Et si le remède était dehors ?

Heureux de voir la neige fondre et les insectes pointer le bout du nez ?

Vous n’êtes pas les seuls !

Même si nos invertébrés adorés se font plus discrets pendant les rigoureux mois d’hiver, des activités comme Papillons en fête (visionnez mes visites de 2025 et 2024 en vidéo) permettent aux petits comme aux grands de garder le lien avec cette précieuse nature.

Et c’est quelque chose d’essentiel.

Ces dernières semaines, je m’affairais à mettre de l’ordre dans une vaste pile d’articles que j’avais accumulés, pour tomber sur un dossier vieux d’un peu plus de dix ans traitant du « déficit-nature ».

Ce concept – nommé nature-deficit disorder en anglais, bien qu’il ne s’agisse pas d’un diagnostic médical – suggère qu’un fossé se creuse entre les enfants (sans oublier les adultes !) et la nature, avec des effets néfastes sur la santé physique et le bien-être mental.

Il exprime que la société d’aujourd’hui favorise moins le jeu non structuré et que les gens restent davantage rivés à leur écran qu’avant – que ce soit la télévision, les jeux vidéo ou le télétravail – et omettent de sortir prendre une bouffée d’air.

Le tout conduisant, selon les sources consultées, à des enfants qui ont plus de difficulté à se concentrer, qui sont hyperactifs et dérangent leurs confrères. Ou encore à des adultes plus stressés, en surplus de poids, et moins « connectés » au monde qui les entoure.

Des activités comme Papillons en fête permettent de connecter avec la nature en hiver.

Selon le Children and Nature Network, les enfants passent en moyenne 44 heures par semaine devant un écran et moins de 10 minutes par jour à l’extérieur. C’est ahurissant ! Et si l’on regarde autour de nous, entre les séries télé, le télétravail qui nous garde confortablement dans nos pantoufles, ou la vie qui file si vite qu’on ne priorise pas une randonnée santé (oups, coupable !), on réalise que les adultes ne font pas beaucoup mieux.

Pourtant, les preuves sont là selon Louv (2010) : les notes des enfants de classes sortant régulièrement en plein air sont supérieures à celles de leurs confrères qui demeurent à l’intérieur. Les déficits en vitamine D et la myopie sont également moindres chez les premiers. Même le gain de poids infantile est moindre dans les secteurs urbains où les parcs « verts » occupent plus de place.

Et pour les adultes ?

Lorsqu’on passe un peu de temps à l’extérieur, il y a un accroissement d’activité dans la portion de notre cerveau liée à la dépression et à l’anxiété, conduisant à une meilleure humeur. Et les bienfaits ne s’arrêtent pas là selon les sources consultées : la capacité d’empathie est augmentée, la mémoire s’améliore, de même que les capacités à se concentrer sur des tâches multiples.

Sur le plan physique, les bénéfices sont également présents : diminution du stress et de la fréquence cardiaque et amélioration de la forme physique globale, puisqu’on bouge davantage que devant un écran.

À la fin mars, j’ai fait une petite escapade nature dans un camp rustique du Parc national des Monts-Valin. Pas d’électricité, pas d’Internet. Juste du plein air, un beau feu de foyer et de la bonne compagnie. À notre retour, j’ai mentionné à mon conjoint que ça faisait longtemps que je n’avais pas déconnecté à ce point. C’était même salvateur. Je reconnais que je suis impliquée dans beaucoup de choses, qui me passionnent toutes. Mais le vase est souvent bien plein. J’avais besoin de ce temps de repos, connectée avec la nature et les gens qui m’entourent. Ce fut un déclic. Ça vous est déjà arrivé de ressentir cela ?

Pourquoi ce changement d’habitudes ?

Je ne le cache pas : j’ai 47 ans. Quand j’étais petite, l’Internet n’existait pas.

Comment survivait-on, nous demanderons les plus jeunes ?!? Trêve de plaisanteries !

Je me souviens de mes potions magiques, concoctées dehors avec du sable, des feuilles, des cocottes (alouette !) mêlés dans une chaudière… D’avoir tenté de grimper dans des arbres – je n’ai jamais été très douée en acrobaties, hélas ! D’avoir pris de multiples marches dans les bois, d’être allée à la pêche avec mon papa et d’avoir observé, voire nourrit une panoplie d’animaux… Même ce raton-laveur qui a fui avec mon sac de biscuits en entier, alors que je lui en tendais un de l’autre main !

Les changements technologiques sont souvent pointés comme l’une des causes de ce déficit. Aujourd’hui, la source d’information numéro un est l’Internet. Pourquoi sortir ? Mais les avancées technologiques constituent-elles une si mauvaise chose en soi ? Comme j’aurais aimé lire sur tous les animaux que l’on peut découvrir maintenant en saisissant tout simplement leur nom dans une fenêtre Google ! La façon de travailler et d’apprendre se fait aujourd’hui largement devant un écran d’ordinateur. C’est une réalité qu’il ne faut ni ignorer ni condamner. Vous êtes bien en train de me lire devant un écran, n’est-ce pas ?

Les changements sociétaux et les habitudes de vie joueraient également un rôle. Les sources consultées indiquent que la façon de jouer des enfants a, elle aussi, changé. Au lieu de jouer dehors, chez des amis ou dans des parcs jusqu’à ce qu’il fasse noir, les enfants ont plus tendance à se retrouver seuls, devant un écran. De plus, les inquiétudes au sujet d’étrangers « dangereux » auraient resserré les règles de sorties à l’extérieur et diminué le temps de jeu non structuré.

Une jeune DocBébitte qui découvre le monde naturel.

Comment y remédier ?

Un des articles que j’ai consultés mentionnait l’importance de ces professeurs qui réalisent des sorties avec leurs étudiants, pour leur permettre d’apprendre sur le fascinant monde naturel qui les entoure. Encourageons ces éducateurs qui sèment des graines d’amour de la nature. Justement, j’ai eu la chance de collaborer avec au moins deux d’entre eux – Patrice du Collège Clarétain de Victoriaville, et Denis de l’ERE de l’Estuaire – tous deux dévoués à faire découvrir les beautés des petites et grandes bêtes, de la flore, des roches, et j’en passe ! Bravo, Messieurs !

En tant que parents et amis, vous pouvez aussi inviter vos enfants et collègues à marcher dans une zone boisée. Si la chose vous intéresse, vous pouvez les initier au camping – une activité que j’adore ! Nous avons de si beaux parcs ici au Québec : le choix est grand ! Même les activités à l’intérieur, comme celle de Papillons en fête susmentionnée, ou encore l’Insectarium de Montréal, permettent un fantastique contact avec les organismes vivants. N’hésitez pas à me faire part de vos sorties préférées en la matière : je suis tout ouïe !

Enfin, vous pouvez faire comme moi et vous investir dans la réalisation d’activités qui visent à parler du monde naturel à tous ceux qui veulent bien entendre. Ou tout simplement y participer ! Une piste qui peut vous intéresser : l’Association des entomologistes amateurs du Québec, une organisation dont je suis membre et que j’affectionne particulièrement, parce qu’elle vise justement à sensibiliser, informer et éduquer les gens face au fabuleux monde des invertébrés. Des activités y sont offertes à tous à divers moments de l’année.

Les bienfaits d’un contact plus étroit avec la nature: regardez ce beau sourire !

Un bémol sur le sujet ?

Si le concept de déficit-nature a beaucoup de promoteurs, certains nuancent cette vision. C’est le cas d’Elizabeth Dickinson (2013) qui, tout en prenant soin de mentionner qu’il y a des points positifs et bienveillants dans ce courant de pensée, souligne que le problème est plus complexe qu’au premier abord.

Elle recommande d’explorer davantage les racines culturelles, psychologiques, émotionnelles et socioéconomiques de cette séparation avec la nature, critiquant entre autres le concept de départ comme étant trop centré sur un vécu de classe moyenne blanche masculine, dont les solutions sont pareillement spécifiques à ce groupe. Ainsi, les solutions avancées impliquent que tous aient le temps, l’argent et les modes de transports disponibles pour se rendre « dans » la nature.

Elle soulève également que les promoteurs du concept souffrent « d’amnésie générationnelle environnementale », où l’on se dit que « dans notre temps », on était plus près de la nature (ne l’aie-je pas d’ailleurs fait plus tôt ?). Alors que la dégradation de l’environnement et la déconnexion étaient présentes il y a plusieurs générations, sous des formes différentes.

En matière d’exploration émotionnelle, j’aime le fait qu’elle souligne que la nature est non seulement un espace extérieur à explorer, mais aussi un lieu d’émotions, de mémoire et d’identité personnelle. Elle invite notamment à revaloriser l’émerveillement et la curiosité : deux qualités que je valorise beaucoup. Ainsi qu’à laisser place aux sentiments moins agréables que la nature peut faire ressurgir, comme l’étrangeté, l’incertitude ou la peur (du grand méchant loup, peut-être ?), pour comprendre la relation de chaque individu à la nature. Cela faisant qu’on ne généralise ni les causes de la « déconnexion » ni les solutions.

En outre, Mme Dickinson souligne que l’on doit se voir comme faisant partie de la nature (with and of nature), plutôt que devant sortir pour aller « dans » cette dernière (in nature). Il importe de changer l’angle avec lequel on perçoit le problème si l’on veut mieux y remédier.

Je pourrais écrire encore longuement sur le sujet et je vous invite donc à lire les ouvrages cités plus bas si votre curiosité a été piquée. Loin de moi la prétention d’avoir fait le tour de la question, ni des nuances associées !

Une chose demeure : notre relation à la nature est unique et elle a le potentiel d’apaiser nos maux physiques et psychologiques – malgré les nuances évoquées plus haut. Ce n’est pas rien !

Ainsi, avec l’été qui revient à grands pas, je compte poursuivre mon travail de sensibilisation et inciter petits comme grands à sortir dehors… et profiter des premiers insectes qui se pointent le bout du nez !

Youpi, enfin !

Et vous, quelle relation avez-vous avec la nature ?

Pour en savoir plus

Enquête : un papillon s’invite chez moi en hiver… puis s’évade !

À la fin du mois de février, alors que je faisais mes exercices au sous-sol, j’ai été surprise par un papillon de nuit de taille moyenne, volant activement autour de moi.

Que pouvait-il bien faire, en plein hiver, dans ma demeure?

Que fait cet intrus dans ma maison en plein hiver?

Armée de mon iPhone, je pris quelques vidéos qui se retrouvèrent sur Instagram, ainsi que des photos que je diffusai sur les réseaux sociaux. J’étais déterminée à découvrir l’identité de cet intrus.

En parallèle, j’ai capturé le papillon, que j’ai déposé dans une grande cage, avec de l’eau et des fruits. Il faisait encore bien trop froid pour le libérer à l’extérieur!

J’ai documenté son comportement et observé : 1) qu’il semblait se nourrir de l’orange que je lui avais donnée; 2) qu’en plein jour, il se cachait sous un essuie-tout laissé dans la cage, alors qu’il était fort actif le soir venu.

J’espérais le garder jusqu’à sa mort, en pensant ensuite l’examiner de plus près et l’identifier formellement, mais… il réussit à s’échapper de son habitat et je ne l’ai pas revu depuis!

Je vous relate cette petite aventure, aussi capturée en vidéo, ci-dessous.

Vidéo. Comment ma mésaventure s’est déroulée!

Qui est-il?

Première piste : l’algorithme de iNaturalist me souffle un nom : Ufeus satyricus – une noctuelle (papillon de la famille Noctuidae). Un collègue entomologiste (merci, Jean-Benoît!), qui a vu mes photos sur les réseaux sociaux, abonde dans le même sens, ajoutant que c’est une espèce fréquemment observée dans les maisons en hiver. Un suspect de choix!

Son nom anglais – brown satyr moth ou Grote’s satyr – n’a pas de correspondance en français, comme c’est trop souvent le cas pour les insectes.

Fait intéressant, bien que je possède plusieurs ouvrages sur les papillons et leurs chenilles, y compris les papillons de nuit, seulement deux d’entre eux mentionnent le genre Ufeus. Je découvre en outre que les deux genres possibles au Québec – U. satyricus et U. plicatus – sont très semblables. Je ne parviens pas à identifier hors de tout doute mon spécimen.

La chance me sourit peut-être : Handfield (2011) mentionne que « Ufeus plicatus Grt. arbore des ailes primaires d’un beau brun-rouge foncé tandis que les ailes primaires d’Ufeus satyricus Grt. sont plutôt d’un beau brun moyen, ceci ne s’appliquant qu’aux mâles de U. plicatus Grt. et aux deux sexes en ce qui concerne U. satyricus Grt. ». De plus, les notes sur la page Les Insectes du Québec (voir section « Pour en savoir plus » ci-dessous) suggèrent que U. satyricus porte une ligne postmédiane noire sur les ailes antérieures.

Je crois avoir trouvé le truc, mais… en examinant davantage les deux espèces sur Internet, on voit que l’une ou l’autre est tantôt brun-rouge, tantôt brun moyen. De surcroît, la bande postmédiane noire est variable et pas toujours présente quand on examine les spécimens sur iNaturalist ou BugGuide.

Mon Ufeus est d’apparence brune sur cette photo…
Mais il est d’apparence brun rouge sur cette seconde photo!

Enfin, selon l’angle de la photo, mon propre papillon semble parfois brun moyen, parfois rougeâtre… Bref, un vrai casse-tête entomologique!

Verdict final? Je lis que U. plicatus semble nettement plus rare et donc moins probable. Par élimination, je présume dans ce qui suit que « mon » papillon est U. satyricus, comme suggéré dans mes premières recherches.

Vous avez des astuces pour distinguer ces deux espèces? Dites-moi tout! L’enquête reste ouverte!

La noctuelle Ufeus satyricus

Ce papillon est d’assez bonne taille : les mâles font de 15 à 22 mm de long, alors que les femelles sont légèrement plus grandes, mesurant entre 19 et 24 mm.

Il est très commun au Canada et on le retrouve d’est en ouest. Au Québec, il est fréquemment observé le long des différentes zones habitées, jusqu’en Côte-Nord.

La chenille se nourrit de peuplier, de peuplier faux-tremble, d’aulne et de saule.

Je m’intéressais beaucoup à connaître l’alimentation de l’adulte, puisque je cherchais comment nourrir celui que j’hébergeais. Or, je n’ai rien trouvé de très probant, hormis Handfield (2011) qui mentionne ne pas l’avoir vu venir à la miellée, contrairement à d’autres papillons de nuit.

J’ai donc laissé un morceau d’orange au papillon et, le lendemain matin, il trônait sur cette dernière. Par contre, je ne l’ai pas vu s’en nourrir activement, donc il persiste un doute sur son alimentation. Je lui ai aussi laissé un morceau de banane et de framboise – ce que j’avais sous la main –, de même que de l’eau. Sans succès. Il semble encore moins s’y intéresser que l’orange!

Mon papillon a trouvé l’orange, mais je ne suis pas certaine qu’il s’en soit nourri.

Pourquoi dans ma maison?

Un papillon de nuit en plein hiver, dans ma maison? Il doit bien avoir une bonne raison d’être là!

Première piste : notre papillon ne fuit pas l’hiver et joue les résistants. Contrairement aux lépidoptères qui migrent ou qui hivernent sous forme d’œuf, de larve ou de chrysalide, il affronte les rigueurs de l’hiver sous forme adulte. D’ailleurs, la plupart des observations de ce papillon se font tôt au printemps (mars et avril) ou tard à l’automne (octobre et novembre), avec un certain nombre d’occurrences recensées tout au long de l’hiver.

Deuxième piste : la température. Certaines sources indiquent qu’on peut apercevoir les adultes lors de redoux hivernaux. Mon moment d’observation coïncide, justement, avec une semaine de redoux, dont des températures flirtant avec le 0 °C.

Troisième piste : Handfield (2011) indique que ce papillon est attiré aux lumières.

Mon hypothèse finale?

L’individu serait entré dans ma demeure lors d’une journée plus douce, attiré par les lumières intérieures. Nous gardons parfois la porte entrouverte quand nous sortons la récupération, ou entrons des objets de la voiture. Il en aurait profité pour se faufiler!

Quant à sa provenance, il y a un boisé près de chez moi où poussent entre autres des peupliers deltoïdes (je me souviens d’en avoir vu), une des plantes-hôtes de cette espèce de noctuelle. Peut-être qu’elle était en transit entre ce boisé et une autre destination, mais qu’elle a été attirée par nos lumières?

Quel que soit le verdict, mon histoire se termine de façon abrupte : mon joli papillon a trouvé une façon de s’échapper de la petite cage où je tentais d’en prendre soin. Sauf si je le retrouve éventuellement séché dans un recoin de la maison, je n’aurai pas la possibilité de l’examiner davantage!

Et le plus étonnant, c’est que je lis qu’un autre collègue entomologiste (page Les Insectes du Québec, citée ci-dessous) a aussi été surpris par une double évasion d’un individu de cette même espèce!

Papillon disparu ou pas… Qu’à cela ne tienne! J’aurai au moins eu une histoire à vous raconter et une petite enquête à élucider!

Pour en savoir plus

Génération spontanée de mouches dans mon terrarium, Partie 1 : la découverte !

Comment tout a commencé

J’élève des mille-pattes géants d’Amérique du Nord (Narceus americanus) depuis novembre 2023.

En janvier dernier, je me suis aperçue qu’il n’y avait pratiquement plus de mille-pattes qui se promenaient dans leur terrarium, alors que j’aurais dû en voir une quinzaine.

Souhaitant vérifier qu’ils se portaient bien, j’ai d’abord soulevé la litière de feuilles à leur recherche. Surprise ! Un premier individu était recroquevillé immédiatement à la surface, l’air moribond, mais toujours vivant. N’étant pas certaine s’il était en mue et ne voulant pas l’interrompre, je décidai de le laisser tranquille en me disant que j’y reviendrais.

Quatre ou cinq jours plus tard, l’individu était mort. Zut !

Premier mille-pattes trouvé mort.

Comme il était recouvert de collemboles, de tous petits arthropodes susceptibles de le décomposer, je le mis derechef dans l’alcool. Mon objectif : le préserver et l’examiner plus tard.

C’est aussi à ce moment que je me rendis compte que le substrat de mon terrarium était très sec. Cela me fit craindre une hécatombe de mille-pattes. Étaient-ils tous morts de sécheresse ?

Comme de fait, une fouille rapide me permit de dénicher un second individu mort. Son stade de décomposition était nettement plus avancé : il se réduisait en morceaux sous mes doigts. Je mis les morceaux dans un pilulier, que j’oubliai de ranger au congélateur.

Trois jours plus tard, coup de théâtre ! Une mouche s’agitait dans mon pilulier ! Abracadabra, apparue !

Pouf, apparue ! Mouche dans le pilulier où j’avais déposé les restes du second mille-pattes mort.

Au même moment, je découvrais la présence de quatre pupariums ovales (enveloppes rigides contenant des pupes) à l’intérieur du corps fragmenté du mille-pattes. Des formes que j’avais déjà observées chez une chenille parasitée (cette chronique).

Mouche et puparium.

Ciel ! Était-il parasité ?!?

Comble de malheur, le premier mille-pattes que j’avais préservé dans l’alcool était maintenant accompagné d’une belle grosse larve de mouche (qu’on appelle communément asticot). Elle avait dû s’en extirper lorsque j’ai plongé son hôte dans le liquide.

Constat : mes deux mille-pattes n’étaient pas simplement morts. Ils avaient été victimes de mouches potentiellement parasitoïdes.

Deux actions s’imposaient donc :

  1. Retirer au plus vite mes mille-pattes sains de mon terrarium;
  2. Me documenter sur lesdites mouches pour comprendre le risque auquel mes mille-pattes étaient exposés.
Larve de mouche qui s’est extirpée de mon premier mille-pattes mort.

1. Sauve qui peut !

La macabre découverte s’est faite un jeudi soir et je travaillais le lendemain. Ne pouvant pas nettoyer mon terrarium de fond en comble en pleine semaine, j’ai opté pour une solution rapide: retirer tous les adultes sains, au cas où d’autres parasitoïdes s’y cachaient encore.

Quelle bonne idée ! Le lendemain, je voyais une première mouche apparaître dans mon terrarium. Puis deux de plus le surlendemain. En parallèle, une autre mouche émergea des pupariums dans ma fiole, pour un total de cinq individus matures.

2. Mais qui sont ces mouches, au juste ?

Comme je me suis peu attardée au monde des diptères (mouches, moustiques et semblables) à ce jour, je ne possède pas d’ouvrages me permettant d’aller bien loin dans leur identification. Cet ordre est effectivement très vaste et comprend des individus assez difficiles à identifier comparativement à d’autres groupes taxonomiques. Néanmoins, la clé bien imagée et simple offerte dans Marshall (2009) me permit de me rendre à la sous-famille Sarcophaginae (famille Sarcophagidae – appelées aussi mouches à damier ou mouches à chair, selon les sources consultées).

En parallèle, j’interpellai des collègues entomologistes sur les réseaux sociaux qui, en plus de me guider vers la famille Sarcophagidae, me partagèrent un intrigant article scientifique (Brousseau et collab., 2020)… sur le parasitage de mille-pattes géants d’Amérique du Nord (N. americanus) par deux espèces de sarcophagidés. Le tout observé ici même au Québec !

Il devenait possible que mes mille-pattes soient bel et bien parasités…

Merci, Frédéric, Félix-Antoine et Étienne, pour les tuyaux !

Qu’en est-il à ce jour ?

Un des auteurs de l’article susmentionné a vu mes publications et m’a recommandé de tenter de joindre l’une des coautrices, spécialiste dans l’identification de diptères, dont les Sarcophagidae. Malheureusement, la dame semble être à la retraite et je ne suis pas parvenue à la rejoindre.

Avis à tous si vous connaissez quelqu’un prêt à identifier des spécimens de diptères à l’espèce : j’ai maintenant 7 adultes et une larve, tous conservés dans l’alcool ou au congélateur. Et j’ai diffusé des photos sur mon compte DocBébitte iNaturalist,si vous voulez en voir davantage (voir aussi ci-dessous).

Entre autres choses, j’aimerais avoir le cœur net quant à l’espèce exacte en cause. Cela me permettrait de me documenter sur son cycle de vie pour résoudre quelques mystères :

1. Comment ces mouches se sont-elles retrouvées dans un terrarium fermé, dans une maison du Québec en plein hiver ?

Hypothèse 1 : les larves étaient déjà présentes dans les mille-pattes capturés. Or, j’ai introduit les derniers mille-pattes dans mon terrarium le 2 septembre. Cela date!

Hypothèse 2 : une diapause pourrait-elle expliquer l’émergence différée par rapport au moment d’introduction ?

Hypothèse 3 : les œufs ou les larves ont été introduits par les feuilles mortes ou les légumes avec lesquels je nourris mes mille-pattes.

Que faisaient ces mouches dans mon terrarium?

2. Ces mouches sont-elles bien parasitoïdes et serait-il possible que d’autres de mes mille-pattes, sains et vigoureux lors de mon grand ménage de terrarium (je les ai inspectés un à un), s’avèrent également parasités ?

En particulier, l’article sur le parasitage de N. americanus indique un manque de connaissance sur la nature du parasitage. Il n’est pas clair si les mouches s’attaquent uniquement à des mille-pattes déjà blessés ou si elles peuvent cibler des individus sains. Or, dans mon cas, tous mes mille-pattes étaient en bon état lors de leur capture.

De surcroît, j’ai examiné attentivement chacun d’eux quand je les ai retirés de mon terrarium, il y a trois semaines : ils étaient indemnes et très vigoureux.

Mais…

Au moment d’écrire ce billet, je viens de trouver un autre individu mort, que je n’ai pas encore osé disséquer, mais qui pourrait bien être parasité lui aussi.

Mystère et boule de gomme ! Si vous avez des hypothèses, écrivez-moi !

La partie 2 de cette intrigante expérience vous sera présentée lorsque j’arriverai à en savoir plus.

Comme on le dit dans les séries télévisées : « to be continued » ! À suivre !

Supplément : identifier une mouche !

Dans un autre ordre d’idées, le processus d’identification d’une mouche à la famille m’a beaucoup amusée. Examiner les caractéristiques de mouches sous la loupe de mon appareil binoculaire m’a ouvert sur un monde fascinant, que je veux vous partager !

Sans être exhaustive, je vous présente donc, à l’aide de photos, quelques attributs physiques des mouches qui m’ont amenée à les identifier comme étant des Sarcophaginae.

1. Le visage.

Plusieurs familles de mouches, dont les Sarcophagidae, ont le visage concave. On y remarque une ligne de suture en forme de « u » inversé, qui est arquée au-dessus de la base des antennes.

La suture en forme de u inversé est montrée ici en jaune.
Autre vue de face, sur un spécimen que j’ai épinglé.

2. Les antennes et leurs soies.

Une petite soie, nommée arista, émerge du troisième segment antennaire. Sa présence et sa structure sont des critères à utiliser dans l’identification de diptères. Chez mes spécimens, sa base est plumeuse, alors que son extrémité est filiforme. Une toute fine plume, on dirait ! Jolie, non ?

L’arista de ce Sarcophagidae ressemble à une fine plume.
Autre vue où l’on voit une des soies (aristas).

3. Franges de poils

Sur le côté du thorax, sur la plaque située juste au-dessus de la patte médiane, on remarque une frange de poils. Sa présence fait partie des critères à examiner pour distinguer plusieurs familles de mouches.

Voyez-vous la frange de poils (encerclée de jaune)?

4. La coloration

Plusieurs insectes, appartenant à des groupes différents, ont des colorations similaires et il est par conséquent toujours recommandé d’utiliser une vaste palette de critères pour les identifier – pas seulement la couleur. Parfois, cependant, la coloration peut être utilisée, en combinaison avec d’autres critères, pour distinguer des taxons les uns des autres. Par exemple, certaines grosses mouches comme les Sarcophagidae se différencient de leurs consœurs Calliphoridae par la couleur. Ces dernières arborent fréquemment une robe vert ou bleu métallique (cette page iNaturalist), alors que celle de la Sarcophagidae est dans les teintes de gris et noir.

La robe des Sarcophagidae est dans les teintes de gris et noir.

En outre, même si je n’ai pas toutes les réponses à ma mystérieuse et macabre découverte, j’espère vous avoir fait voyager dans le monde fascinant des diptères !

Un monde que nous n’avons pas exploré beaucoup ensemble à ce jour, mais qui a encore bien des secrets à révéler !

Pour en savoir plus

DocBébitte: 12 ans de découvertes!

DocBébitte souffle ses 12 bougies aujourd’hui!

J’ai tellement grandi et j’ai tellement appris grâce à vous, qui m’avez fait une petite place, que ce soit en ligne dans votre écran, ou en personne, lors d’événements de toutes sortes! Vous avez été au cœur de ma belle aventure.

Au palmarès des billets ou vidéos les plus suivis en 12 années, on retrouve :

Et vous, chers lecteurs, qu’avez-vous préféré? Qu’est-ce qui vous a surpris, instruit ou amusé?

Que nous réservent les prochaines années?

Les années à venir promettent encore plus de découvertes, qu’il s’agisse de textes, de photos, de vidéos, ou de rencontres. Ensemble, nous continuerons d’explorer et de célébrer le fascinant monde des insectes.

Merci infiniment pour votre soutien, vos questions et vos idées. C’est un bonheur de partager cette passion avec vous, et c’est grâce à vous que DocBébitte continue de s’épanouir.

Alors, m’accompagnerez-vous dans ma 13e année?

Allons-y ensemble!

Caroline, alias DocBébitte

Douze années d’épanouissement du blogue DocBébitte… et de la fille derrière le blogue!

Mouches mystères dans mon terrarium!

Apparition subite de mouches dans mon terrarium de mille-pattes en plein hiver?

Oui, oui! C’est ce que j’observe présentement!

J’ai commencé à me documenter pour identifier l’espèce en cause et les risques associés pour mes mille-pattes – s’il y en a!

Je vous partagerai assurément le fruit de mes découvertes, mais voici d’ici là un petit aperçu – un teaser – sur le sujet!

J’ai hâte de vous en dire plus!

PS – Vous voulez voir les autres publications dont je parle dans la vidéo? Suivez-moi également sur Facebook ou Instagram!