Un étang bien vivant

Chose promise, chose due. J’avais indiqué à plusieurs d’entre vous que je vous parlerais de la faune invertébrée que je retrouve dans mon étang chaque année. Le sujet est vaste, car beaucoup d’invertébrés aquatiques ou semi-aquatiques peuvent coloniser un étang à poisson. Je comptais donc vous brosser un portrait relativement bref (vous me connaissez : quand je commence, j’ai de la difficulté à m’arrêter!) de ces différents organismes, en procédant par mode de dispersion.

Caro dans étang
Une Docbébitte enthousiaste lors du moment du nettoyage de son étang! Que de découvertes en perspective!

Il importe en effet de mentionner que la provenance des invertébrés aquatiques peuplant un point d’eau donné peut être variable. Ainsi, certains invertébrés strictement aquatiques ont probablement été transportés dans mon étang lors de l’achat des poissons ou encore lors de l’achat annuel de plantes servant à filtrer ou oxygéner l’eau. Les canards qui sont de passage dans ma cour au printemps pourraient constituer une seconde source de colonisation. De nombreux organismes (végétaux ou animaux) peuvent effectivement rester agrippés aux plumes de ces sympathiques volatiles. D’un autre côté, plusieurs invertébrés observés en eaux douces sont, en fait, des larves d’insectes. Ces individus proviennent d’œufs pondus par des adultes terrestres susceptibles de se déplacer d’un plan d’eau à l’autre. Pour terminer, certaines espèces sont des adultes capables de se déplacer dans l’air ou sur terre, mais ayant une préférence pour la vie sous l’eau.

Débutons par les invertébrés strictement aquatiques. Mon étang est habité par une espèce de zooplancton, ainsi que par des sangsues. Le terme zooplancton désigne les tout petits animaux formant le plancton en milieu aquatique. Ils vivent essentiellement dans la colonne d’eau. Dans mon étang, je retrouvais plus particulièrement un groupe : les copépodes. Il s’agit de petits crustacés à peine plus gros qu’un grain de poivre. J’avais pour plan, cette année, de prendre des photographies de ces derniers, vus de près dans l’objectif de mon appareil binoculaire. Pour une raison que j’ignore, je n’en ai observé aucun. Pourtant, j’en retrouvais en grande quantité les années précédentes. Néanmoins, lorsque j’avais filmé un dytique l’année dernière, j’avais aussi capturé le mouvement de ces petits copépodes. Vous pourrez visionner la vidéo à la fin de la présente chronique à cet effet.

Le zooplancton est fascinant, comme en témoigne notamment cette photographie d’une espèce de copépode au corps transparent. Comme vous pouvez vous l’imaginer, le zooplancton se nourrit du phytoplancton (algues microscopiques en suspension) et alimente, à son tour, les invertébrés plus gros et les poissons. Par conséquent, il constitue un maillon très important de la chaîne alimentaire de moult milieux d’eau douce à courant lent (lacs et étangs).

Je n’ai sans doute pas besoin de vous donner des précisions sur ce que sont les sangsues. Elles ont une réputation qui génère habituellement un certain dégoût, particulièrement chez les baigneurs. Bien que certaines espèces de sangsues soient effectivement des parasites qui ne daignent pas, à l’occasion, sucer un peu de sang humain, beaucoup sont des prédateurs. Elles se nourrissent d’autres invertébrés, soit en sirotant leurs fluides internes, soit en les avalant au complet! Fait intéressant, les sangsues appartiennent à l’embranchement des annélides, qui comprend également les vers de terre. Le terme « annélides » réfère plus spécifiquement aux multiples anneaux que l’on peut apercevoir tant sur le corps des sangsues que sur celui des vers.

Aeshnidae Larve 2014
Larve d’aeshnidae (libellule)

Mon étang abrite aussi des larves de plusieurs insectes dont les adultes sont terrestres ou semi-aquatiques. Outre les larves de libellules et de dytiques, la majorité des larves observées appartient à l’ordre des diptères (mouches et maringouins).  En ce qui concerne les libellules, je tombe à peu près chaque année sur une larve ou deux appartenant à la famille Aeshnidae. Ces dernières sont de voraces prédateurs (voir cette chronique si le sujet vous intéresse) et elles profitent sans aucun doute de la présence des nombreux diptères. Il en est de même pour les larves de dytiques. J’avais aussi parlé plus en détail de cette famille dans ce précédent billet.

Du côté des diptères, ce sont des larves de chironomes (Chironomidae) qui dominent. Je vous avais déjà entretenu sur cette famille de diptères très abondante dans les milieux aquatiques (cette chronique). Les larves de chironomes sont résistantes aux conditions difficiles (manque d’oxygène, notamment) et il n’est donc pas surprenant que j’en retrouve dans mon étang au printemps. À ces chironomes s’ajoutent des larves de maringouins (Culicidae), de syrphes (Syrphidae; mouches à fleurs), de mouches noires (Simuliidae), ainsi que de dixidae (je n’ai pas trouvé de nom commun français). Il s’agit d’organismes relativement petits (5 à 10 millimètres en moyenne) qui sont de taille idéale pour nourrir les insectes prédateurs – larves ou adultes.

Gerridae
Gerridé

Parlant d’insectes prédateurs, deux insectes adultes que je retrouve régulièrement dans mon étang sont des prédateurs : les dytiques et les gerridés. Les dytiques font partie de l’ordre des coléoptères et ils sont adaptés à la vie sous l’eau. Ils sont en mesure d’emmagasiner de l’air sous leurs élytres, puis de plonger sous l’eau, comme un plongeur le ferait avec une bonbonne d’oxygène. De plus, ils sont munis de longues pattes postérieures adaptées à la nage. Les gerridés sont communément appelés « patineurs » ou « araignées d’eau ». Ce ne sont pas des araignées, mais bien des hémiptères (ordre des punaises). Les gerridés sont aussi des prédateurs, mais ils demeurent hors de l’eau, contrairement aux dytiques. Leur tactique : attendre qu’un invertébré tombe à l’eau, puis se précipiter sur ce dernier. Ils se fient aux ondes transmises par les invertébrés se débattant dans l’eau afin de les localiser. Comme les larves de diptères effleurent la surface, en particulier lors du moment de leur émergence, il est fort à parier que les gerridés profitent également de cette source de protéines!

Finalement, certains escargots ont élu demeure dans mon étang. Ceux-ci sont peut-être arrivés accrochés aux plantes aquatiques achetées en magasin, ou encore en rampant. Plusieurs espèces sont effectivement susceptibles de se promener à la fois hors de l’eau et dans l’eau. Si vous voulez en savoir plus sur les escargots de façon générale, vous pouvez jeter un coup d’œil à la chronique de la semaine dernière.

Comme plusieurs groupes d’organismes étaient visés cette semaine, je termine la chronique avec une galerie photo et vidéo. Il est tout de même étonnant de voir à quel point la vie foisonne, et ce, même dans un petit étang à poisson d’au plus trois mètres cubes!

 

Pour en savoir plus

  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Thorp, J.H. et A.P. Covich. 2001. Ecology and classification of North American freshwater invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Wikipédia. Copepoda. http://fr.wikipedia.org/wiki/Copepoda
  • Wikipedia. Gerridae. http://en.wikipedia.org/wiki/Gerridae

 

Vidéos

Dytique adulte en action. Noter les tout petits organismes qui sillonnent le plat : il s’agit de copépodes (visionner la vidéo en pleine définition).

 

Larve de libellule. On voit son mode de propulsion (eau qui est poussée de son abdomen, comme un jet).

 

Sangsue qui se déplace sur une feuille collectée dans mon étang.

 

Larve de libellule à nouveau, cette fois-ci de plus près

 

 

Photographies

Dytique adulte 2_2013
Dytique adulte

 

Dytique et chironome
Larve de dytique et une larve de chironome qu’elle était en train de déguster
Larve syrphidae
Larve de syrphe
Chironomes Trois
Larves de chironomes

 

Culicidae larve 2
Larve de maringouin
Dixidae Larve
Larve de dixidae

 

Un estomac sur pied!

Escargot_MLT
Jolie photographie d’un escargot soumise lors du concours de photographie 2013

Avec un tel titre, vous vous demandez sans doute de quelle sorte de bestiole je compte vous entretenir cette semaine. Non, il ne s’agit pas du légendaire glouton qui, de toute façon, n’est pas un invertébré! Il s’agit plutôt des gastéropodes.

Le terme gastéropode (classe Gastropoda) signifie littéralement « estomac sur pied ». Ce groupe comprend notamment les escargots et les limaces – tous des mollusques. Il prend son sens lorsque l’on observe de plus près les individus qui en font partie : leur corps est essentiellement composé d’un gros pied plat musculaire et d’une tête munie de longs yeux. Plus précisément, une partie du système digestif prendrait naissance dans ce protubérant pied, d’où le nom de cette classe d’invertébrés.

Afin de se déplacer, le pied des gastéropodes sécrète un mucus sur lequel ils glissent. Pour avoir manipulé à main nue quelques gastéropodes, je peux vous confirmer que cette substance en question a une viscosité variable selon l’espèce. Par exemple, ayant manipulé quelques escargots qui laissaient peu de traces, je décidai de prendre une limace dans mes mains. Quelle erreur! Je dus me laver les mains au moins quatre ou cinq fois avec du savon pour parvenir à me décoller les doigts! Visiblement, donc, le mucus de certains individus contient plus de « colle » que d’autres!

Les escargots, par opposition aux limaces, portent une coquille. Il existe quelques cas confondants (limaces portant une coquille rudimentaire et escargots possédant une coquille incomplète), mais cette règle semble en général assez aidante. On retrouve les escargots tant en milieu terrestre qu’en milieu aquatique. Dans les deux cas, les individus sont souvent phytophages, c’est-à-dire qu’ils se nourrissent de végétaux. Ils ne sont donc pas toujours appréciés des jardiniers, car ils peuvent s’attaquer à certaines plantes bien-aimées. Toutefois, selon le livre Solutions écologiques en horticulture, les escargots du Québec ne seraient pas une grande menace pour nos jardins comparativement aux limaces. Dans les milieux aquatiques d’eau douce, les escargots sont vus comme étant bénéfiques, puisqu’ils broutent notamment les algues jugées indésirables qui poussent sur les roches en bordure des lacs (on appelle ces algues « périphyton »).

Escargot proche
Escargot
Limace Pays-bas
Gigantesque limace observée lors d’un voyage aux Pays-Bas

Les escargots qui vivent sous l’eau optent pour l’une ou l’autre de deux tactiques afin de « respirer ». Certains sont munis d’une branchie cachée à l’intérieur de leur coquille. Elle leur permet de prélever l’oxygène dissous dans l’eau. D’autres possèdent des poumons. Ils respirent sous l’eau en emprisonnant de l’oxygène dans une cavité de leur coquille, tel un plongeur traînant sa bonbonne d’oxygène. Ils doivent conséquemment faire des allers-retours vers la surface de l’eau afin de renouveler leurs réserves d’air. Certains escargots munis de poumons seraient toutefois capables de respirer sous l’eau, en puisant l’oxygène directement de l’eau à l’aide de poumons… remplis d’eau! Étrange!

La coquille des escargots, qui est composée de carbonate de calcium, est sécrétée par ces derniers. Cela fait en sorte que les escargots ont besoin d’une alimentation riche en calcium. Lorsque j’étudiais des rivières au Québec, j’avais pu observer que l’on retrouvait peu d’escargots et de moules dans certaines rivières du Bouclier canadien, où les concentrations en calcium étaient moins élevées. La coquille des escargots varie en taille, forme et épaisseur, trois facteurs qui permettent de distinguer les différentes familles. Fait intéressant, certaines familles sont gauchères, alors que d’autres sont droitières! En effet, lorsque l’on examine la coquille, pointe dirigée vers le haut, le fait que l’ouverture soit à gauche ou à droite nous donne une information supplémentaire sur l’identité de l’individu.

Les limaces sont également des bêtes bien connues, en particulier des jardiniers. Souvent phytophages, ces dernières se délecteront de vos hostas, ou pire, de vos choux et salades! Chez moi, j’en retrouve beaucoup dans mon compost. Il faut croire qu’elles apprécient donc aussi les fruits et légumes moins frais! Bien qu’elles ne possèdent pas de coquille comme les escargots, leurs caractéristiques sont fort similaires : puissant pied, tête munie de grands yeux tentaculaires et… sécrétion de mucus pour se déplacer! À ce qu’il semble, les limaces sont susceptibles de produire un surplus de mucus lorsque soumises à une agression… de quoi à les rendre difficilement manipulables par tout prédateur, humain inclus!

Escargot Coquille
Coquille d’un escargot
Escargot aquatique
Escargot entre deux eaux : il peut tirer l’air de l’atmosphère, tout en se nourrissant des algues nutritives

En matière de sexualité, les gastéropodes se sont donné le choix : alors que certains ont des sexes séparés (mâle ou femelle, respectivement), nombreux sont hermaphrodites. Ils peuvent s’interféconder ou même s’autoféconder. Les œufs des escargots terrestres et des limaces ressemblent à de petites boules blanchâtres ou semi-transparentes (voir cette photographie). Les œufs des escargots d’eau douce, quant à eux, ressemblent à une masse gélatineuse, que l’on retrouve régulièrement collée sous les roches.

Plusieurs prédateurs se nourrissent d’escargots et de limaces : écrevisses, carabes, poissons, oiseaux, crapauds et grenouilles, petits rongeurs, etc.! Je n’ai pas de difficulté à croire que les carabes puissent être de voraces prédateurs de gastéropodes (voir cette chronique). D’ailleurs, cette fin de semaine, je suis allée aider ma belle-sœur à amorcer le nettoyage de ses plates-bandes. Ces dernières étaient envahies par un très grand nombre d’escargots. Quelle ne fut pas ma joie de découvrir, en creusant, trois carabes bronzés, ainsi qu’un crapaud d’Amérique en peu de temps! Buffet ouvert pour tous!

Pour terminer, certains d’entre vous sont peut-être aussi prédateurs de gastéropodes. Je pense à certains parents qui se délectent d’escargots à l’ail. Pour ma part, ce mets me fait un peu trop penser aux bêtes que je disséquais en laboratoire. Je préfère passer mon tour! Néanmoins, bon appétit pour les autres!

 

Vidéo d’escargot se promenant sur mon gant de jardinage.

 

Pour en savoir plus

Grouillantes plates-bandes!

Le printemps est enfin de retour! La neige a fondu et c’est le temps de jouer dans nos plates-bandes. Nous ne sommes pas les seuls à « reprendre vie » après ce long hiver! Les insectes aussi attendaient le dégel avec impatience!

Punaise verte
Punaise verte se réchauffant au soleil
Isia Isabella_Printemps
Isia Isabelle, qui se cachait sous les feuilles

En relevant l’épaisse couche de feuilles qui recouvrait mes plates-bandes, j’ai eu la chance cette année d’observer plusieurs invertébrés qui y étaient encore tapis. Visiblement, certains d’entre eux venaient à peine d’émerger de leur torpeur hivernale.

C’est le cas de plusieurs punaises – des hémiptères de la famille des Pentatomidae. Alors que je les découvrais, plusieurs de celles-ci étaient rigides, d’apparence morte. Toutefois, les chauds rayons du soleil avaient tôt fait de les réanimer. Malheureusement, plusieurs d’entre elles ne bougeaient plus et, parfois, étaient fort abîmées : leur carapace dure dépourvue de membres était la seule trace de leur présence passée. Ces dernières n’avaient pas été en mesure de passer au travers du rude hiver.

Au total, ce sont six carcasses de punaises vertes (Acrosternum hilare) que je récupérai pour ma collection, alors qu’une quantité équivalente s’envolait ou se laissait dorer au soleil le temps de quelques clichés. Je mis également la main sur quatre autres punaises vivantes, soit trois punaises euschistoïdes (Euschistus servus euschistoides) et une punaise diminuée (Banasa dimidiata), toutes aussi pressées de se délier les ailes. Vous pouvez en témoigner en visionnant une des vidéos que j’ai prises (insérée à la fin de la présente chronique).

Également, quelques chenilles furent dérangées par mon ménage printanier. C’est le cas de deux spécimens d’Isia Isabelle et de nombreux autres individus que je n’ai pu encore identifier. La litière de feuilles leur aura visiblement servi d’abri hivernal.

Tipulidae_derrière
Arrière-train d’une larve de tipule
Araignée_Crocs
Araignée-loup

Que dire des très nombreux détritivores découverts – dont beaucoup étaient déjà actifs? J’ai parlé de plusieurs d’entre eux l’an dernier (voir cette chronique). À cette liste s’ajoutent deux larves de tipules. J’avais antérieurement parlé de cette famille de diptères (cet article), mais n’avais pas de photographies des larves à l’appui. C’est maintenant chose faite! Les larves de tipules, bien qu’elles ressemblent à des chenilles, sont faciles à identifier. Si vous en voyez, vous les reconnaîtrez par leur étrange arrière-train en forme d’étoile. Elles sont aussi dépourvues de pattes, contrairement aux chenilles, et leur tête est rétractable (voir une des vidéos à la fin de la chronique).

À toutes ces sympathiques bêtes s’ajoutaient quelques araignées. En particulier, plusieurs araignées-loup (Lycosidae) sillonnaient mes plates-bandes, sans doute en quête d’un repas. Ces dernières sont faciles à reconnaître si vous daignez les regarder de près. Elles sont munies d’une paire d’yeux assez haut perchés et situés de chaque côté de leur tête. Ce sont également très souvent celles-ci que l’on voit courir rapidement au sol, car elles y chassent! Une autre sorte d’araignée que j’ai retrouvée sous les tas de feuilles jonchant mes plates-bandes est l’araignée-crabe (Thomisidae). Ce groupe aussi est facile à reconnaître, puisque les pattes d’avant sont plus larges que les pattes d’arrière, l’abdomen est plus trapu et la silhouette ainsi créée fait penser à un crabe (voir la troisième vidéo à la fin de la chronique). Ce qui est étonnant à propos de cette famille d’araignées est que certaines d’entre elles sont susceptibles de se fondre dans leur environnement en changeant tout simplement de couleur, à l’instar d’un caméléon (voir ce précédent billet). Très pratique pour demeurer immobile à l’affût d’une proie, n’est-ce pas?

Bien que le ménage du printemps – version « extérieur de la maison » – tire à sa fin, je sais que l’été recèlera d’autres fascinantes découvertes de ce type. Que de plaisirs en perspective!

Et vous, que cachent vos plates-bandes?

 

Vidéo 1. Punaise Euschistoide se déliant les ailes

 

Vidéo 2. Larve de tipule – on peut voir sa tête rétractable

 

Vidéo 3. Araignée-crabe se déplaçant au sol

 

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.

Dans l’œil de mon microscope : petit bonhomme vert

En nettoyant mes plates-bandes en fin de semaine, je suis tombée sur de nombreux individus de cette espèce, cachés sous la litière de feuilles. Tous vêtus de vert, certains étaient prêts à s’envoler pour amorcer le printemps. D’autres, comme l’individu photographié sous la loupe de mon appareil binoculaire, n’avaient pas survécu à l’hiver et feront partie de ma collection.

La semaine prochaine, je vous entretiendrai sur quelques groupes d’invertébrés que l’on peut retrouver au printemps abrités sous l’épaisse couverture de feuilles.

Entre temps, je vous pose la question suivante : saurez-vous deviner qui est notre insecte mystère de la semaine? Comme à l’habitude, vos suggestions sont les bienvenues (page Facebook DocBébitte ou ici même sur Docbebitte.com)!

Microscope_2014-05-12_Plate-bande
Qui est ce petit bonhomme vert?

De bonnes mamans!

En cette semaine précédant la Fête des Mères, quoi de mieux qu’une chronique offrant une ode aux mamans… qu’elles soient vertébrées ou non? En effet, prodiguer des soins parentaux à sa progéniture afin de lui assurer un avenir adéquat n’est pas que l’apanage des humains. Non seulement de nombreux autres vertébrés prennent soin de leurs rejetons (mammifères, oiseaux, reptiles et poissons), mais plusieurs invertébrés le font également.

Le premier exemple qui vient à l’esprit est celui des araignées. N’avez-vous pas déjà aperçu une maman araignée protégeant son nid (prenant souvent la forme d’une boule ou d’une masse de soie remplie d’œufs)? Certaines araignées vont non seulement veiller sur leurs œufs, mais aussi les transporter partout avec elles. C’est notamment le cas des araignées-loup (Lycosidae), qui accrochent leurs œufs – une grosse boule de soie – à la base de leur abdomen.

Lycosidae et oeuf
Araignée-loup traînant ses oeufs au bout de son abdomen

Un second exemple de mère exemplaire provient d’une recherche récente qui a observé que certaines mères chrysomèles (coléoptère de la sous-famille des Chrysomelinae) protègent farouchement leurs œufs et leurs larves. La mère attaque tout ce qui s’approche de la feuille où se situent ses rejetons. Elle suit également ses larves de près, les empêchant de s’éloigner et de s’éparpiller. Plusieurs cas similaires existent : punaises à dentelle (hémiptère de la famille des Tingidae), mouches à scie (hyménoptère du sous-ordre Symphyta), cassides (coléoptère de la sous-famille des Cassidinae), etc. Dans tous ces cas, les mères défendent leur progéniture, souvent contre des ennemis plus puissants. Elles ne survivent donc pas nécessairement à l’attaque, mais offrent quelques précieuses minutes à leurs rejetons afin qu’ils trouvent un abri sûr.

En plus de protéger leurs jeunes, d’autres insectes se chargent également de les nourrir. Chez l’espèce cryptocerus punctulatus, une sorte de coquerelle vivant dans le bois mort, les deux parents protègent leur progéniture et assurent leur alimentation. En effet, étant donné que l’aliment de base (le bois) est difficile à digérer et peu riche en nutriments, les parents nourrissent les larves directement… à partir du contenu de leur anus! Les larves reçoivent ainsi une nourriture prétraitée et additionnée d’éléments nutritifs et de bactéries facilitant la digestion! Les mères perce-oreilles, quant à elles, mâcheraient la nourriture de leurs nouveau-nés et la régurgiteraient à leur intention. Ces insectes en font donc beaucoup pour assurer que leurs enfants soient bien nourris et en santé. On peut remercier nos parents de ne pas être allés tout à fait jusque là!

Araignée et oeufs
Araignée protégeant ses oeufs

Du côté des invertébrés marins (je n’en parle pas souvent, mais ce sont bien des invertébrés, eux aussi!), la pieuvre géante du Pacifique est un exemple extrême de soin maternel. La femelle s’isole dans une caverne sous-marine avec ses œufs. Elle s’assure en constance qu’ils sont protégés, bien aérés et exempts d’impuretés. Elle ne bougera, ni ne s’alimentera pendant toute cette période (cinq à six mois) et ira jusqu’à en mourir, sacrifice ultime pour s’assurer que ses rejetons aient toutes les chances devant eux. Je vous recommande de jeter un coup d’œil à cette vidéo à cet effet.

En outre, les mamans invertébrées mettront beaucoup d’énergie pour favoriser la survie de leurs petits. Elles méritent, comme nos mamans vertébrées à nous, qu’on leur souhaite « Bonne Fête des Mères »!

Pour couronner le tout, je profite de cette tribune pour souhaiter une « Bonne Fête des Mères  » toute spéciale à ma maman vertébrée à moi, qui m’a toujours encouragée à m’épanouir et à faire ce que j’aime dans la vie… même si cela signifie entre autres de parler de bébittes incessamment! Merci maman pour tout!

 

Pour en savoir plus