Les superpouvoirs des araignées (ou Spider-Man peut aller se rhabiller)!

Je demandais récemment aux lecteurs de DocBébitte.com s’ils avaient des sujets à proposer pour une prochaine chronique. Une des suggestions portait sur les araignées – en particulier leur morphologie en ce qui concerne la reproduction. J’avais déjà abordé le sujet dans ce précédent billet, mais il me semblait qu’il y avait encore matière à rédaction! Et j’avais un filon à exploiter!

Il m’était arrivé à plusieurs reprises d’avoir la réflexion suivante : « Spider-Man : plutôt cool, mais biologiquement incorrect! ». Et encore, si Spider-Man était biologiquement correct, à quoi ressemblerait-il? Il est vrai que cette interrogation est purement rhétorique… on demeure d’une façon ou d’une autre dans le domaine de la science-fiction! Mais il me semblait néanmoins amusant de lancer le débat!

Les araignées sont des championnes pour produire de la soie!
Les araignées sont des championnes pour produire de la soie!

J’ouvre donc le débat en précisant que je ne prétends pas être une grande connaisseuse du monde de Spider-Man. J’ai ainsi dû fureter quelque peu sur Internet pour mieux connaître la vaste palette des pouvoirs dont peut faire preuve cet illustre personnage (certains étant plus obscurs et peu présentés au grand écran). En revanche, il m’était plus facile de vanter les prouesses de nos amis arachnides, ayant déjà en main plusieurs ouvrages les concernant. Qu’à cela ne tienne, je me lance, par pur amusement (et parce que ça fait bien quelques années que je me dis que je devrais le faire), dans cette chronique comparative! Que les fanatiques de Spider-Man ou encore que les arachnologues – profanes ou experts – me corrigent s’ils le souhaitent!

Que l’on amorce le débat!

Joute 1 : Production de soie.

Bon, Spider-Man peut produire de la soie comme une araignée, mais il le fait à partir des poignets. Les araignées produisent-elles la soie à partie de leurs pattes? La réponse est non, bien sûr! Pour la quasi-totalité des espèces, la soie est produite par les filières ou le cribellum, deux groupes d’organes situés tout au bout de l’abdomen. Il y a bien un groupe qui produit de la soie à l’aide de glandes modifiées situées au niveau des pièces buccales (Scytodidae, voir les vidéos sur ce site Internet), mais ça se termine ici. Spider-Man n’est pas biologiquement correct, mais je comprends le choix de l’auteur : ça n’aurait sans doute pas été très élégant de créer un superhéros qui éjecte de la soie par son arrière-train!

Autre point concernant la soie : Spider-Man éjecte sa soie à de vastes distances. Selon Paquin et Dupérré (2003), nos araignées québécoises doivent tirer hors de leur corps la soie qu’elles produisent à l’aide de leurs pattes ou encore en accrochant cette dernière à un substrat et en s’y éloignant. Il n’est donc pas question de voir de vastes quantités de soie « gicler » hors de nos arthropodes… sauf encore une fois si l’on pense à notre araignée distincte susmentionnée qui projette la soie par les pièces buccales.

Bref, pour cette joute… Araignée : 1, Spider-Man : 0!

Grimper aux murs : Check!
Grimper aux murs : Check!
Adhérer à une lentille d’appareil photo… Check!
Adhérer à une lentille d’appareil photo… Check!

Joute 2 : Marcher au plafond et à la verticale sur les murs.

Dans Spider-Man (ce petit extrait tiré de YouTube), on suggère que le bout des doigts du héros serait tapissé de multiples petites aiguilles barbelées rétractables. Initialement, je croyais que les caractéristiques qui permettaient aux araignées de déambuler au-dessus de nos têtes étaient les 2 à 3 griffes qui ornent chacune de leurs pattes. J’étais donc prête à accorder à Spider-Man une égalité. Or, en me documentant aux fins de la présente chronique, je fus surprise d’apprendre que ce seraient plutôt les multiples petits poils situés au bout des pattes des araignées qui contribueraient à l’adhésion de ces dernières à toute surface. Plus spécifiquement, des chercheurs ont découvert que ces poils étaient eux-mêmes recouverts de poils encore plus petits séparés en une multitude de pointes. Les points de contact devenant donc infiniment multiples – et dans l’infiniment petit – on se retrouve en présence de forces d’attraction positives et négatives qui font en sorte que l’araignée peut « coller » aux surfaces qu’elle arpente (voir la section « Pour en savoir plus » où les sources citées parlent de la force de van der Waals et offrent plus de détails experts que je ne saurais le faire ici).

Sachant cela, je me demande malgré moi si Spider-Man aurait vraiment pu s’agripper à un mur avec seulement les doigts (et les orteils, je présume?) munis de griffes et de poils. Me pose-je vraiment cette question? Après m’être demandé si je me perdais dans les dédales d’une réalité de toute façon impossible, j’eus l’heureuse surprise de découvrir que plusieurs personnes s’étaient déjà posé la question : voir cette vidéo. Youpi! Je ne suis pas la seule nerd dans la pièce! Et voici la réponse : il faudrait dévouer 40% de notre surface corporelle pour « coller » aux murs comme le font les araignées… quoi qu’un matériau artificiellement créé (voir encore une fois la vidéo ci-dessus qui l’expliquera fort mieux que moi) permettrait d’effectuer cette prouesse en n’utilisant qu’une maigre surface de notre corps – soit 7,5 cm2.

Or, pour l’instant, mon verdict serait quand même : Araignée : 1, Spider-Man : 0!

Joute 3 : « Spider-sense ».

ScreenRant (2017) mentionne un “spider-sense », soit une sorte de sixième sens arachnéen. Il semble que cette caractéristique permette à notre héros de « sentir » le danger venir, avant même de l’avoir perçu par ses cinq sens. Ici, je peux vous dire qu’il y a des ressemblances avec nos arachnides. Les pattes des araignées sont munies de petits poils nommés trichobothries, qui servent à détecter de subtils mouvements dans l’air ambiant. Elles peuvent donc détecter la présence d’individus (lire de proies) à proximité sans avoir à les voir. Cette capacité varie sans doute entre les groupes d’arachnides, certaines étant dotées de grands yeux (comme les Salticidae) alors que d’autres, moins visuelles, s’appuient fort probablement davantage sur ce sixième sens.

J’accorde l’égalité!

Les organes copulateurs chez les mâles sont situés… de chaque côté de leur tête!
Les organes copulateurs chez les mâles sont situés… de chaque côté de leur tête!

Joute 4 : Pièces génitales… Euh, parce qu’il faut bien en parler!

Sérieusement, il s’agit d’une importante erreur biologique qui n’aurait cependant pas eu un bon rendu au cinéma ou dans les revues. Chez les femelles araignées, les pièces consacrées à la reproduction sont situées sur l’abdomen, là où l’on pourrait s’y attendre, mammifères que nous sommes. Or, les mâles araignées portent leurs organes copulateurs… de chaque côté de la tête! Le dernier segment de leurs pédipalpes – des palpes qui ressemblent à une petite paire de pattes de chaque côté de leur tête – est en effet modifié et doté d’un renflement qui comprend les différents organes servant à la copulation. Si vous souhaitez voir un accouplement d’araignées, vous pouvez jeter un coup d’œil à cette précédente chronique et aux vidéos associées.

Pour la joute 4, côté adéquation biologique, je dirais indéniablement: Araignée : 1, Spider-Man : 0.

Prochaines joutes?

Voilà! Je sais qu’il y a d’autres superpouvoirs – tant du côté de Spider-Man que de celui de nos araignées chéries – à comparer, mais je souhaitais lancer le débat et vous laisser, chers lecteurs, alimenter la discussion. Pencherez-vous pour Spider-Man ou pour la classe Arachnida? Que le meilleur gagne!

Vous pouvez faire vos commentaires sur le sujet dans la section « Commentaires » liée à la présente chronique ou encore vous joindre à la Page Facebook DocBébitte pour susciter davantage d’interactions!

 

Vidéo 1. Afin d’extraire la soie de son corps, l’araignée utilise ses pattes ou, comme ici, adhère la soie à un objet en mouvement.


Pour en savoir plus

Des arachnides sous l’eau

Plus tôt cet été, je vous avais brièvement relaté un fantastique épisode dans le cadre duquel j’avais pu patauger à volonté dans quelques lacs et rivières de la région des Laurentides (cette capsule). Je vous avais alors promis de vous parler plus en détail de quelques-uns des invertébrés rencontrés.

Chose promise, chose due, je compte aujourd’hui vous entretenir au sujet d’un tout petit arachnide aquatique peu connu de la population générale. Si vous êtes toutefois amateur de la photographie d’insectes, vous avez peut-être déjà vu cette bête accrochée à quelques spécimens d’envergure comme des libellules. Notre invertébré vedette est, en fait, une « mite d’eau » – nommée Hydrachnidia ou Hydracarina. À noter que, selon Voshell (2002), ces deux termes ne représentent pas un groupe taxonomique précis et ont été conçus par des entomologistes afin de pouvoir mieux désigner ce vaste groupe composé d’individus aux mœurs variées. En outre, ils regroupent l’ensemble des acariformes aquatiques.

Les hydracariens peuvent être très petits
Les hydracariens peuvent être très petits
Ce spécimen, plus gros, était un bon nageur (voir la vidéo 1 ci-dessous)
Ce spécimen, plus gros, était un bon nageur (voir la vidéo 1 ci-dessous)

Les mites d’eau sont très abondantes dans les milieux d’eau douce. Or, leur taille généralement petite (moins de 1 mm à 7 mm) fait en sorte qu’elles passent inaperçues. Ces minuscules arachnides peuvent se mouvoir avec aise dans la colonne d’eau, certaines espèces étant plus habiles à la nage que d’autres. Avec huit pattes pour se propulser, plusieurs sont en mesure de se déplacer rapidement, comme en témoignent les vidéos que j’ai prises et qui accompagnent le présent billet. Les espèces moins « sportives », quant à elles, déambulent paisiblement sur le substrat au fond des lacs et rivières, ainsi que le long des plantes submergées… ou encore se creusent un nid douillet sous les sédiments déposés au fond de l’eau.

Ces organismes se reconnaissent facilement, pourvu qu’ils se laissent observer! Leur corps est majoritairement constitué d’un gros abdomen bien rond, le céphalothorax étant pratiquement imperceptible. Huit pattes sont visibles (six seulement chez les larves), ainsi que deux pédipalpes protubérants situés à l’avant de la tête. Ils peuvent être de coloration variable. Certains portent le brun ou le noir pour bien se fondre à leur environnement. D’autres arborent des couleurs plus vives comme le rouge, l’orange, le jaune, le vert ou le bleu. Les sources consultées suggèrent que le rouge vif serait synonyme d’un goût désagréable, faisant en sorte que les individus portant cette couleur seraient moins sujets à la prédation par les poissons.

Comme tout arachnide digne de ce nom, nos mites sont munies de chélicères armées de crocs, qui servent à percer les tissus et siroter les fluides de divers animaux et plantes. Les différentes espèces d’hydracariens présentent un comportement alimentaire fort varié : herbivores, prédateurs, collecteurs-filtreurs, charognards, toute méthode est bonne! Certaines constituent des parasites externes d’autres insectes. Fait intéressant, quel que soit le mode d’alimentation des adultes, toutes les larves s’avèrent être des parasites d’invertébrés aquatiques. Ces dernières s’accrochent à une pléiade d’insectes, notamment les libellules, les punaises d’eau géantes, les plécoptères, les corises et les dytiques, que l’on peut plus facilement observer. Elles s’attaquent aussi à maintes larves d’insectes aquatiques (entre autres maringouins et chironomes), crustacés et mollusques qui demeurent tapis sous l’eau et qui sont, par conséquent, moins connus. J’ai, pour ma part, photographié quelques individus cramponnés à des demoiselles (Odonata), ainsi qu’à une punaise d’eau du genre Belostoma.

Voyez-vous les nombreuses mites accrochées à l’abdomen du mâle?
Voyez-vous les nombreuses mites accrochées à l’abdomen du mâle?
Plusieurs mites parasites étaient fixées sur cette punaise
Plusieurs mites parasites étaient fixées sur cette punaise

Le parasitisme associé aux mites d’eau semble jouer un rôle important dans la régulation des populations de divers organismes aquatiques. Dans les milieux où elles sont foisonnantes, elles contribueraient à diminuer de façon notable l’abondance de leurs proies préférées. Aussi, les larves d’insectes fortement touchées peuvent, une fois émergées en tant que femelles, être suffisamment affaiblies de sorte à pondre un moins grand nombre d’œufs. Naturellement, le taux de survie des individus vivement assaillis diminue au fur et à mesure qu’augmente l’intensité du parasitisme.

Les mites d’eau sont retrouvées dans des milieux aquatiques fort variés où elles prolifèrent en grande abondance. Selon Thorp et Covich (2001), un seul mètre carré de substrat localisé dans la zone littorale bien fournie en végétation aquatique d’un lac eutrophe (état de santé d’un lac qui s’avère enrichi par la matière organique, les algues et les plantes) peut soutenir jusqu’à quelque 2000 individus – un minimum de 25 genres et de 75 espèces! C’est en nageant parmi les herbiers poussant à un mètre de profondeur aux abords d’un petit lac l’été dernier que je pus en effet filmer quelques individus en action et les capturer pour mieux les examiner (tous ont ensuite été relâchés sans dommage!). C’était vraiment étonnant de voir de petites taches rouges se déplacer rapidement autour de moi sous l’eau.

Les rivières ne sont pas en reste : toujours selon Thorp et Covich (2001), le substrat rocheux des ruisseaux et des rivières à courant rapide s’avère, lui aussi, un habitat de choix. Un mètre carré de ce substrat peut comprendre 5000 spécimens appartenant à plus de 30 genres et 50 espèces. C’est donc dire que ces petites bêtes sont omniprésentes!

La capacité des invertébrés à respirer sous l’eau constitue un sujet qui m’a toujours fascinée (voir cette chronique). Les tactiques employées par les invertébrés aquatiques (quels qu’ils soient), sont multiples, incluant l’utilisation de tubes respiratoires, de branchies externes et de branchies cachées dans une chambre où l’eau peut circuler. Chez les hydracariens, la respiration s’effectue simplement par diffusion de l’oxygène contenu dans l’eau à travers les parois de l’exosquelette. Chez les individus munis d’un exosquelette plus rigide, on peut noter la présence de pores dispersés au travers des « plaques » qui facilitent davantage la diffusion des gaz.

Bien que l’été nous ait déjà quittés depuis un petit moment, j’ai une suggestion d’activité que vous pourriez mettre à votre agenda lorsque la chaleur sera de retour (ouf, je ne passerai pas l’hiver si j’ai déjà hâte à l’été prochain!). En effet, je vous propose de vous munir de lunettes de plongée et d’un tuba afin de sillonner les herbiers de plantes aquatiques qui jonchent le littoral d’un lac que vous aurez choisi (pour des suggestions, vous pouvez toujours communiquer avec moi!). En ouvrant l’œil attentivement, vous devriez pouvoir observer quelques hydracariens se déplaçant habilement dans la colonne d’eau… et peut-être même plus!

 

Vidéo 1. Cet été, je me suis amusée à donner quelques coups de filet dans un lac des Laurentides (lac Bonny). On peut d’abord voir une mite d’eau rouge nager dans un petit contenant. Ensuite, je vous transporte vers un bol plus gros contenant de nombreuses mites qui se déplacent vivement. Le bol représente le contenu de quelques coups de filet donnés en zone littorale du lac.

 

Vidéo 2. Mite d’eau capturée dans le lac Cromwell à l’été 2017, sur le territoire de la Station de Biologie des Laurentides. Celle-ci est brune.

 

Vidéo 3. Lors d’une petite sortie en apnée, j’ai pu filmer ces deux mites rouges à la nage, au fond du lac. La mise au point n’est pas idéale (difficile de garder sa stabilité dans une masse d’eau en mouvement!), mais l’on peut bien voir les deux « points » rouges se mouvoir.

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Hydrachnidia – Water Mites. https://bugguide.net/node/view/729566
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Concours de photo 2017 – Partie 2 : Le thomise variable par Céline Benoit Anderson

Photographie gagnante par Céline Benoit Anderson
Photographie gagnante par Céline Benoit Anderson

Chose promise, chose due, je vous présente cette semaine un billet portant sur la seconde photographie élue favorite ex aequo lors du concours amical de photographie d’insectes 2017.

L’invertébré mis en vedette est un joli thomise variable (Misumena vatia), une araignée de la famille Thomisidae. À noter que je lis « la thomise variable » sur Internet, alors qu’Antidote me signale que « thomise » est masculin. Vous en serez avertis!

Cela dit, les thomises sont plus communément connus sous le nom d’araignées-crabes. Ils doivent cette appellation à leur démarche latérale qui rappelle celle d’un crabe; par ailleurs, ces araignées sont munies de pattes antérieures plutôt larges qui, elles aussi, peuvent faire penser au crustacé en question.

Misumena vatia photographiée avec une proie
Misumena vatia photographiée avec une proie
Misumena vatia sur de l’asclépiade, en bordure d’une route
Misumena vatia sur de l’asclépiade, en bordure d’une route
Butineurs : attention!
Butineurs : attention!

Ce qui surprend du thomise variable, c’est sa capacité à moduler sa couleur en fonction de son environnement. Les individus peuvent opter pour une coloration blanchâtre ou jaunâtre afin de se fondre au décor et duper leurs proies. Une fois la bonne teinte obtenue, ils demeurent immobiles sur les pétales des fleurs de couleur similaire, attendant le passage d’un insecte butineur. Le pauvre insecte n’a souvent pas la chance d’apercevoir ce maître du camouflage avant qu’il ne soit trop tard!

Le spécimen photographié par Céline est une femelle. Ces dernières sont de bonne taille : 6 à 9 mm, contre seulement 2,9 à 4 mm pour le mâle. Le dimorphisme sexuel (différence de la taille du corps selon le sexe) est chose courante chez les araignées et les thomises ne font pas exception. Cela dit, l’abdomen de la femelle est fréquemment (quoique pas tout le temps) flanqué de deux bandes roses. Le reste de son corps est généralement uni (blanc ou jaune). Le mâle, de son côté, est plus sombre : son céphalothorax et ses deux paires de pattes antérieures sont brun foncé ou rouille, alors que les deux paires de pattes postérieures, ainsi que l’abdomen, sont plus pâles. L’abdomen comporte également deux bandes brun-rougeâtre (voir cet exemple tiré de Bug Guide).

Comme on peut s’y attendre, ces jolies araignées sont communément observées dans les plates-bandes ou dans les champs où de nombreuses espèces de fleurs bourgeonnent. J’en ai aperçu à quelques reprises dans des rudbeckies et des onagres ornant des plates-bandes résidentielles (comme la photographie gagnante), ainsi que sur des asclépiades poussant en bordure de routes de campagne. À ce qu’il semble, on peut aussi retrouver des individus dans les verges d’or – une plante que j’affectionne, car on y retrouve toute une panoplie d’autres invertébrés (voir notamment cette chronique).

L’aire de répartition de notre arachnide est très vaste : elle s’étend du sud du Canada jusqu’au Mexique, recouvrant l’ensemble des États-Unis. Selon Bradley (2013), on peut rencontrer le thomise variable du mois de mai au mois d’août. Wikpédia, de son côté, précise que les juvéniles d’une année donnée hivernent dans la litière au sol; une fois le printemps venu, ils muent à nouveau et terminent leur cycle de vie pendant cette seconde saison estivale. Fait intéressant : après la ponte, les femelles demeurent avec leur sac d’œufs, qu’elles attachent à divers objets (notamment des feuilles repliées). Elles ne se nourrissent point pendant cette période et, peu après l’émergence de leurs rejetons, elles meurent. Il s’agit de mamans dévouées!

Sans surprise, ces araignées sont des prédateurs par excellence. Elles s’attaquent à toute proie de taille à être maîtrisée… ce qui constitue parfois des proies plus grosses qu’elles! Ainsi, comme toute araignée, il s’agit d’un invertébré bénéfique qui s’assure de réguler les populations d’insectes qui pourraient autrement s’avérer envahissants. Aussi, que vous aimiez les araignées ou non, ces individus colorés accrochent l’œil et sont agréables à regarder! Comme la photographie de notre seconde gagnante ex aequo!

 

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. Species Misumena vatia – Goldenrod Crab Spider. http://bugguide.net/node/view/6751
  • Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.
  • Wikipédia. Misumena vatia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Misumena_vatia

Deux gagnantes ex æquo pour le concours amical de photos d’invertébrés 2017

Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous laisse, chaque année, l’ingrate tâche de voter pour vos photographies préférées? Et bien, le résultat de cette année offre une bonne explication. Les deux clichés gagnants ont été croqués sur le vif par deux sœurs… en l’occurrence ma tante et ma mère! Y a-t-il eu une conspiration familiale au sein des électeurs? Quoi qu’il en soit, je suis bien heureuse d’avoir préservé mon chapeau d’impartialité et de ne pas m’en être mêlée!

Chose promise, chose due, je m’affairerai dans les prochaines semaines à dresser le portrait plus complet de nos deux arthropodes qui ont fait fureur. Le premier cliché par Sylvie Benoit nous racontera l’histoire d’un Vulcain qui a émergé dans une maison, par hasard. Le second, pris par Céline Benoit Anderson, mettra en vedette le joli thomise variable – un invertébré que j’affectionne particulièrement!

Cela dit, je souhaite remercier vivement tous les participants au concours de cette année. Plusieurs photographies se sont retrouvées dans le peloton de tête et nous avons même failli avoir trois photos ex æquo! Vos photos n’ont pas remporté le concours? Qu’à cela ne tienne! Elles ont sans aucun doute constitué un plaisir pour les yeux des lecteurs DocBébitte! Bravo et merci à tous!

Deux photos gagnantes ex æquo cette année, prises par deux sœurs!
Deux photos gagnantes ex æquo cette année, prises par deux sœurs!

Une semaine et demie de biodiversité aquatique ou le bonheur selon DocBébitte!

Asellidae observé dans le lac Croche à la Station de biologie des Laurentides
Asellidae observé dans le lac Croche à la Station de biologie des Laurentides
Larve d’Hydropsychidae, un trichoptère présent en grand nombre dans l’exutoire du lac Croche
Larve d’Hydropsychidae, un trichoptère présent en grand nombre dans l’exutoire du lac Croche

Cette année, mes vacances ont été fortement teintées par un thème qui me tient à cœur : la biodiversité en milieu aquatique. Étant limnologiste de formation, j’ai un faible tout particulier pour les organismes vivant sous la surface de l’eau. On peut donc dire que j’ai filé le parfait bonheur pendant mon congé estival… qui lui a simplement filé trop vite!

Le coup d’envoi a été donné par le 44e congrès de l’Association des entomologistes amateurs du Québec, dont le thème cette année était la biodiversité. Dans le cadre de cette activité annuelle, j’ai eu la chance d’effectuer une présentation sur l’importance des insectes aquatiques comme indicateurs de biodiversité et de santé des milieux d’eau douce. De plus, le congrès se déroulait sur le territoire de la Station de biologie des Laurentides de l’Université de Montréal, un site que je connaissais déjà bien puisque je l’avais fréquenté à maintes reprises lors de mes études. Le territoire de cette station est parsemé d’une vaste quantité de lacs et de ruisseaux et s’avère donc un terrain de jeu de rêve pour tout limnologiste.

Lors de notre séjour, j’ai pu y visiter trois lacs (Croche, Cromwell et Triton), ainsi qu’une tourbière (lac Geai). J’ai pataugé dans l’un des lacs, armée de mon nouvel appareil photo Olympus Tough TG-5, un appareil conçu pour prendre des photos et des vidéos sous l’eau. Ce n’est cependant pas dans ce lac que j’ai observé la plus grande diversité d’invertébrés. En effet, je n’y ai capturé que des mites d’eau (Hydracarina), ainsi que quelques isopodes aquatiques (Asellidae), des cousins de nos cloportes terrestres. Il faut dire toutefois que je m’étais restreinte à une petite bande le long du littoral et que je ne me suis pas aventurée très loin dans le lac.

Un coup de filet dans une tourbière (lac Geai) révèle une grande diversité et abondance
Un coup de filet dans une tourbière (lac Geai) révèle une grande diversité et abondance
Naïade de libellule observée au lac Geai
Naïade de libellule observée au lac Geai
Moule d’eau douce photographiée au lac Bonny
Moule d’eau douce photographiée au lac Bonny
Quatuor d’insectes capturés au lac Bonny
Quatuor d’insectes capturés au lac Bonny

L’exutoire du lac – un petit ruisseau – comportait une bien plus grande diversité d’organismes : écrevisses, trichoptères, éphémères, mégaloptères, odonates et plécoptères, notamment, étaient au rendez-vous. Il en fut de même pour les abords de la tourbière : en quelques coups de filet, nous fûmes en mesure d’observer une grande diversité et densité d’organismes tels que libellules (zygoptères et anisoptères), corises (Corixidae) et larves de dytiques.

Après cette sortie, je passai ensuite une semaine complète aux abords d’un petit lac dans les Laurentides (lac Bonny). J’avais également amené avec moi mon filet troubleau et plusieurs pièces d’équipement destinées à observer et manipuler les invertébrés aquatiques capturés. Naturellement, ces derniers furent tous relâchés après que les observations aient été complétées. En plus de cela, j’ai allégrement barboté dans le lac et pris des photos et vidéos sous-marines à l’aide de ma caméra. Au menu de la semaine figurèrent bon nombre d’insectes, ainsi que plusieurs invertébrés : moules d’eau douce, mites d’eau, ranatres, naïades de libellules et d’éphémères, etc.!

Dans les prochaines semaines, je compte vous parler plus en détail de plusieurs des organismes rencontrés pendant mes vacances… incluant quelques surprises dont je ne fais pas mention ici pour l’instant! D’ici là, je vous souhaite une bonne poursuite de la saison estivale… et peut-être des découvertes aquatiques pour vous aussi?