Odonates en émergence aux abords du fleuve Saint-Laurent!

J’avais déjà prévu écrire une chronique cette semaine au sujet de l’émergence d’une espèce particulière de libellule à laquelle j’ai récemment assisté. Quelle ne fut pas ma chance d’observer une seconde émergence – cette fois-ci de demoiselles – lors d’une sortie de pêche, à peine une semaine plus tard! Il ne m’en fallu pas plus pour me lancer dans l’écriture d’une chronique parlant de cette merveilleuse transformation que subissent les odonates (libellules et demoiselles), les faisant passer de bestioles parfaitement adaptées à la vie aquatique à des organismes volants, maîtres du ciel!

Gomphe-Cobra adulte
Gomphe-Cobra venant d’émerger

Ma première expérience se fit sur le bord du fleuve Saint-Laurent à Québec, à la plage Jacques-Cartier. Il s’agit d’un lieu aménagé pour les piétons et dont les sentiers longent le fleuve. Lors d’une récente balade, j’y aperçu un grand nombre de libellules écrasées… ce qui me conduisit à formuler différentes hypothèses sur leur présence, dont celle qu’il s’agissait de jeunes libellules venant d’émerger et n’étant pas encore capable de voler. Ceci expliquerait pourquoi elles se retrouvaient écrasées en aussi grand nombre. Aussitôt formulée, je tentai de trouver des indices pour confirmer mon hypothèse. C’est ainsi que j’aperçu éventuellement un grand nombre de libellules adultes jonchées sur des roches le long du fleuve, accompagnées d’un grand nombre d’exosquelettes (coquille externe des invertébrés) de larves vides. Et voilà, mon hypothèse était confirmée!

Ayant à la fois des larves et des adultes à étudier, il me fut facile d’identifier les individus. Il s’agissait de gomphes-cobras (gomphus vastus), de la famille des gomphidae. Les gomphes-cobras sont très communs le long du fleuve Saint-Laurent et ils se reconnaissent facilement, en particulier grâce à leur abdomen dont l’extrémité est enflée. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui lui valu son nom anglais de clubtail (queue en forme de bâton de golf).

La seconde émergence que je pu contempler est issue d’un pur hasard! Une semaine après avoir assisté à l’émergence des gomphes-cobras à Québec, je me retrouvai plus au sud dans mon patelin d’origine, en bateau sur le Saint-Laurent. Comme la pêche n’était pas des plus fructueuses, je me laissai aller à regarder les alentours… et me rendre à l’évidence qu’une larve de demoiselle (famille des Coenagrionidae) s’était hissée sur le bateau et était en train de se métamorphoser en adulte ailé! J’ai pu filmer une partie de cette métamorphose et la vidéo est présentée à la fin de la présente chronique. J’ai également inséré quelques photos prises à différents intervalles et démontrant la progression de la métamorphose de la demoiselle.

Gomphe-Cobra exosquelettes
Exosquelettes de Gomphes-Cobras

Je suivi avec attention les différents stades de la métamorphose, qui dura environ 30 minutes à partir du moment où j’ai remarqué la chose. C’est lorsque notre bateau traversa un nuage de demoiselles fort similaires que « ma » demoiselle décida enfin de s’envoler. Après avoir passé une année sous l’eau, il était temps pour elle de compléter son cycle de vie : se reproduire, puis mourir d’ici la fin de l’été.

En effet, la durée de vie des odonates adultes varie entre 2 semaines et 2 mois, selon l’espèce. Cela leur laisse tout de même suffisamment de temps pour se reproduire et assurer la présence de générations futures de libellules et de demoiselles.

On voit bien sur les photos que j’ai prises les différences entre les larves et les adultes des libellules (anisoptères) et des demoiselles (zygoptères). En effet, les demoiselles sont plus petites et plus délicates que les libellules. Malgré cette apparence frêle, il s’agit tout de même de voraces prédateurs, tant au stade larvaire qu’adulte. J’en avais d’ailleurs parlé lors de chroniques antérieures (larves et adultes, respectivement).

Bref, ce que cette chronique veut vous apprendre d’abord et avant tout, c’est que la métamorphose dans le monde des insectes n’est pas que l’apanage des papillons. La prochaine fois que vous voyez une libellule ou une demoiselle, pensez à ce fantastique cycle de vie qui les caractérise!

 

Pour en savoir plus

 

Émergence d’une demoiselle en vidéo et en photo

Demoiselle Émergente 1
Début de la transformation

 

Demoiselle Émergente 2
L’adulte est entièrement sorti de l’exosquelette

 

Demoiselle Émergente 3
Les ailes se déploient progressivement

 

Demoiselle Émergente 6
La métamorphose est presque complétée

 

Demoiselle Émergente 7
Voici le résultat final!

Un écosystème dans ma piscine – Partie 2

La semaine dernière, je vous ai parlé de quelques insectes qui se sont installés dans ma piscine lorsque nous avons été contraints de laisser l’eau y stagner, avant de la réparer. J’ai présenté les formes larvaires de certains insectes herbivores et d’un insecte carnivore. Cette semaine, je vous parle des insectes adultes que j’y ai retrouvés.

Dytique adulte
Dytique adulte

Le premier d’entre eux est le dytique. Le dytique est un coléoptère et, comme je l’ai mentionné dans la chronique de la semaine dernière, la larve est entièrement aquatique. L’adulte, quant à lui, a la capacité de se déplacer hors de l’eau et colonise ainsi de nouveaux milieux. Il aime bien, cependant, passer beaucoup de temps submergé sous l’eau. C’est en emprisonnant l’air sous ses ailes, à l’extrémité de son abdomen, que celui-ci arrive à respirer sous l’eau. Il traine donc son air avec lui, comme le ferait un plongeur avec une bonbonne d’oxygène. Bref, nous n’avons rien inventé! Sur la photographie que j’ai prise, on voit d’ailleurs une bulle d’air dépasser du bout de l’abdomen du dytique.

Tout comme les larves, les dytiques adultes sont des prédateurs. Ils ne sont pas capricieux et se nourrissent d’invertébrés et de petits vertébrés de toutes sortes, en autant qu’ils soient de taille à être maîtrisés. Ils sont aussi charognards et un bon filet de poisson mort fait tout autant leur affaire! Ils sont dotés de mandibules qu’ils utilisent pour déchiqueter les proies qu’ils attrapent. Ils peuvent également s’en servir lorsque qu’ils se retrouvent manipulés sans leur consentement! Je me suis effectivement déjà fait mordre un doigt par un dytique (celui sur la photo!). Rien de bien grave, quoiqu’un peu saisissant!

Gerridae
Gerridé (cette photo a été prise dans mon étang plutôt que dans ma piscine)

Les deux autres insectes adultes que j’ai retrouvés dans ma piscine étaient des hémiptères : le gerridé (famille des gerridae) et le notonecte (famille des notonectidae). Vous connaissez bien le gerridé, communément appelé « araignée d’eau » ou « patineur ». Il ne s’agit bien sûr pas d’une araignée! Le gerridé vit à la surface de l’eau, contrairement au dytique. Il « patine » tout bonnement sur l’eau, puisque ses pattes sont équipées de fins poils hydrofuges lui permettant de flotter et de se mouvoir aisément à la surface de l’eau. Il s’agit également d’un prédateur. Lorsqu’il sent des vibrations générées par un insecte en détresse (venant de tomber dans l’eau), il se précipite sur ce dernier afin de s’en nourrir. Il saisi ses proies à l’aide de ses courtes pattes de devant. De plus, comme tous les hémiptères, il possède un rostre, dont il se sert pour « percer » l’exosquelette de ses proies et y aspirer les fluides.

Les gerridés ne sont pas, eux non plus, très capricieux quand vient le temps de s’alimenter. Ils se délectent d’organismes aquatiques ou terrestres, invertébrés ou vertébrés, ainsi que vivants ou morts. Il arrive parfois que plusieurs gerridés se précipitent sur une même proie afin d’en faire un festin, comme le montre cette photo.

Tout comme les gerridés, les notonectes vivent près de la surface de l’eau, à l’affût d’une proie. Toutefois, au lieu d’être sur l’eau, ils se maintiennent sous l’eau, tête en bas! Ils sont d’ailleurs appelés « backswimmers » en anglais. Carnivore vorace, le notonecte attend qu’une proie malchanceuse tombe à l’eau. Comme il vit sous l’eau, il se nourrit aussi d’organismes aquatiques tels que des crustacés, des poissons et des têtards. Il est muni d’un rostre et, au même titre que le gerridé, transperce ses proies pour en extraire les fluides.

Notonecte
Notonecte

Les pattes antérieures du notonecte sont très longues et munies de nombreux poils. Elles ressemblent à des rames ou à de longues palmes. Le notonecte les maintient typiquement en position « ouverte », ce qui lui permet de se mouvoir rapidement, d’un simple coup de pattes. On voit bien comment il s’en sert sur cette vidéo. Le notonecte peut respirer sous l’eau en emprisonnant une bulle d’air au bout de son abdomen, tout comme le fait le dytique adulte. D’ailleurs, le dytique adulte est lui aussi muni de longues pattes qu’il utilise comme des rames. Toutefois, le dytique est un coléoptère, alors que le notonecte est un hémiptère. Il est fascinant de voir à quel point deux groupes taxonomiques différents en sont venus à une telle ressemblance physique. Il faut croire qu’il s’agit d’une technique évolutive gagnante!

Sur ces sages mots, j’espère que vous en saurez un peu plus sur les organismes qui sont en mesure de coloniser des milieux aquatiques aussi surprenants qu’une piscine brisée! Qui sait, vous pourriez aussi vous amuser à vous prendre pour un dytique ou un notonecte la prochaine fois que vous ferez de la plongée sous marine, armés de palmes et d’une bonbonne d’oxygène!!!

 

Pour en savoir plus

Un écosystème dans ma piscine – Partie 1

Je ne vous apprends sans doute rien de nouveau si je vous dis qu’il existe une faune variée habitant le fond des lacs et des rivières (surtout si vous me connaissez)! Lors de précédentes chroniques, j’ai effectivement parlé de certains insectes dont les larves subsistent et se développent en milieu aquatique (mégaloptères, éphémères, odonates). Les adultes de ces insectes sont terrestres et volent. Ils ont, par conséquent, l’aptitude de coloniser de tous nouveaux milieux, en y pondant leurs œufs.

En revanche, d’autres insectes passent la majeure partie de leur cycle de vie – incluant le stade adulte – en milieu aquatique. Ils ont tout de même la capacité de se déplacer à l’extérieur de l’eau et se retrouvent fréquemment à vagabonder d’un site à l’autre, à la recherche d’abri et de nourriture.

Ainsi, il ne suffit que d’avoir un milieu aquatique favorable à la vie pour le voir se peupler rapidement par un bon nombre d’insectes.

Ce milieu peut s’avérer être une piscine que l’on tarde à démarrer, parce qu’on doit y effectuer certaines réparations. C’est ce qui nous est arrivé cette année, pour une seconde fois depuis que nous avons notre maison. Vous ne serez pas surpris si je vous dis que j’en ai profité pour étudier l’écosystème qui se formait peu à peu dans ma piscine!

Culicidae Larve
Larve de maringouin (culicidae)

Le mot écosystème est juste, puisqu’on y retrouve une chaîne alimentaire complète : algues, matière en décomposition (feuilles d’arbres qui tombent dans la piscine, etc.), insectes herbivores (se nourrissent d’algues et de détritus) et insectes carnivores. À noter que j’utilise ici des classifications générales, pour fins de vulgarisation, puisque des espèces appartenant à certains des grands groupes d’organismes dont je vais parler ci-dessous se nourrissent à plus d’un niveau dans la chaîne alimentaire.

Les herbivores incluent des larves de chironomes (chironomidae) et de maringouins (culicidae).  Il s’agit d’organismes appartenant à l’ordre des diptères (mouches). Dans les deux cas, les larves ressemblent à des vers, ne possédant pas de pattes élaborées. Vous connaissez bien les adultes. Les chironomes adultes sont de petites mouches noires ou verdâtres qu’on aperçoit souvent en essaim près des lacs ou au-dessus de nos pelouses, lors de chaudes soirées d’été. On les retrouve également souvent agrippés à nos moustiquaires. Les mâles sont dotés de grandes antennes bien visibles. Quant aux maringouins, je ne crois pas qu’une description soit nécessaire! Ils sont effectivement bien connus des gens qui ont du « bon sang »!

Dytique et chironome
Larve de dytique (gauche) et larve de chironome (droite)

Les carnivores, quant à eux, comprennent des larves de dytiques (coléoptères), ainsi que des coléoptères et des hémiptères adultes. En ce qui concerne les dytiques, j’ai retrouvé à la fois des larves et des adultes dans ma piscine. Je parlerai d’abord des larves de dytiques, puis discuterai des insectes adultes lors de ma prochaine chronique.

Les larves de dytiques sont strictement aquatiques et proviennent des œufs pondus par les adultes. Leur forme est étonnante; on les reconnaît par leur tête ronde dotée de grosses mandibules, ainsi que par le V inversé à la base de leur abdomen. Le « V » consiste en fait en deux tubes dont se servent les larves pour respirer sous l’eau. Elles se tiennent donc tête en bas, avec les pointes de ces tubes respiratoires frôlant la surface de l’eau, afin de retirer un peu d’oxygène de l’air ambiant.

Dytique et chironome 2
Deux larves de dytique, dont une se nourrissant d’une larve de chironome; on voit également une larve de maringouin à gauche du chironome

J’ai pu observer les larves de dytiques se nourrir de larves de chironomes dans ma piscine. Ils ont une façon bien particulière de se nourrir : ils percent le corps de leurs proies à l’aide de leurs mandibules, puis injectent un fluide qui liquéfie les tissus des victimes. Une fois l’intérieur des proies réduit à un état liquide, ils aspirent les fluides pour ne laisser à la fin qu’une coquille vide! Ces larves sont de voraces prédateurs et peuvent se nourrir d’une vaste gamme d’invertébrés, ainsi que de petits vertébrés tels des poissons, salamandres et têtards.

Les adultes s’avèrent également être de redoutables prédateurs, tout comme certains hémiptères adultes que j’ai observés. Je vais vous parler de ces adultes dans la prochaine chronique, puisque j’ai encore beaucoup de choses à vous raconter sur le sujet!

 

Pour en savoir plus

Manger la pelouse par les racines : les fameux vers blancs

Avec la saison estivale qui est de retour, nous sommes nombreux à jouer dans la terre, creusant par-ci, creusant par-là, afin de se concocter un magnifique potager ou encore de jolies plates-bandes fleuries.

Hanneton larve
Larve de hanneton (surnommé « ver blanc »)

C’est en creusant ces trous que nous tombons souvent sur un insecte qui ne fait pas le plus grand plaisir des jardiniers : le ver blanc. Mais détrompez-vous! Il ne s’agit pas d’un ver proprement dit (qui réfère en fait à un groupe d’invertébrés qui ne possèdent pas de pattes), mais plutôt d’une larve de coléoptère, le hanneton.

Plusieurs connaissent bien l’adulte, appelé communément « barbeau ». Il s’agit d’un coléoptère de bonne taille et de couleur brune plus ou moins foncée selon l’espèce. L’adulte pond ses œufs dans la terre, au sol. Les larves vont passer une année complète dans le sol, à se nourrir notamment des racines de gazon ou de jeunes végétaux récemment plantés. Les dommages sur la pelouse peuvent être assez importants, se traduisant par des plaques jaunes de gazon qui s’arrachent facilement.

Hanneton adulte
Hanneton adulte

Bien sûr, si vous souhaitez avoir une pelouse parfaite, vous n’aimerez pas ces petits intrus! Il existe plusieurs méthodes de lutte aux vers blancs. Naturellement, je ne vous encourage absolument pas à utiliser des pesticides, puisque ceux-ci peuvent avoir des répercussions indésirables sur d’autres espèces d’invertébrés et d’animaux (incluant des oiseaux et des petits mammifères).

Un premier truc suggéré par le livre Solutions écologiques en horticulture est de garder la pelouse longue et dense afin de limiter les espaces de ponte. Ils ne disent pas comment procéder et, bien sûr, je déconseille d’utiliser des engrais pour enrichir votre pelouse. Pensez plutôt à des solutions écologiques, telles que d’acheter des mélanges de graines pour la pelouse incluant du trèfle. La couverture sera non seulement bonne, mais le trèfle survivra probablement mieux aux attaques des larves de hanneton!

Autre astuce : éteindre les lumières extérieures au moment de la ponte (en juin et juillet). Les hannetons adultes, qui sont actifs la nuit, sont attirés par ces dernières.

De plus, plusieurs prédateurs sont friands de larves de hanneton. Certains, comme les moufettes ou les ratons laveurs, font parfois davantage de dommages en creusant que les hannetons eux-mêmes. Toutefois, vous pouvez attirer des oiseaux qui feront moins de dommages, mais qui seront tout autant intéressés par cette délicieuse collation!

Pélécinide
Pélécinide, un parasite des larves de hanneton

Certains insectes constituent également des parasites des larves de hanneton, comme par exemple les pélécinides. Ce sont des hyménoptères (sortes de guêpes). Les femelles sont munies d’un très long abdomen dont elles se servent pour pondre leurs œufs sur les larves de hanneton enfouies dans le sol. On retrouve aussi des nématodes, qui vont s’attaquer aux larves et les éliminer. Semble-t-il qu’il est possible de s’en procurer (vendus en vrac sous forme de poudre!) dans certains centres de jardinage.

Pour terminer, le meilleur conseil que je puisse vous donner, c’est de mettre votre orgueil de côté et d’accepter d’avoir une pelouse imparfaite, mais écologique et saine!

 

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Un assassin se cache parmi nous!

Colonel Moutarde, dans la cuisine, avec un révolver. Vous aurez sans doute reconnu mon allusion au fameux jeu « Clue » (sinon, que faisiez vous les jours de pluie quand vous étiez petits ?!?). Non, mon intention n’est pas de vous parler de jeux de société, mais bien d’une espèce d’insecte que j’ai tout dernièrement découverte. Il s’agit de la punaise assassine.

C’est tout bonnement que, lors d’une belle fin de semaine ensoleillée, j’ai aperçu ce drôle d’insecte déambulant sur ma chaise de patio. L’insecte était d’un vert fluorescent et arborait quelques motifs orangés sur le dessus de l’abdomen. Il ne m’en fallut pas plus pour aller chercher ma caméra et prendre l’individu en photo. Je l’ai photographié sous toutes ses coutures et je l’ai manipulé à mains nues, sans savoir qu’il s’agissait d’un redoutable tueur. Ce n’est effectivement qu’après avoir pris l’individu en photo que je me suis affairée à l’identifier… et que j’ai appris qu’il s’agissait, en fait, d’une punaise assassine vert-pâle!

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Punaise assassine vert-pâle (Zelus luridus)

Les punaises assassines (famille des Reduviidae) font partie de l’ordre des hémiptères, qui inclut notamment diverses espèces de punaises aquatiques et terrestres, des cigales et des cercopes. Outre la punaise assassine que j’avais entre les mains, la famille des Reduviidae comprend quelques autres espèces, dont une bien plus fatale qui porte le nom de chasseur masqué!

Il semble que les individus de cette espèce soient fréquemment retrouvés dans les cuisines Nord américaines, bien que je n’en aie personnellement jamais vu. Ils demeurent tapis dans les recoins des cuisines afin de se nourrir de toutes sortes de petits invertébrés. La nymphe de cette espèce a la drôle d’habitude de se couvrir de résidus de cuisine, de poussière et de restants de proies afin de passer inaperçue. Ainsi cachée, elle guette, immobile, l’arrivée de sa prochaine victime. C’est à l’aide de leur rostre (long appendice buccal, recourbé sous la tête) que les chasseurs masqués empalent leur proie. Il peut également leur arriver de s’en servir pour piquer les doigts trop curieux. Les chasseurs masqués sont d’ailleurs capables d’infliger des morsures douloureuses.

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Même punaise. On distingue bien le rostre pointu, replié sous la tête.

Revenons à « ma » punaise assassine vert-pâle (Zelus luridus). Cette espèce est la plus commune représentante des punaises assassines en Amérique du Nord. Comme les autres espèces, elle est munie d’un rostre qui sert à transpercer ses proies (voir cette image en exemple). Sa salive possède des enzymes qui aident à digérer et liquéfier les tissus des invertébrés qu’elle capture. Cela lui permet donc de se nourrir des tissus intérieurs de ses proies en les aspirant, tout comme vous siroteriez une limonade à l’aide d’une paille lors d’une chaude journée d’été!

La punaise que j’ai prise en photo est plus particulièrement une nymphe (non-adulte), née l’été dernier. On distingue la nymphe de l’adulte par le fait que cette première ne possède pas encore d’ailes pleinement développées. On perçoit d’ailleurs des « fourreaux allaires » sur les photos que j’ai prises (début d’ailes qui sont repliées et protégées dans des sortes d’étuis sous l’exosquelette de la punaise, au haut du dos). De plus, les nymphes se rencontrent typiquement au printemps ou tard en automne, alors que les adultes se rencontrent davantage en plein cœur de l’été. Comme ma rencontre avec la punaise s’est faite assez tôt au printemps, mes chances de tomber sur une nymphe plutôt qu’un adulte étaient plus élevées.

Ce n’est, naturellement, qu’après avoir manipulée allégrement la punaise que j’ai lu que les punaises assassines pouvaient nous mordre! Dans mon cas, l’aventure se termine bien, puisque la punaise ne semblait pas m’avoir sur sa liste de victimes à éliminer! Ouf, je l’ai échappée belle!

 

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