Un écosystème dans ma piscine – Partie 1

Je ne vous apprends sans doute rien de nouveau si je vous dis qu’il existe une faune variée habitant le fond des lacs et des rivières (surtout si vous me connaissez)! Lors de précédentes chroniques, j’ai effectivement parlé de certains insectes dont les larves subsistent et se développent en milieu aquatique (mégaloptères, éphémères, odonates). Les adultes de ces insectes sont terrestres et volent. Ils ont, par conséquent, l’aptitude de coloniser de tous nouveaux milieux, en y pondant leurs œufs.

En revanche, d’autres insectes passent la majeure partie de leur cycle de vie – incluant le stade adulte – en milieu aquatique. Ils ont tout de même la capacité de se déplacer à l’extérieur de l’eau et se retrouvent fréquemment à vagabonder d’un site à l’autre, à la recherche d’abri et de nourriture.

Ainsi, il ne suffit que d’avoir un milieu aquatique favorable à la vie pour le voir se peupler rapidement par un bon nombre d’insectes.

Ce milieu peut s’avérer être une piscine que l’on tarde à démarrer, parce qu’on doit y effectuer certaines réparations. C’est ce qui nous est arrivé cette année, pour une seconde fois depuis que nous avons notre maison. Vous ne serez pas surpris si je vous dis que j’en ai profité pour étudier l’écosystème qui se formait peu à peu dans ma piscine!

Culicidae Larve
Larve de maringouin (culicidae)

Le mot écosystème est juste, puisqu’on y retrouve une chaîne alimentaire complète : algues, matière en décomposition (feuilles d’arbres qui tombent dans la piscine, etc.), insectes herbivores (se nourrissent d’algues et de détritus) et insectes carnivores. À noter que j’utilise ici des classifications générales, pour fins de vulgarisation, puisque des espèces appartenant à certains des grands groupes d’organismes dont je vais parler ci-dessous se nourrissent à plus d’un niveau dans la chaîne alimentaire.

Les herbivores incluent des larves de chironomes (chironomidae) et de maringouins (culicidae).  Il s’agit d’organismes appartenant à l’ordre des diptères (mouches). Dans les deux cas, les larves ressemblent à des vers, ne possédant pas de pattes élaborées. Vous connaissez bien les adultes. Les chironomes adultes sont de petites mouches noires ou verdâtres qu’on aperçoit souvent en essaim près des lacs ou au-dessus de nos pelouses, lors de chaudes soirées d’été. On les retrouve également souvent agrippés à nos moustiquaires. Les mâles sont dotés de grandes antennes bien visibles. Quant aux maringouins, je ne crois pas qu’une description soit nécessaire! Ils sont effectivement bien connus des gens qui ont du « bon sang »!

Dytique et chironome
Larve de dytique (gauche) et larve de chironome (droite)

Les carnivores, quant à eux, comprennent des larves de dytiques (coléoptères), ainsi que des coléoptères et des hémiptères adultes. En ce qui concerne les dytiques, j’ai retrouvé à la fois des larves et des adultes dans ma piscine. Je parlerai d’abord des larves de dytiques, puis discuterai des insectes adultes lors de ma prochaine chronique.

Les larves de dytiques sont strictement aquatiques et proviennent des œufs pondus par les adultes. Leur forme est étonnante; on les reconnaît par leur tête ronde dotée de grosses mandibules, ainsi que par le V inversé à la base de leur abdomen. Le « V » consiste en fait en deux tubes dont se servent les larves pour respirer sous l’eau. Elles se tiennent donc tête en bas, avec les pointes de ces tubes respiratoires frôlant la surface de l’eau, afin de retirer un peu d’oxygène de l’air ambiant.

Dytique et chironome 2
Deux larves de dytique, dont une se nourrissant d’une larve de chironome; on voit également une larve de maringouin à gauche du chironome

J’ai pu observer les larves de dytiques se nourrir de larves de chironomes dans ma piscine. Ils ont une façon bien particulière de se nourrir : ils percent le corps de leurs proies à l’aide de leurs mandibules, puis injectent un fluide qui liquéfie les tissus des victimes. Une fois l’intérieur des proies réduit à un état liquide, ils aspirent les fluides pour ne laisser à la fin qu’une coquille vide! Ces larves sont de voraces prédateurs et peuvent se nourrir d’une vaste gamme d’invertébrés, ainsi que de petits vertébrés tels des poissons, salamandres et têtards.

Les adultes s’avèrent également être de redoutables prédateurs, tout comme certains hémiptères adultes que j’ai observés. Je vais vous parler de ces adultes dans la prochaine chronique, puisque j’ai encore beaucoup de choses à vous raconter sur le sujet!

 

Pour en savoir plus

Manger la pelouse par les racines : les fameux vers blancs

Avec la saison estivale qui est de retour, nous sommes nombreux à jouer dans la terre, creusant par-ci, creusant par-là, afin de se concocter un magnifique potager ou encore de jolies plates-bandes fleuries.

Hanneton larve
Larve de hanneton (surnommé « ver blanc »)

C’est en creusant ces trous que nous tombons souvent sur un insecte qui ne fait pas le plus grand plaisir des jardiniers : le ver blanc. Mais détrompez-vous! Il ne s’agit pas d’un ver proprement dit (qui réfère en fait à un groupe d’invertébrés qui ne possèdent pas de pattes), mais plutôt d’une larve de coléoptère, le hanneton.

Plusieurs connaissent bien l’adulte, appelé communément « barbeau ». Il s’agit d’un coléoptère de bonne taille et de couleur brune plus ou moins foncée selon l’espèce. L’adulte pond ses œufs dans la terre, au sol. Les larves vont passer une année complète dans le sol, à se nourrir notamment des racines de gazon ou de jeunes végétaux récemment plantés. Les dommages sur la pelouse peuvent être assez importants, se traduisant par des plaques jaunes de gazon qui s’arrachent facilement.

Hanneton adulte
Hanneton adulte

Bien sûr, si vous souhaitez avoir une pelouse parfaite, vous n’aimerez pas ces petits intrus! Il existe plusieurs méthodes de lutte aux vers blancs. Naturellement, je ne vous encourage absolument pas à utiliser des pesticides, puisque ceux-ci peuvent avoir des répercussions indésirables sur d’autres espèces d’invertébrés et d’animaux (incluant des oiseaux et des petits mammifères).

Un premier truc suggéré par le livre Solutions écologiques en horticulture est de garder la pelouse longue et dense afin de limiter les espaces de ponte. Ils ne disent pas comment procéder et, bien sûr, je déconseille d’utiliser des engrais pour enrichir votre pelouse. Pensez plutôt à des solutions écologiques, telles que d’acheter des mélanges de graines pour la pelouse incluant du trèfle. La couverture sera non seulement bonne, mais le trèfle survivra probablement mieux aux attaques des larves de hanneton!

Autre astuce : éteindre les lumières extérieures au moment de la ponte (en juin et juillet). Les hannetons adultes, qui sont actifs la nuit, sont attirés par ces dernières.

De plus, plusieurs prédateurs sont friands de larves de hanneton. Certains, comme les moufettes ou les ratons laveurs, font parfois davantage de dommages en creusant que les hannetons eux-mêmes. Toutefois, vous pouvez attirer des oiseaux qui feront moins de dommages, mais qui seront tout autant intéressés par cette délicieuse collation!

Pélécinide
Pélécinide, un parasite des larves de hanneton

Certains insectes constituent également des parasites des larves de hanneton, comme par exemple les pélécinides. Ce sont des hyménoptères (sortes de guêpes). Les femelles sont munies d’un très long abdomen dont elles se servent pour pondre leurs œufs sur les larves de hanneton enfouies dans le sol. On retrouve aussi des nématodes, qui vont s’attaquer aux larves et les éliminer. Semble-t-il qu’il est possible de s’en procurer (vendus en vrac sous forme de poudre!) dans certains centres de jardinage.

Pour terminer, le meilleur conseil que je puisse vous donner, c’est de mettre votre orgueil de côté et d’accepter d’avoir une pelouse imparfaite, mais écologique et saine!

 

Pour en savoir plus

Un assassin se cache parmi nous!

Colonel Moutarde, dans la cuisine, avec un révolver. Vous aurez sans doute reconnu mon allusion au fameux jeu « Clue » (sinon, que faisiez vous les jours de pluie quand vous étiez petits ?!?). Non, mon intention n’est pas de vous parler de jeux de société, mais bien d’une espèce d’insecte que j’ai tout dernièrement découverte. Il s’agit de la punaise assassine.

C’est tout bonnement que, lors d’une belle fin de semaine ensoleillée, j’ai aperçu ce drôle d’insecte déambulant sur ma chaise de patio. L’insecte était d’un vert fluorescent et arborait quelques motifs orangés sur le dessus de l’abdomen. Il ne m’en fallut pas plus pour aller chercher ma caméra et prendre l’individu en photo. Je l’ai photographié sous toutes ses coutures et je l’ai manipulé à mains nues, sans savoir qu’il s’agissait d’un redoutable tueur. Ce n’est effectivement qu’après avoir pris l’individu en photo que je me suis affairée à l’identifier… et que j’ai appris qu’il s’agissait, en fait, d’une punaise assassine vert-pâle!

Zelus luridus_2
Punaise assassine vert-pâle (Zelus luridus)

Les punaises assassines (famille des Reduviidae) font partie de l’ordre des hémiptères, qui inclut notamment diverses espèces de punaises aquatiques et terrestres, des cigales et des cercopes. Outre la punaise assassine que j’avais entre les mains, la famille des Reduviidae comprend quelques autres espèces, dont une bien plus fatale qui porte le nom de chasseur masqué!

Il semble que les individus de cette espèce soient fréquemment retrouvés dans les cuisines Nord américaines, bien que je n’en aie personnellement jamais vu. Ils demeurent tapis dans les recoins des cuisines afin de se nourrir de toutes sortes de petits invertébrés. La nymphe de cette espèce a la drôle d’habitude de se couvrir de résidus de cuisine, de poussière et de restants de proies afin de passer inaperçue. Ainsi cachée, elle guette, immobile, l’arrivée de sa prochaine victime. C’est à l’aide de leur rostre (long appendice buccal, recourbé sous la tête) que les chasseurs masqués empalent leur proie. Il peut également leur arriver de s’en servir pour piquer les doigts trop curieux. Les chasseurs masqués sont d’ailleurs capables d’infliger des morsures douloureuses.

Zelus luridus_1
Même punaise. On distingue bien le rostre pointu, replié sous la tête.

Revenons à « ma » punaise assassine vert-pâle (Zelus luridus). Cette espèce est la plus commune représentante des punaises assassines en Amérique du Nord. Comme les autres espèces, elle est munie d’un rostre qui sert à transpercer ses proies (voir cette image en exemple). Sa salive possède des enzymes qui aident à digérer et liquéfier les tissus des invertébrés qu’elle capture. Cela lui permet donc de se nourrir des tissus intérieurs de ses proies en les aspirant, tout comme vous siroteriez une limonade à l’aide d’une paille lors d’une chaude journée d’été!

La punaise que j’ai prise en photo est plus particulièrement une nymphe (non-adulte), née l’été dernier. On distingue la nymphe de l’adulte par le fait que cette première ne possède pas encore d’ailes pleinement développées. On perçoit d’ailleurs des « fourreaux allaires » sur les photos que j’ai prises (début d’ailes qui sont repliées et protégées dans des sortes d’étuis sous l’exosquelette de la punaise, au haut du dos). De plus, les nymphes se rencontrent typiquement au printemps ou tard en automne, alors que les adultes se rencontrent davantage en plein cœur de l’été. Comme ma rencontre avec la punaise s’est faite assez tôt au printemps, mes chances de tomber sur une nymphe plutôt qu’un adulte étaient plus élevées.

Ce n’est, naturellement, qu’après avoir manipulée allégrement la punaise que j’ai lu que les punaises assassines pouvaient nous mordre! Dans mon cas, l’aventure se termine bien, puisque la punaise ne semblait pas m’avoir sur sa liste de victimes à éliminer! Ouf, je l’ai échappée belle!

 

Pour en savoir plus

Pour l’amour des insectes (et autres invertébrés)!

Je me permets cette semaine de faire une petite incursion dans le monde de la passion. La chronique d’aujourd’hui s’inspire en fait d’un article qui a été publié sur le site Intranet de l’endroit où je travaille.

couverture_monarque
Livre sur l’élevage des monarques

L’article en question s’intitulait « La passion des papillons » et parlait d’un jeune homme de 11 ans qui vient de publier – à l’aide de sa maman – son tout premier livre sur l’élevage des papillons monarques. Il dépeignait le garçon comme étant un passionné des papillons, ayant commencé à en faire l’élevage à l’âge de quatre ans! Georges Brossard – célèbre entomologiste québécois – aurait dit de lui qu’il était « le monarque des jeunes scientifiques et entomologistes québécois ». L’histoire ne s’arrête pas là, et je vous suggère de consulter ce site si vous voulez en savoir plus sur le jeune homme en question.

Pour ce qui est du livre, celui-ci décrit notamment où trouver les œufs de monarque, quelle est la nourriture de la chenille, comment prendre soin du papillon une fois métamorphosé et quand le libérer. Il est en vente à la boutique Le Naturaliste (chemin Ste-Foy, à Québec).

J’ai trouvé cette histoire fort inspirante et il ne m’en fallut pas plus pour que j’aie envie de vous relater une rencontre avec M. Georges Brossard en avril 2012. M. Brossard avait été invité à faire une présentation sur les insectes à mon lieu de travail. Cependant, ce dernier ne se limita pas qu’à nous parler des insectes et il s’engagea plutôt sur la route de la passion.

À l’aide de plusieurs exemples, tout droit tirés de sa propre expérience, il nous expliqua à quel point il est important d’aller au bout de ses rêves dans la vie. Pour lui, ses rêves concernaient les invertébrés. Pour d’autres, il peut s’agir d’un emploi, d’un voyage, d’une famille, qui sait! L’important, c’est de se fixer un objectif – réaliste, certes, sinon on risque de se décourager – et de faire les efforts nécessaires pour l’atteindre. Il peut aussi s’agir de petits objectifs – comme créer un blogue sur les invertébrés ! – qui nous amènent de la satisfaction personnelle au quotidien.

Conference-Georges_Brossard
Doc Bébitte en compagnie du célèbre entomologiste Georges Brossard

Cela dit, revenons à la conférence de M. Brossard. À un certain point, M. Brossard alla chercher une mygale bien vivante dans sa collection. Il s’approcha du public pour l’exhiber… et pour donner quelques émotions fortes à certains spectateurs qui ne souhaitent pas particulièrement s’en approcher! Je me rappelle à cet instant m’être dit « ferme donc ta bouche », car j’étais bouche bée et fort impressionnée… ce que M. Brossard a dû remarquer, puisqu’il est venu me prendre par la main afin que je serve de « cobaye ». C’est à ce moment qu’il a mis la mygale dans mes mains. Et savez-vous quoi? J’étais tellement nerveuse de me retrouver soudainement comme faisant partie du « spectacle » que je n’ai même pas eu peur lorsque ce dernier posa la mygale entre mes deux mains. Bien au contraire, j’étais impressionnée à quel point elle était jolie. Son poil miroitait entre le brun et le violet. Aie-je besoin de mentionner qu’à ce moment précis, j’ai retrouvé l’enfant de 11 ans en moi?

Caro et Monarque2
Une Doc Bébitte un peu plus jeune en compagnie… d’un monarque!

Qu’on ait 7 ans ou 77 ans, la passion contribue à nous redonner un cœur d’enfant. Elle aide à nous épanouir, nous donne de l’énergie et, parfois, nous aide à passer à travers les moments plus difficiles. Bref, elle nous donne des ailes… de papillon!!!

 

Pour en savoir plus

Les Odonates – Partie 2: d’étranges créatures aquatiques

Ma première rencontre avec une larve d’odonate remonte à bien des années et s’est avérée fort mémorable. C’était à l’époque où j’allais fréquemment rejoindre une cousine, qui restait sur le bord de la Baie Saint-François, pour pêcher et se baigner. Je devais être au tout début de l’adolescence.

Macromiidae Larve
Larve d’anisoptère (Famille: Macromiidae)

Je pataugeais sur le bord de la rive et mes pieds s’enfonçaient dans les sédiments fins. En me relevant, quelle ne fut pas ma surprise de voir, collée à ma cuisse, une étrange créature d’un brun foncé. Elle était d’une grosseur appréciable, d’ailleurs. Soudain submergée de peur, je me suis imaginée que j’avais, accrochée après moi, une sorte d’insecte déformé par la pollution (on disait déjà à l’époque que la baie était polluée, surtout dans le temps des fameuses Régates)… Ou encore un extra-terrestre, qui sait! Oui, j’ai toujours eu passablement d’imagination…

Bref, l’évènement m’avait suffisamment marquée pour que l’image de la bestiole en question soit saisie dans ma mémoire, telle une photographie! Quelle ne fut donc pas ma surprise de reconnaître mon « extra-terrestre », bien des années plus tard, alors que je commençai à collecter et identifier des insectes aquatiques dans le cadre de ma maîtrise!

Comme je le mentionnais dans ma chronique de la semaine dernière, les larves d’odonates évoluent en milieu aquatique et sont généralement méconnues. Pourtant, certaines de ces larves présentent des similitudes marquées avec les odonates adultes. La tête – d’une bonne grosseur par rapport au reste du corps – est munie de gros yeux. Les mâchoires sont également fort impressionnantes. Elles sortent, en fait, tout droit d’un film d’horreur! Les mandibules acérées se situent au bout d’un long « tube » qui se déploie, tel la langue d’une grenouille, pour capturer les proies. Cette image, sur Internet, vous donnera une idée de ce dont je vous parle! Ou encore celle-ci!

Naturellement, vous ne serez pas surpris, après avoir vu ces images, si je vous dis que ce sont de redoutables prédateurs, tout comme les adultes. Les larves d’odonates consomment effectivement toutes sortes d’invertébrés aquatiques – incluant des larves d’éphémères, de diptères (mouches noires, maringouins), d’autres odonates, etc. Elles ont un appétit tellement vorace qu’elles se nourrissent même de têtards et de petits poissons aussi gros qu’elles!

Aeshnidae larve
Larve d’anisoptère (Famille: Aeshnidae)

On retrouve des larves d’odonates autant dans les milieux lotiques (eaux courantes, comme les rivières et les ruisseaux) que dans les milieux lentiques (courant lent, comme les lacs ou les abords du fleuve). On peut fréquemment en observer en déplacement, sur les sédiments du fleuve, à marée basse. Il suffit de suivre les traces laissées sur le sable. Parfois elles conduisent à des escargots, mais il m’est arrivée à quelques reprises de tomber sur un odonate! Pour ceux qui n’habitent pas là où l’on retrouve des marées, sachez que vous pouvez également simplement déplacer quelques roches sur le bord d’un lac ou du fleuve. Vos chances de tomber sur un odonate sont appréciables, parole de Doc Bébitte (j’ai plusieurs tentatives à mon actif)!

Si vous « dérangez » une larve d’odonate – en particulier les anisoptères ou libellules (voir l’article de la semaine dernière pour les descriptions) – vous risquez sans doute de la voir se propulser de façon étonnante dans l’eau. En fait, les larves d’anisoptères se déplacent en aspirant l’eau par leur anus en un premier temps et en l’éjectant soudainement en un deuxième temps. D’ailleurs elles se servent de cette « particularité » quand vous tentez de les manipuler hors de l’eau… pour vous asperger!!! C’est aussi de cette façon qu’elles respirent sous l’eau, puisque leurs branchies sont internes – soit localisées dans leur rectum, rien de moins! En « aspirant » de la nouvelle eau oxygénée, les larves peuvent donc rester submergées. En revanche, les larves de zygoptères ou demoiselles ne sont pas munies d’un tel système. Elles possèdent simplement des branchies qui ont plus ou moins l’allure de trois feuilles tout au bout de leur abdomen.

Gomphidae
Larve d’anisoptère (Famille: Gomphidae)

En plus de ces caractéristiques, les larves de zygoptères et d’anisoptères se différencient par la forme de leur corps. En effet, de façon similaire aux odonates adultes, les larves de zygoptères sont plus allongées et frêles que les larves d’anisoptères. Quelques bons guides pour entomologistes aquatiques amateurs ou plus avancés existent : vous pouvez vous référer à la section « Pour en savoir plus » si le sujet vous intéresse! En particulier, le guide du Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs est propre au Québec et est bien vulgarisé. Il est disponible sur Internet, autre fait intéressant!

Pour terminer, les larves d’odonates peuvent passer plusieurs années sous l’eau, à se développer. Certaines espèces peuvent prendre jusqu’à 6 années pour réaliser un cycle de vie complet. Ce n’est donc pas pour rien qu’elles atteignent une taille appréciable : jusqu’à environ 7 centimètres!

Je vous avais dit qu’il y avait beaucoup de choses à raconter sur les odonates? Et bien, je n’ai même pas tout dit! Il faudra bien que je vous parle une prochaine fois de l’intérêt d’étudier les larves d’odonates en tant qu’indicatrices de la qualité des milieux aquatiques! Ça viendra…

Entre temps, j’espère que cette chronique vous aidera à mieux identifier les larves d’odonates lorsque vous en verrez… Afin d’éviter que vous les preniez pour des extra-terrestres!!!

Pour en savoir plus