Tirage du calendrier DocBébitte 2024

La magie des fêtes s’est déjà installée parmi nous!

Les chansons de Noël retentissent un peu partout où l’on va et la neige recouvre enfin le sol de son manteau blanc.

Il est venu… non pas le divin enfant, mais le temps de faire tirer le seul et unique calendrier DocBébitte! Qui aura la chance de le remporter cette année?

Vous le savez déjà, DocBébitte est une initiative réalisée sur mon temps personnel, pour le plaisir d’apprendre et de partager mes apprentissages. Ainsi, le calendrier en est un inédit que j’offre en cadeau seulement à quelques membres de mon entourage – il n’est pas en vente, ne le cherchez pas dans un magasin près de chez vous!

Néanmoins, comme les années précédentes, j’offre une version à un lecteur chanceux qui sera choisi par le hasard!

Voici comment participer :

  • Vous devez posséder une adresse postale au Québec, où je pourrai vous envoyer ledit calendrier*;
  • Pour vous inscrire, écrivez-moi à DocBebitte@Outlook.fr en indiquant que vous souhaitez participer au tirage du calendrier 2024;
  • Veuillez vous inscrire avant le dimanche 24 décembre à 23h59.

Le tirage (un seul calendrier est à tirer) aura lieu dans les jours qui suivront ! D’ici là, bonne chance et je vous souhaite de très joyeuses fêtes!

Caroline, alias DocBébitte

*Veuillez noter que je me dégage de toute responsabilité liée à un bris lors du transport par Postes Canada. Merci pour votre compréhension.

Recto et verso du calendrier DocBébitte 2024… Qui sera le chanceux ou la chanceuse?

Histoire d’une photo: Guêpe parasitoïde et sa proie!

Avez-vous déjà vu une guêpe parasitoïde attraper une proie?

Ces guêpes, à l’affût d’une source de nourriture pour leur progéniture, attrapent parfois des proies plus grosses qu’elles.

C’est ce que mon conjoint et moi avons pu constater – photos et vidéos à l’appui – en juillet 2023, lors du congrès de l’Association des entomologistes amateurs du Québec (AEAQ) tenu à la Station de biologie des Laurentides.

D’ailleurs, si vous êtes membres de l’AEAQ, vous avez sans doute vu passer la photographie de mon conjoint sur ce sujet, en première page de l’édition Automne 2023 du bulletin Nouv’Ailes – un périodique conçu par l’AEAQ.

La scène que mon conjoint et moi avons observée. La même photo s’est retrouvée dans le bulletin Nouv’Ailes de l’AEAQ.

Nous avons observé ladite guêpe saisir, déplacer et relâcher sa proie, une grosse chenille vert pomme, à plusieurs reprises.

Que faisait-elle au juste?

Tout d’abord, la guêpe en question s’avère être une ammophile de l’espèce Ammophila procera (identification par l’équipe de Nouv’Ailes). Appartenant à la famille des Sphecidae, elle constitue une espèce commune en Amérique du Nord, avec une présence un peu plus sentie dans l’est du continent.

Il s’agit d’une grosse espèce de guêpe dont la longueur varie entre 25 et 38 mm et pour laquelle les femelles surpassent les mâles en taille. Sa robe est principalement noire et orange, mais son thorax est aussi orné de traits argentés, qui constituent un critère pour l’identification de l’espèce.

Les adultes se nourrissent principalement de nectar; une des sources que j’ai consultées mentionne qu’ils peuvent également manger de petits insectes. Toutefois, dans le but de nourrir leur progéniture, les femelles capturent des chenilles ou des larves de symphytes, d’autres hyménoptères qui incluent par exemple les tenthrèdes. Les larves de symphytes sont d’ailleurs souvent confondues pour des chenilles par beaucoup de gens et j’en parle dans ce billet sur les « imposteurs de chenilles ».

Que font les ammophiles avec ces proies?

C’est qu’elles sont des « parasitoïdes ». Elles ont besoin de parasiter un organisme vivant pour accomplir leur cycle de vie.

Pour ce faire, la femelle creuse d’abord un terrier en sols meubles (fins ou sableux). Elle bouche ensuite temporairement l’entrée de ce dernier, puis mémorise sa localisation en voletant un peu partout autour. Elle remarque les roches, les plantes ou les autres repères présents.

Quelques jours plus tard, elle revient au bercail et capture une proie qu’elle immobilise grâce au venin provenant de son aiguillon. Elle entreprend ensuite le transport de cette dernière en effectuant un curieux rituel de va-et-vient, saisissant et relâchant sa proie, comme illustré dans ma capsule vidéo ci-dessus. Bien que je n’aie pas trouvé la raison derrière ce comportement, je soupçonne qu’il pourrait être en partie dû à la taille imposante de la proie qu’elle doit déplacer. La guêpe doit peut-être prendre de petites pauses ou encore réajuster sa prise en cours de route.

Qu’à cela ne tienne, elle finit par ramener la proie dans son terrier, y pond un unique œuf, en ressort et bouche entièrement l’entrée. L’œuf éclot après environ deux jours. La larve qui en sort se nourrit pendant environ cinq jours de la chenille, paralysée, mais encore vivante. Elle forme ensuite sa pupe, toujours bien protégée au sein de son nid, avant sa transformation finale en adulte ailé.

Chaque femelle peut creuser plus d’un terrier. Il arrive qu’une femelle vole le nid d’une autre, en délogeant l’œuf pondu par la première pour le remplacer par son propre œuf. La proie étant déjà attrapée et maîtrisée, cela demande moins d’énergie!

La guêpe relâche sa proie à plusieurs reprises. Prend-elle une pause?

Une question qu’on me pose souvent sur les guêpes est de savoir si l’individu en question pique. Cette espèce d’ammophile va normalement fuir en présence de danger. Toutefois, elle est capable d’infliger une douloureuse piqûre si elle se sent coincée. Doigts trop curieux s’abstenir!

Autre question qui revient fréquemment : à quoi sert cet insecte?

Sachez qu’en tant qu’organisme parasitoïde, cette guêpe peut aider à réduire la population de chenilles qui, autrement, pourraient dévorer les feuilles des arbres et arbustes environnants. Elle entre aussi dans les chaînes alimentaires en nourrissant, entre autres, oiseaux et insectes prédateurs.

De plus, les adultes constituent des pollinisateurs utiles. Enfin, en creusant des terriers dans les sols meubles, les femelles contribuent à leur aération et au recyclage des nutriments.

Qu’en est-il de la pauvre proie?

Tout au long du présent billet, vous demandiez-vous : quelle est cette belle chenille verte?

Grosse prise pour cette guêpe! Il s’agit de l’hétérocampe du chêne.

Il s’agit de l’hétérocampe du chêne (j’ai aussi vu la chenille variable du chêne), Lochmaeus manteo (identifié par l’équipe de Nouv’Ailes).

Ce lépidoptère, commun dans l’est de l’Amérique du Nord, fait partie de la famille Notodontidae. L’adulte est un papillon de nuit comme on les voit souvent, dans les teintes de brun et de beige. Sa longueur est de 20 à 27 mm, alors que son envergure d’ailes est de 37 à 50 mm, ce qui en fait un assez gros papillon. La chenille, quant à elle, peut atteindre 45 mm.

Comme son nom le suggère, la chenille se retrouve sur les chênes, mais elle ne fait pas la fine bouche et est également susceptible de se délecter d’autres feuillus.

Fait intéressant, les sources consultées indiquent que la chenille peut projeter de l’acide formique pouvant irriter la peau.

L’histoire ne nous dit pas si la malheureuse chenille capturée par la guêpe ammophile a tenté de se défendre de cette façon. Tout ce que nous savons, c’est qu’une jeune guêpe en devenir en fera sans aucun doute un délicieux festin!

Pour en savoir plus

  • Association des entomologistes amateurs du Québec. 2023. La petite histoire d’une photo. Nouv’Ailes, 33 (2) : 4.
  • Beadle, D. et S. Leckie. 2012. Peterson field guide to moths of Northeastern North America. 611 p.
  • Biokids. 2000-2003. Ammophila procera. http://www.biokids.umich.edu/critters/Ammophila_procera/ (page consultée le 24 novembre 2023).
  • Bug Guide. 2023. Species Ammophila procera. https://bugguide.net/node/view/11119 (page consultée le 25 novembre 2023).
  • Bug Guide. 2023. Species Lochmaeus manteo – Variable Oakleaf Caterpillar Moth – Hodges #7998. https://bugguide.net/node/view/418 (page consultée le 25 novembre 2023).
  • Encyclopedia of Life. Ammophila procera Dahlbom 1843. https://eol.org/pages/2738892 (page consultée le 24 novembre 2023).
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • iNaturalist. 2023. Ammophila procera. https://inaturalist.ca/taxa/129147-Ammophila-procera (page consultée le 24 novembre 2023).
  • iNaturalist. 2023. Lochmaeus manteo. https://inaturalist.ca/taxa/153443-Lochmaeus-manteo  (page consultée le 24 novembre 2023).
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec. 620 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.

Joyeuse Halloween 2023!

Aimez-vous l’Halloween?

C’est ma fête préférée! Sorcières, araignées et bêtes étranges incluses!

Le prétexte est donc bon pour vous partager quelques-unes de mes chroniques préférées au sujet d’arthropodes dont l’allure semble tout droit tirée d’un film d’horreur.

Je vous souhaite une joyeuse Halloween… et de terrifiantes (bon, peut-être pas trop!) lectures!

Gagnante du concours 2023 : la vivipare chinoise par Mylène Roy

Ça y est : vous avez voté pour votre photo préférée de 2023!

Cette année, j’ai reçu un grand nombre de votes témoignant du fait que vous avez fait circuler toutes les belles photos du concours 2023 dans vos réseaux.

D’ailleurs, sur un des partages effectués, j’ai eu le plaisir de lire ce commentaire : « Toutes les photos sont vraiment cool et belles. Ça donne un beau point de vue sur ce merveilleux monde auquel on ne porte pas beaucoup d’attention. »

Objectif atteint! C’est la raison d’être du concours amical, de mettre en lumière ces fabuleux insectes (et autres invertébrés)!

Mais qui, au juste, a remporté le concours amical de 2023?

Il s’agit de Mylène Roy et son cliché d’une vivipare chinoise.

Félicitations à Mylène Roy qui a remporté le concours amical 2023!
Mention honorable à Jean-Michel Nadeau pour son joli sphinx colibri.

Chose promise, chose due, ladite photo est mise en vedette dans la présente chronique et je m’affairerai à vous parler dans quelques instants de cet invertébré à statut particulier.

Or, avant de commencer, j’aimerais chaleureusement remercier tous les participants qui nous ont fait voir de beaux invertébrés que l’on peut retrouver au Québec.

En particulier, j’offre une mention honorable pour la photographie « Sphinx colibri » de Jean-Michel Nadeau, qui s’est hissée sur la seconde marche du podium. Ce tout joli papillon en a charmé plus d’un!

La vivipare chinoise de Mylène Roy

La photo gagnante de 2023 présente un organisme au statut particulier : il s’agit d’une espèce exotique envahissante. Elle témoigne du fait que ces dernières sont bel et bien établies parmi nous. Hélas!

L’ironie du sort, c’est que, au moment où j’ai découvert la photographie gagnante, je venais de quitter un congrès international axé sur la biodiversité. Ce congrès mettait en lumière plusieurs facteurs contribuant au déclin global dans la biodiversité, parmi lesquels figuraient les espèces exotiques envahissantes. J’ai parlé du déclin dans la biodiversité, un sujet qui pique vivement ma curiosité, dans cette précédente capsule, si vous souhaitez en savoir plus.

Cela étant dit, qu’en est-il de la vivipare chinoise (Cipangopaludina chinensis)?

Lors de la soumission de sa photo, Mme Roy me précisait que le spécimen provenait du lac Champlain. C’est également Mme Roy qui a identifié l’espèce sur la photo – espèce que je ne connaissais pas encore pour ma part, bien que je m’intéresse beaucoup aux milieux aquatiques. Je peux donc vous dire que j’étais très curieuse d’en apprendre plus sur le sujet!

Concernant sa répartition, le site Faune-MELCCFP (2023) précise justement que l’espèce a été rapportée dans le sud de Montréal et dans le bassin versant du lac Champlain. Selon la même source, on la rencontre ailleurs au Canada, notamment dans le sud et l’est de l’Ontario, y compris le lac Érié, ainsi qu’en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse.

Pour ma part, j’avais pris en photo une affiche, lors d’une visite à l’automne 2022 à Les Trois Lacs, près de Val-des-Sources, qui indiquait que cette espèce s’y retrouvait. Malheureusement, elle a aussi été repérée dans le lac Matapédia, en Gaspésie, à l’été 2023 (Radio-Canada Ohdio, 2023).

La vivipare chinoise et la vivipare géorgienne ont élu domicile à Les Trois Lacs, un de plusieurs sites envahis au Québec.

Comme on le voit sur la photo de Mme Roy, la vivipare chinoise est un fort gros escargot qui peut atteindre une longueur de 7 cm. Il semble qu’une autre espèce, Heterogen japonica (pas de nom français dans les sources que j’ai consultées) puisse ressembler à la vivipare chinoise, bien que la coquille de cette dernière soit plus allongée. Sur iNaturalist, il n’y avait pas encore d’occurrences notées pour le Québec, mais on voit qu’elle est introduite aux États-Unis et est maintenant aux portes du Canada, au sud de l’Ontario.

La vivipare géorgienne, qui est un autre envahisseur de bonne taille présent au Québec, se distingue par sa couleur plus pâle, affichant une teinte beige avec une ligne brunâtre qui serpente autour de la spirale de la coquille. Elle se démarque de la vivipare chinoise mature, qui présente des tons plus sombres allant du vert olive, au brun verdâtre et même au brun rougeâtre.

La vivipare chinoise vit en eau douce, de 20 cm jusqu’à 3 mètres de profondeur, dans les milieux à débit faible ou nul, où le substrat est meuble (boueux ou limoneux). Il peut s’agir de rivières, d’étangs, de lacs ou même de fossés en bordure des routes. Sa durée de vie est de quatre à cinq ans.

Comme toute espèce exotique envahissante, il s’agit d’une espèce tolérant un vaste éventail de conditions environnementales. Ainsi, elle tolère un grand gradient de températures (0 à 30 °C), de conditions environnementales (dont des milieux pollués), survit aux hivers froids et peut supporter une exposition prolongée à l’air libre (résiste à la dessiccation).

La femelle peut produire annuellement jusqu’à 65 rejetons. Selon Mme Chalifour, interviewée par Radio-Canada Ohdio (2023), elle a pour particularité de garder ses rejetons dans sa coquille et de les relâcher peu à peu, des mois de mai à octobre. Ces derniers, d’une taille d’environ 5 mm, sont déjà entièrement formés avec leur toute petite coquille.

Notre gastéropode est originaire de l’Est de la Russie et du Sud-Est asiatique. Il aurait été introduit au Canada et aux États-Unis par plusieurs biais : commerce associé à l’aquariophilie et aux jardins d’eau, introduction comme ressource alimentaire, et transport vers de nouveaux sites par les plantes aquatiques demeurées accrochées aux embarcations et équipements associés.

Au Québec, sa présence a été notée pour la première fois en 2003… dans le lac Champlain! L’observation de Mme Roy n’est donc pas une surprise, malheureusement!

Comme la vivipare chinoise est de grande taille et qu’elle peut atteindre d’impressionnantes densités – 40 individus par mètre carré –, elle peut avoir d’importantes répercussions sur son environnement. Par exemple, à cause de sa taille et de son abondance, elle peut obstruer les prises d’eau et constituer une nuisance aux baigneurs par l’amoncellement de ses coquilles sur les berges et les fonds sableux.

De plus, comme elle mange les algues qu’elle racle sur divers substrats, elle peut contribuer au déclin dans la biodiversité et l’abondance de cette ressource, qui est à la base de plusieurs chaînes alimentaires aquatiques. Ainsi, elle diminue la quantité de nourriture disponible pour les autres espèces d’escargots indigènes ou pour d’autres brouteurs aquatiques.

Une chose que j’ai souvent remarquée, œuvrant dans le domaine de l’environnement, c’est qu’il est difficile de se débarrasser d’une espèce exotique envahissante une fois qu’elle s’est installée. En ce qui concerne la vivipare chinoise, je trouve peu de conseils pour s’en départir, hormis une note sur l’utilisation du sulfate de cuivre qui permettrait de contrôler certaines espèces envahissantes d’escargots. Toutefois, l’ajout de produits en milieux aquatiques est un sujet délicat : ils ont le potentiel d’affecter d’autres espèces non ciblées et leur utilisation nécessite par conséquent un examen minutieux.

En outre, d’après les sources consultées, la méthode privilégiée pour contrer la propagation des vivipares chinoises semble davantage être de prévenir leur introduction sur de nouveaux sites. Cela implique des mesures telles que le nettoyage des embarcations, des remorques et des équipements associés avant de changer de plan d’eau. De plus, il est recommandé de s’abstenir de vidanger des produits d’étangs ou d’aquariophilie, comme des plantes aquatiques, dans les milieux naturels. Il est aussi pertinent d’apprendre à identifier ces gastéropodes et de signaler leur présence aux autorités concernées ou aux acteurs du milieu, comme les organismes de bassins versants, s’ils sont repérés. En cas de doute, prenez des photos!

Enfin, j’entends certains d’entre vous demander : peut-on les manger? Avouez que ce serait une bonne façon de diminuer leurs populations!

Sachez que la vivipare chinoise figure au menu depuis des millénaires en Asie. Néanmoins, mes lectures m’apprennent que cet escargot pourrait transmettre des vers parasitaires intestinaux aux personnes qui le consomment. Bien que cela soit avéré en Asie, il est encore inconnu, au moment d’écrire ces lignes, si cela peut être le cas en Amérique du Nord. Bref, si vous aviez l’intention de vous cuisiner des escargots à l’ail, il serait plus prudent d’opter pour une autre espèce… du moins pour l’instant!

Voilà qui termine la chronique mettant en vedette la photo gagnante du concours de 2023! Je remercie à nouveau les participants, mais aussi toutes les personnes qui ont pris le temps de voter. Et félicitations encore une fois à Mylène Roy de nous avoir fait découvrir un nouvel organisme – cette fois-ci avec un statut d’espèce envahissante – malheureusement bien établi au Québec!

Pour en savoir plus

400e publication de blogue ! Le silphe marginé : un charognard surprenant !

Pour célébrer cette 400e publication de la page docbebitte.com, je vous ai soumis, il y a quelques semaines, trois sujets pour lesquels voter :

  • #1. Photographier les mouches : quoi viser pour mieux les identifier ?
  • #2. Le silphe marginé : un charognard surprenant !
  • #3. La dolomède triton : une araignée qui aime l’eau !

La lutte a été chaude, avec 8 votes pour les thèmes 1 et 3, alors que le thème du silphe récoltait 9 votes. C’est donc de ce coléoptère original que je vais vous entretenir !

À noter que, pendant que je préparais les présentes lignes, j’ai reçu un vote tardif pour le thème 3… Créant l’égalité ! Visiblement, tous les thèmes mentionnés vous intéressent, chers lecteurs ! Je note donc de vous parler des autres sujets prochainement !

Mais, pour l’instant, place à la 400e publication ! Le silphe marginé : un charognard surprenant !

Le silphe marginé (Oiceoptoma noveboracense) est un coléoptère qui appartient à la famille Silphidae. Les membres de cette famille se nourrissent de cadavres ou de végétation en décomposition, selon l’espèce. Ce sont des nécrophages.

Les silphes marginés adultes sont d’assez grande taille (10 à 15 mm, selon les sources) et figurent parmi les plus gros – et souvent les plus colorés – organismes retrouvés sur des animaux en décomposition. Diurnes, ils nous donnent d’ailleurs l’occasion de les observer en plein jour !

En plus de se nourrir de cadavres, les adultes consomment des œufs de mouches, ainsi que leurs larves (des asticots), qui s’affairent elles aussi à dévorer le cadavre. Selon Evans (2014), on peut également les observer mangeant des champignons ou encore buvant la sève s’écoulant d’arbres blessés.

Le silphe marginé est reconnaissable par son pronotum (la partie située immédiatement sous la tête en vue dorsale) : il est noir bordé d’orange-rouge vif (certaines sources parlent de couleur saumon), d’où le nom « marginé ». Le bout de ses antennes est flanqué de « massues ». Outre la petite touche de couleur sur le pronotum, le reste de l’individu est noir ou brun foncé. On le distingue de son cousin, le silphe d’Amérique (Necrophila americana), dont le pronotum possède plus d’orange encerclant une plus petite tache noire.

Distinction entre le silphe d’Amérique, à gauche, et le silphe marginé, à droite.

Tout comme l’adulte, les larves sont nécrophages, mais se nourrissent également des œufs et des larves de mouches. Fait surprenant, quand j’ai initialement pris les photos et vidéos qui accompagnent la présente chronique, je croyais que les très abondants organismes présents aux côtés des silphes adultes étaient une sorte de cloporte que je ne connaissais pas. Il faut dire que, contrairement à mes habitudes, je ne m’étais pas grandement approchée du cadavre et je n’avais pas manipulé les arthropodes qui y grouillaient. Vous me comprendrez sans doute !

Bref, il s’avère que les larves du silphe marginé ont un corps compact de couleur brun-gris, très similaire à celui des cloportes. Cependant, on les distingue par le fait qu’ils ont une tête bien définie et six pattes – les cloportes en possèdent davantage. Le pourtour de leur corps est bordé par une couleur plus pâle, ce qui n’est pas le cas des larves du silphe d’Amérique, uniformément sombres. Cela lui sied bien étant donné son nom français « marginé » !

Le silphe marginé adulte, en haut à droite, et une larve dont les pattes et la tête sont visibles, en bas à gauche.

Le silphe marginé se rencontre des grandes plaines du centre du continent, jusqu’à l’est, dans les Maritimes. Dans la partie ouest de son aire de distribution, il est plus couramment retrouvé dans les prairies, alors qu’on le rencontre davantage dans les zones forestières, souvent des forêts décidues, dans la partie est. Pour ma part, j’ai fait la rencontre de ce coléoptère en faisant de la randonnée dans le Parc national du Lac-Témiscouata. Les traces de cerfs de Virginie étaient extrêmement abondantes : nombreuses crottes le long des sentiers, ainsi que des os et des poils de deux individus décédés près des sentiers, ce qui nous a permis de faire les fascinantes observations que je vous relate. D’ailleurs, vous l’entendrez dans la vidéo ci-jointe, les randonneurs qui m’accompagnaient se sont moqués un peu de ma fascination pour ces insectes dont le menu laissait à désirer…

Les adultes du silphe marginé survivent à l’hiver et émergent tôt au printemps pour se reproduire. Lors de mes recherches, je suis tombée sur un article scientifique examinant notamment l’arrivée de décomposeurs sur une carcasse de porcelet qui avait passé l’hiver à l’extérieur (Grégoire Taillefer et Giroux, 2021). Bien que des espèces de diptères furent les premières à trouver la carcasse, les silphes marginés sont tout de même apparus en assez grande abondance dès la mi-mai. Sans doute que la stratégie de traverser les rigueurs de l’hiver sous forme adulte leur permet d’être actifs assez rapidement le printemps venu.

Avis aux collectionneurs : Dubuc (2007) indique que les silphes peuvent être attirés par un piège-fosse contenant des restes de viande. On peut donc facilement les y attraper. Il recommande cependant de manipuler les spécimens avec précaution (ex.: portez des gants ou utilisez des pinces) et les tremper dans l’alcool à 70 % ou plus avant d’en faire quoi que ce soit, question de tuer les bactéries… Et peut-être les odeurs, qui sait ?!

J’aime relater mes observations d’insectes de toutes sortes, dont certaines se font dans des circonstances jugées macabres par certains. Oui, oui, j’ai notamment reçu des commentaires d’internautes répugnés par le fait que je filme des asticots dévorant une hermine retrouvée morte dans ma remise. Pourquoi prendrais-je donc le risque de vous présenter ces organismes ?

C’est que, malgré leurs mœurs qui ne plaisent pas à tous, il s’agit d’insectes fort utiles.

Les silphes marginés sont en effet utilisés en entomologie judiciaire. La présence des différents stades (larves et adultes), combinée avec la présence d’autres organismes comme les asticots (larves de diverses espèces de mouches), permettent d’obtenir des renseignements sur le moment du décès. Ces renseignements inestimables peuvent contribuer à attraper les contrevenants et résoudre des crimes.

D’ailleurs, je vous fais un aveu : je suis présentement en train de réécouter la série « Bones » au grand complet et, bien que j’adore le personnage principal, Temperance Brannon, surnommée « Bones », le Dr. Jack Hodgins, entomologiste s’autoproclamant roi du laboratoire, m’amuse tout particulièrement. Quel fascinant boulot… même vu au travers d’une télésérie !

Je referme la parenthèse pour revenir sur l’utilité des silphes. En plus de permettre d’attraper les « méchants », les silphes participent à la décomposition et au recyclage de la matière organique et des substances nutritives qu’elle contient dans l’environnement. Ils contribuent par conséquent grandement au bon fonctionnement de nos écosystèmes !

La prochaine fois que vous verrez ces insectes nécrophages, saluez-les pour leur beau travail ! Macabres ou pas, ils ont leur place parmi nous !

Joli coléoptère, malgré sa diète qui suscite le dégoût !

Pour en savoir plus