Des tricoteuses miniatures!

Beau petit tricot tendance fait à la main en laine jaune, rouge et bleue. On se croirait dans un défilé de haute couture. Détrompez-vous! La fine tricoteuse qui a fabriqué ce joli pull n’est pas humaine… Il s’agit plutôt d’une petite chenille dont le nom fait frémir : la mite des vêtements porte-case (Tinea pellionella).

T. pellionella_fourreau
Ce joli fourreau est une gracieuseté d’une mite des vêtements porte-case

C’est en décembre 2013 que nous avons découvert le pot aux roses. Il faut dire que nous soupçonnions déjà avoir affaire à un problème de mites des vêtements, mais ne trouvions aucune larve dans nos garde-robes.

Aux printemps 2011 et 2012, nous avions observé quelques très petits papillons (10 à 15 millimètres) brun-beige qui se promenaient dans la maison, sans plus. À l’été 2013, surprise, nous nous sommes retrouvés avec 5 à 7 papillons par jour pendant deux ou trois mois. Nous avons scruté tapis, dessous de meubles et autres recoins sans réussir à trouver la source. Or, en décembre 2013, je tombai sur une toute petite chenille enveloppée d’un fourreau laineux qui grimpait le long du mur de la salle de bain (voir la première vidéo à la fin de la chronique). En l’examinant sous le microscope je compris 1) qu’il s’agissait d’une mite des vêtements porte-case (on la nomme aussi « teigne ») et 2) que son joli fourreau arborait des couleurs que l’on retrouvait… dans les couvertes de notre lit! C’est à ce moment que nous eûmes l’idée de tirer le lit et d’examiner en dessous. Ouf! Quel spectacle nous eûmes, voyant tout un tas de petites chenilles entrelacées avec brindilles de tissus et de poussière!

Mite vêtements
Les teignes adultes sont toutes petites
T. pellionella
Première larve de teigne porte-case observée… avant de trouver le pot aux roses!

À partir de mon stéréomicroscope, je pris quelques vidéos des amas de fourreaux entremêlés, incluant les chenilles bien vivantes qui s’y cachaient. Vous pouvez les visionner à la toute fin de la présente chronique. J’en entends déjà certains d’entre vous dire « ouache »! Oui, ces belles petites bêtes étaient bien sous mon lit!

À partir de ce moment, nous avons commencé à trouver des larves de ces mites un peu partout au sol dans la chambre. Par chance, aucune ne semblait s’intéresser à nos vêtements, qu’ils soient suspendus ou dans des tiroirs.

Évidemment, bien que je n’aime pas maltraiter les insectes, nous avons dû prendre des mesures pour nous en débarrasser. Malheureusement, ces teignes peuvent avoir des impacts négatifs lorsqu’elles se faufilent dans nos demeures. Les larves peuvent ronger les vêtements et les tissus (couvertes, par exemple), de même que les tapis. Il s’agit d’une espèce nuisible.

Elles ne sont pas, non plus, appréciées des établissements muséologiques, car elles affectionnent tout ce qui contient de la kératine (poils, peaux, fourrures, plumes et cornes), ainsi que les tissus, tapisseries et tapis (attention objets et meubles anciens!).

Ces teignes font partie de la famille Tineidae, qui compte de nombreuses espèces dont les larves se nourrissent principalement de fongus, de lichens et de détritus. Outre la mite porte-case, deux autres espèces de teignes envahissent nos demeures : la teigne commune des vêtements et la teigne du tapis. Ce ne sont cependant que les larves de Tinea pellionella qui tissent de jolis petits fourreaux.

Bref, il me fut facile de confirmer à quoi nous faisions face. C’est un expert en extermination qui nous indiqua quoi faire pour nous débarrasser de ces insectes dont les populations étaient visiblement en train d’exploser dans notre demeure. La solution : un produit à vaporiser tout le long des murs et du lit et qui tue tout ce qui rampe. Malheureusement, ce produit n’était pas spécifique et je craignais bien que d’autres petites bêtes que j’aime et que je laisse promener dans ma maison – des poissons d’argent et des araignées – allaient aussi être affectées. Ce fut le cas, car je retrouverai beaucoup de poissons d’argent morts le long des murs de la chambre dans les jours qui suivirent. Toutefois, l’effet fut concluant pour les teignes également et nous permit de réduire les populations à un point tel que nous n’avons vu qu’un très faible nombre d’adultes (4 ou 5) se promener au printemps dernier.

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Mites des vêtements qui s’agitent sous la loupe de mon stéréomicroscope
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Deux autres larves que j’ai préservées dans l’alcool

Selon les conseils de l’expert en extermination, nous avions aussi suspendu un piège à phéromones destiné à attirer et capturer les mâles de sorte à éviter tout accouplement. Nous n’avons capturé aucun individu, mais compte tenu du très faible nombre d’adultes observés cette année, je ne saurais dire s’il s’agit d’un échec.

En plus de ces stratégies, nous nettoyons beaucoup plus souvent qu’avant le dessous du lit! Par ailleurs, nous nettoyons aussi plus fréquemment les couvertes, car j’avais lu que les larves de ces teignes ont un faible pour les vêtements un peu défraîchis (elles aiment l’odeur de sueur, à ce qu’il paraît!). Nous nous assurons aussi d’une certaine rotation des vêtements à laver – j’étais du genre à porter un chandail de laine plusieurs fois avant de le mettre au lavage (je n’aime pas gaspiller l’eau!). Il s’agit d’une seconde stratégie : en effet, si des œufs ou des larves de teignes se retrouvaient sur ces vêtements, ils seraient éliminés.

J’aimerais terminer par l’épineuse question : comment peut-on se retrouver avec des mites des vêtements dans notre maison? Bien que je ne saurai jamais exactement quelle est la source d’introduction, je soupçonne que les coussins de nos chaises de patio, qui passent l’été dans notre remise et que l’on entrepose dans la maison pour l’hiver, pourraient être un vecteur. Autrement, des vêtements, couvertes ou  matériaux de ce genre achetés dans des magasins pourraient, à l’occasion, contribuer à introduire des individus. À titre d’exemple, en allant acheter des articles de Noël à un Dollarama cette année, j’observai un tout petit papillon brun-beige de ce type qui passa à un mètre de moi. D’où venait-il? Y avait-il des larves cachées dans un objet quelque part? L’histoire ne le dira pas!

Pour conclure, si vous observez de petits papillons dans votre maison, il serait pertinent que vous tentiez de les identifier avant que les populations n’explosent. Il pourrait s’agir de teignes des vêtements, mais aussi d’autres microlépidoptères qui, pire encore, s’attaquent aux denrées alimentaires. Habituellement, les spécialistes en extermination pourront vous aider à l’identification des spécimens et aux solutions associées.

 

Vidéo 1. La toute première teigne aperçue, grimpant le long du mur de ma salle de bain.

 

 

Vidéo 2. Teignes porte-case qui s’agitent sous mon stéréomicroscope.

 

 

Vidéo 3. Deux autres teignes porte-case en mouvement.

 

 

 

Pour en savoir plus

Familiers Nymphalidés

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Amiral
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Belle dame, soumise lors du concours de photographie 2013 DocBébitte

Que vous soyez entomologiste amateur ou non, vous avez sans doute déjà passé quelques instants à contempler un joli papillon volant de fleur en fleur. Les papillons ont la cote auprès de tous et ce n’est pas pour rien : gracieux, colorés, souvent de bonne taille, ils sont faciles à admirer.

Il y a de bonnes chances que le papillon que vous contempliez fasse partie de la famille des Nymphalidés (Nymphalidae). Ce groupe est effectivement le plus nombreux en nombre d’espèces : 51 espèces au Québec selon Leboeuf et Le Tirant 2012. Dans le monde, ce sont environ 6 000 espèces qui sont retrouvées. Au Québec, cette famille comporte des individus de taille moyenne ou grande dont l’apparence est fort variée. Les couleurs sont souvent vives (le orange est courant), quoique certaines espèces revêtent également des robes plus sobres dans les teintes de brun (c’est le cas des Satyres). Le dos des ailes, quant à lui, est habituellement plus discret et permet aux papillons plus colorés de « disparaître » de la vue de potentiels prédateurs.

Vous vous demandez sans doute qui sont ces Nymphalidés? Certains d’entre eux sont très connus, car ils visitent nos plates-bandes sans gêne : Croissant nordique, Monarque, Amiral, Vulcain, Belle dame, Vice-roi et j’en passe! Saviez-vous que le fameux Morpho bleu – rendu célèbre par le film « Le Papillon bleu » résumant l’aventure qu’a vécue David Marenger avec Georges Brossard – fait partie de cette famille?

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Croissant nordique
Chrysalide non identifiée 1
Une chrysalide de Nymphalidé, possiblement de Phyciodes sp. selon les bons conseils de collègues entomologistes
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Monarque, soumis lors du concours de photographie 2014 DocBébitte

Une façon simple de reconnaître un Nymphalidé, c’est d’examiner ses pattes antérieures. Cette première paire de pattes est atrophiée, faisant en sorte que ces papillons se déplacent sur quatre pattes! Or, si elles ne servent pas à se balader, à quoi peuvent-elles bien servir? Il semblerait que cette paire de pattes ait plutôt une fonction gustative afin de « tester » la nourriture potentielle! Goûter avec ses pieds… Particulier, n’est-ce pas?

Les chenilles sont variées. Plusieurs portent de petites épines sur le dos. Certaines sont plutôt lisses, alors que d’autres ressemblent à des fientes d’oiseaux, comme la chenille de l’Amiral, par exemple. Finalement, la chenille du Monarque arbore de belles rayures jaunes, blanches et noires. Difficile à manquer! Quant aux chrysalides, celles-ci présentent également des formes et des motifs variés.

L’été dernier, j’ai eu la chance de prendre une vidéo (et quelques photos, bien sûr!) d’une chrysalide qui appartiendrait à un individu de la famille des Nymphalidés. La bête en question avait décidé de procéder à sa métamorphose sur le rebord de ma piscine creusée, dont le niveau d’eau était alors abaissé (et oui, encore des réparations de piscine – voir cette chronique et vous comprendrez!). Étant donné que je ne suis pas encore habilitée à identifier des chrysalides, ce sont des collègues entomologistes qui m’ont proposé qu’il pourrait s’agir d’une chrysalide du genre Phyciodes (Croissants). Sur la photo, l’on est capable de voir les « restes » de la chenille qui, de toute évidence, portait de petits poils et épines. Aussi, le fait que mes plates-bandes sont envahies par des Croissants nordiques pendant l’été appuie largement l’hypothèse qu’il s’agissait d’un membre de ce groupe. À la fin de la présente chronique, vous pouvez visionner une petite vidéo où l’on voit la chrysalide « gigoter » lorsque je la touche. Fascinant!

Une fois sortis de leur chrysalide, les Nymphalidés ont habituellement une assez bonne longévité qui peut se compter en nombre de mois chez plusieurs espèces (neuf mois chez le Monarque!).

Vulcain
Vulcain
Satyre perlé
Satyre perlé qui est presque passé inaperçu!

Les stratégies utilisées pour survivre à l’hiver sont diverses. Certaines espèces, comme le Monarque, la Belle dame et le Vulcain, migrent vers le sud. D’autres passent l’hiver à l’état adulte, cachés dans les abris qu’ils peuvent trouver (ce qui inclut les cordes de bois et les cabanons, selon Dubuc 2007). C’est le cas du Morio, qui est l’un des premiers papillons que l’on peut apercevoir au printemps – aussi tôt qu’en avril, alors qu’il y a encore de la neige au sol! Enfin, plusieurs espèces traversent l’hiver sous forme de larves qui sont capables de geler, sans pour autant en souffrir. Chez les représentants de la sous-famille Satyrinae, les chenilles opteraient pour une stratégie visant à déshydrater leurs tissus corporels, puis geler complètement comme des cubes de glace!

En somme, cette famille nombreuse comporte des individus à l’apparence et au comportement variés, qu’ils soient au stade adulte ou à l’état larvaire. Si le sujet vous intéresse et que vous voulez en savoir plus sur les différentes sous-familles, j’ai mis la main sur un site Internet intéressant du Système canadien d’information sur la biodiversité. Il y a aussi, bien sûr, de très bons livres que vous pouvez vous procurer et qui sont cités ci-dessous! Bonne lecture!

 

Vidéo. Chrysalide de Nymphalidé qui bouge lorsque je la touche.

 

Pour en savoir plus

 

Un champion patineur!

Les insectes aquatiques ou semi-aquatiques sont généralement méconnus, si on les compare à d’autres compères plus populaires (papillons, par exemple). On ne peut pas dire que c’est le cas des gerridés, mieux connus sous le nom de patineurs ou d’araignées d’eau. Malgré cette dernière appellation, ces insectes sont loin d’être des araignées : il s’agit d’hémiptères (punaises et compagnie).

Les gerridés (famille Gerridae) sont bien adaptés à la vie en milieu aquatique. Leurs pattes, munies de poils hydrofuges, servent en quelque sorte de raquettes : elles leur permettent de « marcher » sur l’eau. Ainsi, en quelques mouvements de pattes, ils glissent aisément à la surface de l’eau, tels des patineurs.

Gerridae
Patineur dans mon étang à poisson

Comme patiner se fait plus facilement sur une surface lisse, il n’est pas surprenant de constater que ces insectes ont une préférence pour les eaux plus calmes : étangs, lacs, portions calmes de rivières… et piscines!

Seules les pattes du milieu et les pattes postérieures touchent l’eau et servent à la navigation. Les pattes antérieures, plus courtes, sont maintenues repliées, dans les airs. Cela donne l’impression que ces hémiptères n’ont que quatre pattes. Détrompez-vous! Ils en ont bien six!

Ces courtes pattes antérieures servent à saisir des proies. En effet, les patineurs sont des prédateurs qui percent les tissus de leurs proies avec leur rostre afin d’y aspirer les fluides. Leur menu est fort varié et comprend autant des proies aquatiques que terrestres, qu’elles soient mortes ou vives! Même un autre gerridé peut se retrouver au menu, ces derniers étant cannibales! C’est souvent en sentant les vibrations d’invertébrés à la surface de l’eau – par exemple, un invertébré terrestre tombé à l’eau et en détresse – qu’ils parviennent à trouver leur proie. Il semblerait qu’ils soient aussi dotés d’une bonne vue, utile pour détecter les proies. J’ajouterais à cet effet qu’ils nous voient venir de loin quand on cherche à les photographier : ils détalent rapidement!

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Patineur dans ma piscine au printemps, en train de déguster un repas (ver)

Bien qu’ils préfèrent sillonner la surface des milieux aquatiques, les gerridés sont capables de plonger sous l’eau. Ils sont munis d’écailles imperméables qui les protègent. De plus, les poils imperméables qui recouvrent leur corps capturent une fine couche d’air qui leur permet de respirer sous l’eau. Étonnamment, malgré tout cet arsenal les protégeant de l’eau, les gerridés préfèrent tout simplement se réfugier comme vous et moi lorsqu’il pleut. Ils se servent des feuilles des arbres en guise de parapluie!

Une particularité notable de cette famille est qu’elle contient des individus adaptés à la vie en milieu marin. Les océans sont considérés comme un désert que seules quelques espèces d’insectes ont pénétré. Selon Merritt et Cummins 1996, de toutes les espèces d’insectes vivantes, on ne retrouve que quelques espèces qui ont peuplé l’océan : elles appartiennent toutes à la famille Gerridae (genre Halobates). La vie en milieu marin n’est pas facile et ces gerridés doivent survivre à l’aide des quelques ressources alimentaires qu’ils peuvent trouver et percer de leur rostre : œufs de poissons, zooplancton et autres invertébrés incluant des gerridés. Ils sont aussi restreints à pondre leurs œufs sur les rares objets qui flottent, ce qui inclut, selon Marshall 2009, des oiseaux de mer vivants!

Le polymorphisme alaire (différentes tailles ou formes d’ailes) est fréquent chez les gerridés. On peut donc retrouver autant d’individus dotés d’ailes que d’individus aptères au sein d’une même espèce. Le fait de ne pas avoir d’ailes ou encore d’avoir de très petites ailes rend ces insectes moins lourds (avoir des ailes mouillées n’est pas toujours pratique, selon la littérature). En revanche, avoir de grandes ailes permet aux individus de quitter un point d’eau pour un autre, notamment si le premier s’assèche ou devient trop peuplé. Il s’agit en outre d’une bonne méthode pour coloniser rapidement un nouveau point d’eau (voir cette chronique)! C’est visiblement la stratégie adoptée par les spécimens qui visitent nos piscines.

Veliidae
Vélie capturée en rivière (noter ses fémurs plus courts)

Une autre famille d’hémiptères ressemble beaucoup aux gerridés : ce sont les vélies (Veliidae). Ces deux familles sont adaptées à la vie à la surface de l’eau et s’y déplacent de façon similaire; les Veliidae sont d’ailleurs appelés « patineurs à épaules larges » en anglais. Leur mode d’alimentation est également comparable. Toutefois, Voshell 2002 propose une méthode facile pour les distinguer : chez les gerridés, le fémur des pattes antérieures – soit la première portion bien visible de la patte – dépasse largement le bout de l’abdomen lorsque l’on étire la patte. Chez les vélies, le fémur est plus court et ne dépasse pas le bout de l’abdomen.

Finalement, bien que les vélies occupent globalement le même type d’habitat que les gerridés, le genre le plus commun en Amérique du Nord (Rhagovelia) a une préférence pour les eaux un peu moins calmes comme les remous de rivières et les ruisseaux. On peut fréquemment les observer dans ces habitats, formant des rassemblements de plusieurs dizaines d’individus. Bien que les gerridés soient décrits comme étant territoriaux, il est également fréquent de les retrouver en grands groupes, en particulier pour partager un repas de taille (voir cette photographie tirée de Wikipedia). Bref, l’on se retrouve parfois avec tellement de patineurs dans un même endroit que l’on se croirait aux Olympiques!

 

Pour en savoir plus

  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Bug Guide. Family Gerridae – Water Striders. http://bugguide.net/node/view/163
  • Wikipedia. Gerridae. http://en.wikipedia.org/wiki/Gerridae

Les longicornes : Pas sortis du bois!

Cyllène du robinier
Cyllène du robinier

Connaissez-vous les longicornes? Il s’agit de fort jolis coléoptères de la famille Cerambycidae qui sont dotés d’antennes particulièrement longues. Les tailles et les couleurs des membres de cette famille sont très variables, certains individus étant plutôt sombres, alors que d’autres arborent des teintes plus vives. Selon Marshall 2009, les longicornes sont particulièrement populaires auprès des collectionneurs d’insectes amateurs non seulement à cause de leur beauté, mais aussi parce qu’ils sont relativement faciles à identifier. Les combinaisons de couleurs et de formes feraient effectivement en sorte que les individus se distinguent assez aisément. C’est ce que j’ai constaté en tentant d’identifier les spécimens que j’avais photographiés.

Ce qui fait la réputation des longicornes, ce ne sont pas que les adultes : les larves font également couler de l’encre. De nombreuses espèces se nourrissent du bois des arbres, qu’ils soient malades ou en santé, et y creusent des galeries. Ainsi, certaines larves causent des dommages notables et ne sont pas appréciées des forestiers. C’est le cas d’une espèce introduite, le longicorne étoilé (ou capricorne asiatique), qui est considéré comme une peste. Il suscite beaucoup d’inquiétudes, car il aurait notamment le potentiel de détruire les érablières.

Lepture Thorax orangé
Lepture au thorax orangé
Longicorne noir
Longicorne noir qui s’est posé sur mon bras lors d’une randonnée en forêt

Fait intéressant, comme le bois n’est pas une source de nourriture très nutritive, les larves de certaines espèces de longicornes peuvent prendre plusieurs années à se développer (Marshall 2009 parle de dizaines d’années pour les grosses espèces croissant dans le bois mort). En revanche, les adultes vivent beaucoup moins longtemps – quelques semaines seulement.

Près de 350 espèces de cérambycidés ont été recensées dans l’est de l’Amérique du Nord. À l’échelle mondiale, ce sont plus de 20 000 espèces qui sont connues. Bien que les longicornes trouvés ailleurs dans le monde puissent parvenir à quelques 150 millimètres de long, les longicornes de l’est de l’Amérique du Nord atteignent également une taille appréciable allant jusqu’à 60 millimètres. Cela ajoute sans doute à leur popularité!

Le comportement alimentaire des adultes est varié. Leur menu inclut notamment du bois (branches et écorce), des feuilles, de la sève, des fruits, des champignons, du nectar et du pollen. Les individus qui visitent les fleurs sont souvent très colorés et vont même jusqu’à imiter l’apparence des guêpes. C’est le cas, par exemple, du Cyllène du robinier et du Clyte des champs. Il s’agit d’une forme de mimétisme visant à passer pour un individu potentiellement menaçant (ici une guêpe) afin de ne pas se faire attaquer par un prédateur (voir aussi cette chronique).

Clyte des champs
Clyte des champs
Saperde du peuplier
Saperde du peuplier, un longicorne attiré par les lumières le soir

On ne peut pas dire que les longicornes passent inaperçus, tant du point de vue visuel que du point de vue auditif. En effet, les larves et les adultes sont reconnus pour les sons qu’ils sont capables d’émettre. Certains cérambycidés, lorsque manipulés, peuvent produire un son visant sans doute à décontenancer le « manipulateur » (voir cette première vidéo ou cette seconde). De même,  certaines larves produisent un son particulier lorsqu’elles creusent le bois. On peut entendre le bruit que fait la larve du longicorne gris (Monochamus notatus) sur le CD « Les sons de nos forêts » (Centre de conservation de la faune ailée de Montréal 1991). Il s’agit d’une sorte de grincement qui peut être entendu dans un rayon d’une centaine de mètres.

Bien que certaines espèces de longicornes aient été introduites et qu’elles suscitent maintes inquiétudes, la disparition des espèces indigènes devrait être tout aussi préoccupante. Il faut dire que de nombreuses espèces de longicornes sont bénéfiques, car elles contribuent à décomposer le bois mort et les arbres mourants. Elles jouent par conséquent un rôle dans le recyclage de la matière organique, processus essentiel à la régénération des forêts. À cet effet, Marshall 2009 rapporte qu’une étude ontarienne récente a noté la disparition probable de 30 de ses 214 espèces de longicornes. Ces 30 espèces n’ont effectivement pas été capturées ou observées depuis 1950. La perte et la fragmentation d’habitats forestiers dues aux activités humaines sont pointées du doigt. En outre, les longicornes ne sont pas les seuls organismes affectés par le développement humain, puisqu’une panoplie d’autres animaux (oiseaux, reptiles et mammifères) qui se nourrissent eux-mêmes d’insectes et qui comptent sur les habitats forestiers pour s’abriter sont également menacés.

 

Pour en savoir plus

100e publication de DocBébitte : La libellule gracieuse

Qui aurait cru, lorsque j’ai amorcé l’écriture du blogue DocBébitte, que je me rendrais à 100 publications? Aujourd’hui, ceci est chose faite. Je ne peux passer sous silence le fait que ce sont vos commentaires intéressés et constructifs qui me donnent la motivation de poursuivre!

Afin de vous remercier pour votre fidélité, je souhaitais que la 100e publication porte sur un sujet que vous avez choisi. Je vous avais offert quelques choix et la majorité d’entre vous a opté pour la libellule gracieuse.

Libellule gracieuse
Libellule gracieuse mâle (Libellula pulchella)

 

Toutes les libellules sont gracieuses, me direz-vous! Vous avez bien raison : ce sont des êtres fabuleux! D’ailleurs, vous êtes quelques-uns à m’avoir indiqué vouloir en savoir plus sur ce groupe comme un tout. Toutefois, dans le cadre de la présente chronique, je vais vous entretenir spécifiquement sur la libellule gracieuse (libellula pulchella). Pour ceux d’entre vous qui veulent en connaitre davantage sur les libellules en général, je vous recommande ces précédents articles (simplement cliquer sur le titre pour accéder aux chroniques en question) :

Comme pour plusieurs autres espèces de libellules, la libellule gracieuse semble mieux porter son nom anglophone : « Twelve-spotted skimmer ». En effet, on la reconnaît aisément par la présence de trois taches foncées équidistantes sur chacune de ses quatre ailes… pour un total de douze, vous avez bien compté! Les ailes du mâle mature – et, semble-t-il, d’un petit pourcentage des femelles – comportent aussi des taches plus pâles (bleu gris) qui s’insèrent entre les taches sombres. Le résultat est superbe… et facile à reconnaître!

Bien que l’abdomen du mâle mature soit également coloré (d’un bleu gris pâle similaire aux taches alaires), celui de la femelle est plus sobre, quoique bordé de lignes jaunes (voir cette photo). On pourrait la confondre avec la femelle de la libellule lydienne dont j’ai parlé récemment (cette photo). Cependant, les lignes jaunes de la libellule gracieuse femelle sont continues, comme une ligne que l’on aurait peinte à l’aide d’un petit pinceau. En revanche, celles de la libellule lydienne femelle sont discontinues et s’apparentent davantage à une série de points allongés. Il s’agit d’une des façons de les distinguer. Si vous voulez être sûrs de votre coup, vous pouvez aussi comparer les bandes jaunâtres sur le côté de leur thorax. Les libellules lydiennes possèdent un « point » de plus tout au bout de l’une de ces bandes (voir cette photo comparative). Encore une fois, donc, si vous prenez des photos de libellules – ou de tout autre invertébré – tâchez de couvrir le maximum d’angles possibles. Non seulement c’est amusant de prendre un million de clichés d’une bête (c’est ce que je fais, moi, au désespoir des gens qui m’accompagnent lors de ballades), mais cela pourrait vous garantir une identification fructueuse une fois de retour à la maison!

Libellule gracieuse 2
Libellule gracieuse dévorant un insecte (restes jaune-orangé)

Les habitats de prédilection de cette jolie libellule sont les étangs et les lacs où la végétation aquatique est abondante. C’est d’ailleurs aux abords d’un étang appartenant à un cousin de mon conjoint que j’ai eu l’occasion de prendre plusieurs clichés de cette espèce. En particulier, j’ai eu une interaction fort sympathique avec un de ces individus. Alors qu’il était perché sur un conifère, au repos, je m’approchai de plus en plus d’un mâle pour le photographier. Malheureusement, j’étais harcelée par tout un tas de mouches à chevreuil (Tabanidae; voir cette chronique) qui menaçaient de jeter ma séance de photo à l’eau. Quelle ne fut pas ma chance de réaliser que mon nouvel ami, lui, avait faim. Il faut dire que les Odonates, ordre auquel les libellules et les demoiselles appartiennent, sont de voraces prédateurs. Ainsi, « ma » libellule se mit à faire des rondes d’inspections autour de ma tête, quittant sa branche de façon sporadique, dans l’espoir d’y capturer un repas. Je pris ce comportement en vidéo, que vous pourrez visionner ci-dessous.

Au Québec, on retrouve la libellule gracieuse principalement dans le sud de la province. Son aire de répartition, selon Paulson (2011), se situe un peu au nord du fleuve Saint-Laurent. Sous nos latitudes, on peut communément l’observer du mois de juin jusqu’en septembre. Les mâles s’affairent alors à effectuer des patrouilles sur un territoire qui peut changer d’une journée à l’autre et s’étaler sur une superficie d’environ 100 mètres carrés. Les femelles fécondées, quant à elles, se chargent de déposer leurs œufs près de la végétation aquatique. S’ensuivra la naissance de jolies larves qui se métamorphoseront quelques années plus tard en de gracieuses libellules. Ou en des libellules gracieuses? Qu’importe! Pourvu qu’elles demeurent aussi agréables à observer!

Bonne fin de 100e lecture, chers lecteurs. J’espère avoir l’énergie pour me rendre, qui sait, à une 200e publication!

 

Vidéo. Libellule gracieuse mâle qui tente gentiment de me débarrasser d’un nuage de mouches à chevreuil! Observez bien : 1) les mouches qui passent devant l’objectif; 2) le bruit des ailes de la libellule lorsqu’elle passe près de ma tête.

 

 

Pour en savoir plus

  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Paulson, D. 2011. Dragonflies and damselflies of the East. 538 p.
  • Bug Guide. Species Libellula pulchella – Twelve-spotted Skimmer. http://bugguide.net/node/view/3407
  • Wikipédia. Libellule gracieuse. http://fr.wikipedia.org/wiki/Libellule_gracieuse