Les chenilles font partie des premiers insectes que l’on apprend à identifier. Généralement d’assez bonne taille, colorées et d’allure sympathique, elles figurent couramment dans les livres de contes pour enfants.
Malgré le fait qu’on ait l’impression de bien les connaître, il nous arrive tout de même de faire erreur et d’identifier à tort une chenille qui n’en est pas une. En effet, plusieurs autres invertébrés prennent une forme ressemblant aux chenilles lors de leur stade larvaire… et confondent petits et grands!
Ocelles (yeux simples) d’une chenille versus ocelles d’une larve de tenthrèdeFausses pattes : chenille versus larve de tenthrède
Lors de la capsule de la semaine dernière, je vous soumettais plusieurs clichés sur lesquels on retrouvait divers insectes ressemblant à des chenilles. Êtes-vous parvenus à distinguer les « vraies » chenilles (qui sont des lépidoptères) des fausses? Avez-vous deviné à quels ordres d’insectes les autres individus appartenaient?
Il existe quelques trucs faciles qui nous permettent de savoir si l’on fait face à chenille – qui deviendra un papillon – ou à une larve d’un autre insecte. Le premier truc réside dans l’examen des yeux de la bête : les chenilles sont munies de plusieurs yeux simples latéraux (généralement six ocelles de chaque côté de la tête), ce qui n’est pas le cas des autres larves « sosies ». Il s’agit d’une bonne façon pour distinguer les chenilles de certaines larves d’hyménoptères appartenant au groupe des mouches à scie (sous-ordre Symphyta) comme les tenthrèdes, par exemple. Les larves des mouches à scie peuvent ressembler passablement aux chenilles, en arborant des couleurs vives et en étant munies de pseudopattes le long de leur abdomen. Toutefois, leur tête est flanquée de deux yeux simples bien distincts.
Le second truc est d’examiner la présence de fausses pattes. Il s’agit de protubérances retrouvées sous l’abdomen et qui aident à la locomotion; elles s’ajoutent aux trois paires de vraies pattes situées, quant à elles, à la hauteur du thorax. Selon Wagner (2005), la majorité des vraies chenilles possède quatre paires de fausses pattes ou moins situées le long des segments 3 à 6 de l’abdomen (sans compter les pseudopattes anales). Les mouches à scie, quant à elles, en auraient cinq ou plus (ou six ou plus, selon les sources consultées), qui sont visibles généralement dès le second segment (segment 2) de l’abdomen.
Tête réduite d’un asticot (larve de diptère)
De même, la base des fausses pattes des chenilles arbore des crochets qui sont absents des fausses pattes d’autres larves d’invertébrés, notamment les mouches à scie et divers diptères. Les fausses pattes des diptères qui ressemblent aux chenilles présentent aussi une disposition qui peut être différente : elles ne sont pas nécessairement situées tout le long de l’abdomen (voir la photo de la larve de chironome plus bas à cet effet). Cela inclut également l’absence totale de pseudopattes comme chez les larves de tipules. De plus, les larves de diptères ne portent pas de « vraies » pattes et, selon l’espèce concernée, la tête peut s’avérer être très réduite (comme une larve d’asticot, par exemple).
Finalement, certaines larves de coléoptères ou de neuroptères rampantes et de forme allongée pourraient faire penser à des chenilles, mais l’on peut habituellement voir assez rapidement par leur forme générale, ainsi que la présence d’autres attributs (des plaques thoraciques, des mandibules allongées, absence de pseudopattes, etc.), qu’il ne s’agit pas d’une chenille.
Seriez-vous maintenant prêts à distinguer une chenille d’un autre insecte aux allures similaires? Lors de la devinette du 25 octobre dernier, les participants ont réussi à bien identifier les quatre vraies chenilles qui faisaient partie du lot. Bien joué! Toutefois, ils ont aussi identifié un des imposteurs comme étant une chenille: la tenthrède de la photo #1. Ce dernier aura bien réussi son déguisement!
Vous pouvez voir les réponses à la devinette de la semaine dernière dans le tableau ci-dessous. Bon visionnement!
Qui est une chenille et qui ne l’est pas? Les réponses!
#1. Larve de tenthrède (Hyménoptère)
#2. Larve de coccinelle (Coléoptère)
#3. Chenille (Lépidoptère)
#4. Larve de trichoptère
#5. Larve de tenthrède (Hyménoptère)
#6. Larve de tipule (Diptère)
#7. Chenille (Lépidoptère)
#8. Larve de neuroptère
#9. Chenille (Lépidoptère)
#10. Larve de cimbicidé (Hyménoptère)
#11. Larve de chironome (Diptère)
#12. Chenille (Lépidoptère)
Pour en savoir plus
Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.
Il y a trois semaines, j’amorçais un petit « cours 101 » d’identification des invertébrés d’eau douce où je vous entretenais plus particulièrement au sujet des invertébrés non-arthropodes et des arthropodes non-insectes (cette chronique).
Cette semaine, nous abordons le troisième groupe : les insectes proprement dits. Selon Voshell (2002), on distingue les insectes aquatiques des deux autres catégories précédemment survolées par le fait qu’ils possèdent une capsule céphalique visible munie d’un rostre, de mandibules ou de crochets, ainsi que zéro ou trois paires de pattes segmentées. Cela est exact la plupart du temps, quelques insectes étant munis de pièces buccales (et de portions de capsule céphalique) dissimulées et si discrètes qu’on pourrait croire qu’ils n’en possèdent pas… et les confondre pour un arthropode non-insecte!
La leçon à en tirer? Quand l’invertébré a une tête et six pattes, vous pouvez être certains qu’il s’agit d’un insecte! Sinon, il faut l’examiner de plus près!
Cela dit, avant de commencer notre petit cours, je vous avise encore une fois que je vous ferai un portrait des principaux groupes communément retrouvés (si je me fie à ma propre expérience, ainsi qu’aux groupes abordés dans Voshell (2002)), mais qu’il existe quelques autres ordres dont on peut retrouver des membres en eau douce, comme les lépidoptères, les névroptères ou les orthoptères, par exemple. Il existe de très bons guides d’identification qui vous en feront un portrait plus complet; ceux-ci sont présentés dans la section « Pour en savoir plus » et je vous invite à les consulter. Pour ceux qui ne seraient pas à l’aise de lire dans la langue de Shakespeare, j’y cite notamment d’intéressants travaux réalisés au Québec par le Groupe d’éducation et d’écosurveillance de l’eauet le Ministère du Développement durable de l’Environnement et de la Lutte contre les Changements climatiques.
Êtes-vous prêts? Commençons!
Vous êtes certains de faire face à un insecte? Si oui, la seconde question à se poser, qui sert à préciser à quel ordre appartient l’individu examiné, est la suivante : à quoi ressemblent les pattes? Sont-elles présentes (trois paires de pattes)? Sont-elles absentes? Sont-elles plutôt agglutinées le long du corps comme les membres d’une momie? Si l’insecte observé n’a aucune patte et ne ressemble pas à une momie, vous faites face à une larve de diptère (mouches et compagnie)! S’il fait penser à une momie, il s’agit fort probablement d’une pupe (stade de développement situé entre la larve et l’adulte, comme la chrysalide d’un papillon) de diptère ou de trichoptère.
Larves de diptères : maringouin (Culicidae) à gauche et chironome (Chironomidae) à droitePupe de trichoptère (haut) et pupes de diptères (bas)
L’insecte a six pattes? Vous aurez à vous poser des questions supplémentaires. On vous fait travailler, quoi! Ces questions comprennent :
Observe-t-on la présence d’ailes complètement développées et utilisées pour le vol?
Observe-t-on la présence de fourreaux alaires, soit des ailes en développement repliées dans des étuis visibles sur la portion dorsale du thorax?
Les ailes ou les fourreaux alaires sont-ils complètement absents?
Deux ordres d’insectes aquatiques sont généralement munis d’ailes matures et peuvent se déplacer hors de l’eau en volant s’ils le souhaitent : les hémiptères et les coléoptères adultes. Les hémiptères portent un rostre et leurs ailes antérieures, qui sont partiellement rigides, se croisent. Ils comprennent notamment les gerridés, les punaises d’eau géanteset les notonectes. Les coléoptères se distinguent des hémiptères par leurs mandibules (plutôt qu’un rostre) et leurs ailes antérieures entièrement rigides (élytres) qui recouvrent largement l’abdomen. Les plus connus sont sans doute les gyrins, les dytiques et les hydrophiles, mais de plus petites espèces comme les elmidés sont également très communs dans nos rivières. En début de paragraphe, j’indique que ces ordres sont « généralement » munis d’ailes. Il importe en effet de préciser que les hémiptères immatures n’auront pas d’ailes bien développées, alors que les larves de coléoptères prennent une forme complètement différente de l’adulte (voir vers la fin de la présente chronique). De même, j’avais notamment mentionné dans cette chroniqueque le polymorphisme alaire est fréquent chez les gerridés, faisant en sorte que l’on retrouve des individus matures ne possédant pas d’ailes. Cela souligne l’importance de ne pas regarder qu’un seul critère lorsque l’on identifie un insecte!
Insectes munis d’ailes développées : hémiptère (gerridé) à gauche et coléoptère (dytique) à droite
En ce qui concerne la présence de fourreaux alaires, trois ordres ressortent : les éphémères, les plécoptères et les odonates. Les odonates se distinguent des deux premiers ordres par leurs mâchoires rétractables qu’ils maintiennent repliées sous leur tête. Leurs puissantes mandibules forment un masque et se situent au bout de ce qui ressemble à une trompe – caractéristique propre à cet ordre d’insectes. De plus, aucune branchie ne longe leur thorax ou leur abdomen. Les deux sous-ordres d’odonates (anisoptères et zygoptères) sont assez différents, les anisoptères étant plus robustes et complètement dépourvus de branchies externes, alors que les zygoptères sont davantage filiformes et arborent trois branchies en forme de feuille tout au bout de leur abdomen.
Ce qui m’amène à vous parler des éphémères. Ces insectes se caractérisent par la présence de deux à trois « queues » (deux cerques et un filament médian) au bout de leur abdomen. Un œil non averti pourrait confondre les trois branchies des zygoptères pour ces trois appendices. Toutefois, ceux des éphémères sont filiformes; ils ne ressemblent aucunement à des feuilles aplaties. Par ailleurs, la partie dorso-latérale de l’abdomen des éphémères est parcourue d’une allée de branchies visibles à l’œil nu, en particulier si ces derniers sont immergés. La majorité des éphémères portent trois appendices, mais certains en ont deux. Ce qui complique les choses…
Pourquoi? Eh bien, sachez que les plécoptères arborent toujours deux « queues » (cerques) et ressemblent à certains éphémères aplatis comme les Heptageniidae. Heureusement, ils n’ont pas de branchies sur la portion dorso-latérale de l’abdomen, quoique certaines familles en portent sur la portion ventrale du thorax ou de l’abdomen. Une façon plus sûre de distinguer ces deux ordres est d’examiner le nombre de griffes au bout de chaque patte : alors que les éphémères n’en ont qu’une, les plécoptères en ont deux! Voilà qui est aidant!
Insectes qui possèdent des fourreaux alaires. De gauche à droite : Odonate, éphémère et plécoptèreBranchies terminales d’un zygoptère (gauche) et cerques et filament médian (trois « queues ») d’un éphémère (droite)
Or, les choses se corsent pour notre dernière catégorie : les insectes qui n’ont ni ailes complètement développées ni fourreaux alaires. Bien sûr, un premier élément à vérifier est que l’on ne fait pas face à un individu immature ou peu développé d’un des ordres cités ci-dessus. Les hémiptères immatures n’ont pas encore d’ailes, mais la présence d’un rostre devrait vous guider sur la bonne voie! Il en est de même pour nos odonates, plécoptères et éphémères dont le stade de développement est peu avancé : il vous sera difficile de percevoir les fourreaux alaires et vous devrez bien examiner les autres caractéristiques qui leur sont propres! Si l’on exclut ces cas, il reste tout de même trois ordres fréquemment observés qui font partie de cette catégorie : les mégaloptères, les trichoptères et les larves de coléoptères. Il faut être attentif à plusieurs critères pour distinguer ces ordres : présence de filaments de chaque côté de l’abdomen, nombre de griffes au bout des pattes, présence de fausses pattes ou d’un filament au bout de l’abdomen, etc.
Les mégaloptères et les trichoptères ont l’abdomen mou, comme une chenille. Toutefois, les mégaloptères possèdent des branchies en forme de filaments de chaque côté de l’abdomen et deux griffes par pattes. Selon la famille concernée, l’abdomen se terminera soit par un long filament unique (Sialidae) ou par deux fausses pattes munies chacune de deux crochets (Corydalidae). Les trichoptères, quant à eux, ont une seule griffe par patte et aucun filament latéral, quoiqu’ils puissent avoir des branchies ventrales (cas des Hydropsychidae). L’abdomen se termine par deux crochets simples. De plus, ils sont souvent retrouvés dans des fourreaux construits à l’aide de brindilles et de petites roches (voir cet article).
Mégaloptère (Corydalidae) en haut et trichoptère muni de branchies ventrales (Hydropsychidae) en bas
Ce sont les larves de coléoptères qui viennent mêler les cartes. Selon la famille étudiée, ces larves peuvent présenter des attributs similaires à plusieurs des ordres déjà abordés, comme des filaments latéraux (larves de gyrins; voir cette photo), la présence d’une ou de deux griffes et même de deux « queues » au bout de l’abdomen (larve de dytique). Il faut par conséquent prendre soin d’observer et de noter ces différentes caractéristiques et de ne pas seulement se fier à un seul critère (quoique cela soit aussi vrai pour la majorité des invertébrés que vous identifierez!). C’est la présence combinée de plusieurs caractéristiques qui vous permettra de confirmer l’ordre.
Deux exemples de larves de coléoptères : Elmidae à gauche et Dytiscidae à droite
Voilà, vous êtes prêts pour amorcer l’identification de vos prochaines prises, qu’elles soient en cliché ou pour une collection! Pour peaufiner vos recherches, ainsi que pour en apprendre davantage sur l’écologie des invertébrés aquatiques, je vous invite à consulter les différentes sources présentées dans la section « Pour en savoir plus ». Comme mentionné d’emblée, je ne vous ai brossé qu’un bref portrait de la situation et les guides existants sauront vous en dire plus!
Notre insecte-mystère de la semaine passée était une larve de maringouin (Culicidae)Le premier segment suivant la tête est renflé et l’on voit bien le siphon respiratoireCes larves tiennent leur siphon respiratoire érigé vers la surface de l’eau
Bien que beaucoup de larves d’insectes aquatiques soient méconnues, plusieurs d’entre vous ont reconnu la larve de notre insecte-mystère de la semaine dernière : un maringouin – moustique pour les non-Québécois – en devenir!
Les maringouins forment la famille des Culicidae et appartiennent à l’ordre des diptères. Vous ne serez peut-être pas surpris d’apprendre que d’autres illustres insectes piqueurs (mouches à chevreuil, mouches noires et brûlots) font également partie de cet ordre. J’en ai d’ailleurs parlé dans cette chronique. De plus, tous ces insectes passent leurs premiers stades de vie sous l’eau.
Les jeunes moustiques, donc, prennent vie sous l’eau. La femelle, gorgée d’œufs, part à la quête d’un repas sanglant afin de donner à sa progéniture toutes les chances de survie. Cette quête peut parfois terminer de façon brutale sous un claquement de main! Si, toutefois, la femelle s’en sort indemne, elle sélectionnera ensuite un milieu aquatique approprié qui peut s’avérer être un simple trou d’eau dans un pneu délaissé ou un tronc d’arbre! Les maringouins ne sont pas difficiles et peuvent se satisfaire de n’importe quel habitat où l’eau est stagnante.
Les œufs éclosent éventuellement en de petites larves qui croissent jusqu’à en devenir les redoutables adultes que nous connaissons. Avant d’en arriver à cette fin, la plupart des larves entreprennent leur croissance en aspirant des algues, bactéries et particules de toutes sortes qu’elles trouvent à leur portée. Quelques espèces sont prédatrices, se nourrissant souvent d’autres larves de moustiques.
Les larves peuvent peupler rapidement le milieu où elles se trouvent. C’est d’ailleurs en jetant un coup d’œil dans mon étang, avant d’entreprendre le nettoyage printanier annuel (voir cette chronique pour quelques anecdotes des années dernières), que je réalisai que mon étang était littéralement bourré de larves et de pupes de maringouins. Habituellement, je n’en voyais pas autant. Cela me permit d’examiner quelques larves et pupes sous la loupe de mon stéréomicroscope et de vous présenter les images et les vidéos accompagnant la présente chronique!
Les larves de Culicidae sont particulièrement faciles à identifier. Les segments thoraciques, situés immédiatement après la capsule céphalique (la « tête »), sont fusionnés en un seul segment renflé, ce qui n’est pas le cas des autres larves de diptères. De plus, remarquez-vous d’autres particularités? Est-ce que la larve ressemble à l’adulte?
À moins que vous ne soyez myopes, la réponse à cette question est « non »! Afin d’atteindre le stade adulte, la larve doit franchir une étape intermédiaire. À l’instar de la chenille qui forme une chrysalide avant de se transformer en papillon, le maringouin doit lui aussi subir ce que l’on appelle une métamorphose complète – métamorphose qui fait en sorte que le rejeton subit une transformation majeure modifiant considérablement sa morphologie.
Les pupes ont de petites « cornes » qui servent à respirer, ainsi que des « palmes » qui leur permettent de se mouvoir sous l’eauReconnaissez-vous le redoutable maringouin sous cette peau de pupe?
Toutefois, contrairement à la chrysalide du papillon qui demeure attachée à un substrat et qui bouge peu, la pupe du maringouin est munie de petites « palmes » qui lui permettent de se déplacer sous l’eau. On peut d’ailleurs facilement les observer se mouvoir dans les milieux qu’elles habitent. Elles tendent à se sauver, nageant vers le fond de l’eau, lorsqu’on les approche. Il en est de même pour les larves, qui fuient toute perturbation.
La raison pour laquelle les larves et les pupes se tiennent près de la surface de l’eau est qu’elles y respirent (les larves y mangent aussi). Les larves de nombreuses espèces (mais pas toutes!) possèdent un siphon respiratoire au bout de leur abdomen qu’elles gardent le plus possible en contact avec la surface de l’eau. Les pupes, quant à elles, sont munies de petites « cornes » à l’arrière de leur céphalothorax, nommées « trompettes respiratoires », qui servent aux mêmes fins.
Le développement des larves dure typiquement de sept à dix jours si les conditions sont favorables, alors que celui des pupes est de trois à quatre jours. Ce délai est particulièrement rapide et fait des maringouins des insectes très prolifiques… au grand malheur des humains qui les apprécient un peu moins!
Pour en savoir plus
Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
Les invertébrés en général suscitent fréquemment la crainte et le dédain. Or, quelques individus défient cette tendance lourde et sont tout simplement mignons – même vus de l’œil d’un profane. C’est le cas de certains insectes appartenant à une famille de l’ordre des diptères : Les bombyles (Bombyliidae).
Plusieurs de ces mouches (en particulier le genre bombylius) ressemblent effectivement à des peluches : velues, peu menaçantes, elles revêtent un air fort sympathique! Elles sont munies d’un rostre dont elles se servent pour siroter le nectar des fleurs. Bien que l’appendice en question soit impressionnant (certains pourraient croire qu’ils s’en servent pour piquer, comme les maringouins), il n’en est rien! Ces jolies mouches sont inoffensives!
On peut manipuler les bombyles sans crainte (ici sur ma main)Autre B. major profitant des rayons du soleil
La meilleure façon de les observer, c’est d’examiner vos plates-bandes lors de journées printanières ensoleillées. Comme les bombyles se délectent de nectar, les plates-bandes constituent en effet une destination de choix. Aussi, ils aiment se faire « dorer » au soleil, au repos sur la litière de feuille! Autre fait intéressant : ces derniers survolent souvent les fleurs de façon stationnaire, à l’instar des colibris. Il s’agit d’un bon indice pour les reconnaître, quoique les syrphes, une autre famille de mouches (voir cette chronique), soient également reconnus pour ce type de vol.
Étrangement, bien que l’adulte soit tout à fait inoffensif, les larves, elles, sont de dangereux parasitoïdes à craindre – du moins si vous êtes un autre insecte! En particulier, les larves du genre Bombylius se nourrissent des larves et des réserves alimentaires de certaines espèces d’abeilles. Dans Marshall 2009, on les compare à de petits vampires, qui sucent les fluides de leurs proies sans laisser de traces. Elles ne laissent derrière elles qu’une carcasse un peu dégonflée! Qui aurait cru que d’aussi sympathiques mouches avaient un passé si noir?
Afin que leurs rejetons aient à leur disposition une source adéquate de nourriture, les femelles du genre Bombylius suivent les abeilles vers leur nid – généralement un trou dans le sol. Une fois le repère identifié, les femelles pondent leurs œufs, tout juste à l’entrée. Les larves trouvent ensuite leur chemin vers un appétissant repas!
Ces dernières émergent au printemps ou au début de l’été. D’ailleurs, en préparant la présente chronique, j’ai réalisé que toutes mes photos de bombyles (prises pendant les années 2008 à 2014, à Québec) avaient été prises au même moment de l’année, presque dans l’intervalle d’un seul mois : du 28 avril au 6 juin. Quelle prévisibilité! C’est donc dire que, au prochain printemps (oui, nous avons un hiver à traverser avant de nous y rendre!), il faudra ouvrir l’œil à nouveau pour ces jolies petites mouches!
Vue de profil, B. major
Pour en savoir plus
Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
Faire un concours de photographie dans le cadre duquel on se commet à écrire une chronique sur l’espèce figurant sur le cliché gagnant peut parfois nous faire sortir de notre zone de confort. Ce n’est pas une mauvaise chose, puisque c’est à coup sûr une bonne façon d’apprendre.
C’est ce que la photographie de Sylvie Benoit a eu pour effet. Comme vous le savez, je suis une entomologiste amateur qui a beaucoup à apprendre du monde des invertébrés. La « mouche jaune » sur la photographie – l’une des trois photos gagnantes ex aequo du concours de 2014 – ne me fut pas évidente à identifier. D’autant plus que je devais le faire à partir d’une photographie, sans individu à regarder sous mon appareil binoculaire. Et que dire de l’ordre en question – des diptères – qui s’avère un ordre composé d’un grand nombre de familles! Merci pour le défi, Sylvie!
L’étrange mouche jaune de Sylvie Benoit, photographie gagnante ex aequo du concours 2014
M’attelant à la tâche, je dus feuilleter plusieurs de mes livres d’identification, ainsi que fureter sur l’Internet (Bug Guide étant toujours une source prometteuse). Malgré toutes les informations disponibles, le défi fut difficile à relever. Je demeure avec un doute quant à l’identité de la mouche en question, mais je vous explique ci-dessous les indices pointant vers la famille Lauxaniidae.
C’est le « Peterson Field Guides – Insects » qui me fut d’une plus grande utilité, les autres guides nécessitant que j’aie la bête sous les yeux en chair et en os. Ce guide, qui contient des clés d’identification, contient aussi des images des différentes familles d’invertébrés. Sur ces images sont pointées les caractéristiques-clés de l’espèce. Pour la famille Lauxaniidae, je reconnus plus particulièrement la forme générale du corps, la présence d’un poil distinct au bout du tibia, ainsi que la forme du visage qui semblait correspondre à l’individu photographié par Sylvie. D’autres caractéristiques, qui m’auraient permise de confirmer l’identification, n’étaient cependant pas clairement visibles sur la photographie, d’où mon incertitude.
Les mouches appartenant à la famille Lauxaniidae sont des mouches communes que l’on peut retrouver dans les zones boisées, ainsi qu’où la végétation est présente en bonne densité (haies et jardins denses). Leur taille demeure relativement petite, la plupart des individus atteignant un maximum de 6 à 7 millimètres. Selon l’espèce, leur coloration peut être grise, brune, noire, jaunâtre ou orangée. Les adultes peuvent être observés butinant dans les fleurs de nos plates-bandes. Selon Wikipedia, on peut aussi observer ces mouches au repos, tranquillement assises sur une feuille d’arbre – exactement comme sur la photographie en vedette cette semaine!
Les petits diptères comme ceux-ci abondent et leur identification nécessite de multiples photographies détaillées
Les larves, quant à elles, croissent à l’abri dans la matière végétale en décomposition. Elles se nourrissent non seulement des feuilles, mais aussi de la communauté bactérienne qui y est associée. À ce qu’il semble, chaque espèce a sa préférence en matière d’essence, même lorsqu’il s’agit de feuilles en décomposition! D’autres milieux peuvent également s’avérer propices à l’évolution des larves, dont les nids d’oiseaux et les « balais de sorcières », ces excroissances que l’on retrouve sur certains arbres.
D’autres familles de mouches peuvent ressembler aux espèces appartenant à la famille Lauxaniidae. Ainsi, si vous voyez de petites mouches jaunâtres, vous pourriez non seulement être devant un Lauxaniidae, mais devant des Drosophilidae, des Sciomyzidae ou des Dryomyzidae. La meilleure façon de les distinguer est de les prendre en photo de tous angles, tous côtés, de sorte à obtenir le plus d’information possible sur la forme de leur visage, la présence de poils sur la tête, le visage et les pattes, ainsi que la texture des ailes. Dites-vous que nous n’avons jamais assez de photographies pour tenter d’identifier un individu! Le prochain défi d’identification n’est sans doute pas bien loin!
Pour en savoir plus
Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.