Dans l’oeil de mon microscope: 1) L’extraterrestre

Je me suis nouvellement achetée un microscope et ai commencé à prendre des photographies de ce que je voyais dans mon objectif. Bien que ces photographies ne soient pas dignes d’une œuvre d’art, je trouvais tout de même intéressant de les partager avec vous.

Ainsi, je vous propose une nouvelle formule : de plus courtes capsules intercalées, à l’occasion, entre des chroniques régulières, dans le cadre desquelles je tenterai de vous faire deviner l’invertébré que l’on voit dans l’œil de mon microscope.

Cette semaine, je vous propose un premier invertébré dont la tête me fait penser à des extraterrestres retrouvés dans certains films de science fiction!

Je vous donnerai la réponse – ainsi qu’une description de l’organisme en question – lors de la prochaine chronique!

À vos marques, prêts, partez!

Microscope 1
Qui suis-je? Réponse dans une prochaine chronique!

Une armée de pucerons

Pucerons fourmis
Pucerons envahissant mon aubépine et fourmis associées

Que vous soyez fin jardinier ou que vous appréciez tout simplement avoir un peu de verdure autour de votre maison, vous n’êtes pas sans connaître les pucerons!

Comme tout hémiptère qui se respecte, les pucerons sont dotés d’un rostre dont ils se servent pour drainer la sève des plantes. Leur arme secrète? Ils s’attaquent à vos plantes par centaines!

C’est à la suite du constat que mon aubépine arbustive était envahie de pucerons – et quand je parle d’envahie, c’est que je ne trouve pas un pouce carré de l’arbuste qui n’est pas affecté – que j’ai décidé de vous parler de ce groupe d’insecte. Mon aubépine est effectivement en état de siège non seulement par des pucerons, mais par une armée de fourmis qui les protège. J’ai d’ailleurs pu prendre plusieurs photographies qui témoignent de ce fascinant partenariat.

Pucerons fourmis 2
Autre branche, même histoire!

Mais pourquoi donc les fourmis protègent-elles de simples pucerons? La réponse réside dans ce que les pucerons éjectent de leur arrière-train : le miellat. Le miellat est un liquide sucré sécrété par les pucerons dont les fourmis raffolent. Ces dernières font d’ailleurs, en quelque sorte, l’élevage des pucerons, afin de pouvoir profiter au maximum de cette denrée.

Et gare aux intrus! Les fourmis les mordront et les attaqueront sans hésiter! C’est d’ailleurs parce que je me suis fait mordre par des fourmis, alors que je nettoyais la plate-bande située à côté de mon aubépine, que j’ai découvert le pot aux roses!

Revenons à nos pucerons! Sur les photographies où l’on voit les pucerons et les fourmis, on ne voit que des pucerons aptères (ne possédant pas d’ailes). Toutefois, certains individus sont dotés d’ailes et peuvent se déplacer, assurant ainsi la dissémination de l’espèce. Un fait étonnant que j’ai appris en faisant des recherches pour la présente chronique, c’est que les femelles ne sont fécondées qu’une seule fois à l’automne. Elles pondent des œufs et donnent ainsi naissance à des femelles dites vivipares, c’est-à-dire qui produisent des individus sans fécondation, un peu comme des clones. Ce sont ces femelles qui produiront des rejetons tout l’été suivant, jusqu’à une nouvelle fécondation à l’automne. Étrangement, alors que ces « clones » sont encore à l’intérieur du ventre de leur mère, ils commencent déjà à former leurs propres clones. Bref, chaque femelle peut se retrouver à porter plusieurs générations à la fois! Pas difficile de croire qu’elles peuvent coloniser rapidement toute plante!

Puceron ailé
Puceron ailé tenant sur le bout de mes doigts

Comme je l’ai mentionné en début de chronique, les pucerons ont pour principale occupation de s’agglomérer en colonies afin d’aspirer la sève des plantes. Herbacées, arbustes, arbres, rien de les arrête… ou presque! En effet, nous avons heureusement quelques alliés dans le monde animal qui se nourrissent de pucerons, entre autres les chrysopes, les coccinelles et leurs larves, ainsi que les larves de syrphes (voir cette précédente chronique).

Outre la lutte biologique, plusieurs solutions dites écologiques existent pour faire face à une armée de pucerons. Plusieurs concoctions à base de savons doux, vinaigre ou autres peuvent être trouvés sur Internet ou dans les livres d’horticulture. Quant à leur efficacité ou encore leur impact sur les plantes-hôtes et les autres espèces d’invertébrés, je ne pourrais vous en dire plus. La meilleure solution est d’y aller avec parcimonie et, comme le suggère le jardinier paresseux, si une plante est trop problématique, c’est peut-être signe qu’elle n’est pas la bonne pour vous ou pour sa localisation géographique!

 

Pour en savoir plus

 

Un tigre parmi les insectes!

Je vous écris aujourd’hui au sujet d’un insecte que j’affectionne tout particulièrement. Il s’agit de la cicindèle à six points (cicindela sexguttata), surnommée en anglais le six-spotted tiger beetle.

Comme son nom anglais « tiger » le suggère, il s’agit d’un prédateur hors pair. En fait, la cicindèle à six points, un coléoptère, fait partie du sous ordre Adephaga dont la racine grecque adephagos signifie « vorace ».

Cicindèle2
Cicindèle à six points (cicindela sexguttata)

Il s’agit de l’espèce de cicindèle la plus commune en Amérique du Nord. Au Québec, on retrouve un total de treize espèces de cicindèles (ce site montre de jolies photos d’autres espèces). La cicindèle à six points est facile à distinguer, dû à sa belle coloration vert-métallique et aux six points blanchâtres qui ponctuent ses élytres (les élytres sont les ailes durcies des coléoptères qui recouvrent les vraies ailes, plus tendres; c’est en quelque sorte leur carapace). Il faut cependant faire attention lors de l’identification, car il arrive parfois que les cicindèles à six points arborent 0, 2 ou 4 points!

Les cicindèles adultes chassent au sol. Elles attendent, immobiles, qu’un insecte se pointe. Une fois l’insecte localisé, elles le prennent en chasse. Elles se déplacent très rapidement. J’avais déjà tenté d’en photographier dans le passé, mais en vain. Dès que je m’approchais, elles disparaissaient! Il fallu que j’attende d’en sauver une en détresse, dans ma piscine, afin de pouvoir l’approcher. C’est cette dernière qui figure sur les photos et la vidéo qui accompagnent la présente chronique. J’en avais déjà manipulé une autre, dans le passé, qui avait failli me mordre : je l’avais laissée tomber au sol comme je la voyais ouvrir les mandibules et enligner mon doigt! Bien qu’elles préfèrent nettement nous éviter, elles sont dotées de larges mandibules dont elles pourraient fort bien se servir contre nous si nous les manipulons contre leur gré!

Fort heureusement, ce sont plutôt d’autres invertébrés qui mettent les mandibules des cicindèles à l’ouvrage!

Les larves de cicindèles sont, tout comme les adultes, de voraces prédateurs. Je n’en ai jamais vu, mais leur façon d’embusquer des proies est étonnante! En fait, les larves vivent enfouies sous terre, dans un long trou vertical. Seule leur tête frôle la surface. Les mandibules étant égales au sol, elles passent inaperçues… jusqu’à ce qu’un pauvre insecte passe trop près. Elles déploient alors leurs mandibules à la vitesse de l’éclair et, si elles sont chanceuses, se rétractent dans leur trou avec un bon dîner en bouche!

Cicindèle1
Les cicindèles sont munies de larges mandibules, comme le témoigne cette photo

Les larves broient leurs proies à l’aide de leurs mandibules. Elles liquéfient les tissus de ces dernières à l’aide de fluide digestif qu’elles régurgitent. Un des livres que j’ai utilisé comme source d’information pour écrire la présente chronique décrit en détail la façon de manger des larves et des adultes cicindèles. Comme le tout est très explicite – et savoureux!!! – j’ai décidé de partager ces descriptions avec vous. Je me permets une traduction libre, que voici :

« Tel un homme doté d’une forte moustache filtrant sa soupe entre les poils de sa lèvre supérieure, la larve de cicindèle consomme sa victime liquéfiée tout en filtrant les morceaux à l’aide de poils situés sur son labrum (lèvre supérieure). Les adultes liquéfient également leur nourriture, en utilisant leurs formidables mandibules pour mastiquer les proies de la même  manière que vous mangeriez une orange pulpeuse, écrasant et avalant le jus plutôt que de mastiquer et d’avaler les morceaux solides. » (Traduit et adapté de Marshall 2009)

Sur ce, je vous souhaite bon appétit, chers lecteurs!!!

 

Vidéo de la cicindèle:

 

Pour en savoir plus

 

Odonates en émergence aux abords du fleuve Saint-Laurent!

J’avais déjà prévu écrire une chronique cette semaine au sujet de l’émergence d’une espèce particulière de libellule à laquelle j’ai récemment assisté. Quelle ne fut pas ma chance d’observer une seconde émergence – cette fois-ci de demoiselles – lors d’une sortie de pêche, à peine une semaine plus tard! Il ne m’en fallu pas plus pour me lancer dans l’écriture d’une chronique parlant de cette merveilleuse transformation que subissent les odonates (libellules et demoiselles), les faisant passer de bestioles parfaitement adaptées à la vie aquatique à des organismes volants, maîtres du ciel!

Gomphe-Cobra adulte
Gomphe-Cobra venant d’émerger

Ma première expérience se fit sur le bord du fleuve Saint-Laurent à Québec, à la plage Jacques-Cartier. Il s’agit d’un lieu aménagé pour les piétons et dont les sentiers longent le fleuve. Lors d’une récente balade, j’y aperçu un grand nombre de libellules écrasées… ce qui me conduisit à formuler différentes hypothèses sur leur présence, dont celle qu’il s’agissait de jeunes libellules venant d’émerger et n’étant pas encore capable de voler. Ceci expliquerait pourquoi elles se retrouvaient écrasées en aussi grand nombre. Aussitôt formulée, je tentai de trouver des indices pour confirmer mon hypothèse. C’est ainsi que j’aperçu éventuellement un grand nombre de libellules adultes jonchées sur des roches le long du fleuve, accompagnées d’un grand nombre d’exosquelettes (coquille externe des invertébrés) de larves vides. Et voilà, mon hypothèse était confirmée!

Ayant à la fois des larves et des adultes à étudier, il me fut facile d’identifier les individus. Il s’agissait de gomphes-cobras (gomphus vastus), de la famille des gomphidae. Les gomphes-cobras sont très communs le long du fleuve Saint-Laurent et ils se reconnaissent facilement, en particulier grâce à leur abdomen dont l’extrémité est enflée. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui lui valu son nom anglais de clubtail (queue en forme de bâton de golf).

La seconde émergence que je pu contempler est issue d’un pur hasard! Une semaine après avoir assisté à l’émergence des gomphes-cobras à Québec, je me retrouvai plus au sud dans mon patelin d’origine, en bateau sur le Saint-Laurent. Comme la pêche n’était pas des plus fructueuses, je me laissai aller à regarder les alentours… et me rendre à l’évidence qu’une larve de demoiselle (famille des Coenagrionidae) s’était hissée sur le bateau et était en train de se métamorphoser en adulte ailé! J’ai pu filmer une partie de cette métamorphose et la vidéo est présentée à la fin de la présente chronique. J’ai également inséré quelques photos prises à différents intervalles et démontrant la progression de la métamorphose de la demoiselle.

Gomphe-Cobra exosquelettes
Exosquelettes de Gomphes-Cobras

Je suivi avec attention les différents stades de la métamorphose, qui dura environ 30 minutes à partir du moment où j’ai remarqué la chose. C’est lorsque notre bateau traversa un nuage de demoiselles fort similaires que « ma » demoiselle décida enfin de s’envoler. Après avoir passé une année sous l’eau, il était temps pour elle de compléter son cycle de vie : se reproduire, puis mourir d’ici la fin de l’été.

En effet, la durée de vie des odonates adultes varie entre 2 semaines et 2 mois, selon l’espèce. Cela leur laisse tout de même suffisamment de temps pour se reproduire et assurer la présence de générations futures de libellules et de demoiselles.

On voit bien sur les photos que j’ai prises les différences entre les larves et les adultes des libellules (anisoptères) et des demoiselles (zygoptères). En effet, les demoiselles sont plus petites et plus délicates que les libellules. Malgré cette apparence frêle, il s’agit tout de même de voraces prédateurs, tant au stade larvaire qu’adulte. J’en avais d’ailleurs parlé lors de chroniques antérieures (larves et adultes, respectivement).

Bref, ce que cette chronique veut vous apprendre d’abord et avant tout, c’est que la métamorphose dans le monde des insectes n’est pas que l’apanage des papillons. La prochaine fois que vous voyez une libellule ou une demoiselle, pensez à ce fantastique cycle de vie qui les caractérise!

 

Pour en savoir plus

 

Émergence d’une demoiselle en vidéo et en photo

Demoiselle Émergente 1
Début de la transformation

 

Demoiselle Émergente 2
L’adulte est entièrement sorti de l’exosquelette

 

Demoiselle Émergente 3
Les ailes se déploient progressivement

 

Demoiselle Émergente 6
La métamorphose est presque complétée

 

Demoiselle Émergente 7
Voici le résultat final!

Un écosystème dans ma piscine – Partie 2

La semaine dernière, je vous ai parlé de quelques insectes qui se sont installés dans ma piscine lorsque nous avons été contraints de laisser l’eau y stagner, avant de la réparer. J’ai présenté les formes larvaires de certains insectes herbivores et d’un insecte carnivore. Cette semaine, je vous parle des insectes adultes que j’y ai retrouvés.

Dytique adulte
Dytique adulte

Le premier d’entre eux est le dytique. Le dytique est un coléoptère et, comme je l’ai mentionné dans la chronique de la semaine dernière, la larve est entièrement aquatique. L’adulte, quant à lui, a la capacité de se déplacer hors de l’eau et colonise ainsi de nouveaux milieux. Il aime bien, cependant, passer beaucoup de temps submergé sous l’eau. C’est en emprisonnant l’air sous ses ailes, à l’extrémité de son abdomen, que celui-ci arrive à respirer sous l’eau. Il traine donc son air avec lui, comme le ferait un plongeur avec une bonbonne d’oxygène. Bref, nous n’avons rien inventé! Sur la photographie que j’ai prise, on voit d’ailleurs une bulle d’air dépasser du bout de l’abdomen du dytique.

Tout comme les larves, les dytiques adultes sont des prédateurs. Ils ne sont pas capricieux et se nourrissent d’invertébrés et de petits vertébrés de toutes sortes, en autant qu’ils soient de taille à être maîtrisés. Ils sont aussi charognards et un bon filet de poisson mort fait tout autant leur affaire! Ils sont dotés de mandibules qu’ils utilisent pour déchiqueter les proies qu’ils attrapent. Ils peuvent également s’en servir lorsque qu’ils se retrouvent manipulés sans leur consentement! Je me suis effectivement déjà fait mordre un doigt par un dytique (celui sur la photo!). Rien de bien grave, quoiqu’un peu saisissant!

Gerridae
Gerridé (cette photo a été prise dans mon étang plutôt que dans ma piscine)

Les deux autres insectes adultes que j’ai retrouvés dans ma piscine étaient des hémiptères : le gerridé (famille des gerridae) et le notonecte (famille des notonectidae). Vous connaissez bien le gerridé, communément appelé « araignée d’eau » ou « patineur ». Il ne s’agit bien sûr pas d’une araignée! Le gerridé vit à la surface de l’eau, contrairement au dytique. Il « patine » tout bonnement sur l’eau, puisque ses pattes sont équipées de fins poils hydrofuges lui permettant de flotter et de se mouvoir aisément à la surface de l’eau. Il s’agit également d’un prédateur. Lorsqu’il sent des vibrations générées par un insecte en détresse (venant de tomber dans l’eau), il se précipite sur ce dernier afin de s’en nourrir. Il saisi ses proies à l’aide de ses courtes pattes de devant. De plus, comme tous les hémiptères, il possède un rostre, dont il se sert pour « percer » l’exosquelette de ses proies et y aspirer les fluides.

Les gerridés ne sont pas, eux non plus, très capricieux quand vient le temps de s’alimenter. Ils se délectent d’organismes aquatiques ou terrestres, invertébrés ou vertébrés, ainsi que vivants ou morts. Il arrive parfois que plusieurs gerridés se précipitent sur une même proie afin d’en faire un festin, comme le montre cette photo.

Tout comme les gerridés, les notonectes vivent près de la surface de l’eau, à l’affût d’une proie. Toutefois, au lieu d’être sur l’eau, ils se maintiennent sous l’eau, tête en bas! Ils sont d’ailleurs appelés « backswimmers » en anglais. Carnivore vorace, le notonecte attend qu’une proie malchanceuse tombe à l’eau. Comme il vit sous l’eau, il se nourrit aussi d’organismes aquatiques tels que des crustacés, des poissons et des têtards. Il est muni d’un rostre et, au même titre que le gerridé, transperce ses proies pour en extraire les fluides.

Notonecte
Notonecte

Les pattes antérieures du notonecte sont très longues et munies de nombreux poils. Elles ressemblent à des rames ou à de longues palmes. Le notonecte les maintient typiquement en position « ouverte », ce qui lui permet de se mouvoir rapidement, d’un simple coup de pattes. On voit bien comment il s’en sert sur cette vidéo. Le notonecte peut respirer sous l’eau en emprisonnant une bulle d’air au bout de son abdomen, tout comme le fait le dytique adulte. D’ailleurs, le dytique adulte est lui aussi muni de longues pattes qu’il utilise comme des rames. Toutefois, le dytique est un coléoptère, alors que le notonecte est un hémiptère. Il est fascinant de voir à quel point deux groupes taxonomiques différents en sont venus à une telle ressemblance physique. Il faut croire qu’il s’agit d’une technique évolutive gagnante!

Sur ces sages mots, j’espère que vous en saurez un peu plus sur les organismes qui sont en mesure de coloniser des milieux aquatiques aussi surprenants qu’une piscine brisée! Qui sait, vous pourriez aussi vous amuser à vous prendre pour un dytique ou un notonecte la prochaine fois que vous ferez de la plongée sous marine, armés de palmes et d’une bonbonne d’oxygène!!!

 

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