exemple, les abeilles et les termites se servent de leurs pièces buccales afin d’enlever tout débris ou parasite du corps de leurs consœurs. Chez les fourmis, une étude récente a permis d’observer que la fourmi noire des jardins nettoie ses larves afin de les débarrasser de spores nocives pour la communauté. Elle prélève ces spores avec sa bouche, puis les recrache ensuite plus loin sous forme de boulettes.

Scuddérie_2
Cette scuddérie utilise sa bouche pour se nettoyer les pattes

Quoi de mieux pour illustrer certaines tactiques utilisées par les insectes que des vidéos que j’ai prises l’été dernier? Une image vaut mille mots, dit-on! Ces vidéos, que vous pourrez visionner ci-dessous, présentent en un premier temps une cicindèle à six points. J’avais rescapé cette dernière de ma piscine. On la voit se frotter frénétiquement les pattes et les ailes. La seconde vidéo présente un autre insecte que j’avais également retrouvé dans ma piscine. Il s’agit d’un petit hyménoptère bleu que je n’ai malheureusement pas encore identifié. Il utilise notamment ses pattes afin de lisser et de nettoyer ses antennes. Pour terminer, on voit un syrphe (mouche à fleurs) qui se nettoie les yeux à l’aide de ses pattes, pour ensuite les ramener vers ses pièces buccales.

Voilà ce qui vous prouvera que les insectes, quoiqu’on en pense, accordent beaucoup d’importance à la propreté! Selon une de mes sources, ils seraient même pires que des adolescents imbus d’eux-mêmes, tellement ils passent de temps à se nettoyer!

Bon visionnement!

 

1 – Vidéo de la cicindèle à six points

 

2- Vidéo de l’hyménoptère bleu

 

3- Vidéo du syrphe

 

Pour en savoir plus

L’élusive chrysope

Le monde des insectes est vaste et grand. Certains d’entre eux, très communs, peuplent abondamment nos cours et nos maisons. D’autres paraissent plus élusifs. C’est le cas, me semble-t-il, des chrysopes. Pour ma part, du moins, je ne vois tout au plus qu’un individu par été. Avez-vous eu plus de chance que moi?

Chrysope 2012
Chrysope observée dans ma cour en 2012
Chrysope aile
Ailes d’une chrysope que j’ai trouvée séchée dans une toile d’araignée

Les chrysopes font partie de l’ordre des neuroptères (Neuroptera; famille des Chrysopidae). Vêtues de vert vif, elles sont faciles à reconnaître. Elles se distinguent également par de longues ailes translucides et fortement nervurées, qu’elles maintiennent en toit au-dessus de leur abdomen lorsqu’au repos. D’ailleurs, le terme « neuroptère » réfère aux nombreuses nervures qu’arborent les ailes. De plus, les chrysopes sont munies de grands yeux globuleux et iridescents, fréquemment dans les teintes de jaune ou de rouge métallique.

On retrouve les chrysopes un peu partout en Amérique du Nord, comme le témoigne une de mes photographies prise à Badwater basin, à Death Valley en Californie. Il s’agit de l’endroit le plus bas en Amérique du Nord, situé 282 pieds sous le niveau de la mer. Les quelques autres fois où j’ai pu en observer, c’était ici à Québec (un peu moins exotique, je sais!).

Les chrysopes sont des insectes bénéfiques. Les larves, en particulier, constituent de voraces prédateurs. Les adultes pondent les œufs au printemps, habituellement à proximité d’une source de nourriture (par exemple, une colonie de pucerons). Les œufs ont une curieuse apparence : tous blancs, ils sont suspendus à une tige rigide et mince, de sorte à être hors d’atteinte des prédateurs – notamment leurs propres frères et sœurs. Ils ressemblent en quelque sorte à une moitié de Q-tips miniature (voir cette photographie).

Comme mentionné, les larves ont un appétit tellement vorace qu’elles sont susceptibles de manger leurs propres parents. Elles ne font pas la fine bouche et consomment aussi une myriade d’autres invertébrés : pucerons, mites, thrips, larves de mouches et divers invertébrés au corps mou. Ce sont de vraies gloutonnes : selon les sources consultées, elles peuvent consommer 10 pucerons à l’heure, 30 à 50 acariens rouges du pommier à l’heure, jusqu’à 200 insectes par semaine, ou encore 200 à 500 individus pendant la durée de leur stade larvaire (environ dix-huit jours). Imaginez-les débarrasser vos plantes de leurs pucerons à la vitesse de l’éclair!

Les larves ont une allure bien particulière qui me fait penser à une sorte de dragon miniature (photographie à l’appui). Elles sont notamment dotées de fines mandibules allongées dont elles se servent pour injecter des enzymes digestifs dans leurs proies. Elles n’ont ensuite qu’à siroter les tissus liquéfiés! Une de mes sources précise que ce « venin », également produit par les adultes, est suffisamment fort pour induire des démangeaisons, voire des douleurs chez les humains. Doigts trop curieux s’abstenir! Étrangement, certaines larves agglutinent les exosquelettes de leurs proies et/ou divers débris sur leur dos, de sorte à se camoufler. Elles se retrouvent ainsi incognito, au beau milieu de leur garde-manger! À cet effet, je vous recommande d’aller voir cette première photographie, ainsi que cette seconde. Impressionnant, n’est-ce pas?

Chrysope Death Valley
Chrysope observée à Death Valley, en Californie
Chrysope 2009
Chrysope observée dans ma cour en 2009

Les adultes, de leur côté, adoptent une diète plus variée. Certains sont prédateurs (ils aiment bien les pucerons en particulier), alors que d’autres se délectent de nectar et de pollen. Certaines espèces optent pour les deux! D’ailleurs, selon le livre Solutions écologiques en horticulture, on peut attirer les chrysopes adultes dans notre cours en y laissant pousser des fleurs riches en nectar et en pollen (camomille, échinacée, pissenlit et tournesol, pour n’en nommer que quelques-unes), ainsi qu’en prévoyant la présence d’un point d’eau comme un bain d’oiseau. Évidemment, la présence de colonies de pucerons ne nuit pas… quoiqu’on ne fasse habituellement pas exprès pour encourager leur prolifération!

Fait intéressant, les sources que j’ai consultées indiquent que les chrysopes adultes sont susceptibles de dégager une odeur désagréable lorsqu’elles sont manipulées. Cela ne s’est pas produit pour ma part. Est-ce parce qu’elles sont à l’aise avec mon approche? Il faut préciser que je ne les capture pas au sens propre : je les laisse simplement grimper sur mes doigts. D’un autre côté, est-ce parce que je n’ai pas un bon odorat? Je ne suis pas en mesure de vous le confirmer à ce point, mais je serais ravie de vous entendre sur vos expériences en la matière!

Pour terminer, les sources consultées mentionnent que les adultes seraient plutôt nocturnes. Certains d’entre eux seraient d’ailleurs en mesure de détecter les ultrasons émis par les chauves-souris à l’aide de veines ultrasensibles situées sur leurs ailes! Bref, le mode de vie nocturne des chrysopes expliquerait sans doute pourquoi je n’ai pas eu la chance d’en observer fréquemment. Vous pouvez compter sur moi pour commencer à attirer et observer des insectes nocturnes l’été prochain. Peut-être tomberais-je sur l’élusive chrysope et d’autres découvertes du genre!

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
  • Chaumeton, H., Directeur. 2001. Insectes. 384 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.
  • Bug Guide. Family Chrysopidae – Green lacewings. http://bugguide.net/node/view/140

Concerto pour demoiselle orthoptère

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Les organes sur les tibias des scuddéries sont leurs oreilles!

Dans la capsule de la semaine dernière, je vous demandais de deviner à quoi sert l’organe situé sur le tibia d’une espèce de scuddérie (sauterelle). Aviez-vous deviné qu’il s’agissait… de ses oreilles?

Je vous ai déjà glissé quelques mots dans de précédentes chroniques à l’effet que certains orthoptères étaient des virtuoses du chant. Il n’est donc pas surprenant de réaliser que ces derniers sont bien équipés pour transmettre des sons et les recevoir… Même si les organes qui y sont associés sont situés à de bien drôles d’endroits!

Ce ne sont pas tous les orthoptères qui sont de bons chanteurs. C’est pourquoi je mettrai l’accent dans cette chronique sur deux grands groupes, ceux que l’on entend habituellement nous faire de jolis concerts lors de douces soirées d’été : les tettigonies ou sauterelles (famille des Tettigoniidae) et les grillons (famille des Gryllidae).

Himmelman livre
Livre qui a inspiré la présente chronique

Tout d’abord, j’aimerais souligner que l’envie de vous parler des chants de certains orthoptères a été déclenchée par un cadeau que j’ai reçu à Noël. Il s’agit d’un guide visuel sur les insectes chanteurs nocturnes, qui est accompagné d’un CD sur lequel on retrouve les chants en question (Himmelman 2009). Fait intéressant, il existe aussi un site Internet permettant d’écouter les chants de différents insectes (orthoptères et cigales – suivre ce lien). Il est donc non seulement possible de tenter d’identifier ces insectes à partir de photographies ou de guides visuels, mais également à partir des sons qu’ils émettent.

Et justement, les orthoptères chanteurs sont généralement assez discrets, visuellement parlant. Il est souvent plus facile de les repérer au son! C’est pourquoi les scuddéries, par exemple, ressemblent aux feuilles vertes et tendres parmi lesquelles elles se cachent. Il en est de même pour les grillons, qui vivent au sol, cachés sous les roches, les feuilles mortes et les brindilles. Ces derniers arborent des couleurs sombres et ont un corps aplati, parfait pour passer inaperçu.

C’est généralement lorsque la journée achève – quoique plusieurs orthoptères chantent aussi le jour – que les sauterelles et les grillons dévoilent leur présence. S’élève ainsi toute une chorale de cri-cri-cri et chiiiiirp chiiiiirp déferlant du sol à la cime des arbres.

Grillon
Les grillons aussi produisent des stridulations avec leurs ailes – Il s’agit cependant ici d’une femelle
Scuddérie_2
Femelle scuddérie – A-t-elle déjà répondu au chant d’un mâle?

Naturellement, cette jolie chorale a pour objectif d’attirer un partenaire. J’en ai d’ailleurs glissé un mot dans cette chronique de la Saint-Valentin. Or, comment les orthoptères produisent-ils ces sons?

Les tettigonies et les grillons produisent une vaste variété de sons en frottant leurs ailes les unes contre les autres. Plus précisément, la base des deux ailes (près de la tête) est pourvue d’une section plus dure, formant une sorte de crête. C’est ce qui est appelé l’organe ou la surface stridulatoire. Pour l’une des deux ailes, la crête est dentelée (voir cette photo), alors qu’elle est lisse pour la seconde. Vous pouvez donc vous imaginer comment le son est produit! Une des sources que j’ai consultée compare d’ailleurs le frottement produit à un ongle qui frotte contre une fermeture éclair.

En frottant ces deux surfaces à différentes vitesses, les tettigonies et les grillons parviennent à produire des « chirp » plus ou moins prononcés et plus ou moins longs. De plus, les caractéristiques de l’organe stridulatoire, comme sa dureté, l’espacement entre les « dents » ou l’épaisseur de ces dernières, vont également moduler le son. Le tout est amplifié par une « caisse de résonnance » située à proximité de l’organe stridulatoire.

J’ai trouvé plusieurs vidéos sur Internet où l’on peut observer des grillons ou des tettigonies en pleine campagne de stridulation! Voici quelques recommandations (cliquer sur le titre en caractère gras) :

  • Vidéo d’un grillon – on peut entendre les « cri-cri-cri » incessants de ce dernier. Notez comment les ailes bougent! On parle ici de « cricket » en anglais, mais il ne faut pas confondre avec « criquet » en français qui réfère plutôt aux membres de la famille des acrididae (voir cette précédente chronique).
  • Vidéo d’une tettigonie – cette dernière fait des « clics-clics-clics ». Regardez la vidéo à partir de la minute 2 :40 et vers la minute 5 :15. Vous pourrez voir les ailes qui bougent au fur et à mesure que l’on entend les « clics ». Attention, la qualité visuelle est limitée; la vidéo donne tout de même une idée de ce type de chant.
  • Vidéo d’une autre tettigonie – celle-ci produit plutôt des « screech screech »!

Cela dit, si vous souhaitez en savoir plus sur ces orthoptères chanteurs, je vous invite à vous acheter le guide de Himmelman (2009) ou encore vous connecter sur la page Internet du guide de Walker et Moore – tous deux cités ci-dessous. Ainsi, lors des prochaines soirées d’été, vous serez en mesure d’identifier quelle vedette, au juste, est en train de vous faire un concert!

Pour en savoir plus

Capsule: à quoi sert cet organe?

Dans le merveilleux monde des insectes, les organes ne sont pas toujours placés à l’endroit où l’on pourrait s’y attendre. Dans la prochaine chronique, je vais vous parler à nouveau des orthoptères, mais en focalisant sur certaines activités particulières auxquelles ils s’adonnent.

Je vais en outre vous parler de l’utilisation qu’ils font de certains organes… Dont un organe qui, chez les scuddéries, se situe sur le tibia.

D’ici la prochaine chronique, je vous pose donc la question suivante : de quel organe peut-il bien s’agir?

Scuddérie_Organe identifié
Quel est cet organe situé sur le tibia des scuddéries (voir la flèche jaune)?

Un plongeur aguerri!

Nombreuses sont les espèces d’invertébrés qui grouillent sous les roches et les sédiments des lacs et des rivières. Les adaptations qu’elles ont subies au fil de leur évolution font de plusieurs d’entre elles des maîtres plongeurs exceptionnels. Un groupe qui s’est particulièrement bien adapté à la vie sous-marine, tant au stade larvaire qu’à l’état adulte, est celui des dytiques.

Dytique adulte
Dytique adulte sous l’eau : on peut voir la bulle d’air à la base de son abdomen

Les dytiques sont des coléoptères de la famille des Dytiscidae. Les adultes ont toute l’allure d’un coléoptère terrestre : corps compact de forme ovale et carapace brunâtre formée par de solides élytres. Ils ont cependant la capacité de se déplacer sous l’eau, contrairement à plusieurs de leurs confrères qui se noient s’ils tombent à l’eau. D’ailleurs, l’origine grecque du mot Dytiscidae, dytikos, signifie « qui aime à plonger ».

Les dytiques possèdent maintes caractéristiques faisant d’eux d’excellents plongeurs. Tout d’abord, leurs pattes arrière sont bordées de longs poils. Elles servent de palmes, permettant aux dytiques de se propulser et de se mouvoir sous l’eau aisément. De plus, ils sont en mesure de capturer des bulles d’air à la base de leur abdomen, sous leurs élytres. Lorsqu’ils plongent, ils puisent leur oxygène dans cette bulle, qui se remplit progressivement de dioxyde de carbone. À un certain moment, ils doivent remonter à la surface afin de régénérer leurs réserves d’air. Bref, à l’instar d’un plongeur, les dytiques adultes traînent avec eux leur « bonbonne » d’oxygène lorsqu’ils plongent sous l’eau!

J’ai observé des dytiques adultes à de multiples reprises dans ma piscine, ainsi que dans mon étang à poissons. Je m’étais d’ailleurs retrouvée à deux reprises avec un écosystème complet incluant des larves et des adultes dytiques dans ma piscine (j’en parle dans cette chronique).

Dytique adulte 2_2013
Dytique adulte sur ma main

Au printemps dernier, alors que je nettoyais mon étang, j’ai eu le loisir de manipuler un dytique adulte. J’en avais déjà attrapé plusieurs mains nues, dans le passé, qui ne s’étaient pas laissés manipuler très longtemps. En outre, je peux vous dire que ceux-ci n’ont définitivement pas perdu leur capacité de mordre! Je me suis fait mordre à plusieurs reprises : cela est plutôt saisissant, mais sans conséquences! Bref, revenons à mon dytique du printemps 2013. Celui-ci me permit de l’observer allègrement – sans me mordre, cette fois! À un moment donné, il se mit littéralement à vibrer sur ma main, tel un moteur. Cela dura quelques minutes – assez longtemps pour que je me demande ce qu’il mijotait. C’est ensuite qu’il prit son envol! Je compris qu’il s’était probablement échauffé les ailes et le corps – qui étaient mouillés quelques instants auparavant. Une de mes sources suggère que les dytiques ne seraient pas capables de prendre leur envol immédiatement après être sortis de l’eau, notamment parce que le mode de respiration « aquatique » du dytique viendrait affecter certains organes utilisés au moment du vol. Un temps d’adaptation serait conséquemment nécessaire pour passer du milieu aquatique au milieu terrestre. Intrigant, n’est-ce pas?

Dytique adulte_2013
Dytique adulte sous l’eau

C’est cette capacité de voler qui permet aux dytiques de se déplacer d’un site à l’autre et de répandre leurs œufs. Les dytiques peuvent donc coloniser rapidement toutes sortes de milieux aquatiques – même de petits étangs ou des piscines fermées! En effet, alors que les adultes peuvent voler, les larves, elles, sont entièrement confinées aux milieux aquatiques où elles sont nées.

Les larves de dytiques ont une allure particulière et facilement reconnaissable. Tout d’abord, elles sont munies d’une grosse tête – par rapport au reste du corps – surmontée de larges mandibules recourbées. Elles possèdent de longues pattes, adaptées pour la nage. Aussi, leur abdomen se termine de façon très pointue. De plus, beaucoup d’espèces possèdent deux filaments en forme de V au bout de leur abdomen. Ces deux filaments sont, en fait, des spiracles et servent à la respiration des individus. À cet égard, les larves de nombreuses espèces se tiennent la tête en bas, la pointe de leur abdomen frisant la surface de l’eau. C’est ainsi qu’elles respirent, en puisant l’oxygène à l’endroit où il est le plus abondant : à l’interface où l’air et l’eau se touchent.

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Larves de dytiques – une d’entre elles savoure une larve de chironome
Dytique et chironome
Larve de dytique et chironome partiellement digéré

Leurs larges mandibules servent à saisir des proies (voir cette photo). Effectivement, les larves de dytiques sont prédatrices. D’ailleurs, leur nom commun anglais est « water tigers » (tigres d’eau).  Lorsqu’elles attrapent une proie, elles lui injectent des enzymes digestifs qui liquéfient ses tissus internes. Il leur suffit ensuite d’aspirer les fluides, laissant derrière elles une coquille vide.

Les adultes constituent, eux aussi, de voraces prédateurs. Autant les adultes que les larves peuvent s’attaquer à une myriade de proies : vers, sangsues, crustacés, larves d’autres insectes aquatiques (petits et gros), têtards, salamandres et petits poissons. Aucune proie ne leur résiste si elle est de taille à être maîtrisée! Les adultes sont également des charognards et peuvent se délecter de carcasses de poissons morts ou d’autres animaux.

En somme, les dytiques sont passés maîtres dans l’art de plonger et de se mouvoir sous l’eau. Comme ils sont prédateurs d’autres insectes – incluant les larves de maringouins et de mouches susceptibles de nous piquer (lire cette précédente chronique) – ils s’avèrent des insectes bénéfiques. Ils sont également très communs et vous pouvez les manipuler sans danger – quoiqu’ils tendent à mordre à l’occasion!

Je termine cette chronique par une courte vidéo du dytique que j’ai observé et manipulé au printemps dernier. Vous pourrez voir comment il se déplace sous l’eau et à quel point il est un plongeur aguerri!

 

 

Pour en savoir plus

  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. 1996. Cummins. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Thorp, J.H. et A.P. Covich. 2001. Ecology and classification of North American freshwater invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Wikipédia. Dytique. http://fr.wikipedia.org/wiki/Dytique