100e publication de DocBébitte : La libellule gracieuse

Qui aurait cru, lorsque j’ai amorcé l’écriture du blogue DocBébitte, que je me rendrais à 100 publications? Aujourd’hui, ceci est chose faite. Je ne peux passer sous silence le fait que ce sont vos commentaires intéressés et constructifs qui me donnent la motivation de poursuivre!

Afin de vous remercier pour votre fidélité, je souhaitais que la 100e publication porte sur un sujet que vous avez choisi. Je vous avais offert quelques choix et la majorité d’entre vous a opté pour la libellule gracieuse.

Libellule gracieuse
Libellule gracieuse mâle (Libellula pulchella)

 

Toutes les libellules sont gracieuses, me direz-vous! Vous avez bien raison : ce sont des êtres fabuleux! D’ailleurs, vous êtes quelques-uns à m’avoir indiqué vouloir en savoir plus sur ce groupe comme un tout. Toutefois, dans le cadre de la présente chronique, je vais vous entretenir spécifiquement sur la libellule gracieuse (libellula pulchella). Pour ceux d’entre vous qui veulent en connaitre davantage sur les libellules en général, je vous recommande ces précédents articles (simplement cliquer sur le titre pour accéder aux chroniques en question) :

Comme pour plusieurs autres espèces de libellules, la libellule gracieuse semble mieux porter son nom anglophone : « Twelve-spotted skimmer ». En effet, on la reconnaît aisément par la présence de trois taches foncées équidistantes sur chacune de ses quatre ailes… pour un total de douze, vous avez bien compté! Les ailes du mâle mature – et, semble-t-il, d’un petit pourcentage des femelles – comportent aussi des taches plus pâles (bleu gris) qui s’insèrent entre les taches sombres. Le résultat est superbe… et facile à reconnaître!

Bien que l’abdomen du mâle mature soit également coloré (d’un bleu gris pâle similaire aux taches alaires), celui de la femelle est plus sobre, quoique bordé de lignes jaunes (voir cette photo). On pourrait la confondre avec la femelle de la libellule lydienne dont j’ai parlé récemment (cette photo). Cependant, les lignes jaunes de la libellule gracieuse femelle sont continues, comme une ligne que l’on aurait peinte à l’aide d’un petit pinceau. En revanche, celles de la libellule lydienne femelle sont discontinues et s’apparentent davantage à une série de points allongés. Il s’agit d’une des façons de les distinguer. Si vous voulez être sûrs de votre coup, vous pouvez aussi comparer les bandes jaunâtres sur le côté de leur thorax. Les libellules lydiennes possèdent un « point » de plus tout au bout de l’une de ces bandes (voir cette photo comparative). Encore une fois, donc, si vous prenez des photos de libellules – ou de tout autre invertébré – tâchez de couvrir le maximum d’angles possibles. Non seulement c’est amusant de prendre un million de clichés d’une bête (c’est ce que je fais, moi, au désespoir des gens qui m’accompagnent lors de ballades), mais cela pourrait vous garantir une identification fructueuse une fois de retour à la maison!

Libellule gracieuse 2
Libellule gracieuse dévorant un insecte (restes jaune-orangé)

Les habitats de prédilection de cette jolie libellule sont les étangs et les lacs où la végétation aquatique est abondante. C’est d’ailleurs aux abords d’un étang appartenant à un cousin de mon conjoint que j’ai eu l’occasion de prendre plusieurs clichés de cette espèce. En particulier, j’ai eu une interaction fort sympathique avec un de ces individus. Alors qu’il était perché sur un conifère, au repos, je m’approchai de plus en plus d’un mâle pour le photographier. Malheureusement, j’étais harcelée par tout un tas de mouches à chevreuil (Tabanidae; voir cette chronique) qui menaçaient de jeter ma séance de photo à l’eau. Quelle ne fut pas ma chance de réaliser que mon nouvel ami, lui, avait faim. Il faut dire que les Odonates, ordre auquel les libellules et les demoiselles appartiennent, sont de voraces prédateurs. Ainsi, « ma » libellule se mit à faire des rondes d’inspections autour de ma tête, quittant sa branche de façon sporadique, dans l’espoir d’y capturer un repas. Je pris ce comportement en vidéo, que vous pourrez visionner ci-dessous.

Au Québec, on retrouve la libellule gracieuse principalement dans le sud de la province. Son aire de répartition, selon Paulson (2011), se situe un peu au nord du fleuve Saint-Laurent. Sous nos latitudes, on peut communément l’observer du mois de juin jusqu’en septembre. Les mâles s’affairent alors à effectuer des patrouilles sur un territoire qui peut changer d’une journée à l’autre et s’étaler sur une superficie d’environ 100 mètres carrés. Les femelles fécondées, quant à elles, se chargent de déposer leurs œufs près de la végétation aquatique. S’ensuivra la naissance de jolies larves qui se métamorphoseront quelques années plus tard en de gracieuses libellules. Ou en des libellules gracieuses? Qu’importe! Pourvu qu’elles demeurent aussi agréables à observer!

Bonne fin de 100e lecture, chers lecteurs. J’espère avoir l’énergie pour me rendre, qui sait, à une 200e publication!

 

Vidéo. Libellule gracieuse mâle qui tente gentiment de me débarrasser d’un nuage de mouches à chevreuil! Observez bien : 1) les mouches qui passent devant l’objectif; 2) le bruit des ailes de la libellule lorsqu’elle passe près de ma tête.

 

 

Pour en savoir plus

  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Paulson, D. 2011. Dragonflies and damselflies of the East. 538 p.
  • Bug Guide. Species Libellula pulchella – Twelve-spotted Skimmer. http://bugguide.net/node/view/3407
  • Wikipédia. Libellule gracieuse. http://fr.wikipedia.org/wiki/Libellule_gracieuse

Commune, cette libellule lydienne!

Au courant des deux dernières années, depuis que j’ai amorcé l’écriture du blogue DocBébitte, vous êtes quelques lecteurs à m’avoir envoyé des photographies d’une jolie libellule à l’abdomen blanc bleuté pour identification. Il s’agissait de clichés de la libellule lydienne (Plathemis lydia, famille Libellulidae), une libellule commune au Québec. D’ailleurs, son nom anglais « Common Whitetail » lui sied parfaitement!

Libellule lydienne
Mâle sur une roche, à l’affut d’une proie
Libellule lydienne femelle
La femelle, plus sobre, se camoufle bien

Ce sont les mâles de cette espèce qui font en particulier l’objet d’observations fréquentes. Bien que quelques autres espèces lui ressemblent, l’agencement des ailes tachetées et de la coloration pâle de l’abdomen rend la libellule lydienne mâle facilement reconnaissable. La femelle, de son côté, porte une robe plus discrète. Elle est presque entièrement brune. Toutefois, le motif présent sur ses ailes (trois taches distancées de façon égale) et les lignes blanchâtres (peuvent être d’apparence un peu jaunâtre) présentes sur le côté de son abdomen permettent de la distinguer des autres espèces. Il s’agit également d’un gros insecte, mesurant entre 42 et 48 millimètres de longueur.

Aussi, vous êtes nombreux à avoir en main des clichés de cette libellule, car son comportement la rend facile à observer. En effet, contrairement à d’autres libellules plus discrètes, la libellule lydienne aime se percher dans des endroits découverts et bas où l’on peut la voir facilement : roches, buches et branches basses font de bons perchoirs. Si on l’observe attentivement, l’on verra qu’elle ne fait pas que se reposer! Elle attend, sans bouger, qu’une proie lui passe au-dessus de la tête. Et hop, quelques coups de ses ailes et la proie se retrouve rapidement transformée en dîner!

Les mâles sont territoriaux et gardent farouchement leur site de reproduction. Ils patrouillent un assez vaste territoire s’étalant sur un rayon d’environ 4 mètres autour du site. De plus, ils peuvent y passer plusieurs heures par jour, jusqu’à un total de 18 jours. Pour un insecte dont la durée de vie maximale adulte (les larves de libellules vivent plusieurs années sous l’eau) s’élève à 36 jours, cela fait beaucoup de temps alloué à la reproduction!

Libellule lydienne_CA
Mâle qui se prélasse au soleil – photographie soumise au concours de photographie en 2013

L’acte de copulation, quant à lui, ne durerait que trois secondes! Une fois fécondée, la femelle dépose ses œufs sur l’eau, près de la végétation aquatique, ou encore dans la boue ou les végétaux mouillés. Elle pond quelque 1000 œufs, à une vitesse approximative de 25 par seconde!

Selon Paulson (2011), on peut observer cette libellule en vol au Québec du mois de mai au mois de septembre. De plus, on peut la retrouver dans plusieurs provinces canadiennes, ainsi que dans tous les états américains (sauf quelques absences notées dans les régions arides).

La prochaine fois que vous verrez une grosse libellule bien installée au soleil sur une roche, tentez de remarquer la coloration de son abdomen et de ses ailes. Il pourrait bien s’agir de la commune libellule lydienne à l’affut d’une proie ou tout simplement en train de se faire « chauffer la couenne » au soleil!

 

Pour en savoir plus

  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Paulson, D. 2011. Dragonflies and damselflies of the East. 538 p.
  • Bug Guide. Species Plathemis lydia – Common Whitetail. http://bugguide.net/node/view/603
  • Wikipédia (français). Plathemis lydia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Plathemis_lydia

 

 

Parés pour l’Halloween – Les réponses!

Lundi dernier, vous aviez pour défi d’identifier huit individus parés pour l’Halloween. Avez-vous réussi à reconnaître plusieurs des organismes photographiés?

Les réponses vous sont présentées ci-dessous!

Joyeuse Halloween!

Réponses à la devinette de lundi dernier : Parés pour l’Halloween
#1. Coccinelle asiatique Coccinelle asiatique_Microscope(Coléoptère) #2. Arctiide de l’asclépiade Arctiide asclépiade(Lépidoptère)
#3. Croissant nordique Croissant nordique_2(Lépidoptère) #4. Isia Isabelle Isia Isabella_Printemps(Lépidoptère)
#5. Lycosidae ou araignée-loup Lycosidae yeux(Arachnide) #6.Sympetrum vicinum (Odonate) Sympetrum femelle
#7. Lepture au thorax orangé – longicorne (Coléoptère) Coléptère Orange-Noir #8. Diacrisie de virginie (Lépidoptère) Diacrisie chenille

Un étang bien vivant

Chose promise, chose due. J’avais indiqué à plusieurs d’entre vous que je vous parlerais de la faune invertébrée que je retrouve dans mon étang chaque année. Le sujet est vaste, car beaucoup d’invertébrés aquatiques ou semi-aquatiques peuvent coloniser un étang à poisson. Je comptais donc vous brosser un portrait relativement bref (vous me connaissez : quand je commence, j’ai de la difficulté à m’arrêter!) de ces différents organismes, en procédant par mode de dispersion.

Caro dans étang
Une Docbébitte enthousiaste lors du moment du nettoyage de son étang! Que de découvertes en perspective!

Il importe en effet de mentionner que la provenance des invertébrés aquatiques peuplant un point d’eau donné peut être variable. Ainsi, certains invertébrés strictement aquatiques ont probablement été transportés dans mon étang lors de l’achat des poissons ou encore lors de l’achat annuel de plantes servant à filtrer ou oxygéner l’eau. Les canards qui sont de passage dans ma cour au printemps pourraient constituer une seconde source de colonisation. De nombreux organismes (végétaux ou animaux) peuvent effectivement rester agrippés aux plumes de ces sympathiques volatiles. D’un autre côté, plusieurs invertébrés observés en eaux douces sont, en fait, des larves d’insectes. Ces individus proviennent d’œufs pondus par des adultes terrestres susceptibles de se déplacer d’un plan d’eau à l’autre. Pour terminer, certaines espèces sont des adultes capables de se déplacer dans l’air ou sur terre, mais ayant une préférence pour la vie sous l’eau.

Débutons par les invertébrés strictement aquatiques. Mon étang est habité par une espèce de zooplancton, ainsi que par des sangsues. Le terme zooplancton désigne les tout petits animaux formant le plancton en milieu aquatique. Ils vivent essentiellement dans la colonne d’eau. Dans mon étang, je retrouvais plus particulièrement un groupe : les copépodes. Il s’agit de petits crustacés à peine plus gros qu’un grain de poivre. J’avais pour plan, cette année, de prendre des photographies de ces derniers, vus de près dans l’objectif de mon appareil binoculaire. Pour une raison que j’ignore, je n’en ai observé aucun. Pourtant, j’en retrouvais en grande quantité les années précédentes. Néanmoins, lorsque j’avais filmé un dytique l’année dernière, j’avais aussi capturé le mouvement de ces petits copépodes. Vous pourrez visionner la vidéo à la fin de la présente chronique à cet effet.

Le zooplancton est fascinant, comme en témoigne notamment cette photographie d’une espèce de copépode au corps transparent. Comme vous pouvez vous l’imaginer, le zooplancton se nourrit du phytoplancton (algues microscopiques en suspension) et alimente, à son tour, les invertébrés plus gros et les poissons. Par conséquent, il constitue un maillon très important de la chaîne alimentaire de moult milieux d’eau douce à courant lent (lacs et étangs).

Je n’ai sans doute pas besoin de vous donner des précisions sur ce que sont les sangsues. Elles ont une réputation qui génère habituellement un certain dégoût, particulièrement chez les baigneurs. Bien que certaines espèces de sangsues soient effectivement des parasites qui ne daignent pas, à l’occasion, sucer un peu de sang humain, beaucoup sont des prédateurs. Elles se nourrissent d’autres invertébrés, soit en sirotant leurs fluides internes, soit en les avalant au complet! Fait intéressant, les sangsues appartiennent à l’embranchement des annélides, qui comprend également les vers de terre. Le terme « annélides » réfère plus spécifiquement aux multiples anneaux que l’on peut apercevoir tant sur le corps des sangsues que sur celui des vers.

Aeshnidae Larve 2014
Larve d’aeshnidae (libellule)

Mon étang abrite aussi des larves de plusieurs insectes dont les adultes sont terrestres ou semi-aquatiques. Outre les larves de libellules et de dytiques, la majorité des larves observées appartient à l’ordre des diptères (mouches et maringouins).  En ce qui concerne les libellules, je tombe à peu près chaque année sur une larve ou deux appartenant à la famille Aeshnidae. Ces dernières sont de voraces prédateurs (voir cette chronique si le sujet vous intéresse) et elles profitent sans aucun doute de la présence des nombreux diptères. Il en est de même pour les larves de dytiques. J’avais aussi parlé plus en détail de cette famille dans ce précédent billet.

Du côté des diptères, ce sont des larves de chironomes (Chironomidae) qui dominent. Je vous avais déjà entretenu sur cette famille de diptères très abondante dans les milieux aquatiques (cette chronique). Les larves de chironomes sont résistantes aux conditions difficiles (manque d’oxygène, notamment) et il n’est donc pas surprenant que j’en retrouve dans mon étang au printemps. À ces chironomes s’ajoutent des larves de maringouins (Culicidae), de syrphes (Syrphidae; mouches à fleurs), de mouches noires (Simuliidae), ainsi que de dixidae (je n’ai pas trouvé de nom commun français). Il s’agit d’organismes relativement petits (5 à 10 millimètres en moyenne) qui sont de taille idéale pour nourrir les insectes prédateurs – larves ou adultes.

Gerridae
Gerridé

Parlant d’insectes prédateurs, deux insectes adultes que je retrouve régulièrement dans mon étang sont des prédateurs : les dytiques et les gerridés. Les dytiques font partie de l’ordre des coléoptères et ils sont adaptés à la vie sous l’eau. Ils sont en mesure d’emmagasiner de l’air sous leurs élytres, puis de plonger sous l’eau, comme un plongeur le ferait avec une bonbonne d’oxygène. De plus, ils sont munis de longues pattes postérieures adaptées à la nage. Les gerridés sont communément appelés « patineurs » ou « araignées d’eau ». Ce ne sont pas des araignées, mais bien des hémiptères (ordre des punaises). Les gerridés sont aussi des prédateurs, mais ils demeurent hors de l’eau, contrairement aux dytiques. Leur tactique : attendre qu’un invertébré tombe à l’eau, puis se précipiter sur ce dernier. Ils se fient aux ondes transmises par les invertébrés se débattant dans l’eau afin de les localiser. Comme les larves de diptères effleurent la surface, en particulier lors du moment de leur émergence, il est fort à parier que les gerridés profitent également de cette source de protéines!

Finalement, certains escargots ont élu demeure dans mon étang. Ceux-ci sont peut-être arrivés accrochés aux plantes aquatiques achetées en magasin, ou encore en rampant. Plusieurs espèces sont effectivement susceptibles de se promener à la fois hors de l’eau et dans l’eau. Si vous voulez en savoir plus sur les escargots de façon générale, vous pouvez jeter un coup d’œil à la chronique de la semaine dernière.

Comme plusieurs groupes d’organismes étaient visés cette semaine, je termine la chronique avec une galerie photo et vidéo. Il est tout de même étonnant de voir à quel point la vie foisonne, et ce, même dans un petit étang à poisson d’au plus trois mètres cubes!

 

Pour en savoir plus

  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Thorp, J.H. et A.P. Covich. 2001. Ecology and classification of North American freshwater invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Wikipédia. Copepoda. http://fr.wikipedia.org/wiki/Copepoda
  • Wikipedia. Gerridae. http://en.wikipedia.org/wiki/Gerridae

 

Vidéos

Dytique adulte en action. Noter les tout petits organismes qui sillonnent le plat : il s’agit de copépodes (visionner la vidéo en pleine définition).

 

Larve de libellule. On voit son mode de propulsion (eau qui est poussée de son abdomen, comme un jet).

 

Sangsue qui se déplace sur une feuille collectée dans mon étang.

 

Larve de libellule à nouveau, cette fois-ci de plus près

 

 

Photographies

Dytique adulte 2_2013
Dytique adulte

 

Dytique et chironome
Larve de dytique et une larve de chironome qu’elle était en train de déguster
Larve syrphidae
Larve de syrphe
Chironomes Trois
Larves de chironomes

 

Culicidae larve 2
Larve de maringouin
Dixidae Larve
Larve de dixidae

 

La fête des amoureux, même chez les invertébrés!

Les oiseaux le font, les abeilles le font…Vous avez sans doute déjà entendu cette expression qui sert de préambule pour expliquer aux enfants « d’où viennent les bébés ». Bien que de nombreux invertébrés « le fassent » de façon traditionnelle, d’autres ont opté pour des stratégies quelque peu moins orthodoxes!

En cette semaine de la Saint-Valentin, j’ai donc pensé bon vous parler de différentes stratégies de reproduction chez les invertébrés.

Syrphes accouplement
Syrphes (diptères) s’accouplant

Comme je vous l’ai mentionné d’entrée de jeu, beaucoup d’invertébrés ont recours à la reproduction sexuée. L’avantage de cette forme de reproduction est qu’elle favorise un patrimoine génétique plus varié et, par conséquent, l’évolution des espèces par la sélection des individus les mieux adaptés.

Qui dit reproduction sexuée dit toutefois nécessité de trouver un partenaire. Afin d’attirer le sexe opposé, les invertébrés déploient donc une myriade de stratégies. Aucun sens n’est laissé pour compte : ouïe, goût, odorat, vue, toucher, toutes les techniques sont bonnes!

Ainsi, plusieurs orthoptères (grillons, scuddéries) sont des virtuoses de la chanson. Les stridulations des mâles attirent les femelles, qui choisissent leur chanteur préféré! De même, les « mouches à feu » maîtrisent à merveille la production de lumière. Le but est le même : se faire remarquer par un partenaire potentiel!

Une autre façon de se faire remarquer est par l’odorat. Plusieurs insectes, dont les papillons de nuit, produisent des phéromones. Elles permettent aux mâles et aux femelles de se repérer, malgré les grandes distances qui peuvent parfois les séparer. Et que dire du goût? Tout comme les humains qui invitent leur douce moitié pour un souper gastronomique au restaurant ou encore qui leur achètent des chocolats, certains invertébrés mâles offrent un repas à leur partenaire. C’est le cas par exemple des Empididés mâles (famille des Empididae), une sorte de mouche, qui offrent des insectes morts à leur petite amie comme amuse-gueule avant la copulation. Aussi, les mâles scuddéries (sauterelles) produisent une sécrétion gélatineuse comestible nommée spermatophylax destinée à leur compagne. Les femelles en raffolent! En fait, ils enrobent leur sperme de cette sécrétion, puis attachent le tout à l’abdomen de la femelle, à proximité de ses organes génitaux (voir cette photo). À ce qu’il paraît, ce « cadeau » aurait pour effet de détourner l’attention de la femelle du sperme tel quel, de sorte à garantir la fécondation! Rusé, le Monsieur!

Odonates tandem
Libellules en tandem

Côté toucher, certains papillons s’adonneraient notamment à des « attouchements antennaires » afin de se stimuler. Chez les odonates (libellules et demoiselles), les mâles retiennent carrément les femelles en captivité! Ils resserrent leur appendice terminal, situé tout au bout de leur abdomen, autour du cou de la femelle, qui n’a d’autre choix que de les suivre. Le mâle s’assure ainsi que la femelle ne copule pas avec d’autres rivaux. Les deux individus se retrouvent donc physiquement liés jusqu’à ce que l’accouplement ait eu lieu.

La reproduction sexuée ne compte pas que des avantages. Chez certaines espèces, être un mâle et vouloir se reproduire peut s’avérer tout un défi… dans le cadre duquel le conquérant prend le risque de sa vie. C’est le cas notamment des mantes religieuses et des veuves noires. Dans les deux cas – et ce n’est pas un mythe – il arrive que le mâle serve de dîner à la femelle, qu’il ait eu le temps de copuler avec elle ou non! Si « Madame » est dispose, le mâle peut s’en sortir indemne. Autrement, il deviendra une source de protéine supplémentaire pour la femelle et ses œufs à venir!

En revanche, certaines femelles invertébrés ont décidé qu’elles pouvaient se passer complètement des mâles. C’est ce qu’on appelle la reproduction asexuée. La forme la plus connue est la parthénogenèse. J’ai déjà parlé de ce type de reproduction dans une précédente chronique sur les pucerons. La parthénogenèse correspond au développement d’un ovule non fécondé et elle consiste essentiellement à produire des « clones ». Dans le cas des pucerons, la femelle peut donc produire une vaste quantité de filles identiques, sans aucune intervention d’un mâle. Chez les abeilles, la reine peut produire des rejetons par parthénogenèse ou non. Si elle produit des œufs fécondés par un mâle, ceux-ci donneront des femelles ouvrières ou d’autres reines. Toutefois, la reine peut choisir de pondre des œufs non fécondés. Ceux-ci donneront des mâles! Ainsi, selon les besoins de la ruche, la reine peut « choisir » son mode de reproduction!

La reproduction asexuée semble être facultative dans bien des cas. Son avantage est de permettre à l’espèce de survivre et de se reproduire dans les moments plus difficiles, où les mâles, par exemple, sont peu abondants.

Asilides
Asilides (diptères) en train de copuler

Pour terminer, certains invertébrés ont trouvé une solution pour contourner de potentielles pénuries en mâles ou en femelles: ils sont hermaphrodites! C’est le cas d’invertébrés comme les escargots, les limaces, les sangsues et les vers de terre. Lors d’une rencontre romantique entre deux individus de ces espèces, l’un des deux partenaires joue le rôle du mâle, alors que le second joue le rôle de la femelle. Parfois, ils jouent les deux rôles en même temps! Ainsi, une rencontre entre deux individus peut toujours aboutir à une fécondation!

Comme vous pouvez le constater, les invertébrés ont développé de multiples stratégies pour assurer la survie de leur espèce. Il  n’en demeure pas moins que, dans la majorité des cas, la reproduction doit être issue d’une « rencontre romantique » entre deux individus, tout comme pour nous, les humains. Par conséquent, pour mes amis invertébrés, ainsi que pour vous tous, chers lecteurs, je vous souhaite une très belle Saint-Valentin!

 

Pour en savoir plus