Jolie femelle Lycosidae rescapéeLa dame en question, tout juste avant qu’elle ne décide de se cacher sous mon bracelet de montreQuelques instants après avoir été délogée, elle semblait me regarder droit dans les yeux… À quoi pouvait-elle bien penser?
Enfin, l’hiver semble bel et bien avoir fait place au temps plus chaud! Chaque année, dès que la piscine dégèle, j’observe une myriade d’arthropodes qui s’y retrouvent prisonniers, comme dans un piège-fosse géant!
En examinant le contenu de l’écumoire ce matin, j’y trouvai une araignée-loup (famille Lycosidae), particulièrement grosse… Du moins, pour une personne qui a déjà souffert d’arachnophobie! Depuis quatre ou cinq années, je m’efforce de prendre ces petites bêtes dans mes mains afin de diminuer ma peur. Je ne m’étais pas encore fait mordre et j’ai bien craint l’être ce matin.
Comme plusieurs invertébrés que je manipule, l’araignée en question décida de prendre refuge sous ma montre. Or, quelques-uns des individus qui ont tenté l’expérience dans le passé trouvaient l’endroit un peu trop exigu et décidaient de me mordre! J’eus donc peur que l’araignée – envers laquelle je dois avouer bien humblement avoir ressenti une certaine crainte – ne choisisse de planter ses crocs dans mon poignet. Ce ne fut pas le cas et je réussis à la déloger avec une petite brindille et continuer de la prendre en photo. Ouf, je l’ai échappé belle!
La leçon? Jusqu’à maintenant, les araignées que j’ai manipulées semblent assez dociles et, même coincées sous un bracelet ou harcelées par une entomologiste qui tente de les faire sortir de leur cachette, elles ne sont pas tentées de mordre!
Je serais curieuse de connaître vos anecdotes à ce sujet. Est-ce que je me trompe? Les araignées sont-elles bel et bien passives en général? Fait-on erreur en les craignant autant?
Au plaisir de connaître vos impressions! Bonne fin de semaine!
Petite punaise de l’asclépiade dont j’ai parlé récemmentMonarque – Photo soumise lors du concours amical de photographie DocBébitte par Ludovic Leclerc en 2014Arctiide de l’asclépiade
Dans une de mes dernières chroniques, j’écrivais au sujet d’un sympathique hémiptère : la petite punaise de l’asclépiade. J’expliquais notamment que plusieurs insectes se nourrissant d’asclépiades arboraient le noir et l’orange (ou rouge). Pourquoi donc? Simplement pour prévenir les prédateurs qu’ils ont un goût désagréable. En effet, l’asclépiade produit un latex blanchâtre qui contient des substances toxiques pour la majorité des animaux. Il confère toutefois aux espèces qui sont capables de s’en nourrir un mauvais goût.
Cette petite incursion me donna envie de vous parler davantage d’espèces d’insectes que l’on peut retrouver sur l’asclépiade. Celles-ci sont nombreuses!
Hormis notre petite punaise de l’asclépiade (Lygaeus kalmii) dont j’ai déjà discuté et sa consœur, la grande punaise de l’asclépiade (Oncopeltus fasciatus), on retrouve notamment deux lépidoptères et deux coléoptères étroitement associés à cette plante.
L’espèce la plus connue est sans contredit le monarque. Bien que l’adulte se nourrisse du nectar d’une vaste palette de plantes, la chenille a un menu plus limité basé majoritairement sur les asclépiades (diverses espèces). Les femelles pondent leurs œufs sur les plants en question, où évoluent les larves qui deviendront de jolies chenilles rayées de noir, jaune et blanc (voir cette photographie tirée de Bug Guide).
La chenille de l’arctiide de l’asclépiade se développe elle aussi – comme son nom le suggère – sur les plants d’asclépiades. Elle ne daigne pas, non plus, les feuilles d’apocyne. Ces jolies chenilles poilues sont capables de dévorer les feuilles de talles d’asclépiades, en particulier lors de leurs premiers (1 à 3) stades de vie, où elles sont grégaires. Il s’agit d’une espèce que j’observe régulièrement quand je m’amuse à regarder sous les feuilles d’asclépiades au mois d’août. Elle est visiblement commune, du moins dans la grande région de Québec où j’habite. Cela dit, Wikipédia suggère que les personnes plus sensibles pourraient réagir aux poils de ces petites chenilles. Pour ma part, j’en ai manipulé à plusieurs reprises sans aucune réaction.
Deux coléoptères fort colorés sont aussi fréquemment observés sur les plants d’asclépiades. La chrysomèle de l’asclépiade (Labidomera clivicollis) est un coléoptère très commun que je vois systématiquement chaque été lorsque j’arpente les champs et les rivages bordés de « mauvaises herbes ». Ce sont à la fois les adultes et les larves de cette chrysomèle qui se nourrissent des feuilles des différentes espèces d’asclépiades. Les premières photographies que j’ai de cette espèce remontent à l’automne 2006, alors que j’observais des larves et des adultes en bon nombre sur une colonie d’asclépiades au marais Léon-Provancher. J’étais intriguée par ces assez gros (8-11 mm) coléoptères qui sont plutôt tape-à-l’œil avec leur coloration orange et noir irisé (reflets parfois verts, parfois bleus) et leur forme toute ronde. Ils sont en effet fort jolis, ne trouvez-vous pas?
Ma toute première observation documentée de chrysomèles de l’asclépiade (2006)Même moment en 2006 : on voit ici une larve de la chrysomèle de l’asclépiade
Le second coléoptère – le longicorne de l’asclépiade (Tetraopes tetrophthalmus) – est également fort mignon. Bien que Bug Guide indique que cette espèce est très commune là où l’on retrouve des asclépiades, je n’en ai pour ma part j’avais vu de mes propres yeux. Mon père m’a toutefois transmis une photo d’un individu qu’il a pu observer l’été dernier – le chanceux! L’individu se baladait tout simplement dans la cour de mes parents – qui est ornementée de bien des fleurs, mais pas d’asclépiades. Les larves de ce longicorne se nourrissent des racines d’asclépiades et d’apocynes. L’adulte, quant à lui, se délecte des feuilles. Tout comme j’ai pu le lire pour la chrysomèle de l’asclépiade et la chenille du monarque, le longicorne de l’asclépiade coupe d’abord les veines principales des feuilles avant de commencer à les dévorer, de sorte qu’il ne se retrouve pas submergé par le latex produit par les plants endommagés.
Une myriade d’autres espèces sont également attirées par les fleurs des asclépiades, qui produisent un nectar alléchant (lequel n’est pas toxique, contrairement aux feuilles). Ainsi, papillons, abeilles, guêpes, mouches et coléoptères de toutes sortes peuvent être observés butinant sur ces plantes.
Finalement, qui dit insectes (et proies) en grand nombre dit aussi prédateurs abondants! Il n’est pas rare de trouver divers invertébrés prédateurs à l’affut sur les plants d’asclépiades. À titre d’exemple, punaises assassines, coléoptères prédateurs et araignées s’y installent avec l’espoir de dégoter un repas facile. L’été dernier, j’eus ainsi l’occasion de photographier un joli thomise variable (araignée-crabe de l’espèce Misumena vatia) qui attendait patiemment le passage d’une proie. En me documentant aux fins du présent billet, j’entrevis également quelques photographies de différentes espèces d’hémiptères prédateurs dévorant des chenilles de monarque (comme celle-ci).
En outre, les talles d’asclépiades constituent tout un trésor pour l’entomologiste à l’affut d’invertébrés de toutes sortes. Malheureusement, cette plante est malaimée et elle est considérée comme une « mauvaise herbe ». On tend à la bannir de nos plates-bandes, alors qu’elle nous permettrait d’observer une vaste variété d’insectes et même d’oiseaux – car, à ce qu’il semble, les asclépiades attirent aussi les colibris! L’éradication de l’asclépiade en milieu urbain (par exemple, le long des routes ou simplement pour faire place à un stationnement!) et agricole (à cause de l’usage des pesticides, notamment) serait même identifiée comme une cause des fluctuations récentes des populations de papillons monarques. Dans son livre publié en 2004, Schappert mentionnait déjà que les pronostics à l’égard de l’état de santé des populations du monarque nord-américain pour les 20 prochaines années ne sont pas très encourageants. La fragmentation de l’habitat et l’isolement des plants d’asclépiades étaient entre autres pointés du doigt.
Longicorne de l’asclépiade que mon père a eu la chance de photographierVoyez-vous ce thomise variable à l’affut d’une proie?
Pour ma part, je continue de m’amuser chaque été à sillonner les champs de mauvaises herbes et d’asclépiades à la recherche de nouvelles observations. Aussi, je laisse maintenant pousser ça et là les quelques plants d’asclépiades qui se sont semés naturellement dans mes plates-bandes… dans l’espoir éventuel d’y photographier de sympathiques membres du grand peuple de l’asclépiade!
Vue dorsale d’une femelle T. elongataVue latérale d’une femelle T. elongataAutre prise de vue, même individu
Plus tôt en juillet, j’eus le plaisir de séjourner en chalet sur le bord d’un lac pendant une semaine. Je fis maintes observations entomologiques et pris moult photographies et vidéos d’invertébrés aquatiques ou riverains. Parmi les individus rencontrés figuraient de très nombreuses araignées de la famille Tetragnathidae.
Les araignées appartenant à cette famille sont nommées en anglais « long-jawed orb-weaving spiders », ce qui se traduirait en français par tisseuses de toile orbiculaire à larges mâchoires. Comme ce surnom le suggère, nos tétragnathes possèdent des chélicères généralement proéminentes qui sont faciles à voir sur les plus gros spécimens à l’œil nu. Elles tissent fréquemment des toiles de forme orbiculaire qui sont disposées à l’horizontale, contrairement aux araignées des jardins (épeires diadèmes) dont la toile est construite sur le plan vertical (voir cette chronique).
Certaines espèces de Tetragnathidae – mais pas toutes – sont aussi caractérisées par un abdomen très long. C’était le cas des individus retrouvés sur le bord du lac que j’ai visité. Il s’agissait d’ailleurs d’un critère m’aidant à identifier plus précisément à quel groupe j’avais affaire. Parmi les critères utilisés, j’examinai sur mes photographies la forme et la taille des chélicères, du céphalothorax, ainsi que de l’abdomen, de même que la disposition des yeux. Afin de parvenir à une identification excluant tout doute, il aurait été préférable que je puisse examiner les organes reproducteurs des spécimens en question, mais cela n’était pas possible à partir des photographies que j’avais prises. Néanmoins, les individus figurant sur mes clichés présentaient des caractéristiques très typiques de l’espèce Tetragnatha elongata – une espèce fréquentant les bords de cours d’eau et de lacs si je me fie aux sources consultées. Également, quelques comparaisons supplémentaires sur Bug Guide (Bugguide.net) m’aidèrent à cristalliser mon identification.
Paquin et Dupérré (2003) confirment que cette espèce est une spécialiste des habitats riverains. Cela explique pourquoi nous en voyions en si grande quantité. Ces dernières étaient présentes à un point tel qu’elles faisaient leurs toiles sur les pédalos, les canots et les kayaks que nous utilisions quotidiennement. Il n’était pas surprenant qu’une d’entre elles grimpe sur notre jambe ou notre bras pendant que nous effectuions une promenade sur l’eau. Toutefois, comme je pus en témoigner en manipulant plusieurs de ces bêtes, celles-ci n’étaient aucunement agressives. Pourtant, la longueur des chélicères et des crocs qu’elles portent sont plutôt intimidants! Il n’en demeure pas moins qu’elles étaient très douces et dociles lorsque manipulées!
Étant donné l’abondance de mâles et de femelles côtoyant les mêmes milieux, il me fut possible de filmer une séance de copulation. La vidéo est disponible ci-dessous; vous pourrez voir le mâle féconder la femelle à l’aide de ses pédipalpes qu’il met en contact avec l’épigyne de cette dernière (pour un petit rappel sur les organes reproducteurs des araignées, voir cet article). Les pédipalpes du mâle sont très allongés et bien visibles sur la vidéo. De plus, vous pourrez y voir à quel point le mâle et la femelle sont différents en forme et en coloration. C’est ce qu’on appelle le dimorphisme sexuel. Dans le présent cas, c’est la femelle qui est nettement plus grosse que le mâle.
Fait intéressant selon Paquin et Dupérré (2003) : les mâles du genre Tetragnatha sont munis de chélicères armées d’épines. Ces dernières leur permettraient de bloquer les chélicères de la femelle au moment de l’accouplement… permettant au mâle d’éviter de devenir le repas du jour! C’est qu’elle n’est pas toujours commode, la dame!
Ces tétragnathes étaient abondantes sur nos pédalos et kayaksAccouplement de deux T. elongata (femelle à gauche, mâle à droite)
Bien que bon nombre de membres de la famille Tetragnathidae aient une affinité pour la végétation près des cours d’eau, il semble que T. elongata soit encore plus étroitement associée aux habitats riverains. Selon Bradley (2013), cette espèce n’a été retrouvée jusqu’à maintenant qu’en bordure de plans d’eau. Dondale et al. (2003), ainsi que Gillespie (1987) ajoutent que cet arachnide requière un accès régulier à l’eau, sans quoi il se déshydraterait facilement. Une bonne façon de voir cette belle grosse tétragnathe serait donc de longer les rives boisées à leur recherche; les branches des arbustes qui ploient à quelques centimètres de l’eau semblent être un parfait habitat pour elles. D’ailleurs, une des journées où j’explorais le lac, à la recherche de libellules, j’accrochai à quelques reprises des tas de broussailles et d’arbustes poussant le long des rives – il faut dire que c’était une journée venteuse et que je peinais à stabiliser mon embarcation tout en prenant des photos! Mon kayak se retrouva chaque fois envahi d’une grande quantité de tétragnathes.
Tisser sa toile en bordure des milieux aquatiques comporte des avantages. En plus de bénéficier d’une source d’eau en permanence, les milieux aquatiques constituent des écosystèmes riches en invertébrés de toutes sortes. À titre d’exemple, lors de mon séjour d’une semaine, je pus voir un très grand nombre d’insectes aquatiques en émergence : chironomes, maringouins, mouches à chevreuil et à cheval, libellules (zygoptères et anisoptères), tipules, éphémères et trichoptères… rien de moins! Plusieurs de ces insectes sont de taille à s’enchevêtrer dans les toiles et à être capturés par nos tétragnathes. C’est peut-être pour cette raison que je trouvais qu’elles étaient bien dodues! Il faut dire aussi que l’espèce T. elongata peut atteindre 13 millimètres de longueur (femelle), ce que je qualifierais de taille moyenne pour une araignée.
En outre, il semble facile de repérer cette tétragnathe dont le milieu de vie est intimement lié aux écosystèmes aquatiques. Tout comme les limnologistes de ce monde – dont je fais partie –, elles savent apprécier la richesse des habitats riverains!
Vidéo 1. Couple de T. elongata qui s’adonne à la chose! Le dimorphisme sexuel est apparent entre la femelle (à gauche) et le mâle (à droite).
Vidéo 2. Femelle T. elongata qui récupère progressivement sa toile (voir la « boule » formée près de ses pattes avant). Gillespie (1987) avait observé un fort taux de construction (ou reconstruction) de toiles par cette espèce en situation de forte densité de proies. Quotidiennement, les individus observés refaisaient leur toile.
Pour en savoir plus
Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
Dondale, C.D., Redner, J.H., Paquin, P. Et H.W. Levi. 2003. The insects and arachnids of Canada Part 23 – The Orb-Weaving Spiders of Canada and Alaska.
Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
Gillespie, R.G. 1987. The mecanism of habitat selection in the long-jawed orb-weaving spider Tetragnatha elongata (Araneae, Tetragnathidae). Journal of Arachnology 15 : 81-90.
Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.
Punaise assassine qui était cachée sous la litière de feuillesDes feuilles enroulées inspectées l’automne dernier cachaient plusieurs invertébrés
Chaque printemps, je me fais un grand plaisir à « nettoyer » mes plates-bandes. Naturellement, vous aurez deviné que j’effectue cette « corvée » munie d’un appareil photo à mes côtés. Je finis habituellement par passer autant de temps à manipuler et photographier des invertébrés qu’à ramasser des feuilles. J’ai la chance – ou la malchance selon l’angle avec lequel on regarde la situation – d’avoir une forêt dans ma cour, faisant en sorte que mes plates-bandes sont recouvertes d’une épaisse couche de feuilles. Cette importante litière cache de nombreuses bêtes que je découvre une à une le printemps venu. Chaque nouvelle saison offre son lot de surprises : les espèces qui étaient dominantes l’année d’avant ne sont pas nécessairement les mêmes l’année suivante.
Cette année, je notai jusqu’à maintenant une dominance d’invertébrés dits bénéfiques – du moins du point de vue du jardinier. En effet, mes premières observations de l’année portaient toutes sur des invertébrés prédateurs : coccinelles à sept points, araignées-crabes et punaises assassines. Il ne m’en fallut pas plus pour décider de vous pondre une petite chronique faisant le portrait de ces individus… et de quelques autres insectes qui s’avèrent être de précieux alliés!
Première observation : la punaise assassine! J’avais fait la rencontre de ce sympathique insecte pour la toute première fois au printemps 2013 et j’en avais alors fait l’objet d’une chronique (celle-ci). Encore une fois cette année, ce sont des nymphes de l’espèce Zelus luridus que je découvris blotties sous les feuilles. J’avais également observé plusieurs nymphes l’automne dernier qui présentaient toutes le même comportement : elles se cachaient à l’intérieur de feuilles dont le bout avait été enroulé par un précédent insecte (possiblement une sorte de chenille). En inspectant les feuilles « enroulées » des arbres d’un secteur près de chez moi, je réalisai que bon nombre d’entre elles étaient peuplées par des nymphes de punaises assassines. J’ai pu prendre quelques photographies du phénomène, dont une en appui diffusée dans la présente chronique. Les punaises assassines sont considérées des alliées parce qu’elles sont des prédateurs : elles se nourrissent notamment d’insectes indésirables susceptibles d’endommager les plantes ornementales et les arbustes tels les chenilles, les asticots et les punaises phytophages.
Coccinelle à sept points, qui venait elle aussi d’être délogée de sa cachette hivernaleLe carabe bronzé s’attaque notamment aux limaces
Deuxième cas : les coccinelles! En « jouant » dans mes plates-bandes, je dérangeai plusieurs coccinelles à sept points (Coccinella septempunctata) qui s’y étaient installées pour passer l’hiver. Tant les larves que les adultes de ce sympathique arthropode sont en mesure d’engloutir bon nombre de pucerons et autres insectes qui s’attaquent habituellement à nos plantes préférées. Je vous avais d’ailleurs parlé récemment de la coccinelle à sept points, dont l’adulte est en mesure de manger plusieurs dizaines de pucerons par jour. La larve n’en est pas moins efficace, ingérant quelque 200 à 600 pucerons tout au long de son développement qui prend une vingtaine de jours. Bref, en plus d’être jolis à regarder, ces petits bouts de coléoptères nous sont d’une grande aide pour préserver un jardin en santé!
Il n’y a pas que les coccinelles chez les coléoptères qui sont de redoutables prédateurs : les carabes bronzés (Carabus nemoralis) sillonnent aussi nos plates-bandes à l’affut d’une délicieuse collation invertébrée. Ces jolis et gros coléoptères sont notamment friands d’organismes à corps mou comme les limaces, les escargots et les chenilles, des bêtes qui transforment typiquement nos plantes en gruyère suisse tellement elles y font de trous! J’avais observé une quantité impressionnante de carabes bronzés chez ma belle-sœur dont les plates-bandes étaient également envahies par un nombre effarant d’escargots. J’ai présumé qu’il y avait un lien entre l’abondance des proies et des prédateurs respectivement. Avez-vous déjà fait une telle observation?
Lorsque j’enlève l’épaisse couche de feuilles recouvrant mes plates-bandes, j’ai aussi le plaisir de découvrir bon nombre de jolies araignées-crabes (Thomisidae). Elles sont à peine visibles, car elles se fondent bien au décor avec leurs couleurs beige et brun. Je retrouve en particulier plusieurs individus que j’avais identifiés dans le passé comme étant de l’espèce Xysticus elegans (voir cette chronique), une araignée dont le mâle arbore de jolis motifs sur son abdomen. Les araignées-crabe chassent à vue, sans l’aide d’une toile. Elles attendent patiemment, au sol ou sur la végétation, le passage d’une proie à laquelle elles s’agrippent le temps venu! Comme elles sont des prédateurs hors pair, elles contribuent à la régulation des populations d’espèces d’insectes qui pourraient autrement s’avérer néfastes. C’est d’ailleurs le cas de nombreux autres arachnides qui foulent nos plates-bandes ou qui y tissent leur toile : opilions, araignées-loup (Lycosidae), Agelenidae et j’en passe!
Araignée-crabe qui se cachait sous les feuilles ce printempsPélécinide adulte qui nous aide dans la lutte aux « vers blancs »!
Les pélécinides (Pelecinus polyturator) constituent un dernier groupe – mais non le moindre – dont je voulais vous parler. Contrairement aux espèces citées plus haut qui sont davantage printanières, je retrouve les pélécinides adultes dans mes plates-bandes un peu plus tard en été. Ce qu’il faut dire, c’est que ce sont les larves qui jouent un rôle plus actif dans le contrôle d’une espèce indésirable en particulier : le fameux ver blanc (larve du hanneton). La femelle pélécinide est munie d’un très long ovipositeur dont elle se sert pour atteindre les larves de hanneton enfouies sous terre. C’est ce long appendice qui fait généralement peur aux observateurs, car l’on tend à penser qu’il sert à piquer! Une fois qu’elle a déniché des larves de hanneton, la femelle y pond ses œufs. Les larves du pélécinide font le reste du travail, dévorant les pauvres hannetons en devenir. Étant donné que les larves de hanneton sont reconnues pour les dommages qu’elles effectuent aux pelouses et à certains plants, le travail des pélécinides s’avère fort bénéfique.
Il existe bon nombre d’autres invertébrés qui sont nos alliés. Avant de chercher à vous débarrasser d’un insecte ou d’une araignée que vous trouvez dégoûtants, il pourrait valoir la peine de vous poser la question suivante : « cet invertébré est-il en train de m’aider »? Vous pourriez être surpris par la réponse! Si vous voulez en savoir plus sur les arthropodes bénéfiques, vous pouvez notamment consulter les sources citées dans la section « Pour en savoir plus ». Bon jardinage!
Vidéo 1. Punaise assassine trouvée ce printemps dans mes plates-bandes.
Vidéo 2. Carabe bronzé rescapé de ma piscine. On voit bien ses larges mandibules.
Pour en savoir plus
Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.
La semaine dernière, je vous parlais d’une première partie de voyage dans le Sud-ouest américain dans le cadre duquel j’avais eu la chance d’observer quelques insectes.
Coquerelle mal en point retrouvée sur le solCette photographie médiocre est simplement pour témoigner de mon observation d’une coquerelle à Disneyland
Je commence par une petite rectification : on m’a informée que le criquet que j’avais observé était vraisemblablement un individu du genre Anconia (possiblement même A. integra, mais à confirmer) plutôt que T. pallidipennis. Bien que les motifs et la coloration soient similaires, ce sont les yeux et la forme de la tête entre ces deux individus qui présentent quelques différences. Les yeux du genre Anconia sont de plus grande taille, alors que la tête de T. pallidipennis est plus large et ne présente pas, ou peu, de déclivité (merci à Jean-Philippe pour ces précisions!).
Refermons cette petite parenthèse et poursuivons notre périple!
La seconde partie de notre voyage s’est effectuée en milieu plus urbain. En fait, nous avons passé du temps en banlieue de Las Vegas, ainsi qu’en Californie, à Disneyland. Nous n’étions pas en pleine nature, visiblement. Cela ne m’a pas empêchée d’observer quelques invertébrés dont un groupe en particulier qu’il m’était surprenant de voir ainsi aussi facilement en plein air : des coquerelles! De très grosses coquerelles.
Ma première rencontre fut à un endroit inattendu. Près d’un manège à Disneyland alors que nous n’étions pas encore aux heures de pointe, j’entendis un de mes neveux s’exclamer et m’appeler immédiatement pour venir voir ce qu’il avait trouvé. Il s’agissait d’une grosse coquerelle qui déambulait sur le bord d’une clôture dans un secteur muni de jeux divers. Je dois avouer que je ne m’y attendais pas! La photo que je pris avec mon iPhone n’est vraiment pas terrible, mais je vous la présente tout de même. La coquerelle faisait au moins 3 centimètres de long! Moi qui croyais que ces bêtes se cachaient dans des petits recoins reculés pour ne sortir que la nuit! Je ne pensais pas voir une coquerelle en plein jour dans un parc d’attractions majeur!
Ma seconde observation se fit dans une rue près d’où nos neveux demeurent. La coquerelle en question avait dû être blessée et gisait sur le dos, bougeant lentement des pattes. Je pris une vidéo que vous pourrez visionner ci-dessous. Encore une fois, la bête était de bonne taille. J’ai rapporté cette observation à ma belle-sœur qui m’indiqua que les coquerelles sont tellement communes qu’elles sont facilement visibles : dès que le soleil se couche, elles ne se gênent pas pour ramper à côté de vous si vous êtes confortablement installés à l’extérieur. Malheureusement, ces insectes cherchent également à entrer dans les maisons lors des changements de saison. À ce qu’il semble, les exterminateurs sont bien occupés dans ce coin de pays au printemps et à l’automne.
Le plus près que j’ai été (du moins consciemment) d’une veuve noireMygales et autres araignées peuvent être examinées en sécurité pour ceux qui préfèrent éviter les morsures!
Ce ne sont pas toutes les espèces de coquerelles qui cherchent à entrer dans les maisons. Bien au contraire, la majorité des coquerelles nord-américaines seraient plutôt associées aux régions boisées et non habitées et ne seraient donc pas considérées comme des pestes. Les coquerelles sont des omnivores opportunistes et vont par conséquent se nourrir d’une très vaste variété d’aliments. C’est malheureusement aussi ce qui en fait des vecteurs de maladies lorsqu’elles se retrouvent étroitement associées aux humains. En effet, celles-ci peuvent se nourrir de restes en décomposition, incluant des cadavres d’animaux et des déchets variés. Ainsi, quand elles entrent dans nos demeures, elles peuvent transporter avec elles divers pathogènes, surtout si elles se retrouvent à proximité de nos propres sources de nourriture. Selon Stewart (2011), les coquerelles liées aux habitations humaines sont susceptibles d’être vecteur d’une vaste quantité de pathogènes incluant l’E. coli, la salmonellose, la lèpre, la fièvre typhoïde, la dysenterie, la peste, les ankylostomes, l’hépatite, les staphylocoques et les streptocoques. Oui oui, « beurk » semble une réaction appropriée en réponse à cette énumération! En outre, c’est la raison pour laquelle vous aurez noté que je ne manipule pas l’individu que j’ai filmé sur la vidéo!
Ce qui m’amène à vous parler de quelques invertébrés venimeux retrouvés dans ce secteur de l’Amérique du Nord. Contrairement à ce que je fais quand je suis au Québec, je m’abstiens de soulever des roches et de manipuler trop abondamment toutes sortes d’espèces d’invertébrés lorsque nous allons visiter le Sud-ouest américain. Cette portion de l’Amérique du Nord (Nevada, Arizona, Utah et compagnie!) recèle de bons nombres de créatures venimeuses susceptibles d’infliger des morsures douloureuses, voire dangereuses pour les humains. Au menu figurent notamment scorpions, veuves noires, mygales et serpents à sonnettes. Bref, en tant que simple entomologiste amateur qui ne connaît pas en profondeur toutes ces espèces, je préfère m’abstenir et laisser la manipulation aux professionnels!
De toutes les visites effectuées dans ce secteur, je n’ai pas encore eu la chance – ou la malchance – de faire la rencontre de tels individus en pleine nature. Bien sûr, les centres nature du coin permettent de voir en toute sécurité la majorité de ces animaux. Pour les plus téméraires, il serait sans doute facile de soulever quelques roches ici et là pour voir ce qui s’y cache. Pour ma part, je préfère réaliser mes observations sagement en toute sécurité et garder le soulèvement de roches pour « mes » rivières québécoises!
Les points d’eau comme les piscines ou les flaques attirent toujours abeilles, guêpes et mouches
Finalement, comme plusieurs plantes du désert étaient en fleur à cette époque de l’année, je pus voir plusieurs hyménoptères (abeilles et guêpes), ainsi que des mouches en pleine séance de pollinisation. Nous observâmes également ces mêmes groupes d’insectes près de points d’eau, comme la piscine du quartier où de jolies grosses guêpes venaient s’abreuver à la surface de l’eau. Je n’avais malheureusement pas mon appareil photo à ce moment (j’avais prévu me baigner!), mais je pus tout de même photographier un peu plus tard quelques autres individus dans une flaque d’eau qui semblait provenir d’une toute petite résurgence souterraine.
Pour terminer, les invertébrés n’étaient pas les seuls au rendez-vous, comme je l’ai précisé dans la chronique de la semaine dernière. Oiseaux, reptiles et quelques petits rongeurs du désert se sont présenté le bout du nez. Par ailleurs, le Sud-ouest américain recèle d’une vaste quantité de parcs nationaux tout aussi beaux les uns que les autres. Je recommande au moins une escale dans ce coin de pays à ceux d’entre vous qui aiment voyager!
Vidéo 1. Coquerelle mal en point qui s’agitait sur le sol. C’était ma deuxième observation et j’étais surprise par la taille des individus – voir mon pied en comparaison dans la vidéo.
Pour en savoir plus
Alden, P. et P. Friederici. 2012. National Audubon Society Field Guide to the Southwestern States. 447 p.