Les « bébittes » du pêcheur

Êtes-vous déjà allés à la pêche?

Avez-vous remarqué à quoi ressemblait l’appât que vous utilisiez?

Il s’agissait sans doute d’une imitation d’un poisson ou d’un invertébré.

En effet, un bon moyen pour capturer une prise digne d’un trophée est d’utiliser un leurre qui ressemble aux organismes dont elle se nourrit habituellement. Rien de plus alléchant!

C’est un lecteur de DocBébitte qui m’a donné envie d’explorer ce domaine. Ce dernier me demandait si j’avais quelques photos de larves de chironomes (voir cette chronique), mais également d’autres organismes d’origine aquatique retrouvés au Québec qui pouvaient lui servir d’inspiration dans la fabrication de leurres.

Aussi, je m’amusais dans la dernière chronique (ici) à vous faire deviner quelques imitations d’invertébrés que je retrouvais moi-même dans mon coffre à pêche. Bref, les échanges m’avaient vraisemblablement inspirée!

L’intérêt des invertébrés aquatiques pour la pêche

Les invertébrés aquatiques représentent un intérêt certain pour le pêcheur, puisqu’ils font partie du milieu où évoluent les poissons. Les adultes de ces mêmes espèces ont aussi un cycle de vie qui les amène près des milieux aquatiques. C’est le cas par exemple des éphémères, des trichoptères et des libellules : les adultes iront se reproduire et pondre près de la surface de l’eau… là où des poissons les attendent impatiemment! Si un individu a le malheur de s’aventurer trop près de la surface de l’eau ou encore d’y tomber, c’en est fini pour lui!

Bref, quand on parle de « pêche à la mouche », on fait référence au leurre qui ressemble à une mouche ou à un insecte ailé quelconque. Souvent, ledit leurre cherche à imiter les insectes rencontrés près de la surface de l’eau comme les éphémères et les trichoptères adultes.

D’autres appâts, sans doute moins connus, prennent l’apparence des invertébrés œuvrant sous l’eau. Dans le billet de la semaine dernière, je présentais une photographie de quelques leurres que j’avais gardés dans mon coffre à pêche et qui représentent de tels organismes. Y étaient inclus des insectes terrestres qui peuvent parfois s’aventurer trop près de la surface de l’eau. Aviez-vous reconnu certains d’entre eux? Notamment une écrevisse, un ver de terre, une naïade de libellule (vivant sous l’eau) et de multiples imitations d’insectes ailés, tels les trichoptères, éphémères et autres que je ne saurai identifier exactement!

Ma récente incursion dans ce domaine m’a également appris que plusieurs pêcheurs fabriquent eux-mêmes leurs leurres, dont certains imitent de toutes petites créatures aquatiques comme les larves de chironomes. C’est le cas du lecteur qui m’a écrit sur le sujet; vous pourrez voir certaines de ses photos (et propres chefs-d’œuvre) qui accompagnent la présente chronique. Fascinant, n’est-ce pas?

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Quelques leurres fabriqués à la main – qu’y reconnaissez-vous?
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Autres leurres fabriqués à la main

Chaque leurre en son temps!

Vous pensiez que la pêche nécessitait simplement de lancer n’importe quel appât à l’eau peu importe le moment? Détrompez-vous!

En effet, comme les invertébrés aquatiques ont un cycle de vie les amenant à être plus ou moins abondants à certaines périodes de l’année, il est d’intérêt pour le pêcheur d’utiliser le bon leurre à la bonne période. Il en est de même pour le stade de vie (larve/nymphe vivant sous l’eau contre l’adulte ailé), qui ne se rencontre pas en tout temps de l’année.

Dans les ressources citées ci-dessous, vous pourrez visionner des vidéos d’un pêcheur aguerri (Brian Chan), qui nous présente une vaste palette d’imitations d’invertébrés (cette vidéo), tout en nous indiquant les meilleurs moments de l’année pour utiliser un leurre plutôt qu’un autre.

On y retrouve aussi un épisode de pêche d’une durée de 24 minutes (Phil Rowley on fishing a new lake) où le spécialiste nous indique notamment comment collecter des invertébrés en rive, ainsi que dans l’estomac des poissons capturés pour mieux identifier les leurres à utiliser selon la période de l’année. Une émission de pêche fort instructive que plusieurs d’entre vous apprécieront sans aucun doute!

Quelques ressources pour les curieux!

Comme je n’ai pas la prétention d’être une experte pêcheuse, je souhaitais compléter la présente chronique avec quelques ressources pour ceux d’entre vous qui utilisent ou fabriquent des appâts à poisson… Ou pour les entomologistes curieux comme moi!

Dans les éléments présentés ci-dessous, j’ai choisi de me concentrer davantage sur les organismes pouvant être rencontrés dans les écosystèmes lacustres et d’eau plutôt stagnante (lacs, élargissements du fleuve et étangs), question de répondre aux interrogations récemment reçues.

N’oubliez pas de vous rendre au bout de la chronique : quelques photos et vidéos supplémentaires vous y attendent!

1) Produits DocBébitte déjà existants (invertébrés retrouvés au Québec) :

2) Quelques sites Internet pertinents :

3) Vidéos et émissions de pêche (ailleurs au Canada) :

  • Phil Rowley on Fishing A New lake. Émission vidéo présentant des astuces pour bien choisir son secteur de pêche ainsi que ses leurres (incluant l’échantillonnage d’invertébrés): https://youtu.be/sYhumUOD4M8
  • Brian Chan. Vidéo expliquant les leurres à utiliser en fonction d’une connaissance des moments d’émergences ou de prolifération d’invertébrés divers : https://youtu.be/pHVfoRdQGxQ
  • Brian Chan. Vidéo au sujet de l’utilisation des chironomes comme leurres (incluant cycle de vie, locomotion, etc.) : https://www.youtube.com/watch?v=cXSEyvkqORQ
  • Brian Chan. Vidéo portant sur l’utilisation des sangsues comme leurres : https://www.youtube.com/watch?v=MKL17Tupn68
  • Brian Chan. Vidéo au sujet de l’utilisation d’amphipodes (crustacés d’eau douce) comme leurres : https://www.youtube.com/watch?v=eDvt4SjYcIA
  • Brian Chan : plusieurs autres vidéos disponibles! Je vous conseille de faire davantage de recherches en utilisant le terme « Brian Chan » et « fly fishing » selon les invertébrés qui vous intéressent!

4) Guides et clés d’identification d’invertébrés aquatiques d’Amérique du Nord

  • Hutchinson, R. et B. Ménard. 2016. Naïades et exuvies des libellules du Québec: clé de détermination des genres. 71 pages.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Galerie photo et vidéo d’invertébrés aquatiques du Québec

Enfin, vous trouverez ci-dessous une galerie photo et vidéo en complément aux ouvrages préalablement cités, qui présente quelques spécimens couramment rencontrés au Québec!

Il importe de souligner que ces ressources – incluant mes propres chroniques et photographies – sont loin d’être exhaustives! En outre, j’aurai certainement l’occasion de vous parler de nouvelles espèces lors de prochaines chroniques!

Si entretemps vous avez d’autres sources à suggérer ou des propositions de sujets connexes, n’hésitez pas à me le signaler!

Galerie vidéo

Vidéo 1. Sangsue observée au lac Cromwell (Station de biologie des Laurentides, Saint-Hippolyte, Québec).

Vidéo 2. Chironomes rouges en déplacement dans un petit plat.

Vidéo 3. Corise (Corixidae). Cet hémiptère aquatique fait partie des espèces retrouvées dans le contenu stomacal de certains poissons, comme le témoigne l’émission de pêche susmentionnée de Phil Rowley.

Vidéo 4. Lors d’une partie de pêche avec mon père, nous avons observé cette dolomède (voir cet article) se mouvoir à la surface de l’eau. Mon père s’est amusé à lancer son appât à proximité. Peut-être existe-t-il des leurres en l’honneur de cette gigantesque araignée d’eau qui doit sans doute attirer des poissons gourmands?

 

Galerie photo (cliquez sur les photos pour les agrandir)

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Corise (Corixidae), vue dorsale
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Corise (Corixidae), vue ventrale
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Vélie (Veliidae), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)
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Amphipode capturé dans une mare d’eau à marée basse dans le fleuve Saint-Laurent (Québec, Qc)
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Aselle (Asellidae), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)
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Naïade d’éphémère, lac Bonny (Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, Qc)
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Naïade de libellule, lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)
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Naïade de gomphe (Gomphidae; libellule), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)
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Naïade de Macromiidae (libellule), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)
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Naïade de demoiselle, lac Geai (Saint-Hippolyte, Qc)
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Larve de chironome

 

Devinette : allons à la pêche!

Y a-t-il des pêcheurs parmi vous?

C’est un lecteur qui m’a récemment donné envie d’explorer le monde de la pêche, où beaucoup de leurres s’inspirent d’invertébrés retrouvés dans les milieux aquatiques (ou pouvant y tomber). Je compte aborder ce sujet plus en détail lors d’une prochaine chronique.

Entre temps, je me suis amusée à examiner le contenu de mon coffre de pêche, que je possède depuis ma tendre enfance, à la recherche de tout ce qui ressemblait à un invertébré – aquatique ou terrestre. J’ai pris le tout en photo. Êtes-vous en mesure d’identifier certains des organismes qui s’y trouvent?

Pour répondre à cette question, joignez-vous à la Page Facebook DocBébitte (pour plus d’interactions avec les autres lecteurs!) ou encore inscrivez votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. La réponse vous sera dévoilée lors de la prochaine publication DocBébitte!

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Contenu de mon coffre de pêche : reconnaissez-vous certains organismes?

Des coléoptères aquatiques rampants

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Haliple du genre Haliplus

Je vous ai souvent parlé d’insectes aquatiques, notamment de quelques coléoptères fréquemment rencontrés en bordure de lacs (cette chronique). Bien que seulement 3 % des espèces de coléoptères réalisent une partie ou la totalité de leur cycle de vie en milieu aquatique, l’ordre des coléoptères est si grand que cela fait en sorte que l’on peut observer, dans les milieux aquatiques d’Amérique du Nord, environ 1 450 espèces de coléoptères appartenant à 19 familles. Il est donc fréquent d’en capturer lorsque l’on donne quelques coups de filet dans les cours d’eau et les zones littorales des lacs.

Vous connaissez sans doute les dytiques. Par contre, connaissez-vous les haliples (famille Haliplidae)? Ils ont la même taille que certains plus petits dytiques – soit de 2 à 6 mm – et peuvent être confondus avec cette famille appartenant elle aussi au sous-ordre des adéphages. Ce sous-ordre regroupe cinq familles de coléoptères dont les larves et adultes sont tous retrouvés en milieu aquatique.

Lorsque j’avais écrit un billet sur les invertébrés de nos lacs, j’avais précisé qu’une des sources consultées mentionne que les haliples ne sont pas de très bons nageurs. Peut-être est-ce le cas par rapport à d’autres coléoptères plus rapides, mais je dois avouer qu’une vidéo que j’ai tournée l’été dernier d’un haliple se mouvant dans son milieu naturel tend à suggérer que ces bêtes, sans être des champions olympiques, se débrouillent fort bien à la nage. Vous pouvez visionner cette vidéo à la fin de la présente chronique. Je suivais l’haliple à la nage, dans une eau peu profonde (tout au plus un mètre de profondeur).

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Autre spécimen du genre Haliplus; les motifs sur les élytres sont différents

À la fin de la vidéo, on voit l’insecte s’agripper à une plante aquatique. Il s’agit d’un habitat type de ce taxon, qui se retrouve en abondance dans les herbiers aquatiques des rivières à courant lent ou des lacs et étangs. L’arthropode s’y nourrit : selon Thorp et Covich (2001), ainsi que Merritt et Cummins (1996), l’adulte et la larve seraient tous deux herbivores et se nourriraient d’algues et de plantes aquatiques. Voshell (2002) ajoute qu’ils ingèrent par le même fait certaines bactéries et certains fongus qui croissent sur ces végétaux. De plus, il indique que certains individus – adultes et larves – auraient été vus alors qu’ils engouffraient de petits invertébrés, bien qu’il ne s’agirait pas de leur principale source de nourriture. BugGuide mentionne quant à lui que les adultes se nourriraient d’invertébrés, notamment de vers et de petits crustacés, affirmation appuyée par Evans (2014). Bref, les sources consultées ne semblent pas toutes s’accorder en la matière. On peut par conséquent présumer que notre coléoptère se situe quelque part dans le spectre entre l’herbivorie et la carnivorie. Sans doute un omnivore? Ou encore la démonstration d’une grande variabilité dans la diète entre les espèces composant cette famille?

Si l’on revient au comportement du coléoptère que j’ai filmé, le fait de s’agripper et de se mouvoir dans les herbiers aquatiques est ce qui a vraisemblablement donné le nom commun anglais à cette famille : crawling water beetles (coléoptères aquatiques rampants). Outre le fait qu’ils sont utilisés comme aire d’alimentation, les herbiers aquatiques sont aussi prisés par les femelles, qui y déposent leurs œufs. Thorp et Covich (2001) rapportent que des femelles du genre Haliplus ont été observées alors qu’elles taillaient un trou, à l’aide de leurs mandibules, dans certaines plantes aquatiques pour y pondre leurs œufs. Les femelles du genre Peltodytes, quant à elles, déposeraient leurs œufs directement sur le feuillage et les tiges.

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Spécimen vu de face

Les deux genres susmentionnés (Haliplus et Peltodytes) sont d’ailleurs ceux que l’on retrouve dans les eaux québécoises. Lors d’une conférence de l’Association des entomologistes amateurs du Québec en 2019 (Tessier 2019), le présentateur attirait notre attention sur les taches présentes sur le pronotum (segment situé immédiatement derrière la tête) : ces dernières peuvent servir de critère visuel rapide pour discriminer entre les deux genres. Il est si simple qu’on peut l’utiliser pour des photographies, sans avoir à tuer et préserver le spécimen. En effet, le genre Haliplus présente généralement une tache noire dans le haut du pronotum (toutes les photos d’adultes que j’ai prises et qui accompagnent ce billet), alors que le genre Peltodytes présente typiquement deux taches noires au bas de celui-ci (cet exemple tiré de Bugguide).

Les larves ont une allure particulière : ou bien elles sont effilées et possèdent un long filament terminal (photo ci-dessous pour laquelle M. Sylvain Miller m’a gentiment donné la permission de diffusion), ou bien elles sont munies d’une grande quantité de filaments tout le long de leur corps, un peu comme de longs poils (cette photo). Elles se camouflent bien parmi les plantes et les algues filamenteuses. Les larves respirent sous l’eau directement par le biais de leur peau. Vers la fin du stade larvaire, des stigmates (orifices respiratoires) se développent. Ces dernières servent à la respiration au moment où les larves quittent l’eau pour amorcer leur métamorphose. En effet, au moment de former une pupe, les larves se faufilent hors de l’eau et s’enfouissent dans le substrat humide bordant le milieu aquatique.

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Larve effilée d’haliple (genre Haliplus)

Si les larves respirent par leur peau, les adultes ont adopté de leur côté la même stratégie que les dytiques adultes : ils trainent avec eux leur bonbonne d’oxygène, à l’instar d’un plongeur. Comme les dytiques, les haliples forment une bulle d’air sous leurs élytres. Toutefois, ils trimbalent aussi une réserve logée sous un segment ventral situé près de leurs pattes antérieures. Cette plaque, nettement élargie chez les haliples, constitue d’ailleurs un critère d’identification servant à les discriminer des autres coléoptères aquatiques (voir notamment Moisan 2010), particulièrement des dytiques auxquels ils ressemblent passablement.

Un autre critère qui permet de les distinguer des dytiques est leur mode de propulsion à la nage. Alors que les dytiques donnent des coups de pattes à l’unisson, les haliples battent des pattes de façon alternative. Toutefois, si vous jetez un coup d’œil à mes vidéos ci-dessous, vous verrez qu’il faut être très attentif pour bien voir ce mouvement. Pas facile! Une meilleure tactique est sans doute, comme je le fais, de les capturer à l’aide de filets et de les manipuler dans mes mains. Contrairement aux dytiques qui mordent souvent, je ne me suis pas encore fait mordre par un haliple! Vous en serez avertis!

Vidéo 1. Haliple aperçu à la nage dans son habitat naturel (littoral d’un lac).

Vidéo 2. Haliples capturés à l’aide d’un filet troubleau. Ouvrez l’œil pour observer le mouvement alternatif des pattes. On le reconnait surtout par l’allure un peu « gauche » de la nage.

Pour en savoir plus

  • BugGuide. Family Haliplidae – Crawling Water Beetles. https://bugguide.net/node/view/20452
  • Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Tessier, C. 2019. Coléoptères aquatiques du Québec. Conférence donnée le 15 février 2019 à Québec dans le cadre des Conférences de l’Association des entomologistes amateurs du Québec.
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

La fascinante ponte des libellules!

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Femelle Aeshnidae en train de pondre (prob. Aeshna interrupta).

Cet été, j’ai eu la chance d’effectuer de fascinantes observations au sujet de la ponte de quelques groupes de libellules. Je souhaitais vous les partager!

Tout d’abord, j’avais déjà lu que certaines espèces s’immergeaient afin d’aller déposer leurs œufs sous l’eau, mais je n’en avais pas fait le constat en personne. C’est maintenant chose faite! Alors que je pataugeais dans quelques pieds d’eau armée de mon appareil Olympia Tough TG-5 (un appareil submersible), j’eus en effet la surprise de voir une femelle Coenagrionidae bien agrippée à une tige d’ériocaulon aquatique.

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Cette femelle pond sous l’eau

Cette dernière était en train d’y déposer sa précieuse cargaison d’œufs. Fait surprenant, elle s’était plongée sous environ deux pieds d’eau pour ce faire. Comment faisait-elle pour « garder son souffle »?

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Autre vue de la femelle submergée

J’avais déjà écrit au sujet du système respiratoire des invertébrés (ce lien pour la chronique globale ou ce lien pour la chronique spécifique aux invertébrés aquatiques). Ce système respiratoire – fort différent du nôtre – permet aux organismes, par exemple les gerridés, de s’entourer d’une fine couche d’air qui leur sert de réserve d’oxygène. C’est ce dont notre libellule profite. Sur l’une de mes photos, on peut d’ailleurs voir cette fine couche recouvrir le corps de l’insecte.

Deux vidéos de cette femelle (ci-dessous) accompagnent la présente chronique. Sur la première, on voit la libellule déposer ses œufs le long de la tige d’ériocaulon. Sur la seconde, l’arthropode remonte progressivement, puis relâche soudainement le substrat pour refaire surface et s’envoler. Je pus voir l’envol – instantané – de mes yeux, mais je ne fus pas assez rapide pour braquer mon appareil photo au bon endroit. Néanmoins, l’observation demeure fascinante!

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Voyez-vous la couche d’air autour de la femelle?

Un peu plus tard, vers la fin du mois d’août, je pus également observer de jolies libellules de la famille Aeshnidae – une grosse famille de libellules – pondre leurs œufs dans la végétation d’un étang. Ces cas sont sans doute moins spectaculaires que le premier, mais furent tout de même bien intéressants à observer. Cette journée-là, l’étang bourdonnait d’activité. De nombreuses femelles étaient affairées à pondre leurs œufs.

Les vidéos 3 et 4 ci-dessous portent sur deux espèces différentes (possiblement Aeshna interrupta et A. umbrosa). Ce qui est notable, c’est que l’on peut voir dans le cas de la seconde espèce que la femelle utilise un organe fin comme une aiguille pour percer la tige du végétal sur lequel elle s’est perchée. Cet organe est nommé oviscapte et peut servir non seulement à percer les végétaux, mais aussi les bois submergés ou encore pour creuser des loges dans la boue (Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche, 1963).

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Autre vue de la femelle Aeshnidae (prob. Aeshna interrupta)

À ce sujet, Paulson (2011) précise qu’il existe deux types de ponte (on parle d’oviposition) chez les libellules : l’oviposition exophytique et endophytique, c’est-à-dire hors des plantes et à l’intérieur de celles-ci, respectivement. J’avais déjà vu des libellules en train de « frapper » la surface de l’eau avec leur abdomen pour y déposer leurs œufs. Visiblement, ces cas appartenaient à la première catégorie. En revanche, mes deux observations récentes portent plutôt sur la seconde catégorie.

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Autre espèce d’Aeshnidae (possiblement Aeshna umbrosa) qui pond ses œufs dans une tige

Ainsi, dans le cas de nos insectes mis en vedette cette semaine, les œufs sont déposés à l’intérieur des plantes plutôt qu’à leur surface ou encore à la surface de l’eau. Ils demeurent hors de vue de plusieurs prédateurs! Intéressant, n’est-ce pas?

Et vous, avez-vous déjà effectué des observations similaires?

Vidéo 1. Demoiselle qui pond ses œufs le long d’une tige d’ériocaulon.

Vidéo 2. La même femelle qui remonte légèrement, avant de relâcher son substrat et flotter rapidement vers la surface.

Vidéo 3. Femelle Aeshnidae (probablement Aeshna interrupta) qui pond ses œufs dans la végétation aquatique d’un étang.

Vidéo 4. Autre espèce d’Aeshnidae (possiblement Aeshna umbrosa) qui pond également ses œufs dans la végétation aquatique du même étang. Notez l’oviscapte, tout au bout de son abdomen, qui est régulièrement pressé contre la tige.

Pour en savoir plus

 

L’aeschne des pénombres… qui illumina ma journée!

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Mâle aeschne des pénombres (Aeshna umbrosa) que j’ai rencontré

Parfois nous avons l’occasion de faire une observation que nous n’avions pas prévue. J’ai très peu de photographies de libellules adultes de la famille Aeshnidae. Il s’agit globalement de grosses libellules (plus ou moins 50 à 80 cm de long) qui ont la bougeotte! Elles ne demeurent pas en place très longtemps, comparativement à d’autres de leurs consœurs, rendant la tâche de les capturer en photo ou en vidéo plutôt ardue!

En me baladant près de l’étang sis à l’entrée du parc du Bois-de-Coulonge, à Québec, je fis néanmoins la rencontre d’un mâle aeschne des pénombres (Aeshna umbrosa) qui se laissa manipuler et photographier à souhait. Malheureusement, la raison pour laquelle je pus admirer ce spécimen d’aussi près est qu’il était handicapé.

J’en ai déjà parlé précédemment (voir notamment ce billet) : la métamorphose de la naïade vers l’adulte s’avère être une étape risquée dans le cycle de vie d’une libellule. Un coup de vent, une vague, une erreur quelconque… et l’individu s’en retrouve déformé et inapte au vol. Sa raison d’être – se reproduire – devient par le même fait inatteignable.

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La métamorphose ne s’est pas passée comme prévu : les ailes ne se sont pas bien formées

Je découvris le mâle aeschne par hasard. Je furetais autour de l’étang, à la recherche de libellules variées, quand un bruissement d’ailes attisa ma curiosité. L’aeschne peinait à garder l’équilibre sur une feuille de sagittaire à demi émergée; le bas de son corps et ses ailes trempaient dans l’eau de l’étang. Je pris l’individu dans mes mains, pour noter rapidement que les ailes avaient mal séché suite à son émergence. Était-il tombé dans l’eau à un mauvais moment? Je ne le saurai point.

Ce malheur fut néanmoins ma chance : comme mentionné en début de chronique, je n’avais pas encore eu l’opportunité d’examiner d’Aeshnidae adulte vivant sous toute ses coutures. Les nombreuses photographies, ainsi que la vidéo qui accompagnent le présent billet témoignent de mon examen détaillé!

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Les appendices au bout de l’abdomen sont importants pour l’identification

Je possède quelques bons guides me permettant d’identifier les libellules à l’espèce en examinant les motifs, la taille et la coloration. Toutefois, j’avais tout de même pris soin de photographier les appendices situés au bout de l’abdomen de « mon » spécimen. Il s’agit d’un critère important à viser si vous aimez prendre des clichés de libellules en vue de les identifier. Dans le présent cas, la vue des appendices (qui prenaient la forme d’une rame dotée d’un pic orienté vers le bas, à son extrémité) me permit de confirmer sans aucun doute que je faisais face à un mâle aeschne des pénombres.

L’habitat privilégié par cette espèce inclut les lacs, les cours d’eau à courant lent, les petits et gros étangs… y compris ceux situés en zone urbanisée, comme le parc où j’ai effectué mes observations. Les naïades colonisent ces milieux, où elles s’affairent, comme toute libellule digne de ce nom, à dévorer d’autres invertébrés aquatiques, de même que des petits poissons et des têtards.

Les mâles de l’aeschne des pénombres ont pour habitude de sillonner leur territoire en s’arrêtant régulièrement pour faire du « sur place ». Paulson (2011) précise qu’ils peuvent s’arrêter ainsi, face vers le rivage, pendant une trentaine de secondes à la fois. Surveillent-ils leurs rivaux? Ou de potentielles femelles? Sans doute les deux!

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Vue de face

Paulson mentionne également que cette espèce est plus active en après-midi. Les recensements matinaux relèveraient beaucoup moins leur présence. Ainsi, si vous souhaitez les observez, pas besoin d’être un lève-tôt! Qui plus est, le nom de cette libellule (des pénombres) lui sied parfaitement bien : elle s’avère généralement active même dans l’ombre (on pourchasse typiquement les libellules au soleil, car c’est là où elles sont plus actives!) ou encore jusqu’au crépuscule.

Les femelles qui ont été fécondées pondent leurs œufs sur des substrats situés au ras de l’eau, tels que des branches ou des troncs partiellement submergés. Elles sont aussi susceptibles de pondre sur le rivage, de même que sur des substrats hors de l’eau et plutôt secs. Il semblerait, selon Paulson (2011), qu’elles aient une préférence pour les matériaux ligneux plutôt que les plantes aquatiques contrairement à beaucoup de leurs consœurs. D’autres sources consultées citent néanmoins les plantes aquatiques comme un des lieux de ponte observés. Les deux substrats seraient vraisemblablement utilisés… avec peut-être quelques préférences lorsque cela est possible!

Les adultes de l’année qui émergent peuvent être observés au Québec du mois de juin jusqu’en octobre. Avec le sympétrum tardif (Sympetrum vicinum), l’aeschne des pénombres constituerait l’une des espèces observées le plus tardivement à nos latitudes.

Je termine la présente chronique par une vidéo du mâle que j’ai eu le loisir de manipuler. Elle est suivie d’une galerie photo, où vous pourrez apprécier quelques clichés supplémentaires de cette espèce, incluant une photographie soumise dans le cadre d’un des concours passés de photographie amicale DocBébitte. Bon visionnement!

Vidéo 1. Mâle de l’aeschne des pénombres, malheureusement endommagé à la suite de sa métamorphose.

Galerie photo

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Autre mâle A. umbrosa – photo soumise dans le cadre du concours amical 2016
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Autre vue de près du mâle rencontré
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On voit l’individu, qui est mal en point
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La libellule est de bonne taille

Pour en savoir plus