Le peuple de l’asclépiade

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Petite punaise de l’asclépiade dont j’ai parlé récemment
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Monarque – Photo soumise lors du concours amical de photographie DocBébitte par Ludovic Leclerc en 2014
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Arctiide de l’asclépiade

Dans une de mes dernières chroniques, j’écrivais au sujet d’un sympathique hémiptère : la petite punaise de l’asclépiade. J’expliquais notamment que plusieurs insectes se nourrissant d’asclépiades arboraient le noir et l’orange (ou rouge). Pourquoi donc? Simplement pour prévenir les prédateurs qu’ils ont un goût désagréable. En effet, l’asclépiade produit un latex blanchâtre qui contient des substances toxiques pour la majorité des animaux. Il confère toutefois aux espèces qui sont capables de s’en nourrir un mauvais goût.

Cette petite incursion me donna envie de vous parler davantage d’espèces d’insectes que l’on peut retrouver sur l’asclépiade. Celles-ci sont nombreuses!

Hormis notre petite punaise de l’asclépiade (Lygaeus kalmii) dont j’ai déjà discuté et sa consœur, la grande punaise de l’asclépiade (Oncopeltus fasciatus), on retrouve notamment deux lépidoptères et deux coléoptères étroitement associés à cette plante.

L’espèce la plus connue est sans contredit le monarque. Bien que l’adulte se nourrisse du nectar d’une vaste palette de plantes, la chenille a un menu plus limité basé majoritairement sur les asclépiades (diverses espèces). Les femelles pondent leurs œufs sur les plants en question, où évoluent les larves qui deviendront de jolies chenilles rayées de noir, jaune et blanc (voir cette photographie tirée de Bug Guide).

La chenille de l’arctiide de l’asclépiade se développe elle aussi – comme son nom le suggère – sur les plants d’asclépiades. Elle ne daigne pas, non plus, les feuilles d’apocyne. Ces jolies chenilles poilues sont capables de dévorer les feuilles de talles d’asclépiades, en particulier lors de leurs premiers (1 à 3) stades de vie, où elles sont grégaires. Il s’agit d’une espèce que j’observe régulièrement quand je m’amuse à regarder sous les feuilles d’asclépiades au mois d’août. Elle est visiblement commune, du moins dans la grande région de Québec où j’habite. Cela dit, Wikipédia suggère que les personnes plus sensibles pourraient réagir aux poils de ces petites chenilles. Pour ma part, j’en ai manipulé à plusieurs reprises sans aucune réaction.

Deux coléoptères fort colorés sont aussi fréquemment observés sur les plants d’asclépiades. La chrysomèle de l’asclépiade (Labidomera clivicollis) est un coléoptère très commun que je vois systématiquement chaque été lorsque j’arpente les champs et les rivages bordés de « mauvaises herbes ». Ce sont à la fois les adultes et les larves de cette chrysomèle qui se nourrissent des feuilles des différentes espèces d’asclépiades. Les premières photographies que j’ai de cette espèce remontent à l’automne 2006, alors que j’observais des larves et des adultes en bon nombre sur une colonie d’asclépiades au marais Léon-Provancher. J’étais intriguée par ces assez gros (8-11 mm) coléoptères qui sont plutôt tape-à-l’œil avec leur coloration orange et noir irisé (reflets parfois verts, parfois bleus) et leur forme toute ronde. Ils sont en effet fort jolis, ne trouvez-vous pas?

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Ma toute première observation documentée de chrysomèles de l’asclépiade (2006)
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Même moment en 2006 : on voit ici une larve de la chrysomèle de l’asclépiade

Le second coléoptère – le longicorne de l’asclépiade (Tetraopes tetrophthalmus) – est également fort mignon. Bien que Bug Guide indique que cette espèce est très commune là où l’on retrouve des asclépiades, je n’en ai pour ma part j’avais vu de mes propres yeux. Mon père m’a toutefois transmis une photo d’un individu qu’il a pu observer l’été dernier – le chanceux! L’individu se baladait tout simplement dans la cour de mes parents – qui est ornementée de bien des fleurs, mais pas d’asclépiades. Les larves de ce longicorne se nourrissent des racines d’asclépiades et d’apocynes. L’adulte, quant à lui, se délecte des feuilles. Tout comme j’ai pu le lire pour la chrysomèle de l’asclépiade et la chenille du monarque, le longicorne de l’asclépiade coupe d’abord les veines principales des feuilles avant de commencer à les dévorer, de sorte qu’il ne se retrouve pas submergé par le latex produit par les plants endommagés.

Une myriade d’autres espèces sont également attirées par les fleurs des asclépiades, qui produisent un nectar alléchant (lequel n’est pas toxique, contrairement aux feuilles). Ainsi, papillons, abeilles, guêpes, mouches et coléoptères de toutes sortes peuvent être observés butinant sur ces plantes.

Finalement, qui dit insectes (et proies) en grand nombre dit aussi prédateurs abondants! Il n’est pas rare de trouver divers invertébrés prédateurs à l’affut sur les plants d’asclépiades. À titre d’exemple, punaises assassines, coléoptères prédateurs et araignées s’y installent avec l’espoir de dégoter un repas facile. L’été dernier, j’eus ainsi l’occasion de photographier un joli thomise variable (araignée-crabe de l’espèce Misumena vatia) qui attendait patiemment le passage d’une proie. En me documentant aux fins du présent billet, j’entrevis également quelques photographies de différentes espèces d’hémiptères prédateurs dévorant des chenilles de monarque (comme celle-ci).

En outre, les talles d’asclépiades constituent tout un trésor pour l’entomologiste à l’affut d’invertébrés de toutes sortes. Malheureusement, cette plante est malaimée et elle est considérée comme une « mauvaise herbe ». On tend à la bannir de nos plates-bandes, alors qu’elle nous permettrait d’observer une vaste variété d’insectes et même d’oiseaux – car, à ce qu’il semble, les asclépiades attirent aussi les colibris! L’éradication de l’asclépiade en milieu urbain (par exemple, le long des routes ou simplement pour faire place à un stationnement!) et agricole (à cause de l’usage des pesticides, notamment) serait même identifiée comme une cause des fluctuations récentes des populations de papillons monarques. Dans son livre publié en 2004, Schappert mentionnait déjà que les pronostics à l’égard de l’état de santé des populations du monarque nord-américain pour les 20 prochaines années ne sont pas très encourageants. La fragmentation de l’habitat et l’isolement des plants d’asclépiades étaient entre autres pointés du doigt.

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Longicorne de l’asclépiade que mon père a eu la chance de photographier
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Voyez-vous ce thomise variable à l’affut d’une proie?

Pour ma part, je continue de m’amuser chaque été à sillonner les champs de mauvaises herbes et d’asclépiades à la recherche de nouvelles observations. Aussi, je laisse maintenant pousser ça et là les quelques plants d’asclépiades qui se sont semés naturellement dans mes plates-bandes… dans l’espoir éventuel d’y photographier de sympathiques membres du grand peuple de l’asclépiade!

 

Pour en savoir plus

DocBébitte en bref : (Encore) des insectes dans ma bouffe!

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Nitidule à quatre points, vivant, dans mon chou-fleur

Il y a de cela quelques années déjà, je vous entretenais sur le fait que l’on mange quotidiennement plusieurs invertébrés à notre insu (cette chronique). Pire encore, je vous expliquais que les normes canadiennes et américaines tolèrent une assez vaste palette d’arthropodes dans les aliments qui nous sont vendus. En outre, la quantité de ces petites bêtes que l’on engouffre accidentellement chaque année se chiffre entre 1 à 2 livres, rien de moins!

Au courant des deux dernières semaines, j’eus l’opportunité moi-même de contribuer à cette statistique… et de voir comment il était facile d’ingurgiter des invertébrés sans vraiment le vouloir.

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Limace, elle aussi cachée dans le même chou-fleur

Première observation : après avoir entamé un chou-fleur frais acheté du marché public, j’observai plusieurs invertébrés morts ou vivants qui parsemaient ce dernier. Ma première découverte fut un nitidule à quatre points bien vivant qui aurait été difficile à rater. Après avoir remis le chou-fleur au frigo, je notai lors d’une deuxième utilisation que celui-ci abritait également une sympathique limace, qui s’activa à la chaleur de la pièce, ainsi que plusieurs petites mouches mortes. Outre les petites mouches,  il est probable que j’aurais vu le nitidule et la limace à temps avant de les consommer. Or, ce ne fut pas le cas de ma seconde observation…

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Deux larves de mouches (diptères) trouvées dans mes bleuets

En effet, la semaine dernière, je me délectais de façon distraite de bleuets frais tout en travaillant. À un certain moment, je m’aperçus de la présence d’une petite larve de mouche qui déambulait sur ma collation. Je la mis de côté afin de l’observer au stéréomicroscope une fois de retour à la maison, en tâchant de la garder vivante. Je poursuivis ma collation en examinant plus attentivement la surface de mes bleuets, jusqu’à ce qu’il me vienne à l’esprit que les larves n’étaient pas nécessairement SUR les bleuets, mais DANS ceux-ci. Immédiatement, j’ouvrir un premier bleuet – au lieu de le croquer… et devinez ce qui s’y trouvait? Eh oui, il y avait une seconde larve. Ou bien j’avais la main chanceuse pour trouver une larve du premier coup, ou bien suffisamment de mes bleuets contenaient des larves pour que je tombe sur l’une d’entre elles. Comme j’avais déjà mangé une vaste quantité de ces bleuets, j’aurais préféré la première option. D’un point de vue purement statistique, cependant, la seconde option était bien plus plausible. Bref, j’avais probablement avalé beaucoup de petites larves… Et moi qui croyais qu’une collation de fruits comportait peu de protéines!

Et vous, chers lecteurs, avez-vous quelques anecdotes croustillantes du même genre? Qu’on le veuille ou non, les arthropodes se retrouvent partout… même dans notre assiette!

Vidéo 1. Cette jolie limace était bien cachée dans mon chou-fleur. Il était déjà bien entamé quand je l’aperçus sur les restes du feuillage. Aurait-elle pu se retrouver dans mon assiette?

Vidéo 2. Cette larve de diptère (mouche) a été retrouvée dans mes bleuets… Et elle n’était pas seule! (Mettre en HD pour une meilleure définition)

Une tétragnathe riveraine

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Vue dorsale d’une femelle T. elongata
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Vue latérale d’une femelle T. elongata
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Autre prise de vue, même individu

Plus tôt en juillet, j’eus le plaisir de séjourner en chalet sur le bord d’un lac pendant une semaine. Je fis maintes observations entomologiques et pris moult photographies et vidéos d’invertébrés aquatiques ou riverains. Parmi les individus rencontrés figuraient de très nombreuses araignées de la famille Tetragnathidae.

Les araignées appartenant à cette famille sont nommées en anglais « long-jawed orb-weaving spiders », ce qui se traduirait en français par tisseuses de toile orbiculaire à larges mâchoires. Comme ce surnom le suggère, nos tétragnathes possèdent des chélicères généralement proéminentes qui sont faciles à voir sur les plus gros spécimens à l’œil nu. Elles tissent fréquemment des toiles de forme orbiculaire qui sont disposées à l’horizontale, contrairement aux araignées des jardins (épeires diadèmes) dont la toile est construite sur le plan vertical (voir cette chronique).

Certaines espèces de Tetragnathidae – mais pas toutes – sont aussi caractérisées par un abdomen très long. C’était le cas des individus retrouvés sur le bord du lac que j’ai visité. Il s’agissait d’ailleurs d’un critère m’aidant à identifier plus précisément à quel groupe j’avais affaire. Parmi les critères utilisés, j’examinai sur mes photographies la forme et la taille des chélicères, du céphalothorax, ainsi que de l’abdomen, de même que la disposition des yeux. Afin de parvenir à une identification excluant tout doute, il aurait été préférable que je puisse examiner les organes reproducteurs des spécimens en question, mais cela n’était pas possible à partir des photographies que j’avais prises. Néanmoins, les individus figurant sur mes clichés présentaient des caractéristiques très typiques de l’espèce Tetragnatha elongata – une espèce fréquentant les bords de cours d’eau et de lacs si je me fie aux sources consultées. Également, quelques comparaisons supplémentaires sur Bug Guide (Bugguide.net) m’aidèrent à cristalliser mon identification.

Paquin et Dupérré (2003) confirment que cette espèce est une spécialiste des habitats riverains. Cela explique pourquoi nous en voyions en si grande quantité. Ces dernières étaient présentes à un point tel qu’elles faisaient leurs toiles sur les pédalos, les canots et les kayaks que nous utilisions quotidiennement. Il n’était pas surprenant qu’une d’entre elles grimpe sur notre jambe ou notre bras pendant que nous effectuions une promenade sur l’eau. Toutefois, comme je pus en témoigner en manipulant plusieurs de ces bêtes, celles-ci n’étaient aucunement agressives. Pourtant, la longueur des chélicères et des crocs qu’elles portent sont plutôt intimidants! Il n’en demeure pas moins qu’elles étaient très douces et dociles lorsque manipulées!

Étant donné l’abondance de mâles et de femelles côtoyant les mêmes milieux, il me fut possible de filmer une séance de copulation. La vidéo est disponible ci-dessous; vous pourrez voir le mâle féconder la femelle à l’aide de ses pédipalpes qu’il met en contact avec l’épigyne de cette dernière (pour un petit rappel sur les organes reproducteurs des araignées, voir cet article). Les pédipalpes du mâle sont très allongés et bien visibles sur la vidéo. De plus, vous pourrez y voir à quel point le mâle et la femelle sont différents en forme et en coloration. C’est ce qu’on appelle le dimorphisme sexuel. Dans le présent cas, c’est la femelle qui est nettement plus grosse que le mâle.

Fait intéressant selon Paquin et Dupérré (2003) : les mâles du genre Tetragnatha sont munis de chélicères armées d’épines. Ces dernières leur permettraient de bloquer les chélicères de la femelle au moment de l’accouplement… permettant au mâle d’éviter de devenir le repas du jour! C’est qu’elle n’est pas toujours commode, la dame!

T. elongata Pédalo
Ces tétragnathes étaient abondantes sur nos pédalos et kayaks
T. elongata Copulation
Accouplement de deux T. elongata (femelle à gauche, mâle à droite)

Bien que bon nombre de membres de la famille Tetragnathidae aient une affinité pour la végétation près des cours d’eau, il semble que T. elongata soit encore plus étroitement associée aux habitats riverains. Selon Bradley (2013), cette espèce n’a été retrouvée jusqu’à maintenant qu’en bordure de plans d’eau. Dondale et al. (2003), ainsi que Gillespie (1987) ajoutent que cet arachnide requière un accès régulier à l’eau, sans quoi il se déshydraterait facilement. Une bonne façon de voir cette belle grosse tétragnathe serait donc de longer les rives boisées à leur recherche; les branches des arbustes qui ploient à quelques centimètres de l’eau semblent être un parfait habitat pour elles. D’ailleurs, une des journées où j’explorais le lac, à la recherche de libellules, j’accrochai à quelques reprises des tas de broussailles et d’arbustes poussant le long des rives – il faut dire que c’était une journée venteuse et que je peinais à stabiliser mon embarcation tout en prenant des photos! Mon kayak se retrouva chaque fois envahi d’une grande quantité de tétragnathes.

Tisser sa toile en bordure des milieux aquatiques comporte des avantages. En plus de bénéficier d’une source d’eau en permanence, les milieux aquatiques constituent des écosystèmes riches en invertébrés de toutes sortes. À titre d’exemple, lors de mon séjour d’une semaine, je pus voir un très grand nombre d’insectes aquatiques en émergence : chironomes, maringouins, mouches à chevreuil et à cheval, libellules (zygoptères et anisoptères), tipules, éphémères et trichoptères… rien de moins! Plusieurs de ces insectes sont de taille à s’enchevêtrer dans les toiles et à être capturés par nos tétragnathes. C’est peut-être pour cette raison que je trouvais qu’elles étaient bien dodues! Il faut dire aussi que l’espèce T. elongata peut atteindre 13 millimètres de longueur (femelle), ce que je qualifierais de taille moyenne pour une araignée.

En outre, il semble facile de repérer cette tétragnathe dont le milieu de vie est intimement lié aux écosystèmes aquatiques. Tout comme les limnologistes de ce monde – dont je fais partie –, elles savent apprécier la richesse des habitats riverains!

 

Vidéo 1. Couple de T. elongata qui s’adonne à la chose! Le dimorphisme sexuel est apparent entre la femelle (à gauche) et le mâle (à droite).

 

Vidéo 2. Femelle T. elongata qui récupère progressivement sa toile (voir la « boule » formée près de ses pattes avant). Gillespie (1987) avait observé un fort taux de construction (ou reconstruction) de toiles par cette espèce en situation de forte densité de proies. Quotidiennement, les individus observés refaisaient leur toile.

 

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. Species Tetragnatha elongatahttp://bugguide.net/node/view/417412
  • Dondale, C.D., Redner, J.H., Paquin, P. Et H.W. Levi. 2003. The insects and arachnids of Canada Part 23 – The Orb-Weaving Spiders of Canada and Alaska.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Gillespie, R.G. 1987. The mecanism of habitat selection in the long-jawed orb-weaving spider Tetragnatha elongata (Araneae, Tetragnathidae). Journal of Arachnology 15 : 81-90.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.
  • Wikipedia. Tetragnatha elongata. https://en.wikipedia.org/wiki/Tetragnatha_elongata

DocBébitte en bref : rencontre avec un ver gordien (Nematomorpha)

En ce début de saison estivale, je me retrouve à effectuer beaucoup plus de découvertes entomologiques que j’ai de temps pour vous les partager! J’ai donc pensé bon entrecouper mes chroniques habituelles avec de plus courtes capsules liées à l’observation de faits inusités. J’espère que vous apprécierez cette nouvelle formule après trois années et demie de DocBébitte!

J’ouvre le bal avec une observation réalisée cet après-midi même. En ce samedi ensoleillé, je me suis offert une sortie entomologique à marée basse. Cherchant nymphes de libellules et d’éphémères, j’étais loin de me douter que j’allais faire la rencontre d’un ver gordien (Nematomorpha). Ce dernier se tortillait au soleil, probablement surpris par la baisse des eaux. Je pus prendre des photographies et des vidéos de la bête, dont quelques-unes que je vous partage ci-dessous.

Je vous avais déjà décrit plus longuement ce groupe d’invertébré dans cette chronique que vous pourrez lire si le cœur vous en dit!

Dernier mot: cœurs sensibles s’abstenir! Oui, il s’agit bien de ces fameux « vers » parasites que l’on peut voir s’extirper de toute leur longueur hors d’araignées et de mantes religieuses!

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Nématomorphe observé
Nematomorpha_Marée basse 2
Ma main à proximité donne une idée de sa longueur

Vidéo 1. Nématomorphe dans un bol que j’avais amené spécialement pour l’observation d’invertébrés aquatiques. Je ne me doutais pas que j’allais croiser ce type d’insecte.


Vidéo 2. Même individu que je remets à l’eau. Regardez comment il nage!

La vie de mon jardin – Partie 2 : les ennemis

Hanneton adulte
Sympathique coléoptère… mais la larve est sans pitié pour nos pelouses!
Hanneton larve stigmates
Larve de hanneton – le fameux « Ver blanc »
Scarabée japonais
Scarabée japonais à l’œuvre dans un framboisier

Vous venez de nettoyer vos plates-bandes ou encore vous vous apprêtez à faire votre jardin, comme à chaque année? Et bien, sachez qu’il y a une foule d’invertébrés qui ont aussi hâte que vous d’avoir à portée de pattes une belle gamme de fleurs, de plantes ornementales et de légumes frais!

Heureusement, vous avez des alliés pour vous aider à réguler les populations d’invertébrés affamés, ce dont j’ai parlé dans la dernière chronique… Néanmoins, les invertébrés phytophages usent de toutes sortes de tactiques pour pouvoir mettre la dent sur une belle pièce de laitue et sont par conséquent nettement moins appréciés des jardiniers! Dans le cadre de la rédaction de la présente chronique, je me suis inspirée du livre « Solutions écologiques en horticulture » pour identifier quelques ravageurs dont je voulais vous brosser un portrait plus détaillé. J’avais certes déjà quelques idées en tête, mais je n’avais pas réalisé à quel point il y a une multitude d’invertébrés susceptibles de croquer nos belles plantes. Notez donc que les quelques cas cités ci-dessous sont loin d’être exhaustifs et que je vous recommande, comme la semaine dernière, de vous référer aux sources citées à la section « Pour en savoir plus » si vous voulez davantage d’information.

Ce printemps, comme chaque année, j’ai trouvé bon nombre de hannetons adultes cachés sous la litière de feuilles. Bien qu’il s’agisse de gros coléoptères fort sympathiques en apparence, leurs larves sont à l’origine d’importants dommages. Vous connaissez probablement déjà ces dernières, que l’on appelle communément « vers blancs ». Ces larves qui vivent sous terre tendent à ronger les racines des plantes et, en particulier, de la pelouse. Cette dernière finit par dépérir et jaunir, au grand dam de tous ceux qui désirent préserver une pelouse verte et parfaite. Le hanneton n’est pas le seul scarabée retrouvé au Québec qui fasse l’objet de haine de la part des jardiniers! Plus dommageable encore est le scarabée japonais, une espèce exotique envahissante que l’on peut retrouver en très grand nombre dans le sud du Québec. Les larves se nourrissent des racines de graminées, de plantes potagères et de légumineuses, alors que les adultes transforment en gruyère suisse les feuilles de plusieurs herbacées, arbres et arbustes dont les framboisiers sur lesquels ils sont souvent aperçus. Une façon écologique de combattre ces deux coléoptères est l’utilisation de nématodes dits entomopathogènes qui contrôlent les populations de larves. Je relate également d’autres trucs dans deux précédentes chroniques sur les hannetons et les scarabées japonais, respectivement.

Criocère du lis
Beau coléoptère d’un rouge vif… mais mauvais pour les lis!
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Chenille de la piéride du chou
Piéride du chou_Adulte
Adulte de la piéride du chou

Plusieurs autres coléoptères s’attaquent à nos végétaux et se nourrissent en particulier des parties aériennes. Par exemple, le criocère du lis constitue un très joli coléoptère rouge et noir qui, comme son nom l’indique, effectue une grande portion de son cycle de vie sur les lis. À la fois les larves et les adultes se nourrissent des feuilles, des fleurs et des graines des lis et autres plantes de cette famille. Les larves optent pour une stratégie intrigante servant à se protéger des prédateurs : elles forment, tout autour de leur corps, un abri de mucus et d’excréments qu’elles traînent en permanence, peu importe où elles se rendent. Cet abri, d’une couleur plutôt noirâtre, est assez facile à détecter sur ou sous les feuilles des lis. À l’intérieur se cache une larve de couleur orangée (voir cette photo tirée de Bug Guide). Le contrôle de ces ravageurs s’effectue en collectant les insectes à la main et en vaporisant les plants touchés (et les larves en particulier) avec une préparation de pyréthrine. Le plus facile demeure d’éviter de planter des lis en grande quantité et de se tourner vers d’autres plantes semblables qui ne sont pas attaquées. Je pense aux hémérocalles qui sont d’ailleurs très jolies et nécessitent peu – voire pas du tout – d’entretien. Hodgson (2006), quant à lui, propose une solution assez radicale dans Les 1500 trucs du jardinier paresseux que je cite : « Un seul traitement logique : arrachez vos lis! ».

L’ordre des lépidoptères est un autre groupe d’insectes qui comprend de nombreux individus susceptibles de s’en prendre à nos plantes bien-aimées. Les chenilles sont de vraies gloutonnes et peuvent engloutir une biomasse de végétaux impressionnante. Leur seul objectif : croître le plus vite possible… et donc manger le plus possible! Saviez-vous à cet effet que certaines espèces de chenilles peuvent multiplier leur taille jusqu’à 3000 fois en quelques semaines? La piéride du chou est sans contredit un des papillons les plus communs. Petite, je voyais souvent voleter dans la cour familiale ce joli papillon blanc ou légèrement jaunâtre, ponctué de quelques taches ou zones noires. D’ailleurs, en écrivant la présente chronique confortablement assise à l’extérieur en cette fin du mois de mai, je ne cesse de voir passer des membres de cette espèce. Les plantes hôtes de la piéride du chou incluent une vaste gamme de plantes alimentaires, ornementales, naturalisées ou indigènes de la famille des crucifères. Cela inclut par exemple le chou, le navet et le brocoli. Les chenilles de couleur verte se fondent à merveille aux plants favoris… Parlez-en à mon père qui a fait une aversion au brocoli après avoir réalisé que les pousses fraîchement cueillies du jardin qu’il mangeait étaient truffées de ces petites chenilles (après en avoir mangé, bien sûr)! Une bonne source de protéine, quoi!

D’autres chenilles, plus grosses et flamboyantes, risquent moins de se faire croquer en même temps que les plants cultivés. Elles font tout de même des dommages et ne sont pas toujours appréciées des jardiniers. C’est le cas de la chenille du papillon du céleri (Papilio polyxenes) dont un joli spécimen a été pris en photo l’été dernier par ma tante – qui a tout un jardin dans sa cour, il faut le dire! Ce lépidoptère a notamment un faible pour le céleri, les carottes et le fenouil. Attention à votre jardin! Heureusement, vous pouvez compter sur plusieurs prédateurs invertébrés (comme mentionné la semaine passée), mais aussi vertébrés pour vous aider à réguler les populations de chenilles de vos plates-bandes. Entre autres, les oiseaux et les crapauds vont se faire un grand plaisir à dévorer une grosse chenille bien juteuse. N’hésitez pas à les attirer!

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Cette jolie chenille du papillon du céleri fait des ravages dans les potagers!
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Grégaires, les pucerons s’attaquent en masse à nos végétaux
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Sympathiques escargots… mais qui trouent nos salades!

Autre insecte phytophage qui ne nécessite pas de présentation : les pucerons! Ces tout petits hémiptères sucent la sève de divers végétaux à l’aide de leur rostre et, par le même fait, conduisent à leur dépérissement. Lorsqu’ils trouvent un plant digne d’un dîner, les pucerons s’agglomèrent par centaines pour partager le goûter, ce qui est d’autant plus nuisible à la plante en question. Il arrive que ces colonies soient protégées par des fourmis qui sont attirées par le miellat, un liquide sucré sécrété par les pucerons (voir cet article). Encore une fois, il n’est pas facile de se débarrasser de ces insectes lorsqu’ils s’attaquent à nos végétaux en aussi grand nombre, mais vous pouvez trouver plusieurs conseils dans les livres d’horticulture ou sur Internet en matière de contrôle. En outre, des concoctions à base de savons doux ou de vinaigre semblent être des solutions couramment suggérées. Par ailleurs, plusieurs prédateurs vous aideront dans le contrôle des pucerons, notamment les larves et les adultes coccinelles.

Finalement, les limaces et les escargots, bien qu’ayant l’air lents et inoffensifs, peuvent également faire des ravages dans vos plates-bandes! Ce sont des brouteurs par excellence qui chiquent sans problème les jolies feuilles de nos plantes ornementales. Je mentionnais dans cette précédente chronique que j’en retrouve passablement sur mes hostas, mais aussi dans mon compost (les limaces en particulier). Dans mon cas, j’ai beaucoup d’hostas et d’herbacées variées dans mes plates-bandes, ce qui dilue l’effet des escargots et des limaces. Les « trous », bien qu’assez nombreux, sont répartis entre bon nombre de spécimens. Fait intéressant, Hodgson (2006) indique que les escargots retrouvés à nos latitudes seraient davantage bénéfiques que nuisibles. Ces derniers préféreraient en effet les végétaux jaunis ou en décomposition plutôt que le feuillage vert. Néanmoins, si les escargots et les limaces demeurent un problème dans votre cour, sachez que plusieurs prédateurs vous aideront à contrôler leurs populations : carabes, oiseaux, crapauds, couleuvres et j’en passe! De plus, Smeesters et al. (2005) suggèrent notamment de mettre du paillis dans vos plates-bandes et d’y installer quelques roches plus grosses. Le paillis ralentira, voire découragera, la progression des escargots et des limaces. Les individus qui préfèrent la matière en décomposition risquent même de s’arrêter au paillis pour s’y nourrir et ne s’attaqueront pas aux plantes saines. Enfin, les roches offriront une bonne cachette aux prédateurs qui se chargeront du reste du travail.

Bien sûr, je n’ai brossé qu’un portrait très succinct de la vaste diversité d’invertébrés prêts à dévorer vos plantes et vos salades… Ils sont très nombreux à attendre avec hâte que vous fassiez votre jardin! Profitez de leur retour pour les photographier et apprendre à les identifier afin de distinguer les invertébrés bénéfiques de ceux qui posent une réelle menace. Au plaisir de faire la découverte d’autres ennemis ou alliés du jardinier au cours de cette nouvelle saison qui s’amorce enfin!

 

Pour en savoir plus

  • Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
  • Bug Guide. Species Lilioceris lilii – Lily Leaf Beetle. http://bugguide.net/node/view/20177
  • DocBébitte. Avoir une faim de… chenille! http://www.docbebitte.com/2013/02/18/avoir-une-faim-de-chenille/
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Hardy, M. 2014. Guide d’identification des Scarabées du Québec (Coleoptera: Scarabaeoidae). Entomofaune du Québec (EQ) inc., Saguenay. 166 pages.
  • Hodgson, L. 2006. Les 1 500 trucs du jardinier paresseux. 704 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.