Connaître et élever le mille-pattes géant d’Amérique du Nord

Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous savez que j’expérimente depuis l’automne dernier l’élevage de mille-pattes géants d’Amérique du Nord (Narceus americanus).

Dans la présente chronique, je vous parle de cette espèce unique d’arthropode, indigène au Québec, et je vous présente une vidéo inédite sur le sujet.

Tout d’abord, dans ma vidéo ci-dessous, vous verrez :

  • Comment j’en suis venue à élever des mille-pattes géants d’Amérique du Nord : une expérience initiée par l’Association des entomologistes amateurs du Québec (merci, Étienne Normandin!);
  • Qui est le mille-pattes géant d’Amérique du Nord;
  • Comment l’élever à la maison.

Ensuite, dans la chronique plus bas, je vous dévoile des faits intrigants sur ce charmant myriapode. Vous verrez d’ailleurs que certains faits énoncés dans la littérature… doivent être revisités!

Enfin, concernant l’élevage du mille-pattes géant d’Amérique du Nord, je vous renvoie vers cette page d’élevage de l’AEAQ, où nous vous expliquons comment procéder. Il s’agit de la version écrite de ce que j’explique dans la deuxième partie de ma vidéo. Mais vous aurez aussi accès à des compléments croustillants si vous visionnez la vidéo! À voir!

1. Vidéo : description et élevage du mille-pattes géant d’Amérique du Nord, Narceus americanus

2. Faits saillants sur le mille-pattes géant d’Amérique du Nord

Dans ma capsule vidéo, j’aborde beaucoup de faits et d’observations concernant notre millipède vedette. Je vous en présente quelques-uns dans ce qui suit!

Description générale

Le mille-pattes géant d’Amérique du Nord est le plus gros mille-pattes que l’on peut retrouver au Québec : il peut mesurer jusqu’à 12 cm. Malgré son nom « mille-pattes », il possède environ 200 pattes.

Sa longévité maximale connue est de 11 ans, ce qui est plutôt vieux pour un arthropode. Sa maturité sexuelle serait atteinte entre 1 à 4 ans (varie selon les sources consultées).

Sa vision est très pauvre et il a par conséquent recours à ses antennes pour tâter son environnement. Malgré sa faible vision, il est lucifuge : il tend à fuir la lumière. Néanmoins, j’ai observé que mes mille-pattes ne fuient pas la lumière lorsqu’ils sont affairés à grignoter du concombre ou des courges – deux aliments dont ils raffolent!

Un N. americanus vu de très près! Belle tronche, n’est-ce pas?

Milieu de vie

Le mille-pattes géant d’Amérique du Nord affectionne les endroits sombres et humides comme les dessous de roches ou de bûches, ainsi que la litière de feuilles au sol.

C’est un détritivore qui se nourrit de champignons, d’écorces et d’autres matières organiques en décomposition, y compris des fruits et des fèces d’animaux, comme celles des cerfs de Virginie.

Puisqu’il dépend de la présence de débris ligneux au sol, comme les troncs et les branches mortes, on l’observe plus fréquemment dans les forêts matures, où ces matières sont plus abondantes.

Au Québec, on le retrouve surtout au sud de la province, comme en Montérégie et en Estrie.

Reproduction

Les premières sources que j’ai consultées indiquaient que, contrairement à d’autres millipèdes, le mille-pattes géant d’Amérique du Nord ne pondrait qu’un œuf à la fois. La femelle déposerait son unique œuf dans de la litière déchiquetée, du bois mâché (régurgité) ou des excréments. Elle s’enroulerait ensuite autour de l’œuf jusqu’à ce qu’il éclose, quelques semaines plus tard. Il arriverait aussi qu’elle porte ses œufs non fécondés à l’intérieur d’elle pour les protéger.

En réécoutant la vidéo de Folles Bestioles sur cette espèce, j’ai été surprise de constater que leurs trois adultes avaient eu plusieurs rejetons (on en voit au moins une dizaine dans leur vidéo). Je leur ai écrit pour savoir s’il était possible qu’ils aient ramassé des œufs/juvéniles avec la litière de leur terrarium. La réponse : non! Cela a donc semé un doute sur l’information circulant sur Internet et suggérant que le mille-pattes géant d’Amérique du Nord ne pond qu’un seul œuf à la fois.

Cela m’a ensuite amenée à poser deux autres actions :

  1. J’ai étendu davantage ma revue de littérature sur le sujet, incluant des pages et des forums sur Internet. Je suis tombée sur plusieurs sources qui confirmaient que les femelles peuvent pondre plusieurs dizaines d’œufs (quelque 20 à 50 œufs par femelle). Si vous doutez toujours, jetez un coup d’œil à cette photo de BugGuide, où l’on voit un N. americanus et ses dizaines d’œufs!
  2. J’ai écrit à deux collègues qui ont élevé des N. americanus et, dans l’un des cas, on me confirmait que cinq adultes avaient produit environ 200 rejetons en une courte période, rien de moins!
Trois mille-pattes de tailles différentes. Le plus petit est un rejeton des quelques derniers mois tout au plus.

Enfin, pendant que j’éditais ma vidéo, il y a deux semaines, j’ai moi-même observé simultanément trois bébés mille-pattes de taille similaire, alors que j’avais au départ deux femelles (et l’une d’elles est décédée il y a un mois et demi). Et ce n’est sans doute que la pointe de l’iceberg, puisque je ne vois que ceux qui s’aventurent en périphérie de mon terrarium. Avis aux curieux : il n’était pas trop tard pour que j’ajoute cette observation à ma vidéo!

Bref : l’information suggérant que la femelle ne pond et ne prend soin que d’un œuf à la fois n’est pas fondée. Elle proviendrait de Wikipédia et a été réutilisée à plusieurs endroits. Or, lorsqu’on fouille davantage, on voit rapidement qu’elle n’est pas exacte (en date de la préparation de la présente chronique). Observations personnelles à l’appui!

Pour terminer sur le sujet de la reproduction, je vous relate une observation fascinante : j’ai filmé un individu présentant un drôle de comportement (voir cette vidéo courte). Il faisait glisser une « boulette » entre ses pattes, de la tête vers son arrière-train… pour, justement, se l’insérer dans l’arrière-train! Dans ma vidéo complète, vous apprendrez qu’il s’agit d’une femelle qui insère son œuf, enrobé d’une boule de débris, dans son corps, pour mieux le protéger. Étrange!

Fille ou garçon?

J’ai voulu savoir, parmi mes quatre individus matures, combien j’avais de mâles et de femelles.

Différences entre un mâle et une femelle.

Tout comme pour la reproduction, j’ai réalisé qu’il y avait des informations variées et inégales sur Internet. Selon les sources, on aborde l’un ou l’autre de ces différents critères :

  • Certains affirment que les antennes et les pattes des mâles sont plus longues;
  • D’autres mentionnent que les pattes vis-à-vis le 7e segment sont courtes ou atrophiées chez les mâles;
  • Enfin, certains indiquent que le 7e segment des mâles est bossu.

J’ai examiné mes quatre adultes et voici mes constats :

  1. Deux d’entre eux ont à la fois les pattes plus longues (et, je dirais, plus épaisses), ce qui me semble être une absence de pattes au 7e segment (c’est difficile à voir!), ainsi que le 7e segment bossu. Probablement 2 mâles.
  2. Les deux autres ne possèdent pas ces attributs. Pattes plus fines et plus courtes, pattes présentes sur tous les segments et absence de bosse dorsale. Probablement deux femelles. D’ailleurs, l’individu qui insère une « boulette » d’œuf dans son corps, vraisemblablement une femelle, correspond à ces derniers critères. À noter que ce dernier était dans un contenant seul – c’était avant que je les relâche dans mon terrarium –, d’où la haute probabilité que ces œufs lui appartinssent.

Petit bonus cocasse : j’ai remarqué que les mâles, ayant les pattes plus longues, s’agrippent mieux à mes mains quand je les vire à l’envers. Les femelles… tombent!

Autre angle – Comparaison d’un mâle et d’une femelle.

Mécanismes de défense

Lorsqu’il est perturbé, notre mille-pattes peut se rouler en boule, cachant ses segments ventraux plus vulnérables. Il peut aussi relâcher un liquide irritant contenant des benzoquinones, qui tache les doigts de jaune rougeâtre. Puisque ce liquide peut irriter les yeux, les muqueuses et la peau, il est préférable de bien se laver les mains après toute manipulation.

Un de ses mécanismes de défense est de se rouler en boule.

J’ai manipulé ces mille-pattes de très nombreuses fois et j’ai remarqué qu’il est rare qu’ils émettent ce liquide. La première fois que ça s’est produit, je venais d’écraser ledit mille-pattes par mégarde. J’en parle dans ma vidéo. C’est arrivé seulement deux autres fois depuis que je possède ces bêtes (6 mois). Je me lave les mains immédiatement et je n’ai eu aucun inconfort pour ma part. Mes doigts restent cependant légèrement tachés de jaune pendant le restant de la journée.

Une question qu’on me pose souvent sur les arthropodes en général est : mordent-ils? Les mille-pattes sont munis de mandibules servant à gruger feuilles, écorces et autres débris. Par conséquent, oui, ces mandibules peuvent servir à croquer de la peau humaine. Encore une fois, malgré les nombreuses fois où j’ai manipulé mes mille-pattes, je me suis fait mordre… une seule fois! C’est si rare que je ne m’y attendais pas et j’ai sursauté, faisant tomber le mille-pattes de ma main. Heureusement, je le maintenais près du sol de son terrarium!

Plus encore!

Le mille-pattes géant d’Amérique du Nord est fascinant et j’aurais pu en dire tellement plus sur cette espèce. Si vous êtes curieux d’en savoir davantage, jetez un coup d’œil aux différentes ressources que je vous propose dans la section « Pour en savoir plus » ci-dessous! Mais faites attention : comme j’en parle plus haut, au moment de la rédaction du présent billet, certaines sources véhiculent des informations qui devront être rajustées!

3. Élevage du mille-pattes géant d’Amérique du Nord

Le N. americanus est robuste et facile d’entretien : il constitue un bon animal de compagnie pour une personne occupée et qui aime voyager… comme moi!

De plus, selon les sources consultées, il s’agirait du seul millipède de grande taille qu’un particulier peut légalement détenir au Québec. Profitons-en donc pour mieux les connaître!

Comme mentionné d’emblée, j’explique comment élever ce mille-pattes dans ma capsule vidéo plus haut. Pour les instructions écrites, je vous invite à les lire et les imprimer à partir de cette page de l’AEAQ.

Prêts pour l’élevage de ces charmants millipèdes?

Une DocBébitte heureuse avec ses charmants millipèdes!

Pour en savoir plus

Quelle grosse araignée rayée! L’argiope à trois bandes!

Ma première argiope!

Enfin vue en septembre 2023! Hourra!

Vous ressentirez toute l’intensité de la joie que j’ai éprouvée en rencontrant cette remarquable araignée du Québec dans la vidéo ci-dessous.

D’ailleurs, vous aviez peut-être vu passer le tout premier segment de celle-ci, en version « short » sur YouTube, la journée même où je faisais ma découverte. Voici maintenant, en vidéo et en texte, l’histoire intégrale et les observations associées. Agrémentées de faits intéressants sur ce bel arachnide bien d’ici.

Une rencontre inattendue

Vous me connaissez : j’ai l’habitude d’arpenter les fourrés et les champs de « mauvaises herbes » à la recherche d’arthropodes variés. Habitant la région de Québec, j’étais envieuse de mes comparses habitant plus au sud, là où l’on retrouve notamment beaucoup d’argiopes – des araignées qui comptent parmi les plus grosses que l’on peut observer au Québec, comparables aux énormes dolomèdes.

Bel exercice de manipulation pour une ex-arachnophobe!

Quelle ne fut pas ma surprise, lors d’une balade de fin d’été, d’en observer une, puis deux, puis… huit, à l’intérieur d’un peu plus d’une dizaine de mètres carrés! Et ce, près de la ville de Québec. J’étais aux oiseaux!

Mon conjoint et moi avons pu mitrailler les araignées de clics de nos appareils photo, ce qui me permit de recueillir le matériel menant à la présente capsule.

Ces dernières étaient toutes des argiopes à trois bandes (ou argiopes à bandes, selon les sources). Incluant un individu que j’ai manipulé assez longuement; un bel exercice pour moi qui a longtemps souffert d’arachnophobie.

L’argiope à trois bandes

Deux espèces d’argiopes sont retrouvées au Québec : l’argiope à trois bandes (Argiope trifasciata), dont je vous entretiens ici, ainsi que l’argiope jaune et noire (Argiope aurantia). Elles font partie de la famille Araneidae, qui comprend des araignées communes comme l’épeire diadème.

Comme son nom le suggère, l’argiope à trois bandes est rayée de blanc argenté, de jaune et de noir sur sa face dorsale. Elle se reconnaît donc très facilement lorsqu’on la regarde de dos. La face ventrale est similaire à celle de l’argiope jaune et noire au premier coup d’œil et il est par conséquent plus facile de l’identifier en examinant sa face dorsale… Si vous êtes prêts à vous en approcher pour avoir le bon angle!

Face dorsale de l’argiope à trois bandes.
Face ventrale de l’argiope à trois bandes

Son céphalothorax – soit la première partie avant du corps qui inclut la tête, fusionnée au thorax –, est blanc-argenté. On voit sur les photographies que ce segment est très poilu et semble même lustré… presque comme une peluche! On remarque, de façon similaire, que l’abdomen est aussi plutôt velu.

Le céphalothorax et l’abdomen sont très poilus. On dirait presque une peluche!

De grande taille, la femelle fait 15 à 25 mm. Le mâle, quant à lui, est beaucoup plus petit et mesure entre 4 à 6 mm. On peut donc dire qu’il y a un important dimorphisme sexuel (différences morphologiques visibles entre les deux sexes) chez cette espèce.

Cette araignée est très bien répartie en Amérique. Elle se retrouve au sud du Canada, couvre tous les États-Unis et s’étend même en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. Au Québec, elle est indigène, mais elle a malheureusement été introduite sur plusieurs continents autour du globe.

Les argiopes construisent des toiles orbiculaires pouvant faire 60 cm de largeur. C’est leur moyen de chasse : elles attendent qu’un insecte s’y prenne pour lui injecter leur venin et l’embobiner telle une momie. Il ne leur reste ensuite qu’à siroter les fluides des proies capturées!

Le stabilimentum est visible sur cette toile d’argiope jaune et noire.

Les deux espèces d’argiopes du Québec sont reconnues pour incorporer, à leur toile, un stabilimentum, soit une structure de soie en zigzag rejoignant le centre de la toile. Selon les sources consultées, cependant, le stabilimentum des argiopes à trois bandes serait moins fortement apparent que celui des argiopes jaunes et noires. Justement, les toiles des argiopes à trois bandes que nous avons rencontrées n’affichaient pas cette structure. En revanche, vous pouvez bien voir le stabilimentum de l’argiope jaune et noire sur la photo transmise par Manon Tremblay lors du concours de photo DocBébitte 2022.

L’utilité de cette structure demeure énigmatique, mais Paquin et Dupérré (2003) offrent quelques hypothèses. En premier lieu, il pourrait s’agir d’un signal visuel destiné à dissuader les oiseaux de s’engouffrer dans les toiles, évitant ainsi leur destruction. En deuxième lieu, comme le stabilimentum réfléchit les rayons ultra-violets, qui attirent les insectes, il pourrait servir de moyen d’attraction pour augmenter les chances de captures de proies. Une stratégie pour garantir des repas tout fraîchement livrés, quoi!

Bien que plusieurs membres connus chez les Araneidae sont nocturnes, les argiopes sont actives durant le jour. C’est ce que nous avons constaté : les femelles photographiées et filmées se nourrissaient activement lors de notre passage. Elles réagissaient également à notre présence lorsque nous nous en approchions.

D’ailleurs, différents insectes étaient accrochés à leurs toiles, dont un gros criquet et des coléoptères (possiblement des scarabées japonais). Les argiopes, comme toute araignée qui se respecte, sont des prédateurs aguerris! On peut donc dire qu’elles sont utiles et contribuent à réduire les populations d’autres insectes, dont ceux qui peuvent être des ennemis du jardinier!

On retrouve les argiopes à trois bandes dans les milieux ouverts, incluant les champs en friche et les jardins. Les femelles sont très visibles, bien installées au centre de leur toile, alors que les mâles se font plus discrets, parfois localisés autour des toiles des femelles.

Ouvrez donc l’œil : en plein jour, dans les champs et les herbes, cherchez-les! Vous pouvez même tenter, comme je l’ai fait, de les manipuler. Vous verrez, dans ma vidéo, que je ne suis pas si brave que cela : je tressaillis même lorsque je crois qu’elle tente de me mordre – alors que ce n’était pas le cas. Qu’à cela ne tienne, j’ai tout de même relevé le défi!

Et si mon exploit n’est pas suffisant, jetez un coup d’œil à cette vidéo de Folles Bestioles. Vous verrez que nos impressionnantes argiopes ne sont pas si redoutables que cela! Et qu’elles méritent notre admiration, belles et colorées comme elles le sont!

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. 2022. Species Argiope trifasciata – Banded Argiope. https://bugguide.net/node/view/2015 (page consultée le 24 décembre 2023).
  • Eiseman, C. et N. Charney. 2010. Tracks and Signs of Insects and Other Invertebrates. 582 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Folles Bestioles. 2022. Les argiopes : morsure et autres faits. https://youtu.be/7J0OdSDt1g0?si=a2doxGlrDjk_nZ0q (page consultée le 27 décembre 2023).
  • iNaturalist. 2023. Argiope à trois bandes (Argiope trifasciata). https://inaturalist.ca/taxa/67708-Argiope-trifasciata (page consultée le 24 décembre 2023).
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec. 620 p.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.

Série Voyages! Canot-camping aux Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie

Depuis que je prépare des vidéos avec montage, j’ai commencé à prendre beaucoup de photos et de vidéos de mes différentes escapades dans l’espoir de vous concocter des capsules « Série Voyages ».

J’ai jusqu’à maintenant amassé beaucoup plus de matériel que je n’ai eu de temps pour vous le partager!

Qu’à cela ne tienne, lentement, mais sûrement, vous verrez passer des capsules de voyages ou de petites escapades!

Place à l’une d’entre elles : ma première (ou presque!) expérience de canot-camping! Qui, de surcroit, a été réalisée dans un très bel endroit : le Parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, au Québec.

Vous y verrez les lieux de camping (camping de l’Équerre), nous suivrez, mes deux acolytes et moi, dans une randonnée en montagne (Chute du Ruisseau Blanc et Point de vue des Géants), puis ferez avec nous l’aller et le retour, de 8 km chacun, en canot et en kayak.

Bien sûr, vous pourrez y observer de nombreux animaux… dont mes préférés : des insectes d’origine aquatique!

Je tiens à remercier mon conjoint Alexandre, ainsi que Jean-Isaac Blais-Roy d’avoir accepté de figurer dans la capsule vidéo.

Merci également à Jean-François Desroches pour l’identification des poissons!

Suivez moi et mes deux acolytes dans cette escapade en canot-camping!

Joyeuse Halloween 2023!

Aimez-vous l’Halloween?

C’est ma fête préférée! Sorcières, araignées et bêtes étranges incluses!

Le prétexte est donc bon pour vous partager quelques-unes de mes chroniques préférées au sujet d’arthropodes dont l’allure semble tout droit tirée d’un film d’horreur.

Je vous souhaite une joyeuse Halloween… et de terrifiantes (bon, peut-être pas trop!) lectures!

Gagnante du concours 2023 : la vivipare chinoise par Mylène Roy

Ça y est : vous avez voté pour votre photo préférée de 2023!

Cette année, j’ai reçu un grand nombre de votes témoignant du fait que vous avez fait circuler toutes les belles photos du concours 2023 dans vos réseaux.

D’ailleurs, sur un des partages effectués, j’ai eu le plaisir de lire ce commentaire : « Toutes les photos sont vraiment cool et belles. Ça donne un beau point de vue sur ce merveilleux monde auquel on ne porte pas beaucoup d’attention. »

Objectif atteint! C’est la raison d’être du concours amical, de mettre en lumière ces fabuleux insectes (et autres invertébrés)!

Mais qui, au juste, a remporté le concours amical de 2023?

Il s’agit de Mylène Roy et son cliché d’une vivipare chinoise.

Félicitations à Mylène Roy qui a remporté le concours amical 2023!
Mention honorable à Jean-Michel Nadeau pour son joli sphinx colibri.

Chose promise, chose due, ladite photo est mise en vedette dans la présente chronique et je m’affairerai à vous parler dans quelques instants de cet invertébré à statut particulier.

Or, avant de commencer, j’aimerais chaleureusement remercier tous les participants qui nous ont fait voir de beaux invertébrés que l’on peut retrouver au Québec.

En particulier, j’offre une mention honorable pour la photographie « Sphinx colibri » de Jean-Michel Nadeau, qui s’est hissée sur la seconde marche du podium. Ce tout joli papillon en a charmé plus d’un!

La vivipare chinoise de Mylène Roy

La photo gagnante de 2023 présente un organisme au statut particulier : il s’agit d’une espèce exotique envahissante. Elle témoigne du fait que ces dernières sont bel et bien établies parmi nous. Hélas!

L’ironie du sort, c’est que, au moment où j’ai découvert la photographie gagnante, je venais de quitter un congrès international axé sur la biodiversité. Ce congrès mettait en lumière plusieurs facteurs contribuant au déclin global dans la biodiversité, parmi lesquels figuraient les espèces exotiques envahissantes. J’ai parlé du déclin dans la biodiversité, un sujet qui pique vivement ma curiosité, dans cette précédente capsule, si vous souhaitez en savoir plus.

Cela étant dit, qu’en est-il de la vivipare chinoise (Cipangopaludina chinensis)?

Lors de la soumission de sa photo, Mme Roy me précisait que le spécimen provenait du lac Champlain. C’est également Mme Roy qui a identifié l’espèce sur la photo – espèce que je ne connaissais pas encore pour ma part, bien que je m’intéresse beaucoup aux milieux aquatiques. Je peux donc vous dire que j’étais très curieuse d’en apprendre plus sur le sujet!

Concernant sa répartition, le site Faune-MELCCFP (2023) précise justement que l’espèce a été rapportée dans le sud de Montréal et dans le bassin versant du lac Champlain. Selon la même source, on la rencontre ailleurs au Canada, notamment dans le sud et l’est de l’Ontario, y compris le lac Érié, ainsi qu’en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse.

Pour ma part, j’avais pris en photo une affiche, lors d’une visite à l’automne 2022 à Les Trois Lacs, près de Val-des-Sources, qui indiquait que cette espèce s’y retrouvait. Malheureusement, elle a aussi été repérée dans le lac Matapédia, en Gaspésie, à l’été 2023 (Radio-Canada Ohdio, 2023).

La vivipare chinoise et la vivipare géorgienne ont élu domicile à Les Trois Lacs, un de plusieurs sites envahis au Québec.

Comme on le voit sur la photo de Mme Roy, la vivipare chinoise est un fort gros escargot qui peut atteindre une longueur de 7 cm. Il semble qu’une autre espèce, Heterogen japonica (pas de nom français dans les sources que j’ai consultées) puisse ressembler à la vivipare chinoise, bien que la coquille de cette dernière soit plus allongée. Sur iNaturalist, il n’y avait pas encore d’occurrences notées pour le Québec, mais on voit qu’elle est introduite aux États-Unis et est maintenant aux portes du Canada, au sud de l’Ontario.

La vivipare géorgienne, qui est un autre envahisseur de bonne taille présent au Québec, se distingue par sa couleur plus pâle, affichant une teinte beige avec une ligne brunâtre qui serpente autour de la spirale de la coquille. Elle se démarque de la vivipare chinoise mature, qui présente des tons plus sombres allant du vert olive, au brun verdâtre et même au brun rougeâtre.

La vivipare chinoise vit en eau douce, de 20 cm jusqu’à 3 mètres de profondeur, dans les milieux à débit faible ou nul, où le substrat est meuble (boueux ou limoneux). Il peut s’agir de rivières, d’étangs, de lacs ou même de fossés en bordure des routes. Sa durée de vie est de quatre à cinq ans.

Comme toute espèce exotique envahissante, il s’agit d’une espèce tolérant un vaste éventail de conditions environnementales. Ainsi, elle tolère un grand gradient de températures (0 à 30 °C), de conditions environnementales (dont des milieux pollués), survit aux hivers froids et peut supporter une exposition prolongée à l’air libre (résiste à la dessiccation).

La femelle peut produire annuellement jusqu’à 65 rejetons. Selon Mme Chalifour, interviewée par Radio-Canada Ohdio (2023), elle a pour particularité de garder ses rejetons dans sa coquille et de les relâcher peu à peu, des mois de mai à octobre. Ces derniers, d’une taille d’environ 5 mm, sont déjà entièrement formés avec leur toute petite coquille.

Notre gastéropode est originaire de l’Est de la Russie et du Sud-Est asiatique. Il aurait été introduit au Canada et aux États-Unis par plusieurs biais : commerce associé à l’aquariophilie et aux jardins d’eau, introduction comme ressource alimentaire, et transport vers de nouveaux sites par les plantes aquatiques demeurées accrochées aux embarcations et équipements associés.

Au Québec, sa présence a été notée pour la première fois en 2003… dans le lac Champlain! L’observation de Mme Roy n’est donc pas une surprise, malheureusement!

Comme la vivipare chinoise est de grande taille et qu’elle peut atteindre d’impressionnantes densités – 40 individus par mètre carré –, elle peut avoir d’importantes répercussions sur son environnement. Par exemple, à cause de sa taille et de son abondance, elle peut obstruer les prises d’eau et constituer une nuisance aux baigneurs par l’amoncellement de ses coquilles sur les berges et les fonds sableux.

De plus, comme elle mange les algues qu’elle racle sur divers substrats, elle peut contribuer au déclin dans la biodiversité et l’abondance de cette ressource, qui est à la base de plusieurs chaînes alimentaires aquatiques. Ainsi, elle diminue la quantité de nourriture disponible pour les autres espèces d’escargots indigènes ou pour d’autres brouteurs aquatiques.

Une chose que j’ai souvent remarquée, œuvrant dans le domaine de l’environnement, c’est qu’il est difficile de se débarrasser d’une espèce exotique envahissante une fois qu’elle s’est installée. En ce qui concerne la vivipare chinoise, je trouve peu de conseils pour s’en départir, hormis une note sur l’utilisation du sulfate de cuivre qui permettrait de contrôler certaines espèces envahissantes d’escargots. Toutefois, l’ajout de produits en milieux aquatiques est un sujet délicat : ils ont le potentiel d’affecter d’autres espèces non ciblées et leur utilisation nécessite par conséquent un examen minutieux.

En outre, d’après les sources consultées, la méthode privilégiée pour contrer la propagation des vivipares chinoises semble davantage être de prévenir leur introduction sur de nouveaux sites. Cela implique des mesures telles que le nettoyage des embarcations, des remorques et des équipements associés avant de changer de plan d’eau. De plus, il est recommandé de s’abstenir de vidanger des produits d’étangs ou d’aquariophilie, comme des plantes aquatiques, dans les milieux naturels. Il est aussi pertinent d’apprendre à identifier ces gastéropodes et de signaler leur présence aux autorités concernées ou aux acteurs du milieu, comme les organismes de bassins versants, s’ils sont repérés. En cas de doute, prenez des photos!

Enfin, j’entends certains d’entre vous demander : peut-on les manger? Avouez que ce serait une bonne façon de diminuer leurs populations!

Sachez que la vivipare chinoise figure au menu depuis des millénaires en Asie. Néanmoins, mes lectures m’apprennent que cet escargot pourrait transmettre des vers parasitaires intestinaux aux personnes qui le consomment. Bien que cela soit avéré en Asie, il est encore inconnu, au moment d’écrire ces lignes, si cela peut être le cas en Amérique du Nord. Bref, si vous aviez l’intention de vous cuisiner des escargots à l’ail, il serait plus prudent d’opter pour une autre espèce… du moins pour l’instant!

Voilà qui termine la chronique mettant en vedette la photo gagnante du concours de 2023! Je remercie à nouveau les participants, mais aussi toutes les personnes qui ont pris le temps de voter. Et félicitations encore une fois à Mylène Roy de nous avoir fait découvrir un nouvel organisme – cette fois-ci avec un statut d’espèce envahissante – malheureusement bien établi au Québec!

Pour en savoir plus