Chironomes, maîtres des eaux!

La semaine dernière, je vous offrais une capsule spéciale pour l’Halloween. Il y figurait un invertébré bien particulier, qui ressemblait à une momie arborant une tête squelettique. Pas de pattes, pas de traits distincts. Cela ne vous laissait pas beaucoup d’indices, n’est-ce pas?

Momie
L’invertébré mystère est une nymphe de chironome

L’apparence particulière de cet invertébré est due au stade de vie dans lequel il se retrouvait au moment où je l’ai photographié : il s’agit d’une nymphe. À mi chemin entre la larve et l’adulte, la nymphe de plusieurs insectes ressemble ni plus ni moins à une momie. Certains insectes fabriquent des cocons plus rigides, comme par exemple les chenilles qui forment une chrysalide avant de devenir un papillon. Toutefois, d’autres insectes semblent plutôt se métamorphoser à la vue de tous, sous une pellicule transparente composée de leur exosquelette légèrement durci.

C’est notamment le cas de notre insecte de la semaine : un diptère (ordre incluant les mouches et les moustiques), de la famille des chironomidae. On les appelle communément des chironomes. Les adultes sont, en fait, de toutes petites mouches que l’on peut observer régulièrement accrochées à nos moustiquaires, ou encore formant un « nuage » près des lacs et des rivières (voir cette photo ou celle-ci). Bien qu’elles puissent nous agresser par leur grand nombre (essayer de prendre une marche sur le bord de l’eau à travers des nuées de chironomes n’est pas la chose la plus agréable), elles ne piquent pas.

La raison pour laquelle on les retrouve en grande quantité près des milieux aquatiques, c’est que les larves évoluent dans l’eau. De taille pratiquement microscopique jusqu’à un maximum de 3 centimètres, ces larves ressemblent un peu à des chenilles. Elles sont toutefois dépourvues des six « vraies » pattes que possèdent les chenilles. Elles sont plutôt munies de deux paires de « fausses » pattes : une première sous la tête et une seconde tout au bout de l’abdomen (voir cette photo). Elles s’en servent pour ramper, bien qu’elles se déplacent aussi en réalisant des mouvements ondulatoires assez brusques les propulsant à travers la colonne d’eau.

Chironomes Trois
Quelques larves de chironomes provenant de mon étang

J’ai eu l’occasion de filmer quelques petites larves de chironomes vivantes que j’ai prélevées en grattant des plantes et des roches de mon étang à poissons. Ces larves étaient toutes petites (la plus grosse ayant un diamètre tout juste un peu plus grand qu’un cheveu et mesurant 3 millimètres de long), mais le fait de les regarder au microscope m’a permis de prendre quelques vidéos intéressantes, que j’ai insérées à la fin de la présente chronique (pensez à les afficher en haute résolution, pour mieux voir les détails!).

Les larves de chironomes sont ubiquistes. On les retrouve dans tous les milieux aquatiques : lacs, rivières, étangs… même les trous d’arbres remplis d’eau n’y échappent pas! Elles constituent plus de la moitié des espèces invertébrées retrouvées en eau douce, rien de moins! De plus, de nombreuses espèces s’avèrent très tolérantes à la pollution. Certains individus arborent d’ailleurs une superbe couleur rouge vif (photo) associée à l’hémoglobine contenue dans leur sang, qui leur permet de subsister dans les milieux très pauvres en oxygène. Habituellement, une trop forte dominance de chironomes par rapport aux autres organismes n’est pas un bon signe quant à l’état de santé du lac ou du cours d’eau examiné.

Bien que certains chironomes aiment porter le rouge, il importe de noter que les couleurs des membres de cette famille peuvent être très variables : teintes brunâtres, verdâtres, jaunâtres, orangées… J’ai même un livre qui parle de pigmentations incluant le bleu, le rose et le violet (ce que je n’ai pas encore eu l’occasion d’observer pour ma part).

On peut détecter la présence de larves de chironomes, même lorsqu’on ne les voit pas. En effet, ces dernières élaborent souvent des tubes composés d’algues, de sédiments fins et de détritus divers qu’elles agglomèrent à l’aide de soie qu’elles produisent. Elles s’y enroulent et s’y cachent afin de fuir les prédateurs. Ainsi, il m’est fréquent de retrouver de longs (~1 cm) tubes d’algues et de matières variables lorsque je nettoie des objets qui ont trempé dans mon étang ou mon aquarium, sans toutefois apercevoir les chironomes qui les ont construits.

Les préférences alimentaires des chironomes varient énormément, selon l’espèce. Les repas favoris incluent : détritus tels les feuilles en décomposition, algues, plantes vasculaires, fongus et autres animaux (prédation ou parasitisme). Les chironomes jouent un rôle particulièrement important dans les écosystèmes aquatiques. Comme ils sont fort abondants, ils constituent une source de nourriture considérable à la base des chaînes alimentaires. Ils entrent dans l’alimentation de nombreux organismes, vertébrés ou non. Les larves et les nymphes forment notamment une grande partie du régime de multiples espèces de poissons.

D’ailleurs, lors d’une journée de pêche mémorable datant de quelques années (mémorable à cause de l’anecdote qui suit), je m’étais amusée à examiner le contenu alimentaire de truites mouchées (ombles de fontaine) que nous avions capturées. C’était à la fête de la pêche et nous partagions le lieu de « dissection » avec d’autres pêcheurs amateurs que nous ne connaissions pas. J’étais très impressionnée de découvrir que les estomacs de nos truites étaient remplis de nymphes de chironomes (et je l’exprimais à voix haute). Toutefois, les autres pêcheurs environnants ne partageaient pas tout à fait mon enthousiasme. J’ai appris que certaines personnes sont dégoutées par le fait de connaître ce qu’il y a dans l’estomac des poissons qu’ils prévoient manger! Bref, je me fais encore taquiner à l’occasion par les amis avec qui j’étais à la pêche à l’effet que je « traumatise » les gens en leur parlant de contenu stomacal… Vous serez avertis si vous souhaitez m’amener à la pêche un jour!

 

Galerie vidéo

Larves de chironomes vivantes, sous mon microscope. Elles représentent différentes formes et colorations.

 

Ici, on voit une larve qui est cachée dans son fourreau. On peut voir les différents éléments constituant le fourreau (algues, sédiments, etc.).

 

Pour terminer, voici trois autres larves de chironomes, dont deux qui étaient cachées dans des fourreaux.

Pour en savoir plus

  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Thorp, J.H. et A.P. Covich. 2001. Ecology and classification of North American freshwater invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Bug Guide. Family Chironomidae – Midges. http://bugguide.net/node/view/3163
  • Troutnut. Chironomidae (Midges) True fly larva pictures. http://www.troutnut.com/specimen/455

Odonates en émergence aux abords du fleuve Saint-Laurent!

J’avais déjà prévu écrire une chronique cette semaine au sujet de l’émergence d’une espèce particulière de libellule à laquelle j’ai récemment assisté. Quelle ne fut pas ma chance d’observer une seconde émergence – cette fois-ci de demoiselles – lors d’une sortie de pêche, à peine une semaine plus tard! Il ne m’en fallu pas plus pour me lancer dans l’écriture d’une chronique parlant de cette merveilleuse transformation que subissent les odonates (libellules et demoiselles), les faisant passer de bestioles parfaitement adaptées à la vie aquatique à des organismes volants, maîtres du ciel!

Gomphe-Cobra adulte
Gomphe-Cobra venant d’émerger

Ma première expérience se fit sur le bord du fleuve Saint-Laurent à Québec, à la plage Jacques-Cartier. Il s’agit d’un lieu aménagé pour les piétons et dont les sentiers longent le fleuve. Lors d’une récente balade, j’y aperçu un grand nombre de libellules écrasées… ce qui me conduisit à formuler différentes hypothèses sur leur présence, dont celle qu’il s’agissait de jeunes libellules venant d’émerger et n’étant pas encore capable de voler. Ceci expliquerait pourquoi elles se retrouvaient écrasées en aussi grand nombre. Aussitôt formulée, je tentai de trouver des indices pour confirmer mon hypothèse. C’est ainsi que j’aperçu éventuellement un grand nombre de libellules adultes jonchées sur des roches le long du fleuve, accompagnées d’un grand nombre d’exosquelettes (coquille externe des invertébrés) de larves vides. Et voilà, mon hypothèse était confirmée!

Ayant à la fois des larves et des adultes à étudier, il me fut facile d’identifier les individus. Il s’agissait de gomphes-cobras (gomphus vastus), de la famille des gomphidae. Les gomphes-cobras sont très communs le long du fleuve Saint-Laurent et ils se reconnaissent facilement, en particulier grâce à leur abdomen dont l’extrémité est enflée. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui lui valu son nom anglais de clubtail (queue en forme de bâton de golf).

La seconde émergence que je pu contempler est issue d’un pur hasard! Une semaine après avoir assisté à l’émergence des gomphes-cobras à Québec, je me retrouvai plus au sud dans mon patelin d’origine, en bateau sur le Saint-Laurent. Comme la pêche n’était pas des plus fructueuses, je me laissai aller à regarder les alentours… et me rendre à l’évidence qu’une larve de demoiselle (famille des Coenagrionidae) s’était hissée sur le bateau et était en train de se métamorphoser en adulte ailé! J’ai pu filmer une partie de cette métamorphose et la vidéo est présentée à la fin de la présente chronique. J’ai également inséré quelques photos prises à différents intervalles et démontrant la progression de la métamorphose de la demoiselle.

Gomphe-Cobra exosquelettes
Exosquelettes de Gomphes-Cobras

Je suivi avec attention les différents stades de la métamorphose, qui dura environ 30 minutes à partir du moment où j’ai remarqué la chose. C’est lorsque notre bateau traversa un nuage de demoiselles fort similaires que « ma » demoiselle décida enfin de s’envoler. Après avoir passé une année sous l’eau, il était temps pour elle de compléter son cycle de vie : se reproduire, puis mourir d’ici la fin de l’été.

En effet, la durée de vie des odonates adultes varie entre 2 semaines et 2 mois, selon l’espèce. Cela leur laisse tout de même suffisamment de temps pour se reproduire et assurer la présence de générations futures de libellules et de demoiselles.

On voit bien sur les photos que j’ai prises les différences entre les larves et les adultes des libellules (anisoptères) et des demoiselles (zygoptères). En effet, les demoiselles sont plus petites et plus délicates que les libellules. Malgré cette apparence frêle, il s’agit tout de même de voraces prédateurs, tant au stade larvaire qu’adulte. J’en avais d’ailleurs parlé lors de chroniques antérieures (larves et adultes, respectivement).

Bref, ce que cette chronique veut vous apprendre d’abord et avant tout, c’est que la métamorphose dans le monde des insectes n’est pas que l’apanage des papillons. La prochaine fois que vous voyez une libellule ou une demoiselle, pensez à ce fantastique cycle de vie qui les caractérise!

 

Pour en savoir plus

 

Émergence d’une demoiselle en vidéo et en photo

Demoiselle Émergente 1
Début de la transformation

 

Demoiselle Émergente 2
L’adulte est entièrement sorti de l’exosquelette

 

Demoiselle Émergente 3
Les ailes se déploient progressivement

 

Demoiselle Émergente 6
La métamorphose est presque complétée

 

Demoiselle Émergente 7
Voici le résultat final!

Un écosystème dans ma piscine – Partie 1

Je ne vous apprends sans doute rien de nouveau si je vous dis qu’il existe une faune variée habitant le fond des lacs et des rivières (surtout si vous me connaissez)! Lors de précédentes chroniques, j’ai effectivement parlé de certains insectes dont les larves subsistent et se développent en milieu aquatique (mégaloptères, éphémères, odonates). Les adultes de ces insectes sont terrestres et volent. Ils ont, par conséquent, l’aptitude de coloniser de tous nouveaux milieux, en y pondant leurs œufs.

En revanche, d’autres insectes passent la majeure partie de leur cycle de vie – incluant le stade adulte – en milieu aquatique. Ils ont tout de même la capacité de se déplacer à l’extérieur de l’eau et se retrouvent fréquemment à vagabonder d’un site à l’autre, à la recherche d’abri et de nourriture.

Ainsi, il ne suffit que d’avoir un milieu aquatique favorable à la vie pour le voir se peupler rapidement par un bon nombre d’insectes.

Ce milieu peut s’avérer être une piscine que l’on tarde à démarrer, parce qu’on doit y effectuer certaines réparations. C’est ce qui nous est arrivé cette année, pour une seconde fois depuis que nous avons notre maison. Vous ne serez pas surpris si je vous dis que j’en ai profité pour étudier l’écosystème qui se formait peu à peu dans ma piscine!

Culicidae Larve
Larve de maringouin (culicidae)

Le mot écosystème est juste, puisqu’on y retrouve une chaîne alimentaire complète : algues, matière en décomposition (feuilles d’arbres qui tombent dans la piscine, etc.), insectes herbivores (se nourrissent d’algues et de détritus) et insectes carnivores. À noter que j’utilise ici des classifications générales, pour fins de vulgarisation, puisque des espèces appartenant à certains des grands groupes d’organismes dont je vais parler ci-dessous se nourrissent à plus d’un niveau dans la chaîne alimentaire.

Les herbivores incluent des larves de chironomes (chironomidae) et de maringouins (culicidae).  Il s’agit d’organismes appartenant à l’ordre des diptères (mouches). Dans les deux cas, les larves ressemblent à des vers, ne possédant pas de pattes élaborées. Vous connaissez bien les adultes. Les chironomes adultes sont de petites mouches noires ou verdâtres qu’on aperçoit souvent en essaim près des lacs ou au-dessus de nos pelouses, lors de chaudes soirées d’été. On les retrouve également souvent agrippés à nos moustiquaires. Les mâles sont dotés de grandes antennes bien visibles. Quant aux maringouins, je ne crois pas qu’une description soit nécessaire! Ils sont effectivement bien connus des gens qui ont du « bon sang »!

Dytique et chironome
Larve de dytique (gauche) et larve de chironome (droite)

Les carnivores, quant à eux, comprennent des larves de dytiques (coléoptères), ainsi que des coléoptères et des hémiptères adultes. En ce qui concerne les dytiques, j’ai retrouvé à la fois des larves et des adultes dans ma piscine. Je parlerai d’abord des larves de dytiques, puis discuterai des insectes adultes lors de ma prochaine chronique.

Les larves de dytiques sont strictement aquatiques et proviennent des œufs pondus par les adultes. Leur forme est étonnante; on les reconnaît par leur tête ronde dotée de grosses mandibules, ainsi que par le V inversé à la base de leur abdomen. Le « V » consiste en fait en deux tubes dont se servent les larves pour respirer sous l’eau. Elles se tiennent donc tête en bas, avec les pointes de ces tubes respiratoires frôlant la surface de l’eau, afin de retirer un peu d’oxygène de l’air ambiant.

Dytique et chironome 2
Deux larves de dytique, dont une se nourrissant d’une larve de chironome; on voit également une larve de maringouin à gauche du chironome

J’ai pu observer les larves de dytiques se nourrir de larves de chironomes dans ma piscine. Ils ont une façon bien particulière de se nourrir : ils percent le corps de leurs proies à l’aide de leurs mandibules, puis injectent un fluide qui liquéfie les tissus des victimes. Une fois l’intérieur des proies réduit à un état liquide, ils aspirent les fluides pour ne laisser à la fin qu’une coquille vide! Ces larves sont de voraces prédateurs et peuvent se nourrir d’une vaste gamme d’invertébrés, ainsi que de petits vertébrés tels des poissons, salamandres et têtards.

Les adultes s’avèrent également être de redoutables prédateurs, tout comme certains hémiptères adultes que j’ai observés. Je vais vous parler de ces adultes dans la prochaine chronique, puisque j’ai encore beaucoup de choses à vous raconter sur le sujet!

 

Pour en savoir plus

Manger la pelouse par les racines : les fameux vers blancs

Avec la saison estivale qui est de retour, nous sommes nombreux à jouer dans la terre, creusant par-ci, creusant par-là, afin de se concocter un magnifique potager ou encore de jolies plates-bandes fleuries.

Hanneton larve
Larve de hanneton (surnommé « ver blanc »)

C’est en creusant ces trous que nous tombons souvent sur un insecte qui ne fait pas le plus grand plaisir des jardiniers : le ver blanc. Mais détrompez-vous! Il ne s’agit pas d’un ver proprement dit (qui réfère en fait à un groupe d’invertébrés qui ne possèdent pas de pattes), mais plutôt d’une larve de coléoptère, le hanneton.

Plusieurs connaissent bien l’adulte, appelé communément « barbeau ». Il s’agit d’un coléoptère de bonne taille et de couleur brune plus ou moins foncée selon l’espèce. L’adulte pond ses œufs dans la terre, au sol. Les larves vont passer une année complète dans le sol, à se nourrir notamment des racines de gazon ou de jeunes végétaux récemment plantés. Les dommages sur la pelouse peuvent être assez importants, se traduisant par des plaques jaunes de gazon qui s’arrachent facilement.

Hanneton adulte
Hanneton adulte

Bien sûr, si vous souhaitez avoir une pelouse parfaite, vous n’aimerez pas ces petits intrus! Il existe plusieurs méthodes de lutte aux vers blancs. Naturellement, je ne vous encourage absolument pas à utiliser des pesticides, puisque ceux-ci peuvent avoir des répercussions indésirables sur d’autres espèces d’invertébrés et d’animaux (incluant des oiseaux et des petits mammifères).

Un premier truc suggéré par le livre Solutions écologiques en horticulture est de garder la pelouse longue et dense afin de limiter les espaces de ponte. Ils ne disent pas comment procéder et, bien sûr, je déconseille d’utiliser des engrais pour enrichir votre pelouse. Pensez plutôt à des solutions écologiques, telles que d’acheter des mélanges de graines pour la pelouse incluant du trèfle. La couverture sera non seulement bonne, mais le trèfle survivra probablement mieux aux attaques des larves de hanneton!

Autre astuce : éteindre les lumières extérieures au moment de la ponte (en juin et juillet). Les hannetons adultes, qui sont actifs la nuit, sont attirés par ces dernières.

De plus, plusieurs prédateurs sont friands de larves de hanneton. Certains, comme les moufettes ou les ratons laveurs, font parfois davantage de dommages en creusant que les hannetons eux-mêmes. Toutefois, vous pouvez attirer des oiseaux qui feront moins de dommages, mais qui seront tout autant intéressés par cette délicieuse collation!

Pélécinide
Pélécinide, un parasite des larves de hanneton

Certains insectes constituent également des parasites des larves de hanneton, comme par exemple les pélécinides. Ce sont des hyménoptères (sortes de guêpes). Les femelles sont munies d’un très long abdomen dont elles se servent pour pondre leurs œufs sur les larves de hanneton enfouies dans le sol. On retrouve aussi des nématodes, qui vont s’attaquer aux larves et les éliminer. Semble-t-il qu’il est possible de s’en procurer (vendus en vrac sous forme de poudre!) dans certains centres de jardinage.

Pour terminer, le meilleur conseil que je puisse vous donner, c’est de mettre votre orgueil de côté et d’accepter d’avoir une pelouse imparfaite, mais écologique et saine!

 

Pour en savoir plus

Les Odonates – Partie 2: d’étranges créatures aquatiques

Ma première rencontre avec une larve d’odonate remonte à bien des années et s’est avérée fort mémorable. C’était à l’époque où j’allais fréquemment rejoindre une cousine, qui restait sur le bord de la Baie Saint-François, pour pêcher et se baigner. Je devais être au tout début de l’adolescence.

Macromiidae Larve
Larve d’anisoptère (Famille: Macromiidae)

Je pataugeais sur le bord de la rive et mes pieds s’enfonçaient dans les sédiments fins. En me relevant, quelle ne fut pas ma surprise de voir, collée à ma cuisse, une étrange créature d’un brun foncé. Elle était d’une grosseur appréciable, d’ailleurs. Soudain submergée de peur, je me suis imaginée que j’avais, accrochée après moi, une sorte d’insecte déformé par la pollution (on disait déjà à l’époque que la baie était polluée, surtout dans le temps des fameuses Régates)… Ou encore un extra-terrestre, qui sait! Oui, j’ai toujours eu passablement d’imagination…

Bref, l’évènement m’avait suffisamment marquée pour que l’image de la bestiole en question soit saisie dans ma mémoire, telle une photographie! Quelle ne fut donc pas ma surprise de reconnaître mon « extra-terrestre », bien des années plus tard, alors que je commençai à collecter et identifier des insectes aquatiques dans le cadre de ma maîtrise!

Comme je le mentionnais dans ma chronique de la semaine dernière, les larves d’odonates évoluent en milieu aquatique et sont généralement méconnues. Pourtant, certaines de ces larves présentent des similitudes marquées avec les odonates adultes. La tête – d’une bonne grosseur par rapport au reste du corps – est munie de gros yeux. Les mâchoires sont également fort impressionnantes. Elles sortent, en fait, tout droit d’un film d’horreur! Les mandibules acérées se situent au bout d’un long « tube » qui se déploie, tel la langue d’une grenouille, pour capturer les proies. Cette image, sur Internet, vous donnera une idée de ce dont je vous parle! Ou encore celle-ci!

Naturellement, vous ne serez pas surpris, après avoir vu ces images, si je vous dis que ce sont de redoutables prédateurs, tout comme les adultes. Les larves d’odonates consomment effectivement toutes sortes d’invertébrés aquatiques – incluant des larves d’éphémères, de diptères (mouches noires, maringouins), d’autres odonates, etc. Elles ont un appétit tellement vorace qu’elles se nourrissent même de têtards et de petits poissons aussi gros qu’elles!

Aeshnidae larve
Larve d’anisoptère (Famille: Aeshnidae)

On retrouve des larves d’odonates autant dans les milieux lotiques (eaux courantes, comme les rivières et les ruisseaux) que dans les milieux lentiques (courant lent, comme les lacs ou les abords du fleuve). On peut fréquemment en observer en déplacement, sur les sédiments du fleuve, à marée basse. Il suffit de suivre les traces laissées sur le sable. Parfois elles conduisent à des escargots, mais il m’est arrivée à quelques reprises de tomber sur un odonate! Pour ceux qui n’habitent pas là où l’on retrouve des marées, sachez que vous pouvez également simplement déplacer quelques roches sur le bord d’un lac ou du fleuve. Vos chances de tomber sur un odonate sont appréciables, parole de Doc Bébitte (j’ai plusieurs tentatives à mon actif)!

Si vous « dérangez » une larve d’odonate – en particulier les anisoptères ou libellules (voir l’article de la semaine dernière pour les descriptions) – vous risquez sans doute de la voir se propulser de façon étonnante dans l’eau. En fait, les larves d’anisoptères se déplacent en aspirant l’eau par leur anus en un premier temps et en l’éjectant soudainement en un deuxième temps. D’ailleurs elles se servent de cette « particularité » quand vous tentez de les manipuler hors de l’eau… pour vous asperger!!! C’est aussi de cette façon qu’elles respirent sous l’eau, puisque leurs branchies sont internes – soit localisées dans leur rectum, rien de moins! En « aspirant » de la nouvelle eau oxygénée, les larves peuvent donc rester submergées. En revanche, les larves de zygoptères ou demoiselles ne sont pas munies d’un tel système. Elles possèdent simplement des branchies qui ont plus ou moins l’allure de trois feuilles tout au bout de leur abdomen.

Gomphidae
Larve d’anisoptère (Famille: Gomphidae)

En plus de ces caractéristiques, les larves de zygoptères et d’anisoptères se différencient par la forme de leur corps. En effet, de façon similaire aux odonates adultes, les larves de zygoptères sont plus allongées et frêles que les larves d’anisoptères. Quelques bons guides pour entomologistes aquatiques amateurs ou plus avancés existent : vous pouvez vous référer à la section « Pour en savoir plus » si le sujet vous intéresse! En particulier, le guide du Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs est propre au Québec et est bien vulgarisé. Il est disponible sur Internet, autre fait intéressant!

Pour terminer, les larves d’odonates peuvent passer plusieurs années sous l’eau, à se développer. Certaines espèces peuvent prendre jusqu’à 6 années pour réaliser un cycle de vie complet. Ce n’est donc pas pour rien qu’elles atteignent une taille appréciable : jusqu’à environ 7 centimètres!

Je vous avais dit qu’il y avait beaucoup de choses à raconter sur les odonates? Et bien, je n’ai même pas tout dit! Il faudra bien que je vous parle une prochaine fois de l’intérêt d’étudier les larves d’odonates en tant qu’indicatrices de la qualité des milieux aquatiques! Ça viendra…

Entre temps, j’espère que cette chronique vous aidera à mieux identifier les larves d’odonates lorsque vous en verrez… Afin d’éviter que vous les preniez pour des extra-terrestres!!!

Pour en savoir plus