Capsule: Des insectes dans ma bouffe?

Chaque année, nous consommons une variété d’invertébrés sans même le savoir. Selon vous, quelle est la quantité moyenne d’invertébrés que nous ingérons annuellement par inadvertance? Quelques grammes? Quelques centaines de grammes? Plus encore?

Je vous invite à faire part de vos paris, que ce soit par le biais d’un commentaire ici sur le blogue DocBébitte, ou encore sur la page Facebook DocBébitte.

La réponse… dans le cadre de la chronique de la semaine prochaine! Serez-vous surpris? Tout cela est à suivre!

Larve carotte
Larve d’insecte qui est passée à une bouchée de se faire croquer!

 

Comment les insectes (et autres invertébrés) survivent-ils à l’hiver?

Le feu danse dans la cheminée, mais dehors les invertébrés tremblent de froid! En effet, alors que nous nous retrouvons au chaud dans nos demeures, les invertébrés, eux, doivent trouver d’autres moyens pour survivre au rude hiver.

Contrairement à nous (ou disons, à la plupart d’entre nous, car ceux qui me connaissent bien savent à quel point je suis frileuse!), les insectes sont des organismes à sang froid dont la température corporelle est la même que celle du milieu extérieur. Ils ne produisent pas de chaleur eux-mêmes et ont besoin d’une source externe pour se réchauffer. Par conséquent, ils doivent user de différentes stratégies pour survivre pendant la saison froide. Celles-ci sont nombreuses et je tenterai de vous en dresser un portrait dans les prochains paragraphes!

Coccinelle asiatique
Les coccinelles asiatiques multicolores cherchent à entrer dans nos demeures pour éviter le froid

Tout d’abord, quoi de mieux pour se réchauffer que de se faufiler dans nos chaudes demeures? Plusieurs invertébrés réussissent effectivement à s’introduire dans nos maisons pour y passer l’hiver. Il peut s’agir entre autres d’araignées, de mouches ou encore des fameuses coccinelles asiatiques multicolores. Ces dernières sont reconnues pour leur aptitude à trouver refuge par dizaines dans certaines maisons moins bien isolées. Parfois, elles deviennent même des pestes par leur grand nombre.

D’autres invertébrés cherchent aussi à fuir le froid, sans toutefois s’introduire dans nos demeures. Ils se dénichent ou se fabriquent des abris afin d’échapper aux conditions extrêmes. Par exemple, plusieurs trouveront refuge dans la litière au sol, dans l’écorce des arbres ou sous des pierres. Malgré tout, ces derniers s’avèrent exposés à des températures relativement froides et plusieurs ont élaboré une stratégie complémentaire afin d’éviter de geler : ils remplacent les molécules d’eau retrouvées dans leurs cellules par des molécules qui ne gèlent pas tel du glycérol. Bref, ils se retrouvent avec de l’antigel dans leurs tissus, ce qui les empêche de geler!

Une autre tactique visant à fuir le froid consiste à s’enfouir dans le sol, sous la limite de gel. C’est le cas notamment de certaines larves bien connues de coléoptères que l’on appelle les vers blancs (larves de hanneton). Les fourmis et les termites ont également adopté cette stratégie. De plus, ces dernières réussissent à maintenir des températures confortables en se réchauffant les unes les autres. C’est l’avantage de vivre en communauté.

Monarque_BL
Le papillon Monarque parcoure des milliers de kilomètres afin de fuir le froid

Il en est de même pour les abeilles, qui se blottissent les unes contre les autres afin de se réchauffer. Elles parviennent à maintenir des températures plus élevées dans leurs ruches en formant un noyau compact et en produisant des vibrations constantes à l’aide des muscles situés à la base de leurs ailes (jusqu’à 35 °C au centre du noyau). Elles bougent également continuellement, de sorte que les abeilles en périphérie puissent se retrouver au centre et vice-versa.

Toutefois, plusieurs invertébrés craignent le froid à un point tel qu’ils décident tout simplement de migrer vers le sud, à l’instar de certains d’entre nous qui allons trouver refuge dans de chaudes destinations vacances! Le meilleur exemple est sans contredit celui du papillon Monarque. Ce papillon peut parcourir quelques milliers de kilomètres afin d’atteindre le Mexique, tout cela pour échapper au froid!

Bien que beaucoup d’invertébrés fuient le froid, certains y font directement face. C’est le cas de la chenille Gynaephora Groenlandica (Arctic woolly bear), retrouvée notamment au nord du Québec. Lorsqu’arrive l’hiver, elle ralentit son métabolisme au point où son cœur arrête de battre. C’est alors qu’elle gèle en entier! Au printemps venu, elle dégèle et se remet à vivre et à manger… Bref, elle revient pratiquement d’entre les morts! Je vous recommande de visionner cet épisode de Découverte (vers 19 minutes et 30 secondes) pour en savoir plus. À noter que les adeptes de cette stratégie sont également en mesure de produire des molécules « antigel » telles que le glycérol, comme chez certains invertébrés qui, de leur côté, évitent toutefois de geler en entier. Dans le cas de G. Groenlandica, cet antigel protégerait certains tissus et cellules plus fragiles.

Isia isabelle
La chenille de l’Isia isabelle tolère le froid; elle peut « geler », enfouie dans la litière au sol

Finalement, plusieurs invertébrés ne survivront pas à l’hiver. Leur stratégie? Ils pondent leurs œufs – un stade de vie généralement moins vulnérable – et les entreposent à l’abri du froid. Ainsi, plusieurs espèces survivront à l’hiver sous forme d’œufs ou de cocons, cachés sous les pierres et les troncs morts. C’est le cas notamment de la mante religieuse, qui pond ses œufs et les dispose dans une oothèque, une sorte de cocon protecteur. Les œufs s’y retrouvent à l’abri du froid et des prédateurs.

Plusieurs insectes passeront aussi la saison froide sous forme de larves. De bons exemples sont les larves d’insectes aquatiques, comme les libellules et les éphémères. En vivant sous l’eau, elles parviennent à échapper aux rigueurs du climat hivernal. Il en est de même pour de nombreuses espèces de papillons, dont les chenilles trouveront refuge dans la litière au sol (notamment la chenille de l’Isia isabelle).

Bref, j’ai réalisé en effectuant des recherches pour la présente chronique que les tactiques élaborées par les invertébrés pour survivre à l’hiver sont très nombreuses. Je n’ai donc pu réaliser qu’un survol de la question! Je vous invite à consulter les sources suggérées à la fin de la présente chronique si vous souhaitez en savoir plus!

Cela dit, je vous souhaite un bon début d’année 2014, bien au chaud dans vos foyers!

Pour en savoir plus

Meilleurs vœux!

En cette période de réjouissances, laissez-moi vous souhaiter de très joyeuses fêtes, entourés de tous les êtres – petits et grands, vertébrés ou  non – qui vous sont chers!

DocBébitte prendra une pause bien méritée et vous reviendra ressourcée et prête pour de nouvelles chroniques en 2014!

 

L’Épeire Noël vous souhaite de très joyeuses fêtes!

Épeire Noël
L’Épeire Noël vous souhaite de joyeuses fêtes!

 

Le 8e fléau (ou l’histoire des orthoptères)

Il est probable – tout comme moi – que votre catéchisme remonte à de nombreuses années. Il n’en demeure pas moins que vous avez sans doute été marqués par l’histoire rapportant les dix plaies d’Égypte : grenouilles qui tombent du ciel, maladies et mortalités inexpliquées et… sauterelles dévorant toutes les plantes et les fruits!

Criquet_CB
Espèce très commune de criquet (mélanople birayé)

Me connaissant bien, vous vous doutez que je ne suis aucunement habilitée à vous faire une séance de catéchèse. Toutefois, je me prétends suffisamment « digne » pour vous entretenir sur les principaux responsables de la 8e plaie d’Égypte qui appartiennent à un groupe d’insecte bien connu de tous : les orthoptères.

L’ordre des orthoptères se compose de plusieurs groupes d’individus assez variés. D’ailleurs, dans les prochains paragraphes, je vous brosserai un portrait de quatre grands groupes communs d’orthoptères.

Oedipode
Un oedipode, appartenant au groupe des criquets et locustes

Premier point important en ce qui concerne les « sauterelles » impliquées dans la 8e plaie: ce que nous avons l’habitude d’appeler des sauterelles sont généralement des criquets. Plus précisément, les criquets et les locustes forment la famille des Acrididae. Il s’agit d’orthoptères munis d’antennes relativement courtes (plus courtes que leur corps) que l’on observe très communément autour de nos maisons et dans les champs. Ce groupe comprend notamment les oedipodes, dont les ailes bien développées sont parfois teintées de noir, de jaune ou d’orangé. En vol, on pourrait les méprendre pour des papillons!

Scuddérie
Une scuddérie, une « vraie » sauterelle (tettigoniidae)

Les « vraies » sauterelles, cependant, existent bel et bien. Elles appartiennent à la famille des Tettigoniidae et on les appelle tettigonies ou sauterelles vertes – quoique certaines soient brunes si l’on se fie à cette page provenant du site Internet Insectes du Québec. Contrairement aux criquets, ces dernières possèdent de longues antennes, pratiquement aussi longues (parfois plus) que leur corps. Il s’agit de virtuoses du chant et l’on peut entendre leurs stridulations à différents moments de la journée, selon l’espèce.

Les camellines constituent un autre groupe d’orthoptères. Elles sont reconnaissables par leurs longues antennes, leur dos courbé et l’absence d’ailes. Elles sont plus réservées que leurs cousins criquets et vivent principalement dans les milieux sombres et humides. J’ai déjà parlé des camellines dans cette chronique.

Finalement, l’ordre des orthoptères comprend les grillons (Famille : Grillydae). Vous en avez sans aucun doute déjà vu ramper dans vos plates-bandes, ou entendu chanter à la brunante. Peut-être avez-vous également vu des représentants de cette famille en vente à l’animalerie, puisqu’ils servent de repas pour plusieurs animaux domestiques. Ils sont habituellement plus aplatis et compacts que les autres orthoptères. J’en ai d’ailleurs perdu plusieurs de vue, alors que je les poursuivais : ils parvenaient à trouver refuge dans de toutes petites fissures!

Camelline mâle
Une camelline, sans ailes et avec le dos courbé

Tous ces orthoptères sont omniprésents autour de nos maisons. Si vous êtes attentifs, vous pourrez facilement les apercevoir. Ils sont faciles à distinguer des autres insectes, leur caractéristique-clé étant leurs grandes et fortes pattes arrière. Si vous ne les voyez pas, vous pourrez minimalement apprécier leur chant lors de douces soirées d’été. À cet effet, j’ai demandé au Père Noël un livre sur les chants d’orthoptères. Je pourrai sans doute vous en parler davantage après les fêtes!

Pour terminer, pourquoi parler de plaie lorsque l’on réfère aux orthoptères? Et bien, certains d’entre eux sont reconnus pour avoir un appétit vorace, se nourrissant de nombreuses sortes de plantes. Des invasions de « sauterelles » (des criquets, en fait) ont été recensées à plusieurs moments dans l’histoire. Celles-ci étaient synonymes de dévastation, les criquets mangeant pratiquement toutes les plantes sur leur passage. En particulier, la 8e plaie d’Égypte serait expliquée par une invasion massive du criquet pèlerin, dont la plus importante aire de regroupement se situerait autour de la mer Rouge.

Grillon
Un grillon, plus trapu

Ces invasions notables ne sont pas qu’anciennes. En fouillant davantage sur Internet, j’ai effectivement mis la main sur plusieurs articles parlant d’une invasion en Israël, ainsi que d’une autre à Madagascar au printemps 2013. À ce qu’il semble, la population de criquets à Madagascar était tellement effarante qu’elle formait un essaim long de 15 km se déplaçant à quelques mètres du sol! Je vous recommande entre autres de jeter un coup d’œil à cette vidéo, qui démontre l’ampleur de la situation. Bref, une nuée de criquets n’annonce rien de bon pour les cultivateurs des pays touchés.

Faut-il craindre les orthoptères pour autant? La réponse est non, bien sûr. Bien que les essaims de criquets puissent s’avérer dévastateurs, nombreux sont les différents orthoptères grouillant dans vos plates-bandes. Pourtant, leur impact sur la végétation autour de votre maison demeure tout à fait modeste. Amusez-vous plutôt à les observer ou laissez-vous bercer en écoutant leur doux chant les soirs d’été!

 

Pour en savoir plus

 

Cette chose pique-t-elle?

Avez-vous déjà vu un pélécinide? Si tel est le cas, vous risquez encore de vous en souvenir.

Pélécinide 3
Femelle pélécinide

En effet, les femelles pélécinides – qui appartiennent à l’ordre des hyménoptères (abeilles, guêpes et fourmis) – sont munies d’un très, très long appendice en guise d’abdomen. S’en servent-elles pour piquer? Heureusement, non! Nous n’avons rien à craindre, sauf si nous sommes une larve de hanneton (c’est-à-dire un ver blanc).

L’appendice en question est un ovipositeur. La femelle s’en sert pour atteindre les larves de hanneton, enfouies sous la terre, et y pondre ses œufs. Les larves de hanneton causent des dommages aux pelouses. Par ce fait, les pélécinides, malgré leur apparence menaçante, s’avèrent être des insectes bénéfiques pour l’humain. Il s’agit de bons amis du jardinier!

En particulier, la femelle localise les larves de hanneton à l’aide de son ovipositeur. Une fois qu’elle a trouvé une larve, elle y pond un œuf. Lorsque l’œuf éclot, la larve de pélécinide commence à se nourrir des tissus internes de la larve de hanneton. Bien sûr, cette dernière ne survit pas à l’assaut. Une fois à terme, la larve de pélécinide finit sa métamorphose pour sortir de sa cachette sous la forme d’un adulte ailé.

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Femelle pélécinide

Bien que les larves soient des parasites, les adultes, eux, se nourrissent principalement de nectar. Ces derniers me semblent plutôt élusifs. Je n’ai pas souvent eu la chance d’en observer. D’ailleurs, mon enthousiasme de pouvoir en photographier un cet été a fait l’objet de quelques taquineries de la part de mes proches. Voyant un pélécinide bien perché sur une branche dans ma cour, je me précipitai dans la maison pour saisir ma caméra. En entrant, en trombe, j’ai mentionné vivement le fruit de mon excitation… pour ressortir aussitôt dehors, afin de prendre la bête d’assaut (en termes de prise de clichés, bien sûr!). Un peu plus tard, j’ai pu lire sur Facebook, la phrase suivante écrite par mon conjoint : « Ma blonde entre dans la maison en courant en s’exprimant: il y a un télécénide (orthographe approximative). Elle va chercher sa caméra »… le tout suivi d’exclamations variées de la part de ses lecteurs. Bref, je suis toujours à l’affût de bestioles susceptibles de faire de jolis clichés et je ne m’en cache pas!

Selon les sources consultées, les mâles sont encore plus rares que les femelles. Ils ne possèdent pas de long ovipositeur et sont de taille plus modeste. Leur abdomen serait le tiers de celui de la femelle. De plus, ils sont suffisamment rares que les femelles se reproduiraient fréquemment par parthénogenèse. C’est-à-dire qu’elles n’ont pas besoin d’être fécondées par un mâle pour produire des rejetons. Pratique en cas de pénurie, n’est-ce pas?

Pélécinide et main
Pélécinide qui a grimpé sur ma main après l’avoir sauvé de la noyade

Cela dit, j’avais déjà rescapé une femelle pélécinide de la noyade dans ma piscine il y a quelques années. L’insecte avait rampé jusqu’à mon doigt (photo à l’appui!) et, à cette époque, je n’avais pas été très brave. Je m’étais dépêchée pour trouver une feuille sur laquelle la déposer. Il ne s’était rien passé, mais je ne faisais pas trop confiance à ce long appendice! Fait intéressant, deux des sources que j’ai consultées mentionnent que les femelles pélécinides peuvent faire mine de vouloir vous piquer avec leur ovipositeur si elles sont perturbées. Bien qu’elles ne puissent causer aucun dommage, je dois avouer qu’il s’agit d’une bonne technique pour se faire ficher la paix!

 

Pour en savoir plus