Un écosystème dans ma piscine – Partie 2

La semaine dernière, je vous ai parlé de quelques insectes qui se sont installés dans ma piscine lorsque nous avons été contraints de laisser l’eau y stagner, avant de la réparer. J’ai présenté les formes larvaires de certains insectes herbivores et d’un insecte carnivore. Cette semaine, je vous parle des insectes adultes que j’y ai retrouvés.

Dytique adulte
Dytique adulte

Le premier d’entre eux est le dytique. Le dytique est un coléoptère et, comme je l’ai mentionné dans la chronique de la semaine dernière, la larve est entièrement aquatique. L’adulte, quant à lui, a la capacité de se déplacer hors de l’eau et colonise ainsi de nouveaux milieux. Il aime bien, cependant, passer beaucoup de temps submergé sous l’eau. C’est en emprisonnant l’air sous ses ailes, à l’extrémité de son abdomen, que celui-ci arrive à respirer sous l’eau. Il traine donc son air avec lui, comme le ferait un plongeur avec une bonbonne d’oxygène. Bref, nous n’avons rien inventé! Sur la photographie que j’ai prise, on voit d’ailleurs une bulle d’air dépasser du bout de l’abdomen du dytique.

Tout comme les larves, les dytiques adultes sont des prédateurs. Ils ne sont pas capricieux et se nourrissent d’invertébrés et de petits vertébrés de toutes sortes, en autant qu’ils soient de taille à être maîtrisés. Ils sont aussi charognards et un bon filet de poisson mort fait tout autant leur affaire! Ils sont dotés de mandibules qu’ils utilisent pour déchiqueter les proies qu’ils attrapent. Ils peuvent également s’en servir lorsque qu’ils se retrouvent manipulés sans leur consentement! Je me suis effectivement déjà fait mordre un doigt par un dytique (celui sur la photo!). Rien de bien grave, quoiqu’un peu saisissant!

Gerridae
Gerridé (cette photo a été prise dans mon étang plutôt que dans ma piscine)

Les deux autres insectes adultes que j’ai retrouvés dans ma piscine étaient des hémiptères : le gerridé (famille des gerridae) et le notonecte (famille des notonectidae). Vous connaissez bien le gerridé, communément appelé « araignée d’eau » ou « patineur ». Il ne s’agit bien sûr pas d’une araignée! Le gerridé vit à la surface de l’eau, contrairement au dytique. Il « patine » tout bonnement sur l’eau, puisque ses pattes sont équipées de fins poils hydrofuges lui permettant de flotter et de se mouvoir aisément à la surface de l’eau. Il s’agit également d’un prédateur. Lorsqu’il sent des vibrations générées par un insecte en détresse (venant de tomber dans l’eau), il se précipite sur ce dernier afin de s’en nourrir. Il saisi ses proies à l’aide de ses courtes pattes de devant. De plus, comme tous les hémiptères, il possède un rostre, dont il se sert pour « percer » l’exosquelette de ses proies et y aspirer les fluides.

Les gerridés ne sont pas, eux non plus, très capricieux quand vient le temps de s’alimenter. Ils se délectent d’organismes aquatiques ou terrestres, invertébrés ou vertébrés, ainsi que vivants ou morts. Il arrive parfois que plusieurs gerridés se précipitent sur une même proie afin d’en faire un festin, comme le montre cette photo.

Tout comme les gerridés, les notonectes vivent près de la surface de l’eau, à l’affût d’une proie. Toutefois, au lieu d’être sur l’eau, ils se maintiennent sous l’eau, tête en bas! Ils sont d’ailleurs appelés « backswimmers » en anglais. Carnivore vorace, le notonecte attend qu’une proie malchanceuse tombe à l’eau. Comme il vit sous l’eau, il se nourrit aussi d’organismes aquatiques tels que des crustacés, des poissons et des têtards. Il est muni d’un rostre et, au même titre que le gerridé, transperce ses proies pour en extraire les fluides.

Notonecte
Notonecte

Les pattes antérieures du notonecte sont très longues et munies de nombreux poils. Elles ressemblent à des rames ou à de longues palmes. Le notonecte les maintient typiquement en position « ouverte », ce qui lui permet de se mouvoir rapidement, d’un simple coup de pattes. On voit bien comment il s’en sert sur cette vidéo. Le notonecte peut respirer sous l’eau en emprisonnant une bulle d’air au bout de son abdomen, tout comme le fait le dytique adulte. D’ailleurs, le dytique adulte est lui aussi muni de longues pattes qu’il utilise comme des rames. Toutefois, le dytique est un coléoptère, alors que le notonecte est un hémiptère. Il est fascinant de voir à quel point deux groupes taxonomiques différents en sont venus à une telle ressemblance physique. Il faut croire qu’il s’agit d’une technique évolutive gagnante!

Sur ces sages mots, j’espère que vous en saurez un peu plus sur les organismes qui sont en mesure de coloniser des milieux aquatiques aussi surprenants qu’une piscine brisée! Qui sait, vous pourriez aussi vous amuser à vous prendre pour un dytique ou un notonecte la prochaine fois que vous ferez de la plongée sous marine, armés de palmes et d’une bonbonne d’oxygène!!!

 

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Un écosystème dans ma piscine – Partie 1

Je ne vous apprends sans doute rien de nouveau si je vous dis qu’il existe une faune variée habitant le fond des lacs et des rivières (surtout si vous me connaissez)! Lors de précédentes chroniques, j’ai effectivement parlé de certains insectes dont les larves subsistent et se développent en milieu aquatique (mégaloptères, éphémères, odonates). Les adultes de ces insectes sont terrestres et volent. Ils ont, par conséquent, l’aptitude de coloniser de tous nouveaux milieux, en y pondant leurs œufs.

En revanche, d’autres insectes passent la majeure partie de leur cycle de vie – incluant le stade adulte – en milieu aquatique. Ils ont tout de même la capacité de se déplacer à l’extérieur de l’eau et se retrouvent fréquemment à vagabonder d’un site à l’autre, à la recherche d’abri et de nourriture.

Ainsi, il ne suffit que d’avoir un milieu aquatique favorable à la vie pour le voir se peupler rapidement par un bon nombre d’insectes.

Ce milieu peut s’avérer être une piscine que l’on tarde à démarrer, parce qu’on doit y effectuer certaines réparations. C’est ce qui nous est arrivé cette année, pour une seconde fois depuis que nous avons notre maison. Vous ne serez pas surpris si je vous dis que j’en ai profité pour étudier l’écosystème qui se formait peu à peu dans ma piscine!

Culicidae Larve
Larve de maringouin (culicidae)

Le mot écosystème est juste, puisqu’on y retrouve une chaîne alimentaire complète : algues, matière en décomposition (feuilles d’arbres qui tombent dans la piscine, etc.), insectes herbivores (se nourrissent d’algues et de détritus) et insectes carnivores. À noter que j’utilise ici des classifications générales, pour fins de vulgarisation, puisque des espèces appartenant à certains des grands groupes d’organismes dont je vais parler ci-dessous se nourrissent à plus d’un niveau dans la chaîne alimentaire.

Les herbivores incluent des larves de chironomes (chironomidae) et de maringouins (culicidae).  Il s’agit d’organismes appartenant à l’ordre des diptères (mouches). Dans les deux cas, les larves ressemblent à des vers, ne possédant pas de pattes élaborées. Vous connaissez bien les adultes. Les chironomes adultes sont de petites mouches noires ou verdâtres qu’on aperçoit souvent en essaim près des lacs ou au-dessus de nos pelouses, lors de chaudes soirées d’été. On les retrouve également souvent agrippés à nos moustiquaires. Les mâles sont dotés de grandes antennes bien visibles. Quant aux maringouins, je ne crois pas qu’une description soit nécessaire! Ils sont effectivement bien connus des gens qui ont du « bon sang »!

Dytique et chironome
Larve de dytique (gauche) et larve de chironome (droite)

Les carnivores, quant à eux, comprennent des larves de dytiques (coléoptères), ainsi que des coléoptères et des hémiptères adultes. En ce qui concerne les dytiques, j’ai retrouvé à la fois des larves et des adultes dans ma piscine. Je parlerai d’abord des larves de dytiques, puis discuterai des insectes adultes lors de ma prochaine chronique.

Les larves de dytiques sont strictement aquatiques et proviennent des œufs pondus par les adultes. Leur forme est étonnante; on les reconnaît par leur tête ronde dotée de grosses mandibules, ainsi que par le V inversé à la base de leur abdomen. Le « V » consiste en fait en deux tubes dont se servent les larves pour respirer sous l’eau. Elles se tiennent donc tête en bas, avec les pointes de ces tubes respiratoires frôlant la surface de l’eau, afin de retirer un peu d’oxygène de l’air ambiant.

Dytique et chironome 2
Deux larves de dytique, dont une se nourrissant d’une larve de chironome; on voit également une larve de maringouin à gauche du chironome

J’ai pu observer les larves de dytiques se nourrir de larves de chironomes dans ma piscine. Ils ont une façon bien particulière de se nourrir : ils percent le corps de leurs proies à l’aide de leurs mandibules, puis injectent un fluide qui liquéfie les tissus des victimes. Une fois l’intérieur des proies réduit à un état liquide, ils aspirent les fluides pour ne laisser à la fin qu’une coquille vide! Ces larves sont de voraces prédateurs et peuvent se nourrir d’une vaste gamme d’invertébrés, ainsi que de petits vertébrés tels des poissons, salamandres et têtards.

Les adultes s’avèrent également être de redoutables prédateurs, tout comme certains hémiptères adultes que j’ai observés. Je vais vous parler de ces adultes dans la prochaine chronique, puisque j’ai encore beaucoup de choses à vous raconter sur le sujet!

 

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Les Odonates – Partie 2: d’étranges créatures aquatiques

Ma première rencontre avec une larve d’odonate remonte à bien des années et s’est avérée fort mémorable. C’était à l’époque où j’allais fréquemment rejoindre une cousine, qui restait sur le bord de la Baie Saint-François, pour pêcher et se baigner. Je devais être au tout début de l’adolescence.

Macromiidae Larve
Larve d’anisoptère (Famille: Macromiidae)

Je pataugeais sur le bord de la rive et mes pieds s’enfonçaient dans les sédiments fins. En me relevant, quelle ne fut pas ma surprise de voir, collée à ma cuisse, une étrange créature d’un brun foncé. Elle était d’une grosseur appréciable, d’ailleurs. Soudain submergée de peur, je me suis imaginée que j’avais, accrochée après moi, une sorte d’insecte déformé par la pollution (on disait déjà à l’époque que la baie était polluée, surtout dans le temps des fameuses Régates)… Ou encore un extra-terrestre, qui sait! Oui, j’ai toujours eu passablement d’imagination…

Bref, l’évènement m’avait suffisamment marquée pour que l’image de la bestiole en question soit saisie dans ma mémoire, telle une photographie! Quelle ne fut donc pas ma surprise de reconnaître mon « extra-terrestre », bien des années plus tard, alors que je commençai à collecter et identifier des insectes aquatiques dans le cadre de ma maîtrise!

Comme je le mentionnais dans ma chronique de la semaine dernière, les larves d’odonates évoluent en milieu aquatique et sont généralement méconnues. Pourtant, certaines de ces larves présentent des similitudes marquées avec les odonates adultes. La tête – d’une bonne grosseur par rapport au reste du corps – est munie de gros yeux. Les mâchoires sont également fort impressionnantes. Elles sortent, en fait, tout droit d’un film d’horreur! Les mandibules acérées se situent au bout d’un long « tube » qui se déploie, tel la langue d’une grenouille, pour capturer les proies. Cette image, sur Internet, vous donnera une idée de ce dont je vous parle! Ou encore celle-ci!

Naturellement, vous ne serez pas surpris, après avoir vu ces images, si je vous dis que ce sont de redoutables prédateurs, tout comme les adultes. Les larves d’odonates consomment effectivement toutes sortes d’invertébrés aquatiques – incluant des larves d’éphémères, de diptères (mouches noires, maringouins), d’autres odonates, etc. Elles ont un appétit tellement vorace qu’elles se nourrissent même de têtards et de petits poissons aussi gros qu’elles!

Aeshnidae larve
Larve d’anisoptère (Famille: Aeshnidae)

On retrouve des larves d’odonates autant dans les milieux lotiques (eaux courantes, comme les rivières et les ruisseaux) que dans les milieux lentiques (courant lent, comme les lacs ou les abords du fleuve). On peut fréquemment en observer en déplacement, sur les sédiments du fleuve, à marée basse. Il suffit de suivre les traces laissées sur le sable. Parfois elles conduisent à des escargots, mais il m’est arrivée à quelques reprises de tomber sur un odonate! Pour ceux qui n’habitent pas là où l’on retrouve des marées, sachez que vous pouvez également simplement déplacer quelques roches sur le bord d’un lac ou du fleuve. Vos chances de tomber sur un odonate sont appréciables, parole de Doc Bébitte (j’ai plusieurs tentatives à mon actif)!

Si vous « dérangez » une larve d’odonate – en particulier les anisoptères ou libellules (voir l’article de la semaine dernière pour les descriptions) – vous risquez sans doute de la voir se propulser de façon étonnante dans l’eau. En fait, les larves d’anisoptères se déplacent en aspirant l’eau par leur anus en un premier temps et en l’éjectant soudainement en un deuxième temps. D’ailleurs elles se servent de cette « particularité » quand vous tentez de les manipuler hors de l’eau… pour vous asperger!!! C’est aussi de cette façon qu’elles respirent sous l’eau, puisque leurs branchies sont internes – soit localisées dans leur rectum, rien de moins! En « aspirant » de la nouvelle eau oxygénée, les larves peuvent donc rester submergées. En revanche, les larves de zygoptères ou demoiselles ne sont pas munies d’un tel système. Elles possèdent simplement des branchies qui ont plus ou moins l’allure de trois feuilles tout au bout de leur abdomen.

Gomphidae
Larve d’anisoptère (Famille: Gomphidae)

En plus de ces caractéristiques, les larves de zygoptères et d’anisoptères se différencient par la forme de leur corps. En effet, de façon similaire aux odonates adultes, les larves de zygoptères sont plus allongées et frêles que les larves d’anisoptères. Quelques bons guides pour entomologistes aquatiques amateurs ou plus avancés existent : vous pouvez vous référer à la section « Pour en savoir plus » si le sujet vous intéresse! En particulier, le guide du Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs est propre au Québec et est bien vulgarisé. Il est disponible sur Internet, autre fait intéressant!

Pour terminer, les larves d’odonates peuvent passer plusieurs années sous l’eau, à se développer. Certaines espèces peuvent prendre jusqu’à 6 années pour réaliser un cycle de vie complet. Ce n’est donc pas pour rien qu’elles atteignent une taille appréciable : jusqu’à environ 7 centimètres!

Je vous avais dit qu’il y avait beaucoup de choses à raconter sur les odonates? Et bien, je n’ai même pas tout dit! Il faudra bien que je vous parle une prochaine fois de l’intérêt d’étudier les larves d’odonates en tant qu’indicatrices de la qualité des milieux aquatiques! Ça viendra…

Entre temps, j’espère que cette chronique vous aidera à mieux identifier les larves d’odonates lorsque vous en verrez… Afin d’éviter que vous les preniez pour des extra-terrestres!!!

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Éphémères, ces insectes!

Certains les appellent des « mannes ». Ils sont bien connus des pêcheurs, qui utilisent des leurres qui leur ressemblent pour pêcher à la « mouche ». Il s’agit des éphémères (ordre des éphéméroptères).

Hexagenia
Éphémère adulte (Hexagenia)

Le nom de ce groupe d’insectes offre un bon indice quant à leur cycle de vie : le stade adulte est effectivement très éphémère et ne dure, pour certaines espèces, que 90 minutes! En fait, ce stade est tellement court que les éphémères adultes ne possèdent même pas de pièces buccales. Leur seul objectif : se reproduire!

Pourtant, les éphémères ont une durée de vie totale qui peut varier de quelques mois à plus de deux ans. C’est cependant sous forme larvaire que les éphémères vont passer la plus grande partie de leur vie.

Les larves d’éphémères se développent sous l’eau. Elles possèdent des branchies le long de leur corps, ce qui leur permet de respirer. Plusieurs espèces sont sensibles à la pollution des milieux aquatiques et sont, par conséquent, utilisées comme indicatrices de la santé des cours d’eau. Lorsque je sillonnais les rivières au Québec, il m’arrivait fréquemment – presque tout le temps, même – d’en capturer. Les larves sont très bien réparties et on les retrouve à peu près partout dans nos lacs et nos rivières. Elles constituent d’ailleurs un maillon important à la base des chaînes alimentaires de ces milieux, étant consommées par d’autres insectes aquatiques prédateurs, ainsi que par de nombreuses espèces de poissons.

Heptageniidae Larve
Larve d’éphémère (Heptageniidae)

Les éphémères constituent également une importante source de nourriture une fois qu’ils sont parvenus au stade adulte, et ce, tant pour les milieux aquatiques que terrestres. En effet, lorsque vient le temps de se reproduire, les larves d’éphémères émergent des milieux aquatiques pour se transformer en adultes ailés. Les émergences peuvent se produire graduellement ou, dans le cas de certaines espèces, de façon soudaine et « massive ». Certaines espèces émergent simultanément en quantités phénoménales et vont même jusqu’à causer certains désagréments! J’avais déjà entendu parler, lors d’une conférence sur les invertébrés aquatiques, qu’il y avait des endroits où l’on devait sortir les camions de déneigement pour ramasser les carcasses d’éphémères à la suite d’émergences massives. En faisant des recherches, je suis tombée sur cet article, qui présente des images concernant une émergence monstre ayant eu lieu en juin 2012 aux États-Unis (Wisconsin).

J’avais également pris une courte vidéo (ci-dessous) lors d’une émergence de caenidae, une sorte de tout petit éphémère, à l’été 2011. Nous étions pris d’assaut par plusieurs individus, qui s’arrêtaient sur nous le temps d’une mue! Fait surprenant, la mue des éphémères qui viennent tout juste d’émerger de l’eau est nécessaire afin que l’individu atteigne le stade final où il peut enfin se reproduire – autrement, il demeurerait à un stade intermédiaire entre la larve aquatique et l’adulte reproducteur! Ce stade, que je qualifierais de pseudo-adulte (organisme ailé qui ressemble à un adulte, mais dont les organes reproducteurs ne sont pas entièrement développés – on parle de subimago dans la littérature), est unique. Il n’existe chez aucun autre insecte.

Malgré les désagréments engendrés chez certains humains, ces émergences font le bonheur de nombreux consommateurs. Tout d’abord, les oiseaux, qui sont souvent en période de nidification lors de ces émergences, s’en servent comme source supplémentaire de protéines! Les poissons aussi se nourrissent des adultes éphémères qui frôlent la surface de l’eau (ou qui y tombent) pendant l’accouplement ou la ponte des œufs. Même les pêcheurs en profitent, en utilisant des leurres qui ressemblent aux éphémères adultes, sachant que les poissons les identifient déjà comme un gourmet repas.

Bref, les éphémères constituent avant tout une espèce utile! D’ailleurs, nombreux sont ceux qui savent profiter de cette « manne », sans mauvais jeu de mots!

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Caeniidae
Éphémère de la famille des Caenidae

Un « monstre » sous vos pieds?

Quoi de mieux, pour mon premier article, que de vous parler d’un insecte aquatique tout à fait étonnant?

Nombreux sont ceux qui ignorent qu’il existe toute une faune vivant dans le fond des lacs et des rivières… et je ne parle pas de poissons! En effet, une multitude d’invertébrés – crustacés, mollusques, insectes et autres – passent leur vie (ou une partie de leur vie) en milieu aquatique.

Ces organismes sont dotés de systèmes leur permettant de respirer sous l’eau… systèmes variables d’une espèce à l’autre! On parle de branchies, de bulles d’air, de diffusion de l’oxygène à travers la peau, etc.!

Pour ce premier article, je vous parle d’un des plus gros d’entre eux: les corydales, de l’ordre des Mégaloptères (Famille: Corydalidae). En fait, pour être précise, je devrais vous parler de larves de corydales, puisque ce sont les juvéniles qui vivent en milieu aquatique. Une fois près de la maturité, les larves se métamorphosent en adultes ailés… et terrestres! Le processus est similaire à la chenille qui se transforme en papillon, exception faite que les corydales vont complètement changer de milieu! Aussi, les larves peuvent prendre jusqu’à trois ans pour se développer sous l’eau… alors que l’adulte ne va survivre qu’une saison, le temps de se reproduire!

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Larve de corydalidae (Photo: Caroline Anderson)

Comme on peut le déduire en regardant les photographies, les corydalidae sont des prédateurs. Ils se nourrissent de d’autres invertébrés aquatiques. Leurs grosses mandibules (mâchoires) en témoignent bien. Leur taille est aussi impressionnante, pouvant aller jusqu’à 9 centimètres!

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Larve de corydalidae (Photo: Caroline Anderson)

Les corydales vivent de préférence dans les milieux aquatiques qu’on appelle lotiques. Ce sont les rivières et les ruisseaux où l’eau coule de façon constante – par opposition aux milieux lentiques, où l’eau est plus stagnante.

Les larves respirent sous l’eau à l’aide de branchies. Ce sont les longs filaments que l’on peut voir le long de leur corps. Elles assimilent également l’oxygène à travers certaines portions de leur peau.

Les invertébrés aquatiques comme les corydales sont souvent utilisés pour identifier l’impact des activités humaines (pollution) sur les milieux aquatiques. Ils présentent effectivement des degrés de tolérance variés face à différents types de pollution. Les larves de corydales sont considérées comme étant intolérantes à la pollution et leur présence témoignerait donc d’un site peu affecté par la pollution d’origine humaine. Toutefois, mon expérience sur le terrain suggère que les corydales peuvent présenter une certaine tolérance à la pollution, en particulier lorsqu’il s’agit d’un enrichissement du cours d’eau conduisant à une plus grande abondance de proies. Cela dit, je n’en ai trouvé qu’à quelques sites en rivière au Québec et il ne semble pas s’agir d’un invertébré extrèmement abondant.

Il peut être étonnant de constater que d’aussi gros organismes se promènent sous nos pieds lorsque nous nous baignons dans les lacs et les rivières. J’espère que ce blogue aidera à les démystifier… et à vous rassurer!

Pour en savoir plus…