Enquête : un papillon s’invite chez moi en hiver… puis s’évade !

À la fin du mois de février, alors que je faisais mes exercices au sous-sol, j’ai été surprise par un papillon de nuit de taille moyenne, volant activement autour de moi.

Que pouvait-il bien faire, en plein hiver, dans ma demeure?

Que fait cet intrus dans ma maison en plein hiver?

Armée de mon iPhone, je pris quelques vidéos qui se retrouvèrent sur Instagram, ainsi que des photos que je diffusai sur les réseaux sociaux. J’étais déterminée à découvrir l’identité de cet intrus.

En parallèle, j’ai capturé le papillon, que j’ai déposé dans une grande cage, avec de l’eau et des fruits. Il faisait encore bien trop froid pour le libérer à l’extérieur!

J’ai documenté son comportement et observé : 1) qu’il semblait se nourrir de l’orange que je lui avais donnée; 2) qu’en plein jour, il se cachait sous un essuie-tout laissé dans la cage, alors qu’il était fort actif le soir venu.

J’espérais le garder jusqu’à sa mort, en pensant ensuite l’examiner de plus près et l’identifier formellement, mais… il réussit à s’échapper de son habitat et je ne l’ai pas revu depuis!

Je vous relate cette petite aventure, aussi capturée en vidéo, ci-dessous.

Vidéo. Comment ma mésaventure s’est déroulée!

Qui est-il?

Première piste : l’algorithme de iNaturalist me souffle un nom : Ufeus satyricus – une noctuelle (papillon de la famille Noctuidae). Un collègue entomologiste (merci, Jean-Benoît!), qui a vu mes photos sur les réseaux sociaux, abonde dans le même sens, ajoutant que c’est une espèce fréquemment observée dans les maisons en hiver. Un suspect de choix!

Son nom anglais – brown satyr moth ou Grote’s satyr – n’a pas de correspondance en français, comme c’est trop souvent le cas pour les insectes.

Fait intéressant, bien que je possède plusieurs ouvrages sur les papillons et leurs chenilles, y compris les papillons de nuit, seulement deux d’entre eux mentionnent le genre Ufeus. Je découvre en outre que les deux genres possibles au Québec – U. satyricus et U. plicatus – sont très semblables. Je ne parviens pas à identifier hors de tout doute mon spécimen.

La chance me sourit peut-être : Handfield (2011) mentionne que « Ufeus plicatus Grt. arbore des ailes primaires d’un beau brun-rouge foncé tandis que les ailes primaires d’Ufeus satyricus Grt. sont plutôt d’un beau brun moyen, ceci ne s’appliquant qu’aux mâles de U. plicatus Grt. et aux deux sexes en ce qui concerne U. satyricus Grt. ». De plus, les notes sur la page Les Insectes du Québec (voir section « Pour en savoir plus » ci-dessous) suggèrent que U. satyricus porte une ligne postmédiane noire sur les ailes antérieures.

Je crois avoir trouvé le truc, mais… en examinant davantage les deux espèces sur Internet, on voit que l’une ou l’autre est tantôt brun-rouge, tantôt brun moyen. De surcroît, la bande postmédiane noire est variable et pas toujours présente quand on examine les spécimens sur iNaturalist ou BugGuide.

Mon Ufeus est d’apparence brune sur cette photo…
Mais il est d’apparence brun rouge sur cette seconde photo!

Enfin, selon l’angle de la photo, mon propre papillon semble parfois brun moyen, parfois rougeâtre… Bref, un vrai casse-tête entomologique!

Verdict final? Je lis que U. plicatus semble nettement plus rare et donc moins probable. Par élimination, je présume dans ce qui suit que « mon » papillon est U. satyricus, comme suggéré dans mes premières recherches.

Vous avez des astuces pour distinguer ces deux espèces? Dites-moi tout! L’enquête reste ouverte!

La noctuelle Ufeus satyricus

Ce papillon est d’assez bonne taille : les mâles font de 15 à 22 mm de long, alors que les femelles sont légèrement plus grandes, mesurant entre 19 et 24 mm.

Il est très commun au Canada et on le retrouve d’est en ouest. Au Québec, il est fréquemment observé le long des différentes zones habitées, jusqu’en Côte-Nord.

La chenille se nourrit de peuplier, de peuplier faux-tremble, d’aulne et de saule.

Je m’intéressais beaucoup à connaître l’alimentation de l’adulte, puisque je cherchais comment nourrir celui que j’hébergeais. Or, je n’ai rien trouvé de très probant, hormis Handfield (2011) qui mentionne ne pas l’avoir vu venir à la miellée, contrairement à d’autres papillons de nuit.

J’ai donc laissé un morceau d’orange au papillon et, le lendemain matin, il trônait sur cette dernière. Par contre, je ne l’ai pas vu s’en nourrir activement, donc il persiste un doute sur son alimentation. Je lui ai aussi laissé un morceau de banane et de framboise – ce que j’avais sous la main –, de même que de l’eau. Sans succès. Il semble encore moins s’y intéresser que l’orange!

Mon papillon a trouvé l’orange, mais je ne suis pas certaine qu’il s’en soit nourri.

Pourquoi dans ma maison?

Un papillon de nuit en plein hiver, dans ma maison? Il doit bien avoir une bonne raison d’être là!

Première piste : notre papillon ne fuit pas l’hiver et joue les résistants. Contrairement aux lépidoptères qui migrent ou qui hivernent sous forme d’œuf, de larve ou de chrysalide, il affronte les rigueurs de l’hiver sous forme adulte. D’ailleurs, la plupart des observations de ce papillon se font tôt au printemps (mars et avril) ou tard à l’automne (octobre et novembre), avec un certain nombre d’occurrences recensées tout au long de l’hiver.

Deuxième piste : la température. Certaines sources indiquent qu’on peut apercevoir les adultes lors de redoux hivernaux. Mon moment d’observation coïncide, justement, avec une semaine de redoux, dont des températures flirtant avec le 0 °C.

Troisième piste : Handfield (2011) indique que ce papillon est attiré aux lumières.

Mon hypothèse finale?

L’individu serait entré dans ma demeure lors d’une journée plus douce, attiré par les lumières intérieures. Nous gardons parfois la porte entrouverte quand nous sortons la récupération, ou entrons des objets de la voiture. Il en aurait profité pour se faufiler!

Quant à sa provenance, il y a un boisé près de chez moi où poussent entre autres des peupliers deltoïdes (je me souviens d’en avoir vu), une des plantes-hôtes de cette espèce de noctuelle. Peut-être qu’elle était en transit entre ce boisé et une autre destination, mais qu’elle a été attirée par nos lumières?

Quel que soit le verdict, mon histoire se termine de façon abrupte : mon joli papillon a trouvé une façon de s’échapper de la petite cage où je tentais d’en prendre soin. Sauf si je le retrouve éventuellement séché dans un recoin de la maison, je n’aurai pas la possibilité de l’examiner davantage!

Et le plus étonnant, c’est que je lis qu’un autre collègue entomologiste (page Les Insectes du Québec, citée ci-dessous) a aussi été surpris par une double évasion d’un individu de cette même espèce!

Papillon disparu ou pas… Qu’à cela ne tienne! J’aurai au moins eu une histoire à vous raconter et une petite enquête à élucider!

Pour en savoir plus

Avoir une araignée… au sous-sol!

Avez-vous déjà entendu l’expression « avoir une araignée au plafond »?

Certaines mauvaises langues pourraient dire que c’est mon cas! Trêve de plaisanteries, aujourd’hui, je vous entretiens d’araignées qui se blottissent dans nos demeures. Et, plus particulièrement, d’un groupe que j’ai découvert récemment en grande quantité dans mon sous-sol.

L’aventure commence avec une courte vidéo initialement diffusée sur Instagram en août dernier, où je vous montrais une tégénaire domestique (Tegenaria domestica) retrouvée sous une pile de matériel que je m’affairais à ranger au sous-sol. À peine quelques minutes après avoir diffusé la vidéo, je trouvai un second individu, sous une autre pile. Quelle chance!

Dans les jours suivants, je reçus un message de Folles Bestioles, qui me demandait si je pouvais leur capturer un spécimen – ils cherchaient à documenter davantage cette espèce. Comme j’avais terminé mon rangement, je dus partir à la recherche des araignées dans d’autres recoins. En peu de temps, je trouvai deux individus, dont un que je remis à Folles Bestioles.

Au début du mois de novembre, je partis à nouveau à la recherche d’un spécimen afin de le présenter à l’activité Arachnophobie et cie, tenue au musée des Plaines d’Abraham, à Québec. Ce sont quatre individus – deux gros et deux petits – que j’aperçus lors de ma fouille!

Wow! On peut dire que mon sous-sol est bien habité!

Mais qui sont les tégénaires domestiques, au juste?

Sans surprise, elles constituent des occupants fréquemment rencontrés dans nos demeures.

Elles sont si communes que j’ai été surprise d’apprendre qu’il s’agissait d’une espèce introduite en Amérique du Nord. En effet, elle aurait suivi les colons américains au courant des années 1600 et se serait depuis dispersée partout aux États-Unis et au Canada.

La tégénaire domestique dans sa toile en forme d’entonnoir.

La tégénaire domestique appartient à la famille des agélénidés (Agelenidae), un groupe dont je vous ai déjà parlé et que l’on connait bien pour sa propension à tisser des toiles en forme d’entonnoir. On en retrouve beaucoup à l’extérieur, autour de nos maisons, qui appartiennent au genre Agelenopsis.

La tégénaire domestique, quant à elle, préfère le confort intérieur de nos demeures! Chambres, salle à manger, sous-sol : elle se faufile partout!

N’ayez crainte! Bien qu’elle puisse se cacher n’importe où, il ne s’agit pas d’un organisme nuisible ni dangereux. En effet, la tégénaire se nourrit des invertébrés qui peuplent nos demeures, y compris ceux qui sont nuisibles et qui pourraient s’attaquer à nous ou à nos denrées.

D’ailleurs, lorsque je montrais ma tégénaire aux visiteurs, lors de l’activité Arachnophobie et cie, certains me demandaient si elle pouvait mordre.

Ma réponse?

Oui, mais!

Les araignées peuvent mordre, car elles sont munies de crocs conçus pour injecter du venin dans leurs proies. Or, les animateurs de Folles Bestioles ont bien démontré, dans plusieurs de leurs vidéos (voir la section « Pour en savoir plus » ci-dessous), que de nombreuses araignées nettement plus grosses que les tégénaires n’étaient pas capables de percer la peau humaine, ou généraient à peine de petites égratignures. Je soupçonne que ce soit également le cas des tégénaires domestiques… mais je n’ai pas le courage de Folles Bestioles pour tenter la démonstration!

De plus, si vous visionnez ma vidéo, qui accompagne la présente chronique, vous verrez que toutes les interactions où mes doigts se retrouvent à proximité de la tégénaire se concluent… avec ladite bête qui me fuit autant que possible! Sa première réaction semble bien plus la fuite que la morsure! Cela dit, il semble néanmoins que quelques plus grandes espèces d’agélénidés aient déjà mordu des humains, selon certaines des sources consultées.

La tégénaire domestique peut-elle être confondue à d’autres araignées de maison?

Digne agélénidé, la tégénaire domestique porte des filières que l’on peut voir en examinant l’extrémité de son abdomen. Il s’agit d’un des critères d’identification. Elles ne me semblent cependant pas aussi proéminentes que celles des agélénidés observés à l’extérieur de nos demeures (voir cette photo) et il faut une vue de l’arrière pour clairement les voir.

La tégénaire domestique, vue légèrement de l’arrière et de l’avant.
J’ai observé que les bandes sont souvent plus visibles en dessous des pattes.

Aussi, son céphalothorax (premier segment antérieur, qui inclut la tête) est brun pâle ou brun orangé. Il est bordé de lignes plus foncées et est également flanqué de deux bandes plus foncées. Son abdomen est gris-brun clair et est muni de chevrons plus foncés. Enfin, ses pattes sont brun-jaunâtre et comportent des bandes brunes plus sombres, parfois discrètes selon les individus. En examinant mes photos, j’ai remarqué que ces bandes sont souvent plus apparentes sur le côté ou le dessous des pattes. Cette nuance pourrait vous aider dans l’identification!

Dans les sources consultées, je lis que la tégénaire domestique peut être confondue avec la tégénaire noire (Eratigena atrica). Cette dernière est plus sombre et porte des bandes claires de chaque côté du céphalothorax (voir ces photos de iNaturalist). Son abdomen brunâtre à chevrons ressemble à celui de la tégénaire domestique. Or, ses pattes sont sombres et non tachetées, ce qui pourrait aider à distinguer les deux espèces. De plus, sa taille est un peu plus grande : la femelle adulte mesure 12 à 18 mm et le mâle fait 10 à 15 mm. Chez la tégénaire domestique, la femelle mesure 7,5 à 11,5 mm et le mâle, 6 à 9 mm.

Cette différence de taille entre le mâle et la femelle a piqué ma curiosité. Je vous mentionnais plus tôt que j’avais observé deux gros individus et deux plus petits en scrutant mon sous-sol. Ne craignant rien, je suis derechef retournée les inspecter, question de vérifier si j’avais affaire à des mâles et des femelles. En prime, j’ai lu que les sacs d’œufs, lorsque présents, sont couverts de débris organiques… Une autre raison de fouiller les recoins poussiéreux de mon sous-sol!

Autre spécimen typique!

Comme vous le verrez dans la vidéo accompagnant le présent billet, je n’ai finalement trouvé… que des femelles! Et je n’ai pas observé d’amas de débris pouvant être des sacs d’œufs. Surprenant! Il doit certainement y avoir des mâles quelque part pour que j’aie autant de femelles de toutes les tailles!

Pour terminer, Paquin et Dupérré (2003) mentionnent que la tégénaire domestique est connue pour sa longévité : une femelle aurait vécu 7 ans! Productive et longévive, il n’est pas étonnant que j’en retrouve tant dans mon sous-sol!

Et vous, hébergez-vous autant de tégénaires?

Pour ma part, je peux conclure que je n’ai pas une, mais bien de nombreuses araignées… au sous-sol!

Pour en savoir plus

Une coccinelle en harmonie?

La fameuse coccinelle asiatique
La fameuse coccinelle asiatique

Coccinelle asiatique en train de se faire belle
Coccinelle asiatique en train de se faire belle

Photographie d’une coccinelle asiatique soumise lors du concours de photo DocBébitte 2015 par Yohann Chiu
Photographie d’une coccinelle asiatique soumise lors du concours de photo DocBébitte 2015 par Yohann Chiu

Vous êtes nombreux à avoir répondu à la devinette de la semaine dernière… et à avoir trouvé l’identité de l’insecte-mystère, dont je parle aujourd’hui. Bravo!

Il y a quelques semaines de cela, un collègue de travail venait me poser des questions au sujet d’une bête qui s’était introduite par centaines dans son chalet. Il s’agissait de coccinelles asiatiques (Harmonia axyridis). En particulier, mon collègue se demandait si ces dernières se reproduisaient en période hivernale et s’il allait continuer d’en collecter en grandes quantités pendant encore longtemps.

Il ne m’en fallait pas plus pour amorcer quelques recherches sur cette espèce qui est considérée comme introduite et envahissante. En effet, notre joli coléoptère a été introduit en Amérique du Nord aux fins de lutte biologique et un premier foyer d’invasion aurait été identifié en 1988 dans l’est du continent, puis en 1991 dans l’ouest. À noter que des introductions accidentelles peuvent aussi être à la base de certaines des populations envahissantes, selon les sources consultées.

Comme je l’ai déjà mentionné pour la coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata) dans cette chronique, les coccinelles – adultes et larves – s’avèrent de voraces prédateurs d’une myriade de petits invertébrés nuisibles comme les thrips et les pucerons. Elles sont donc des créatures bien appréciées des jardiniers, d’où leur introduction initiale dans de nouvelles contrées.

Malheureusement, la coccinelle asiatique s’est avérée être une compétitrice hors pair des autres coccinelles retrouvées à nos latitudes et s’est par conséquent accaparée la niche écologique disponible. En outre, vous avez peut-être vu cet épisode de l’émission Découverte où des chercheurs expliquent que la coccinelle asiatique possède des parasites internes faisant en sorte que ses œufs et larves sont « toxiques » pour les autres espèces de Coccinellidae. Ainsi, les coccinelles autochtones qui se nourrissent des larves de la coccinelle asiatique meurent. En revanche, la coccinelle asiatique se nourrit des œufs et larves des coccinelles indigènes sans problème, ce qui contribue à décimer davantage leurs populations… Vous aurez compris que tout cela n’est pas de bon augure!

Très prolifique, la coccinelle asiatique a envahi nos plates-bandes en grand nombre. Or, lorsque les temps froids s’amènent, cette espèce opte pour un comportement différent des autres espèces. Alors que la commune coccinelle à sept points, par exemple, s’enfouit sous la litière de feuilles, la coccinelle asiatique, elle, tente de fuir les rigueurs de l’hiver en se trouvant un nid douillet… dans nos demeures! C’est qu’elle est frileuse, la dame! Il n’est donc pas surprenant que les témoignages de gens envahis par des centaines de coccinelles asiatiques abondent dans les sources que j’ai consultées.

Mais qu’est-ce qui fait que de vastes congrégations de ces coléoptères envahissent certaines maisons ou certains chalets plutôt que d’autres? Lors des chaudes journées d’automne, les coccinelles asiatiques s’activent effectivement – avez-vous vu les nuées de ces individus en septembre et en octobre? – et pénètrent dans toute fissure ou ouverture donnant accès à un abri plus chaud. Les demeures moins bien isolées risquent par conséquent d’être plus affectées. Aussi, il semblerait que les bâtiments situés près de champs et de zones boisées soient plus touchés. De même, si des murs sont exposés aux chauds rayons du soleil, le bâtiment en question deviendra encore plus attrayant.

La vorace larve
La vorace larve

La larve s’est attachée à une feuille et a amorcé sa métamorphose
La larve s’est attachée à une feuille et a amorcé sa métamorphose

Nymphe de la coccinelle
Nymphe de la coccinelle

J’avais déjà entendu dire qu’il était déconseillé de ramasser ces coccinelles à l’aide d’aspirateurs, puisqu’elles peuvent dégager des composantes irritantes pour les humains. Cependant, mes récentes recherches n’appuient pas ces dires et suggèrent qu’elles peuvent se recueillir à l’aide d’aspirateurs, pourvu que le sac soit vidé rapidement, de sorte à éviter des réintroductions (voir plusieurs des sources citées dans la section Pour en savoir plus). Par ailleurs, les nombreux individus qui ont trouvé une voie vers l’intérieur de la demeure peuvent rester inactifs et hiberner dans les zones plus fraîches comme les vides des murs ou les greniers. C’est lors de périodes plus clémentes qu’ils tendent à émerger, par vagues. Cela explique le fait que les gens envahis peuvent observer des émergences de coccinelles à plusieurs moments, et ce, tout au long de l’hiver!

Vous voulez savoir si les organismes qui envahissent vos demeures sont bel et bien des coccinelles asiatiques? Sachez que les motifs et colorations de la coccinelle asiatique sont très variés. Cette image tirée de Wikipédia en fait une bonne démonstration. Le nombre de points observé mais aussi la couleur globale peuvent changer d’un individu à l’autre, rendant l’identification de cette espèce un peu plus complexe. La forme la plus couramment observée au Québec est la forme orangée ponctuée de 19 points noirs. Mais ne concluez pas rapidement sur l’identité de l’individu si celui-ci est jaune ou noir et est orné de 0 à 20 points, dont certains sont rouges. Il pourrait également s’agir de Harmonia axyridis.

La larve est noire et orange. Elle est munie d’épines et de tubercules bien visibles. De forme rampante et allongée, on tend à la comparer à un crocodile miniature. Cependant, l’étonnante voracité des larves de coccinelles ferait sans doute rougir de gêne tout carnassier reptilien! Celles-ci sont en effet capables de se nourrir de plusieurs dizaines de pucerons par jour!

Lorsque vient le temps de se métamorphoser, la larve s’accroche à un substrat (souvent des feuilles d’arbre) par le bout de son abdomen et se transforme en nymphe. Je croyais ces dernières immobiles, mais je fus surprise de voir ces nymphes bouger alors que je tentais de les prendre en photo, comme en témoigne une des vidéos jointes à la présente chronique.

Les adultes ne se reproduisent toutefois pas dans nos demeures en hiver – c’était une des interrogations de mon collègue de travail. Selon les sources consultées, ces derniers ne survivraient que quelques jours. S’ils parvenaient à se reproduire, les larves extrêmement goinfres n’arriveraient pas à s’alimenter et ne pourraient, elles non plus, subsister.

Malgré leur tendance envahissante, les coccinelles asiatiques ont fait leur place parmi la communauté invertébrée du Québec. Espérons que leur prolifération effrénée connaîtra un ralentissement et que les autres espèces similaires sauront rebondir. Peut-être vivront-elles même en harmonie – sans vouloir faire de mauvais jeux de mots avec le nom du genre « Harmonia »! Entre temps, nous ne pouvons que les admirer… envahissantes ou pas, elles demeurent jolies, non?

 

Vidéo 1. Nymphe de coccinelle asiatique qui bouge. Je fus surprise de faire ce constat… et vous?

 

Vidéo 2. Coccinelle asiatique que j’avais examinée sous mon stéréomicroscope il y a de cela quelques années. Je l’avais recueillie dans une toile d’araignée et l’avait prise pour morte… jusqu’à ce qu’elle se mette à bouger sous ma lentille!

 

Vidéo 3. Coccinelles asiatiques qui cherchent un abri pour l’hiver (octobre 2014).

 

Vidéo 4. Lors de chaudes journées automnales, les coccinelles asiatiques se déplacent en grand nombre afin de trouver un abri. On en voit beaucoup ici, en vol (octobre 2014).

 

Pour en savoir plus

 

Une tipule dans ma demeure… en janvier!

La fin de semaine dernière, ma mère me transmettait par courriel une photographie d’une tipule bien vivante qui s’affairait à voleter dans sa maison. Elle souhaitait confirmer la provenance de cet individu que nous ne sommes pas habitués d’observer en plein mois de janvier.

Tipule Janvier 2016_CBA
Tipule photographiée récemment par ma mère

Tipule Janvier 2015
Tipule observée dans ma demeure en janvier 2015

Étrangement, l’an dernier, j’avais moi aussi observé une jolie tipule dans ma demeure au même temps de l’année (mi-janvier). De même, une lectrice m’avait déjà écrit afin de savoir d’où pouvaient provenir les nombreuses tipules retrouvées dans sa maison depuis quelques hivers. Le nombre n’était pas mentionné, mais il semblait s’agir d’un assez grand nombre d’individus.

En outre, la présence de tipules dans nos demeures pendant les mois hivernaux ne semble pas être une chose rare. Mais d’où peuvent-elles bien venir?

Je vous avais précédemment parlé des tipules dans cette première chronique. Pour ma part, je connaissais déjà les larves des tipules, puisqu’on en retrouve communément dans les milieux aquatiques. En particulier, j’en avais récolté dans plusieurs de nos rivières québécoises. Toutefois, les larves de nombreuses espèces se développent également en milieu terrestre. Ces dernières ont un faible pour les endroits humides, comme la litière de feuilles jonchant le sol ou les troncs d’arbres pourris.

Par conséquent, un pot de fleurs qu’on laisse dehors pendant l’été ou encore le bois mort utilisé pour alimenter un foyer constituent de bons habitats pour ces larves. Vous aurez donc compris que c’est quand on entre nos pots de fleurs ou le bois de chauffage à l’intérieur qu’on y fait aussi entrer les larves de tipules. Si on ne les détecte pas – ce qui arrive habituellement –, celles-ci continuent leur cycle de vie au chaud. Elles émergent donc en tant qu’adultes en plein hiver, alors qu’elles auraient normalement dû ralentir leur développement pendant les mois plus froids et émerger seulement au printemps si elles étaient demeurées à l’extérieur.

Que faire avec ces tipules qui émergent dans nos maisons? Je serais portée à vous dire de les laisser tranquilles, simplement! Incapables de se nourrir convenablement ou de se reproduire – à moins d’en avoir vraiment beaucoup en même temps –, elles mourront après quelques jours et le problème se réglera par lui-même. Si leur nombre est élevé, je ne saurais vous dire si elles pourraient réussir à se reproduire et à pondre dans vos plantes d’intérieur. Vous pouvez toujours les capturer et en disposer comme cela vous convient. Il faut savoir que ces insectes sont inoffensifs pour les humains : ils ne mordent pas et ne piquent pas. Vous pouvez donc les manipuler sans subir d’inconvénients. Naturellement, je prêche toujours pour ne pas blesser d’insectes, mais cette décision vous appartient!

Devinette 6b_2015-10-24
Plusieurs larves de tipules vivent sous la litière au sol – comme celle-ci recueillie alors que je ramassais les feuilles mortes dans mes plates-bandes

Pour terminer, si le problème est récurrent d’année en année, le plus simple est d’identifier la source d’introduction et de l’éliminer. Autrement, il faut accepter le risque d’introduire quelques « amis » indésirables!

Pour en savoir plus

Comment les insectes (et autres invertébrés) survivent-ils à l’hiver?

Le feu danse dans la cheminée, mais dehors les invertébrés tremblent de froid! En effet, alors que nous nous retrouvons au chaud dans nos demeures, les invertébrés, eux, doivent trouver d’autres moyens pour survivre au rude hiver.

Contrairement à nous (ou disons, à la plupart d’entre nous, car ceux qui me connaissent bien savent à quel point je suis frileuse!), les insectes sont des organismes à sang froid dont la température corporelle est la même que celle du milieu extérieur. Ils ne produisent pas de chaleur eux-mêmes et ont besoin d’une source externe pour se réchauffer. Par conséquent, ils doivent user de différentes stratégies pour survivre pendant la saison froide. Celles-ci sont nombreuses et je tenterai de vous en dresser un portrait dans les prochains paragraphes!

Coccinelle asiatique
Les coccinelles asiatiques multicolores cherchent à entrer dans nos demeures pour éviter le froid

Tout d’abord, quoi de mieux pour se réchauffer que de se faufiler dans nos chaudes demeures? Plusieurs invertébrés réussissent effectivement à s’introduire dans nos maisons pour y passer l’hiver. Il peut s’agir entre autres d’araignées, de mouches ou encore des fameuses coccinelles asiatiques multicolores. Ces dernières sont reconnues pour leur aptitude à trouver refuge par dizaines dans certaines maisons moins bien isolées. Parfois, elles deviennent même des pestes par leur grand nombre.

D’autres invertébrés cherchent aussi à fuir le froid, sans toutefois s’introduire dans nos demeures. Ils se dénichent ou se fabriquent des abris afin d’échapper aux conditions extrêmes. Par exemple, plusieurs trouveront refuge dans la litière au sol, dans l’écorce des arbres ou sous des pierres. Malgré tout, ces derniers s’avèrent exposés à des températures relativement froides et plusieurs ont élaboré une stratégie complémentaire afin d’éviter de geler : ils remplacent les molécules d’eau retrouvées dans leurs cellules par des molécules qui ne gèlent pas tel du glycérol. Bref, ils se retrouvent avec de l’antigel dans leurs tissus, ce qui les empêche de geler!

Une autre tactique visant à fuir le froid consiste à s’enfouir dans le sol, sous la limite de gel. C’est le cas notamment de certaines larves bien connues de coléoptères que l’on appelle les vers blancs (larves de hanneton). Les fourmis et les termites ont également adopté cette stratégie. De plus, ces dernières réussissent à maintenir des températures confortables en se réchauffant les unes les autres. C’est l’avantage de vivre en communauté.

Monarque_BL
Le papillon Monarque parcoure des milliers de kilomètres afin de fuir le froid

Il en est de même pour les abeilles, qui se blottissent les unes contre les autres afin de se réchauffer. Elles parviennent à maintenir des températures plus élevées dans leurs ruches en formant un noyau compact et en produisant des vibrations constantes à l’aide des muscles situés à la base de leurs ailes (jusqu’à 35 °C au centre du noyau). Elles bougent également continuellement, de sorte que les abeilles en périphérie puissent se retrouver au centre et vice-versa.

Toutefois, plusieurs invertébrés craignent le froid à un point tel qu’ils décident tout simplement de migrer vers le sud, à l’instar de certains d’entre nous qui allons trouver refuge dans de chaudes destinations vacances! Le meilleur exemple est sans contredit celui du papillon Monarque. Ce papillon peut parcourir quelques milliers de kilomètres afin d’atteindre le Mexique, tout cela pour échapper au froid!

Bien que beaucoup d’invertébrés fuient le froid, certains y font directement face. C’est le cas de la chenille Gynaephora Groenlandica (Arctic woolly bear), retrouvée notamment au nord du Québec. Lorsqu’arrive l’hiver, elle ralentit son métabolisme au point où son cœur arrête de battre. C’est alors qu’elle gèle en entier! Au printemps venu, elle dégèle et se remet à vivre et à manger… Bref, elle revient pratiquement d’entre les morts! Je vous recommande de visionner cet épisode de Découverte (vers 19 minutes et 30 secondes) pour en savoir plus. À noter que les adeptes de cette stratégie sont également en mesure de produire des molécules « antigel » telles que le glycérol, comme chez certains invertébrés qui, de leur côté, évitent toutefois de geler en entier. Dans le cas de G. Groenlandica, cet antigel protégerait certains tissus et cellules plus fragiles.

Isia isabelle
La chenille de l’Isia isabelle tolère le froid; elle peut « geler », enfouie dans la litière au sol

Finalement, plusieurs invertébrés ne survivront pas à l’hiver. Leur stratégie? Ils pondent leurs œufs – un stade de vie généralement moins vulnérable – et les entreposent à l’abri du froid. Ainsi, plusieurs espèces survivront à l’hiver sous forme d’œufs ou de cocons, cachés sous les pierres et les troncs morts. C’est le cas notamment de la mante religieuse, qui pond ses œufs et les dispose dans une oothèque, une sorte de cocon protecteur. Les œufs s’y retrouvent à l’abri du froid et des prédateurs.

Plusieurs insectes passeront aussi la saison froide sous forme de larves. De bons exemples sont les larves d’insectes aquatiques, comme les libellules et les éphémères. En vivant sous l’eau, elles parviennent à échapper aux rigueurs du climat hivernal. Il en est de même pour de nombreuses espèces de papillons, dont les chenilles trouveront refuge dans la litière au sol (notamment la chenille de l’Isia isabelle).

Bref, j’ai réalisé en effectuant des recherches pour la présente chronique que les tactiques élaborées par les invertébrés pour survivre à l’hiver sont très nombreuses. Je n’ai donc pu réaliser qu’un survol de la question! Je vous invite à consulter les sources suggérées à la fin de la présente chronique si vous souhaitez en savoir plus!

Cela dit, je vous souhaite un bon début d’année 2014, bien au chaud dans vos foyers!

Pour en savoir plus