Dans l’œil de mon microscope : petit bonhomme vert

En nettoyant mes plates-bandes en fin de semaine, je suis tombée sur de nombreux individus de cette espèce, cachés sous la litière de feuilles. Tous vêtus de vert, certains étaient prêts à s’envoler pour amorcer le printemps. D’autres, comme l’individu photographié sous la loupe de mon appareil binoculaire, n’avaient pas survécu à l’hiver et feront partie de ma collection.

La semaine prochaine, je vous entretiendrai sur quelques groupes d’invertébrés que l’on peut retrouver au printemps abrités sous l’épaisse couverture de feuilles.

Entre temps, je vous pose la question suivante : saurez-vous deviner qui est notre insecte mystère de la semaine? Comme à l’habitude, vos suggestions sont les bienvenues (page Facebook DocBébitte ou ici même sur Docbebitte.com)!

Microscope_2014-05-12_Plate-bande
Qui est ce petit bonhomme vert?

De bonnes mamans!

En cette semaine précédant la Fête des Mères, quoi de mieux qu’une chronique offrant une ode aux mamans… qu’elles soient vertébrées ou non? En effet, prodiguer des soins parentaux à sa progéniture afin de lui assurer un avenir adéquat n’est pas que l’apanage des humains. Non seulement de nombreux autres vertébrés prennent soin de leurs rejetons (mammifères, oiseaux, reptiles et poissons), mais plusieurs invertébrés le font également.

Le premier exemple qui vient à l’esprit est celui des araignées. N’avez-vous pas déjà aperçu une maman araignée protégeant son nid (prenant souvent la forme d’une boule ou d’une masse de soie remplie d’œufs)? Certaines araignées vont non seulement veiller sur leurs œufs, mais aussi les transporter partout avec elles. C’est notamment le cas des araignées-loup (Lycosidae), qui accrochent leurs œufs – une grosse boule de soie – à la base de leur abdomen.

Lycosidae et oeuf
Araignée-loup traînant ses oeufs au bout de son abdomen

Un second exemple de mère exemplaire provient d’une recherche récente qui a observé que certaines mères chrysomèles (coléoptère de la sous-famille des Chrysomelinae) protègent farouchement leurs œufs et leurs larves. La mère attaque tout ce qui s’approche de la feuille où se situent ses rejetons. Elle suit également ses larves de près, les empêchant de s’éloigner et de s’éparpiller. Plusieurs cas similaires existent : punaises à dentelle (hémiptère de la famille des Tingidae), mouches à scie (hyménoptère du sous-ordre Symphyta), cassides (coléoptère de la sous-famille des Cassidinae), etc. Dans tous ces cas, les mères défendent leur progéniture, souvent contre des ennemis plus puissants. Elles ne survivent donc pas nécessairement à l’attaque, mais offrent quelques précieuses minutes à leurs rejetons afin qu’ils trouvent un abri sûr.

En plus de protéger leurs jeunes, d’autres insectes se chargent également de les nourrir. Chez l’espèce cryptocerus punctulatus, une sorte de coquerelle vivant dans le bois mort, les deux parents protègent leur progéniture et assurent leur alimentation. En effet, étant donné que l’aliment de base (le bois) est difficile à digérer et peu riche en nutriments, les parents nourrissent les larves directement… à partir du contenu de leur anus! Les larves reçoivent ainsi une nourriture prétraitée et additionnée d’éléments nutritifs et de bactéries facilitant la digestion! Les mères perce-oreilles, quant à elles, mâcheraient la nourriture de leurs nouveau-nés et la régurgiteraient à leur intention. Ces insectes en font donc beaucoup pour assurer que leurs enfants soient bien nourris et en santé. On peut remercier nos parents de ne pas être allés tout à fait jusque là!

Araignée et oeufs
Araignée protégeant ses oeufs

Du côté des invertébrés marins (je n’en parle pas souvent, mais ce sont bien des invertébrés, eux aussi!), la pieuvre géante du Pacifique est un exemple extrême de soin maternel. La femelle s’isole dans une caverne sous-marine avec ses œufs. Elle s’assure en constance qu’ils sont protégés, bien aérés et exempts d’impuretés. Elle ne bougera, ni ne s’alimentera pendant toute cette période (cinq à six mois) et ira jusqu’à en mourir, sacrifice ultime pour s’assurer que ses rejetons aient toutes les chances devant eux. Je vous recommande de jeter un coup d’œil à cette vidéo à cet effet.

En outre, les mamans invertébrées mettront beaucoup d’énergie pour favoriser la survie de leurs petits. Elles méritent, comme nos mamans vertébrées à nous, qu’on leur souhaite « Bonne Fête des Mères »!

Pour couronner le tout, je profite de cette tribune pour souhaiter une « Bonne Fête des Mères  » toute spéciale à ma maman vertébrée à moi, qui m’a toujours encouragée à m’épanouir et à faire ce que j’aime dans la vie… même si cela signifie entre autres de parler de bébittes incessamment! Merci maman pour tout!

 

Pour en savoir plus

Avoir une taille d’hyménoptère

L’ordre des hyménoptères constitue un groupe d’insectes à la fois très commun, mais également méconnu. Les hyménoptères sont omniprésents dans nos plates-bandes et nos cours. Ils jouent d’importants rôles dans les écosystèmes terrestres. En revanche, ils sont très nombreux et fort diversifiés. Nous n’en connaissons qu’une infime partie. Il me semble en effet plus facile de se procurer des livres et des guides sur les flamboyants papillons ou coléoptères, alors que les hyménoptères demeurent davantage dans l’ombre.

Bourdon_Pollinisateur
Bourdon se délectant de nectar

La question que certains d’entre vous vous posez est sans doute « qui sont les hyménoptères »? Tout d’abord, sachez que le terme hyménoptère signifie « ailes membraneuses» ou « ailes mariées », selon les sources. Ce nom fait référence au fait que les deux paires d’ailes des hyménoptères sont liées par de petits crochets, en plus d’être membraneuses et faiblement veinées. C’est notamment en observant la présence de ces deux paires d’ailes que l’on peut distinguer les hyménoptères de certaines mouches (diptères) qui prennent plaisir à les imiter (voir cette chronique). Les mouches ne possèdent effectivement qu’une seule paire d’ailes.

Ce n’est toutefois pas par les ailes que l’on reconnaît habituellement la majorité des hyménoptères, mais plus souvent par leur forme. En effet, beaucoup d’hyménoptères (ceux appartenant au sous-ordre Apocrita) ont une fine taille créée par une dépression entre le deuxième et le troisième segment abdominal (le premier étant fusionné au thorax) – d’où l’expression avoir une taille de guêpe. Les familles qui possèdent ces attributs et qui nous sont les plus familières sont les vespidae (guêpes), les formicidae (fourmis), ainsi que les apidae (abeilles et bourdons). Ce groupe inclut aussi les pélécinides (pelecinidae), qui ont fait l’objet d’une précédente chronique, ainsi que moult individus moins connus.

Abeille cotonnière
Abeille cotonnière (Famille : Megachilidae)

Le second sous-ordre (Symphyta) comprend bon nombre d’individus avec lesquels nous sommes généralement moins familiers. Bien qu’ils ne possèdent pas de taille plus fine, ils ressemblent tout de même à de petites abeilles ou guêpes. Les femelles appartenant à ce groupe sont munies d’un ovipositeur dont elles se servent pour pondre leurs œufs dans des plantes et des arbres. Les larves, qui ressemblent à des chenilles, se nourrissent de ces plantes-hôtes. C’est à cause de ce comportement que certaines d’entre elles sont d’ailleurs considérées comme des pestes. Un groupe sans doute connu des jardiniers (je pense à quelques membres de ma famille qui ont notamment des rosiers!) et appartenant au sous-ordre Symphyta est celui des tenthrèdes.

Les espèces comprises dans le sous-ordre Apocrita, quant à elles, présentent une plus grande variété dans leurs comportements et préférences alimentaires : on y retrouve des prédateurs, des parasitoïdes et des pollinisateurs.

Chrysididae
Guêpe-coucou, un petit parasitoïde d’un joli bleu-vert métallique

Plusieurs familles d’Apocrita sont des parasitoïdes externes ou internes d’autres invertébrés. Les pélécinides en sont un bon exemple. Les femelles parviennent à atteindre les larves de hanneton, enfouies sous la terre, à l’aide de leur long ovipositeur pour y pondre leurs œufs. Les larves de pélécinides qui s’y développent se nourrissent de la chair des larves de hannetons. Les ichneumonidés, une autre famille qui a adopté cette stratégie, sont également très impressionnants (voir cette photo en exemple). Ils sont munis d’un très long ovipositeur servant à percer l’écorce des arbres afin de rejoindre les larves de divers insectes, incluant celles d’hyménoptères du sous-ordre Symphyta.

Plusieurs espèces de guêpes et de fourmis sont des prédateurs. Certaines guêpes, par exemple, rapportent au nid des insectes variés et servent une recette d’insectes prémâchés à leurs larves. Ces guêpes et fourmis peuvent parfois compléter leur régime avec du pollen ou encore avec du miellat, une substance collante et sucrée produite par les pucerons. J’avais déjà parlé plus en détail de l’association entre des fourmis et des pucerons (à cause du miellat) dans cette précédente chronique. Certaines fourmis ont aussi développé l’art de cultiver des champignons, quoiqu’on ne les retrouverait pas tout à fait jusqu’ici (la littérature parle d’une limite nordique dans les environs de New York).

Dolichovespula maculata
Guêpe à taches blanches, un hyménoptère prédateur bien répandu
Fourmi 2
Fourmi noire

Les abeilles et les bourdons, quant à eux, se nourrissent de pollen. Ce sont des pollinisateurs par excellence et c’est pourquoi ils jouent un rôle très important dans les écosystèmes terrestres. Sans eux, beaucoup de fruits, de légumes et de céréales que nous mangeons ne seraient tout simplement pas (ou beaucoup moins) fertilisés.

L’ordre des hyménoptères comprend plusieurs insectes sociaux, qui vivent en colonies complexes. C’est le cas de plusieurs espèces de guêpes, d’abeilles, de bourdons et de fourmis. Ces sociétés invertébrées sont matriarcales. La reine fonde la colonie : elle donne naissance à des femelles stériles dont les rôles peuvent varier. Bon nombre sont des ouvrières qui se chargent notamment de prendre soin des rejetons, de trouver de la nourriture et de faire l’entretien de la colonie. Chez certaines espèces, l’on retrouve également des soldats dont le rôle est de défendre la colonie.

En somme, l’ordre des hyménoptères est très diversifié et je dois bien humblement avouer que j’en connais moi-même très peu à leur sujet. Les lectures que j’ai effectuées afin de préparer la présente chronique m’ont convaincue que j’avais encore beaucoup de choses à vous raconter. Je compte donc bel et bien vous faire le portrait de certains individus au fur et à mesure que je les rencontrerai! On se dit donc « à suivre »!

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Wikipédia. Hymenoptera. http://fr.wikipedia.org/wiki/Hymenoptera

Joyeuses Pâques!

En cette longue fin de semaine pascale, laissez-moi vous souhaiter un beau congé! J’en profiterai pour faire une petite relâche et serai de retour avec une chronique complète la semaine du 28 avril.

Entre temps, voici quelques photographies d’invertébrés et de fleurs célébrant la période estivale qui approche à grands pas.

Bon visionnement!

 Hymenoptère petiteSyrphidae rudbeckiesPapillon échinacéesBourdon_Pollinisateur

Fille ou garçon?

C’est une fille! C’est un garçon! Sortez les cigares!

Chez les humains, il nous semble que la différence entre le genre masculin et féminin est bien évidente. Pourtant, chez plusieurs invertébrés, il est assez facile de distinguer en un simple coup d’œil les mâles des femelles.

Pédipalpes
Les males possèdent des pédipalpes, qui ressemblent à de petits gants en fourrure
Épeire_Épigyne marquée
Détrompez-vous: cette forme qui ressemble à un organe masculin est une épigyne (cliquez sur la photo pour agrandir)

C’est en progressant tranquillement dans ma connaissance des invertébrés (et en tentant d’identifier certains d’entre eux) que j’ai réalisé à quel point il était parfois aisé de séparer mâles et femelles. Bien sûr, ma progression est loin d’être achevée, mais je jugeais bon, avec le retour imminent des invertébrés pour la période estivale, vous faire part de quelques astuces.

Commençons par les araignées. Vous serez heureux d’entendre que, pour plusieurs d’entre elles, vous n’aurez pas besoin de vous en approcher beaucoup pour distinguer s’il s’agit d’un mâle ou d’une femelle. Les mâles matures possèdent effectivement des pédipalpes (palpes de chaque côté de la tête que l’on pourrait prendre pour des antennes) protubérants. Une des sources consultées les compare à de petits gants de boxe. Les femelles – ou les mâles immatures – ont des palpes plus filiformes.

Si vous êtes toutefois prêts à vous approcher davantage, vous pourrez également examiner le dessous de l’abdomen des femelles. Pour bon nombre de familles, les femelles matures sont munies de plaques génitales visibles (l’épigyne). Vous pouvez jeter un coup d’œil au dessous de l’abdomen des épeires diadèmes, ces araignées communes et faciles à observer alors qu’elles se tiennent immobiles dans leur toile orbiculaire. Comme elles atteignent aussi une taille appréciable, il est d’autant plus facile d’observer leurs caractéristiques et de déterminer si une épigyne est présente. À noter aussi que les femelles de cette espèce prennent habituellement des proportions plus impressionnantes que les mâles. Une épeire diadème dodue risque fort bien d’être une femelle.

Scuddérie
Femelle scuddérie dont l’ovipositeur est apparent
Camelline mâle 2
Mâle camelline, ne possédant pas d’ovipositeur

L’ordre des orthoptères constitue un second groupe comprenant plusieurs familles pour lesquelles il est aisé de discriminer les mâles des femelles. Notamment, les femelles grillons, scuddéries et camellines (voir cette précédente chronique sur les orthoptères pour plus de détails) possèdent un long ovipositeur au bout de leur abdomen qui permet de les distinguer des mâles. Il ne s’agit donc pas d’un outil pouvant vous piquer le bout des doigts, mais bien d’un organe permettant aux femelles de pondre leurs œufs à l’abri des prédateurs (dans le sol, le bois, les crevasses, etc.).

Finalement, mesdames et messieurs mouches (je pense entre autres aux mouches domestiques, à fleur et à chevreuil) sont également suffisamment différents pour nous permettre de les identifier. C’est en les regardant dans les yeux que l’on peut voir la différence! En effet, les yeux des femelles sont plus espacés que ceux des mâles. Chez certaines familles, comme les tabanidés (mouches à chevreuil et à cheval), la différence est très évidente, les yeux des mâles étant complètement collés. Chez les mouches domestiques, il faut être plus attentif, car c’est la distance entre les deux yeux qui comptera (voir cette image). Cette différence peut s’avérer utile si vous faites face à une mouche à chevreuil ou à cheval, puisque ce sont les femelles qui sont susceptibles de nous piquer (voir cette chronique)… quoiqu’elles nous repèrent habituellement avant qu’on ait le temps de les identifier!

Syrphes accouplement_2
Ces deux syrphes qui s’accouplent nous permettent de comparer les yeux du mâle (dessus) et de la femelle (dessous)
Tabanidae mâle
Mâle tabanidé (possiblement atylotus sp.), les yeux collés
Tabanus atratus
Femelle tabanidé (tabanus atratus), avec des yeux séparés par une bande

Il y a une myriade d’autres façons de déterminer le genre des invertébrés, notamment en examinant les antennes (je pense aux lépidoptères) ou la couleur (certaines libellules), mais comme j’ai encore beaucoup à apprendre à ce sujet, je réserverai la suite pour une prochaine chronique. Ce n’est pas comme si le monde des invertébrés ne recelait pas de nouveautés à chaque jour!

 

Pour en savoir plus