400e publication de blogue ! Le silphe marginé : un charognard surprenant !

Pour célébrer cette 400e publication de la page docbebitte.com, je vous ai soumis, il y a quelques semaines, trois sujets pour lesquels voter :

  • #1. Photographier les mouches : quoi viser pour mieux les identifier ?
  • #2. Le silphe marginé : un charognard surprenant !
  • #3. La dolomède triton : une araignée qui aime l’eau !

La lutte a été chaude, avec 8 votes pour les thèmes 1 et 3, alors que le thème du silphe récoltait 9 votes. C’est donc de ce coléoptère original que je vais vous entretenir !

À noter que, pendant que je préparais les présentes lignes, j’ai reçu un vote tardif pour le thème 3… Créant l’égalité ! Visiblement, tous les thèmes mentionnés vous intéressent, chers lecteurs ! Je note donc de vous parler des autres sujets prochainement !

Mais, pour l’instant, place à la 400e publication ! Le silphe marginé : un charognard surprenant !

Le silphe marginé (Oiceoptoma noveboracense) est un coléoptère qui appartient à la famille Silphidae. Les membres de cette famille se nourrissent de cadavres ou de végétation en décomposition, selon l’espèce. Ce sont des nécrophages.

Les silphes marginés adultes sont d’assez grande taille (10 à 15 mm, selon les sources) et figurent parmi les plus gros – et souvent les plus colorés – organismes retrouvés sur des animaux en décomposition. Diurnes, ils nous donnent d’ailleurs l’occasion de les observer en plein jour !

En plus de se nourrir de cadavres, les adultes consomment des œufs de mouches, ainsi que leurs larves (des asticots), qui s’affairent elles aussi à dévorer le cadavre. Selon Evans (2014), on peut également les observer mangeant des champignons ou encore buvant la sève s’écoulant d’arbres blessés.

Le silphe marginé est reconnaissable par son pronotum (la partie située immédiatement sous la tête en vue dorsale) : il est noir bordé d’orange-rouge vif (certaines sources parlent de couleur saumon), d’où le nom « marginé ». Le bout de ses antennes est flanqué de « massues ». Outre la petite touche de couleur sur le pronotum, le reste de l’individu est noir ou brun foncé. On le distingue de son cousin, le silphe d’Amérique (Necrophila americana), dont le pronotum possède plus d’orange encerclant une plus petite tache noire.

Distinction entre le silphe d’Amérique, à gauche, et le silphe marginé, à droite.

Tout comme l’adulte, les larves sont nécrophages, mais se nourrissent également des œufs et des larves de mouches. Fait surprenant, quand j’ai initialement pris les photos et vidéos qui accompagnent la présente chronique, je croyais que les très abondants organismes présents aux côtés des silphes adultes étaient une sorte de cloporte que je ne connaissais pas. Il faut dire que, contrairement à mes habitudes, je ne m’étais pas grandement approchée du cadavre et je n’avais pas manipulé les arthropodes qui y grouillaient. Vous me comprendrez sans doute !

Bref, il s’avère que les larves du silphe marginé ont un corps compact de couleur brun-gris, très similaire à celui des cloportes. Cependant, on les distingue par le fait qu’ils ont une tête bien définie et six pattes – les cloportes en possèdent davantage. Le pourtour de leur corps est bordé par une couleur plus pâle, ce qui n’est pas le cas des larves du silphe d’Amérique, uniformément sombres. Cela lui sied bien étant donné son nom français « marginé » !

Le silphe marginé adulte, en haut à droite, et une larve dont les pattes et la tête sont visibles, en bas à gauche.

Le silphe marginé se rencontre des grandes plaines du centre du continent, jusqu’à l’est, dans les Maritimes. Dans la partie ouest de son aire de distribution, il est plus couramment retrouvé dans les prairies, alors qu’on le rencontre davantage dans les zones forestières, souvent des forêts décidues, dans la partie est. Pour ma part, j’ai fait la rencontre de ce coléoptère en faisant de la randonnée dans le Parc national du Lac-Témiscouata. Les traces de cerfs de Virginie étaient extrêmement abondantes : nombreuses crottes le long des sentiers, ainsi que des os et des poils de deux individus décédés près des sentiers, ce qui nous a permis de faire les fascinantes observations que je vous relate. D’ailleurs, vous l’entendrez dans la vidéo ci-jointe, les randonneurs qui m’accompagnaient se sont moqués un peu de ma fascination pour ces insectes dont le menu laissait à désirer…

Les adultes du silphe marginé survivent à l’hiver et émergent tôt au printemps pour se reproduire. Lors de mes recherches, je suis tombée sur un article scientifique examinant notamment l’arrivée de décomposeurs sur une carcasse de porcelet qui avait passé l’hiver à l’extérieur (Grégoire Taillefer et Giroux, 2021). Bien que des espèces de diptères furent les premières à trouver la carcasse, les silphes marginés sont tout de même apparus en assez grande abondance dès la mi-mai. Sans doute que la stratégie de traverser les rigueurs de l’hiver sous forme adulte leur permet d’être actifs assez rapidement le printemps venu.

Avis aux collectionneurs : Dubuc (2007) indique que les silphes peuvent être attirés par un piège-fosse contenant des restes de viande. On peut donc facilement les y attraper. Il recommande cependant de manipuler les spécimens avec précaution (ex.: portez des gants ou utilisez des pinces) et les tremper dans l’alcool à 70 % ou plus avant d’en faire quoi que ce soit, question de tuer les bactéries… Et peut-être les odeurs, qui sait ?!

J’aime relater mes observations d’insectes de toutes sortes, dont certaines se font dans des circonstances jugées macabres par certains. Oui, oui, j’ai notamment reçu des commentaires d’internautes répugnés par le fait que je filme des asticots dévorant une hermine retrouvée morte dans ma remise. Pourquoi prendrais-je donc le risque de vous présenter ces organismes ?

C’est que, malgré leurs mœurs qui ne plaisent pas à tous, il s’agit d’insectes fort utiles.

Les silphes marginés sont en effet utilisés en entomologie judiciaire. La présence des différents stades (larves et adultes), combinée avec la présence d’autres organismes comme les asticots (larves de diverses espèces de mouches), permettent d’obtenir des renseignements sur le moment du décès. Ces renseignements inestimables peuvent contribuer à attraper les contrevenants et résoudre des crimes.

D’ailleurs, je vous fais un aveu : je suis présentement en train de réécouter la série « Bones » au grand complet et, bien que j’adore le personnage principal, Temperance Brannon, surnommée « Bones », le Dr. Jack Hodgins, entomologiste s’autoproclamant roi du laboratoire, m’amuse tout particulièrement. Quel fascinant boulot… même vu au travers d’une télésérie !

Je referme la parenthèse pour revenir sur l’utilité des silphes. En plus de permettre d’attraper les « méchants », les silphes participent à la décomposition et au recyclage de la matière organique et des substances nutritives qu’elle contient dans l’environnement. Ils contribuent par conséquent grandement au bon fonctionnement de nos écosystèmes !

La prochaine fois que vous verrez ces insectes nécrophages, saluez-les pour leur beau travail ! Macabres ou pas, ils ont leur place parmi nous !

Joli coléoptère, malgré sa diète qui suscite le dégoût !

Pour en savoir plus

Conférence : fabuleux insectes aquatiques !

Les insectes aquatiques sont partout autour de nous. Pourtant, ils sont méconnus.

Si vous me connaissez, vous savez que j’adore ces bêtes !

C’est donc avec plaisir que je vous offre cette conférence, où je vous ferai découvrir toutes sortes de faits fascinants sur les insectes et autres invertébrés habitant nos lacs, rivières et étangs :

  • Comment sont-ils adaptés à leur milieu de vie ?
  • Comment respirent-ils sous l’eau ?
  • Que mangent-ils ?
  • Et bien plus encore !

Prêts à plonger à leur découverte ?

Histoire d’une photo : Psitt ! Psitt ! Psylle !

Mon loisir en tant que DocBébitte m’amène à faire la connaissance de nombreux enthousiastes d’insectes et du monde naturel.

Monsieur Luc Pouliot est l’un d’entre eux. Photographe, il s’amuse depuis déjà quelques années à capturer sur le vif, dans l’œil de sa caméra, une vaste panoplie d’organismes invertébrés.

C’est donc récemment que j’ai eu l’honneur d’être interpellée par ce dernier pour lui donner un coup de pouce dans l’identification de certains sujets.

Si vous me connaissez, vous savez que je ne suis pas une taxonomiste aguerrie, mais davantage une écologiste qui cherche tout de même à connaître l’identité des spécimens qu’elle étudie. C’est un minimum requis si je veux savoir de qui et de quoi je parle !

J’ai donc accepté de relever le défi d’identifier de nouvelles espèces en ayant comme prétexte de pouvoir apprendre plus sur ces dernières… et de pouvoir vous partager mes apprentissages. Car, oui, M. Pouliot m’a gentiment offert d’utiliser également ses photos pour vous parler davantage du fabuleux monde des insectes.

La première découverte que je veux vous partager porte sur les psylles : des hémiptères de la superfamille des Psylloidea, que je ne connaissais pas encore. Plus spécifiquement, je vais parler des membres de la famille Psyllidae.

La photo de Luc Pouliot qui m’a fait découvrir les psylles !

Pourquoi ne les connaissais-je pas déjà ? Peut-être parce qu’il s’agit de tout petits insectes faisant entre 1,5 à 6 mm de long. À cette taille, ce ne sont pas les premiers arthropodes qui nous sautent aux yeux !

Aussi, j’ai d’abord cru que l’organisme photographié était un psocoptère (ou psoque), un ordre complètement différent d’insectes dont certains individus ressemblent beaucoup aux psylles : petite taille, grandes antennes et ailes transparentes, peu nervurées, maintenues en tente au-dessus du corps. J’ai agrémenté la présente chronique d’une photo d’un psoque. Il a un « air de famille » avec les psylles, n’est-ce pas ?

Les psocoptères (psoques), comme celui-ci, ressemblent passablement aux psylles. Ils appartiennent toutefois à deux ordres d’insectes distincts.

Revenons à notre psylle. Pourquoi éprouvai-je tant de difficulté à l’identifier, dès le départ ? C’est que celui sur le cliché de M. Pouliot ne me permettait pas de voir clairement la présence du rostre – un appendice buccal ressemblant à une paille et qui permet d’identifier le spécimen comme faisant partie de l’ordre des hémiptères (voir notamment la clé d’identification dans Marshall 2009). Chez les psylles, le rostre n’est pas aussi visible que, par exemple, chez des punaises assassines. Il est replié et bien caché entre les pattes antérieures. J’hésitai donc initialement à désigner l’individu d’hémiptère.

Une fois la chose classée, il me fallait ensuite distinguer les psylles d’autres hémiptères, comme les cercopes ou les cicadelles. Pour ce faire, j’appris que je devais examiner la taille des antennes. Chez les psylles, ces dernières sont longues et généralement bien visibles, comme en témoigne la photo de M. Pouliot. En revanche, elles sont plus courtes et fines chez les cercopes et les cicadelles. En outre, si vous cherchez une astuce simple pour distinguer les psylles d’autres arthropodes, Marshall (2009) précise que ceux-ci ressemblent beaucoup à des cigales miniatures ornées de longues antennes.

Cela étant dit, les psylles sont des insectes sauteurs et des voleurs actifs. Malgré leur allure plus « sportive », avec leurs pattes adaptées au saut, ils ont des ressemblances comportementales avec les pucerons, d’autres hémiptères jugés moins actifs. En effet, plusieurs produisent du miellat, la substance sécrétée par les pucerons qui attire tant les fourmis (j’en parle dans cette chronique). Nombreux causent aussi des galles sur les plantes et constituent des pestes pour les cultivateurs. À titre d’exemple, le psylle du poirier (Cacopsylla pyricola) excrète du miellat qui génère des moisissures sur les poiriers et leurs fruits.

De plus, les nymphes de psylles sont capables de produire des sécrétions cireuses générant des masses blanches cotonneuses tout autour d’elles, comme ce que l’on peut voir chez les pucerons laineux. J’ai fouillé dans mes photos récentes, où je croyais avoir photographié des pucerons laineux, et je dois avouer que je ne suis pas franchement parvenue à distinguer si je faisais affaire à un puceron laineux ou à un psylle. Pour aider – un tant soit peu ! – Marshall (2009) indique que les psylles « cotonneux » sont observés plus tôt en été, alors que les pucerons laineux le sont plus tard. Hum, ça ne demeure pas très évident, n’est-ce pas ? D’autant plus que les photos que je vous présente ci-dessous datent du 1er juillet, au Parc national de la Gaspésie… Est-ce considéré tôt ou tard en été pour ce secteur ? Tout conseil d’identification de votre part est bienvenu !

Fait intéressant, lors de mes recherches en vue de vous pondre le présent billet, j’ai appris que ces masses duveteuses réduisent la dessiccation en plus de recouvrir la colonie afin de la protéger des prédateurs. Il n’en demeure pas moins que certains prédateurs et parasitoïdes ont appris à contourner cette protection.

Ces nymphes d’hémiptères pourraient être des psylles – les angles de mes photos ne me permettent pas d’en être certaine à 100 %.

Je vous ai parlé plus tôt du rostre. Les psylles sont des insectes piqueurs-suceurs : ils se servent de leur rostre pour siroter la sève de diverses plantes. Les nymphes sont plus spécifiques à une ou quelques plantes-hôtes, mais les adultes font moins la fine bouche et peuvent être retrouvés sur davantage d’espèces.

Je me souviens, au travers des années, avoir pris un certain nombre de clichés de petits invertébrés que j’estimais être des psoques ou des sortes de petits cercopes. J’ai du retard dans l’identification des insectes que je prends en photo (j’en ai des milliers !), mais je vais désormais rester alerte : il se pourrait que plusieurs de ces individus s’avèrent, finalement, être des psylles !

En somme, j’ai la satisfaction de dire que je connais une toute nouvelle famille d’arthropodes. Et tout cela part d’une unique photo de Luc Pouliot ! Que c’est beau, de pouvoir découvrir et apprendre sans cesse !

D’ailleurs, pour ceux qui veulent jeter un coup d’œil aux superbes œuvres de M. Pouliot, sachez que certaines d’entre elles seront exposées du 12 septembre au 19 octobre 2023 à la Maison du Citoyen de Boisbriand (voir l’affiche ci-dessous pour les détails). Il s’agit d’une belle activité de sensibilisation à encourager !

Vous cherchez une activité à saveur entomologique ? Allez jeter un coup d’œil cet automne aux photos de Luc Pouliot !

Pour en savoir plus

Observer des insectes sous les bûches

Une bonne méthode pour observer des insectes et autres invertébrés est de soulever des bûches jonchant le sol.

Suivez-moi dans cette vidéo tournée à la fin du mois d’avril, alors que je découvre des organismes – certains bien connus, mais d’autres plus inusités – sous les troncs morts.

Merci à mon conjoint de s’être prêté au jeu… et de faire partie de la vidéo en tant que figurant !

Et vous, que trouvez-vous sous les bûches ?

Kossé ça cette grosse bébitte-là ?! Le léthocère d’Amérique !

La photo qui m’a donné envie de vous parler du léthocère d’Amérique.

Le temps chaud ne fait que commencer à se pointer le bout du nez, mais les réseaux sociaux québécois débordent déjà de photos d’un énorme insecte qui impressionne.

Lorsque l’une de mes amies d’adolescence a elle-même publié une photo de cet insecte, accompagnée du texte « C’est quoi cette sorte de bébitte ?? », j’ai sauté sur l’occasion pour démystifier l’arthropode en question.

Qui est-ce ?

Il s’agit d’un léthocère d’Amérique (Lethocerus americanus), aussi appelé punaise d’eau géante.

Et avec raison !

Le léthocère peut atteindre une longueur de 55 à 65 mm, faisant de lui l’insecte québécois possédant le plus gros corps.

Vidéo complémentaire : les punaises d’eau géantes !

Qui dit gros insecte dit… gros appétit ! Ainsi, notre punaise d’eau géante est un prédateur particulièrement vorace. Elle se nourrit non seulement d’invertébrés aquatiques, mais aussi de vertébrés comme des têtards et des petits poissons. Tout ce qui est de taille à être maîtrisé figure au menu.

Le léthocère d’Amérique est gros. Ici dans la main de Ludovic Leclerc, qui l’a capturé.

Pour se nourrir, le léthocère saisit sa proie avec ses impressionnantes pattes ravisseuses. Ensuite, à l’aide de son rostre, il injecte des enzymes digestives, qui ont tôt fait de liquéfier les tissus internes de ses proies. Il ne lui reste qu’à siroter ce « savoureux » breuvage !

Outre sa taille, pourquoi le léthocère fait-il tant l’objet de clichés sur les réseaux sociaux ? C’est que cette bête est attirée par nos lumières, alors qu’elle se déplace pendant la nuit. On la retrouve donc souvent près de nos demeures, voire dans nos piscines.

Le rostre d’un léthocère (à gauche) contre les mandibules d’un coléoptère (à droite).

Un œil moins averti pourrait confondre les punaises d’eau avec des dytiques, d’autres insectes aquatiques prédateurs, au corps plutôt ovale, et dont les plus gros individus atteignent 40 mm. Toutefois, les punaises d’eau géantes font partie de la famille des hémiptères (punaises et cie), alors que les dytiques sont des coléoptères. Deux critères propres à ces familles peuvent donc nous aider à les distinguer : les pièces buccales et les ailes.

Les pièces buccales des hémiptères ressemblent à des pailles, que l’on appelle rostre. En revanche, les coléoptères sont munis de mandibules, des sortes de « dents » qui se referment l’une contre l’autre (voir cette photo des pièces buccales d’un dytique). Pour ce qui est des ailes, celles des hémiptères, comme le nom de cette famille le suggère, ne sont pas complètes : les ailes antérieures sont partiellement rigides et recouvrent le dos en se croisant. Les coléoptères, de leur côté, ont des ailes antérieures rigides qui recouvrent entièrement les ailes membraneuses postérieures de l’abdomen.

Une nèpe (à gauche) et un léthocère (à droite). Notez les longs tubes respiratoires au bout de l’abdomen de la nèpe.

Si ces critères ne suffisent pas, jetez un coup d’œil au bout de l’abdomen : une punaise d’eau géante adulte présente deux appendices courts à cet endroit (voir la vidéo qui accompagne la présente chronique). Ce n’est pas le cas des dytiques. Ces appendices font partie d’un tube respiratoire, qui permet aux punaises de s’alimenter en oxygène, même lorsqu’elles sont sous l’eau. C’est ce qui explique pourquoi ces dernières se tiennent très souvent près de la surface de l’eau, l’extrémité de leur abdomen brisant légèrement la surface. Elles respirent… un peu comme ce que nous faisons à l’aide d’un tuba ! Fait à noter : ces appendices sont rétractables. Par conséquent, leur présence confirme qu’il s’agit d’une punaise d’eau, mais leur absence fait que l’on doit vérifier la présence des autres critères susmentionnés. Autre point : si ces organes sont longs, il pourrait s’agir d’une nèpe, un autre hémiptère. À ne pas confondre !

Enfin, nous avons deux genres de punaises d’eau géantes au Québec, dont l’une est plus petite que le léthocère. Il s’agit du genre Belostoma, au sujet duquel j’ai écrit cette chronique que je vous invite à lire !

Un léthocère (genre Lethocerus; à gauche) et un plus petit membre de la famille (genre Belostoma), à droite.

Mythes ou vérités

Une des raisons qui m’a poussée à écrire le présent billet, c’est la volonté de mettre un peu d’ordre dans la vaste panoplie d’affirmations que l’on peut lire sur les réseaux sociaux, lorsque quelqu’un publie une photo de léthocère d’Amérique. Sont-elles vraies ou exagérées ?

Lançons-nous !

1. Les léthocères sont indésirables.

Un article qui a été republié récemment m’a particulièrement fait réagir. Sur cette page de Météomédia, on dit qu’il est impératif de se débarrasser du léthocère, d’ailleurs qualifié « d’aspect peu ragoûtant », s’il est retrouvé dans notre bassin d’eau. Le terme me semblait un peu trop alarmiste.

Qu’en est-il ?

Premièrement, à cause de leur appétit vorace, les léthocères constituent-ils une menace dans un étang ?

La réponse semble être… oui, mais !

Selon Voshell (2002), on aurait recensé des cas où des individus ont été vus se nourrissant de poissons de 8 cm (truite) et 9 cm (jeune brochet maillé). Il conclut en outre que les punaises d’eau géantes peuvent être une menace pour les élevages de poissons. Par ailleurs, Folles Bestioles nous permet d’observer un cas où un léthocère d’Amérique, fraîchement capturé, se nourrit d’une petite barbotte.

Cependant, notre léthocère, prédateur comme il est, pourrait s’avérer utile pour manger d’autres organismes peuplant votre étang qui, eux, sont moins désirables. Tout est dans la nuance !

Deuxièmement, dans le même article, on parle de se débarrasser des léthocères, lorsque dans notre étang, pour éviter qu’ils ne s’y reproduisent et prolifèrent. Il est question d’une centaine d’œufs qui pourraient y être pondus, laissant une impression d’infestation imminente.

Encore une fois, j’apporterais un bémol.

Il est vrai que la femelle peut pondre quelque 150 œufs. Néanmoins, le léthocère d’Amérique n’est pas une espèce envahissante, mais bien indigène. De plus, les adultes sont ailés : une fois dans votre étang, ils ne sont pas pris pour y rester indéfiniment. Ils peuvent quitter d’eux-mêmes pour aller manger… ou même pondre ailleurs.

Faut-il impérativement s’en débarrasser ? Non, pas nécessairement !

2. La morsure du léthocère est redoutable.

Autre mythe : leur morsure ! On lit en effet beaucoup de commentaires sur l’incroyable morsure des punaises d’eau géantes.

Est-ce vrai ?

Selon les sources scientifiques consultées, oui, le léthocère a le potentiel de nous mordre – je dirais même de nous poinçonner – à l’aide de son rostre. Cependant, je lis dans plusieurs ouvrages que c’est normalement lorsque l’on tente de le manipuler et qu’on le perturbe qu’il va tenter de mordre. Malgré son appétit vorace, nous ne sommes pas d’intérêt pour lui !

De plus, sa morsure peut engendrer une réaction (on réagit aux sucs qu’il nous injecte), laquelle inclut de l’enflure, une sensation de brûlure ou l’apparition d’une tache brunâtre. Ne redoutant rien, Folles Bestioles nous démontre l’effet de la morsure dans cette vidéo. Chapeau pour la démonstration !

Constat des différentes sources consultées: oui, ça fait mal et, oui, une réaction est observée et peut persister jusqu’à plusieurs jours suivant l’injection.

Donc, sans être alarmiste, il est suggéré de manipuler ces insectes avec précaution.

Par ailleurs, si vous en trouvez dans vos piscines et que vous craignez qu’elles grimpent sur vous – elles veulent sans doute simplement sortir de là et vous êtes un support adéquat –, retirez-les à l’aide d’un filet et déposez-les à l’écart. Elles se sécheront les ailes et s’envoleront, comme cette punaise du genre Belostoma que j’avais observée en 2016.

Hum, cette bête a un air malin ! Elle peut mordre lorsque perturbée.

3. Le mâle léthocère porte les œufs sur son dos.

Avez-vous déjà entendu parler du fait que les punaises d’eau géantes mâles portent leur progéniture (les œufs) sur leur dos ? C’est vrai… en partie !

En fait, ce sont les genres Belostoma et Abedus (ce dernier est cependant non retrouvé au Québec) qui adoptent ce comportement. J’en parle d’ailleurs un peu plus dans la chronique associée.

En revanche, le genre Lethocerus, auquel appartient le léthocère d’Amérique, ne présente pas ce comportement. La femelle pond plutôt ses œufs sur la végétation aquatique, les roches, de même que les branches et les feuilles retrouvées près de l’eau ou sous l’eau. Néanmoins, les mâles demeurent à proximité des œufs après qu’ils aient été pondus, afin de les protéger. Ils ne transportent pas leurs rejetons sur le dos, mais ce sont tout de même de bons pères !

Une grosse « bébitte » redoutable ?

Oui, le léthocère d’Amérique est impressionnant. Sa taille et sa voracité le confirment.

Est-il redoutable et indésirable pour autant?

Bien sûr que non !

Ce prédateur indigène joue un rôle important dans les écosystèmes aquatiques. En plus de contribuer à réguler des populations de plusieurs groupes d’organismes aquatiques, il entre dans l’alimentation de divers vertébrés, dont des poissons, des oiseaux aquatiques… et même des humains ! En effet, les punaises d’eau géantes sont considérées comme un délice en cuisine vietnamienne.

Il y a donc plus de chances que nos punaises soient croquées par des humaines… qu’elles ne nous croquent !

Pour en savoir plus