Reconnaître les macroinvertébrés aquatiques d’eau douce – Partie 2

Il y a trois semaines, j’amorçais un petit « cours 101 » d’identification des invertébrés d’eau douce où je vous entretenais plus particulièrement au sujet des invertébrés non-arthropodes et des arthropodes non-insectes (cette chronique).

Cette semaine, nous abordons le troisième groupe : les insectes proprement dits. Selon Voshell (2002), on distingue les insectes aquatiques des deux autres catégories précédemment survolées par le fait qu’ils possèdent une capsule céphalique visible munie d’un rostre, de mandibules ou de crochets, ainsi que zéro ou trois paires de pattes segmentées. Cela est exact la plupart du temps, quelques insectes étant munis de pièces buccales (et de portions de capsule céphalique) dissimulées et si discrètes qu’on pourrait croire qu’ils n’en possèdent pas… et les confondre pour un arthropode non-insecte!

La leçon à en tirer? Quand l’invertébré a une tête et six pattes, vous pouvez être certains qu’il s’agit d’un insecte! Sinon, il faut l’examiner de plus près!

Cela dit, avant de commencer notre petit cours, je vous avise encore une fois que je vous ferai un portrait des principaux groupes communément retrouvés (si je me fie à ma propre expérience, ainsi qu’aux groupes abordés dans Voshell (2002)), mais qu’il existe quelques autres ordres dont on peut retrouver des membres en eau douce, comme les lépidoptères, les névroptères ou les orthoptères, par exemple. Il existe de très bons guides d’identification qui vous en feront un portrait plus complet; ceux-ci sont présentés dans la section « Pour en savoir plus » et je vous invite à les consulter. Pour ceux qui ne seraient pas à l’aise de lire dans la langue de Shakespeare, j’y cite notamment d’intéressants travaux réalisés au Québec par le Groupe d’éducation et d’écosurveillance de l’eau et le Ministère du Développement durable de l’Environnement et de la Lutte contre les Changements climatiques.

Êtes-vous prêts? Commençons!

Vous êtes certains de faire face à un insecte? Si oui, la seconde question à se poser, qui sert à préciser à quel ordre appartient l’individu examiné, est la suivante : à quoi ressemblent les pattes? Sont-elles présentes (trois paires de pattes)? Sont-elles absentes? Sont-elles plutôt agglutinées le long du corps comme les membres d’une momie? Si l’insecte observé n’a aucune patte et ne ressemble pas à une momie, vous faites face à une larve de diptère (mouches et compagnie)! S’il fait penser à une momie, il s’agit fort probablement d’une pupe (stade de développement situé entre la larve et l’adulte, comme la chrysalide d’un papillon) de diptère ou de trichoptère.

Larves diptères
Larves de diptères : maringouin (Culicidae) à gauche et chironome (Chironomidae) à droite
Pupes_Tricho et diptères
Pupe de trichoptère (haut) et pupes de diptères (bas)

L’insecte a six pattes? Vous aurez à vous poser des questions supplémentaires. On vous fait travailler, quoi! Ces questions comprennent :

  • Observe-t-on la présence d’ailes complètement développées et utilisées pour le vol?
  • Observe-t-on la présence de fourreaux alaires, soit des ailes en développement repliées dans des étuis visibles sur la portion dorsale du thorax?
  • Les ailes ou les fourreaux alaires sont-ils complètement absents?

Deux ordres d’insectes aquatiques sont généralement munis d’ailes matures et peuvent se déplacer hors de l’eau en volant s’ils le souhaitent : les hémiptères et les coléoptères adultes. Les hémiptères portent un rostre et leurs ailes antérieures, qui sont partiellement rigides, se croisent. Ils comprennent notamment les gerridés, les punaises d’eau géantes et les notonectes. Les coléoptères se distinguent des hémiptères par leurs mandibules (plutôt qu’un rostre) et leurs ailes antérieures entièrement rigides (élytres) qui recouvrent largement l’abdomen. Les plus connus sont sans doute les gyrins, les dytiques et les hydrophiles, mais de plus petites espèces comme les elmidés sont également très communs dans nos rivières. En début de paragraphe, j’indique que ces ordres sont « généralement » munis d’ailes. Il importe en effet de préciser que les hémiptères immatures n’auront pas d’ailes bien développées, alors que les larves de coléoptères prennent une forme complètement différente de l’adulte (voir vers la fin de la présente chronique). De même, j’avais notamment mentionné dans cette chronique que le polymorphisme alaire est fréquent chez les gerridés, faisant en sorte que l’on retrouve des individus matures ne possédant pas d’ailes. Cela souligne l’importance de ne pas regarder qu’un seul critère lorsque l’on identifie un insecte!

Hémiptère-Coléoptère
Insectes munis d’ailes développées : hémiptère (gerridé) à gauche et coléoptère (dytique) à droite

En ce qui concerne la présence de fourreaux alaires, trois ordres ressortent : les éphémères, les plécoptères et les odonates. Les odonates se distinguent des deux premiers ordres par leurs mâchoires rétractables qu’ils maintiennent repliées sous leur tête. Leurs puissantes mandibules forment un masque et se situent au bout de ce qui ressemble à une trompe – caractéristique propre à cet ordre d’insectes. De plus, aucune branchie ne longe leur thorax ou leur abdomen. Les deux sous-ordres d’odonates (anisoptères et zygoptères) sont assez différents, les anisoptères étant plus robustes et complètement dépourvus de branchies externes, alors que les zygoptères sont davantage filiformes et arborent trois branchies en forme de feuille tout au bout de leur abdomen.

Ce qui m’amène à vous parler des éphémères. Ces insectes se caractérisent par la présence de deux à trois « queues » (deux cerques et un filament médian) au bout de leur abdomen. Un œil non averti pourrait confondre les trois branchies des zygoptères pour ces trois appendices. Toutefois, ceux des éphémères sont filiformes; ils ne ressemblent aucunement à des feuilles aplaties. Par ailleurs, la partie dorso-latérale de l’abdomen des éphémères est parcourue d’une allée de branchies visibles à l’œil nu, en particulier si ces derniers sont immergés. La majorité des éphémères portent trois appendices, mais certains en ont deux. Ce qui complique les choses…

Pourquoi? Eh bien, sachez que les plécoptères arborent toujours deux « queues » (cerques) et ressemblent à certains éphémères aplatis comme les Heptageniidae. Heureusement, ils n’ont pas de branchies sur la portion dorso-latérale de l’abdomen, quoique certaines familles en portent sur la portion ventrale du thorax ou de l’abdomen. Une façon plus sûre de distinguer ces deux ordres est d’examiner le nombre de griffes au bout de chaque patte : alors que les éphémères n’en ont qu’une, les plécoptères en ont deux! Voilà qui est aidant!

Odonate-Éphémère-Plécoptère
Insectes qui possèdent des fourreaux alaires. De gauche à droite : Odonate, éphémère et plécoptère
Zygoptère-Éphémère
Branchies terminales d’un zygoptère (gauche) et cerques et filament médian (trois « queues ») d’un éphémère (droite)

Or, les choses se corsent pour notre dernière catégorie : les insectes qui n’ont ni ailes complètement développées ni fourreaux alaires. Bien sûr, un premier élément à vérifier est que l’on ne fait pas face à un individu immature ou peu développé d’un des ordres cités ci-dessus. Les hémiptères immatures n’ont pas encore d’ailes, mais la présence d’un rostre devrait vous guider sur la bonne voie! Il en est de même pour nos odonates, plécoptères et éphémères dont le stade de développement est peu avancé : il vous sera difficile de percevoir les fourreaux alaires et vous devrez bien examiner les autres caractéristiques qui leur sont propres! Si l’on exclut ces cas, il reste tout de même trois ordres fréquemment observés qui font partie de cette catégorie : les mégaloptères, les trichoptères et les larves de coléoptères. Il faut être attentif à plusieurs critères pour distinguer ces ordres : présence de filaments de chaque côté de l’abdomen, nombre de griffes au bout des pattes, présence de fausses pattes ou d’un filament au bout de l’abdomen, etc.

Les mégaloptères et les trichoptères ont l’abdomen mou, comme une chenille. Toutefois, les mégaloptères possèdent des branchies en forme de filaments de chaque côté de l’abdomen et deux griffes par pattes. Selon la famille concernée, l’abdomen se terminera soit par un long filament unique (Sialidae) ou par deux fausses pattes munies chacune de deux crochets (Corydalidae). Les trichoptères, quant à eux, ont une seule griffe par patte et aucun filament latéral, quoiqu’ils puissent avoir des branchies ventrales (cas des Hydropsychidae). L’abdomen se termine par deux crochets simples. De plus, ils sont souvent retrouvés dans des fourreaux construits à l’aide de brindilles et de petites roches (voir cet article).

Mégaloptère-Trichoptère
Mégaloptère (Corydalidae) en haut et trichoptère muni de branchies ventrales (Hydropsychidae) en bas

Ce sont les larves de coléoptères qui viennent mêler les cartes. Selon la famille étudiée, ces larves peuvent présenter des attributs similaires à plusieurs des ordres déjà abordés, comme des filaments latéraux (larves de gyrins; voir cette photo), la présence d’une ou de deux griffes et même de deux « queues » au bout de l’abdomen (larve de dytique). Il faut par conséquent prendre soin d’observer et de noter ces différentes caractéristiques et de ne pas seulement se fier à un seul critère (quoique cela soit aussi vrai pour la majorité des invertébrés que vous identifierez!). C’est la présence combinée de plusieurs caractéristiques qui vous permettra de confirmer l’ordre.

Coléoptères aquatiques
Deux exemples de larves de coléoptères : Elmidae à gauche et Dytiscidae à droite

Voilà, vous êtes prêts pour amorcer l’identification de vos prochaines prises, qu’elles soient en cliché ou pour une collection! Pour peaufiner vos recherches, ainsi que pour en apprendre davantage sur l’écologie des invertébrés aquatiques, je vous invite à consulter les différentes sources présentées dans la section « Pour en savoir plus ». Comme mentionné d’emblée, je ne vous ai brossé qu’un bref portrait de la situation et les guides existants sauront vous en dire plus!

Pour en savoir plus

  • Groupe d’éducation et d’écosurveillance de l’eau. Les capsules du G3E – Macroinvertébrés. http://www.g3e-ewag.ca/programmes/capsules/biologie/faune/macroinvertebres.html
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Mon premier pseudoscorpion!

Je me permets, dans le cadre de cette courte capsule, de partager avec vous des images et une vidéo d’un pseudoscorpion retrouvé hier dans mon humble demeure!

Dans le cadre d’une chronique du mois de mai, je vous avais fait part d’une découverte effectuée par une de mes collègues de travail. J’ai été étonnée, à la suite de la publication de cette chronique, d’avoir des nouvelles de plusieurs lecteurs qui disaient en avoir observé chez eux. Pourtant, je n’en avais jamais vu pour ma part. C’est maintenant chose faite! Je vous invite donc à visionner la vidéo ci-dessous et à apprécier les photographies de ce spécimen bien vivant – que j’ai tâché de déposer dans un endroit sûr de la maison après l’avoir examiné sous toutes ses coutures!

Vidéo du pseudoscorpion en mouvement

Pseudoscorpion vivant_1
Découverte d’un pseudoscorpion dans ma salle de bain
Pseudoscorpion vivant_2
Même pseudoscorpion observé à l’aide de mon stéréomicroscope

Concours amical de photographie d’invertébrés 2015 – Rappel!

N’oubliez pas que vous avez jusqu’au 21 août 2015 pour soumettre vos clichés afin de participer au concours amical de photographie d’invertébrés de cette année!

Pour obtenir des détails sur le fonctionnement, veuillez vous référer à cette chronique.

Photo Caro et éphémère
DocBébitte est à l’œuvre… Et vous?

J’en profite également pour donner quelques précisions sur des questions qui m’ont été posées :

  • Les photos peuvent avoir été prises dans le passé; elles n’ont pas besoin d’avoir été prises cet été;
  • Les photos doivent idéalement représenter un invertébré que l’on peut retrouver au Québec, bien qu’elles puissent avoir été prises hors du Québec (provinces canadiennes, états américains…);
  • Misez sur des photos de bonne qualité (évitez les photos floues)!

Bonne chance!

Reconnaître les macroinvertébrés aquatiques d’eau douce – Partie 1

Hirudinea_micro
Vue dorsale d’une sangsue en phase d’étirement; on voit les yeux à droite
Gastropoda marée basse
Escargot rampant à marée basse

J’ai eu le plaisir, lors du dernier congrès de l’Association des entomologistes amateurs du Québec (AEAQ) tenu à Waterville, d’animer un atelier d’introduction aux macroinvertébrés d’eau douce. Il ne m’en fallait pas plus pour juger bon de vous faire part de quelques trucs et astuces qui s’avèreront utiles pour identifier des individus pris en clichés ou capturés (selon vos champs d’intérêts, bien sûr!). Étant donné que les invertébrés d’eau douce (lacs, rivières, étangs) sont relativement méconnus, j’espère que ce premier contact vous sera instructif!

Avant de démarrer, je souhaite souligner que, dans la présente chronique, je n’aborderai que les principales catégories d’invertébrés qui se voient à l’œil nu (dits « macroinvertébrés »). Il y aurait matière à écrire beaucoup plus pour tout ce qui est approximativement de la taille d’un grain de sable en descendant, ce que je ne ferai pas dans le présent cas! Par ailleurs, je ne serai pas complètement exhaustive et miserai sur les invertébrés les plus communément observés dans nos lacs et rivières du Québec méridional – avec un petit penchant pour les rivières compte tenu de mon expérience passée à cet effet.

En un premier temps, il importe de mentionner que l’on retrouve trois grandes catégories d’invertébrés dans les milieux aquatiques d’eau douce: 1) les invertébrés non-arthropodes, 2) les arthropodes non-insectes et 3) les insectes proprement dits.

Les non-arthropodes se distinguent des arthropodes par les caractéristiques suivantes : ils ne possèdent ni pattes, ni capsule céphalique (tête) munie de rostre, mandibules ou crochets – à noter cependant que cette dernière peut parfois être dissimulée chez certains insectes. C’est l’absence combinée de ces deux critères qui importent, certaines larves d’insectes n’ayant pas de pattes, mais une tête développée – j’en parlerai ultérieurement.

Identification_Schéma_CAnderson
Critères d’identification des invertébrés d’eau douce, adapté de Voshell (2002)

Le groupe des non-arthropodes inclut des organismes au corps mou et allongé comme les sangsues, les vers de terre aquatiques, les vers ronds (Nématodes et nématomorphes) et les vers plats. Il comprend également des mollusques, organismes au corps mou mais dotés d’une carapace, comme les moules et les escargots. Les sangsues et les vers de terre sont des annélides (Embranchement Annelida). Cela signifie que leur corps est couvert de petits sillons, tels des anneaux. C’est une bonne façon de les distinguer d’autres invertébrés qui ont une forme de ver, comme les nématodes (Nematoda) et les nématomorphes (Nematomorpha), mais qui ne possèdent pas d’anneaux. Les sangsues possèdent de petits yeux sur les premiers segments situés à l’avant (vue dorsale), ainsi que deux disques localisés à chaque extrémité et destinés à la « succion » (vue ventrale) qui leur permettent de demeurer accrochées au substrat (ou à une proie). Les vers de terre aquatiques (sous-classe Oligochaeta), quant à eux, ne présentent pas ces caractéristiques et sont relativement uniformes, ce qui permet de les différencier des sangsues. Selon l’espèce en cause, ils peuvent être aussi fins qu’un cheveu ou encore atteindre la taille des vers de terre « terrestres » que nous connaissons bien.

Nematomorpha
Nématomorphe recueilli dans la rivière du Cap-Rouge, Québec

Fait intéressant, vous connaissez sans doute les nématomorphes (aussi nommés vers gordiens) à cause de leur propension à parasiter des invertébrés… et à s’en extirper si l’invertébré en question est tué. Vous avez probablement vu sur Internet, comme moi, quelques vidéos de très longs « vers » qui sortent du corps d’invertébrés, un peu à l’instar du monstre « Alien » qui sort du corps d’un humain (cette vidéo, par exemple, qui est devenue très populaire sur YouTube). Il s’agissait de nématomorphes!

Les vers plats, de leur côté, font partie d’un tout autre embranchement : Platyhelminthes (Classe : Turbellaria). Leur corps n’est pas segmenté et a une forme plutôt aplatie (voir cette image). De plus, on peut apercevoir deux yeux à l’avant du corps. Les vers plats d’eau douce sont largement méconnus, notamment parce qu’ils sont généralement petits et qu’ils se dissimulent très bien dans l’environnement. Ils ressemblent à de petits débris mous, arborant des couleurs sobres comme le brun, le gris et le noir. J’en ai rarement vu en rivières, ceux-ci affectionnant davantage les milieux à courant lent selon Voshell (2002).

La deuxième catégorie d’invertébrés d’eau douce dont je veux vous entretenir porte sur les arthropodes non-insectes. Comme mentionné plus haut, les arthropodes sont habituellement dotés d’une capsule céphalique assez développée (ou minimalement d’appendices buccaux visibles comme des crochets) et, la plupart du temps, de pattes segmentées. Les arthropodes non-insectes sont munis de 4 à 7 paires de pattes, alors que les insectes en possèdent 3 ou aucune.

Décapoda
Les écrevisses n’ont pas besoin de description!
Amphipoda Port-au-Saumon
Exemple d’amphipode (celui-ci a toutefois été collecté en milieu marin)

Ils comprennent tout d’abord les mites d’eau (photo), membres de la classe des arachnides. Ces dernières, généralement appelées Hydracarina ou Hydrachnidia, ont huit pattes et sont de petite taille – presque microscopique (1 à 3 millimètres). Elles sont abondantes en eaux douces et j’en ai souvent retrouvé dans mes échantillons pris en rivières au Québec. Elles sont faciles à reconnaître, puisqu’elles ressemblent à de petits acariens (elles font d’ailleurs partie de l’ordre Acariformes).

Les arthropodes non-insectes incluent aussi les écrevisses, les amphipodes – de petites crevettes d’eau douce – et les asellidés, des isopodes aquatiques apparentés aux cloportes. Il s’agit dans les trois cas de crustacés (sous-embranchement Crustacea). Ils se distinguent aisément : les écrevisses sont munies de pinces et ressemblent à de petits homards. Ils ont cinq paires de pattes au total. Les asellidés (Asellidae) sont aplatis sur le plan horizontal et portent sept paires de pattes (voir cette photo). Les amphipodes sont couramment appelés gammares bien que ce ne soient en réalité pas tous les individus observés en eaux douces qui fassent partie de la famille Gammaridae. Ceux-ci possèdent également sept paires de pattes comme les isopodes, mais ils sont aplatis sur le plan latéral. D’autres espèces de crustacés sont retrouvées en eaux douces, mais on les observe habituellement surtout en lacs (quoique présentes dans les rivières élargies ou dans les tronçons situés en aval de barrages), alors que j’ai fréquemment collecté des écrevisses, des gammares et des asellidés dans les rivières du Québec. Ces autres groupes pourront sans doute faire l’objet de futures chroniques!

Pour ce qui est de la troisième grande catégorie, les arthropodes qui sont des insectes, celle-ci comprend de nombreux ordres. J’aborderai les principaux ordres d’insectes retrouvés en eaux douces québécoises dans le cadre de la prochaine chronique.

Bonne identification d’ici là!

 

Vidéo 1. Sangsues sous une roche soulevée à marée basse (Cap-Rouge, Québec)

 

Vidéo 2. Ver gordien (Nématomorphe) recueilli dans la rivière du Cap-Rouge, Québec

 

Pour en savoir plus

De quel bois je me chauffe : portrait de quelques insectes xylophages

Larves xylophages
Larves et pupes de xylophages en « démonstration » lors du congrès

Le thème du congrès de l’AEAQ de cette année portait sur les insectes xylophages – c’est-à-dire qui se nourrissent du bois des arbres morts ou vifs. Il s’agit d’un groupe d’insectes que je connais très peu. Jusqu’à maintenant, je n’avais parlé que des longicornes (cette chronique) qui sont considérés comme des xylophages, puisque les larves croissent dans le bois et s’y nourrissent.

Dans le cadre du congrès, j’ai pu apprendre de nombreux faits intéressants au sujet de plusieurs espèces. J’ai choisi de faire un bref survol de trois d’entre elles : le longicorne étoilé ou longicorne asiatique (Anoplophora glabripennis), l’agrile du frêne (Agrilus planipennis) et le tremex (Tremex columba). Ce sont messieurs Jean Lanoie et Serge Laplante qui, pendant le congrès, nous ont entretenus sur ces espèces et plus encore – je tiens donc à les remercier pour ces apprentissages! Naturellement, je me suis aussi permis de fouiller dans mes livres et sur Internet pour en savoir davantage. Alors, je me lance!

Agriles du frêne_Réduit
Agriles du frêne vus de mon stéréomicroscope (gracieuseté de Stéphane Dumont, lors du congrès)
Agrile et longicorne étoilé_Réduit
Cartes qui indiquent la taille et la forme des trous d’émergence de l’agrile du frêne et du longicorne étoilé (mon pouce en référence!)

Le longicorne étoilé est un coléoptère de la famille des Cerambycidae. Ce longicorne constitue une espèce introduite en Amérique du Nord qui suscite maintes inquiétudes. Il est considéré comme envahissant et s’attaque à des arbres en santé, provoquant la mort de populations d’intérêt. En particulier, il affectionne les érables et divers feuillus comme les peupliers, les bouleaux et les saules. Dans le livre « Les insectes du Québec », Yves Dubuc indiquait que l’espèce n’avait pas encore été recensée au Québec au moment de la publication du guide en 2007. Cette dernière est cependant présente en Ontario où des mesures sont prises pour éviter sa propagation. Ce longicorne est assez facile à identifier : tout noir, il est orné de taches blanches qui font penser à des étoiles. À noter que la femelle du longicorne noir lui ressemble passablement. Comme cette dernière est commune au Québec, il faut s’assurer de bien identifier les individus avant de crier au loup! Pour plus de détails, comparez cette photo de longicorne noir (femelle) avec cette photo de longicorne étoilé.

L’agrile du frêne est un autre coléoptère introduit en Amérique du Nord et de nature envahissante. Il fait partie de la famille Buprestidae. Ce joli bupreste porte une robe aux reflets métalliques où le vert domine, mais il ne faut pas se laisser séduire par cette beauté. Il s’agit en effet d’un redoutable xylophage capable de décimer des populations de frênes. Contrairement au longicorne étoilé, l’agrile du frêne a été détecté à plusieurs endroits au Québec (voir cette carte pour les zones réglementées).

Pour éviter la propagation du longicorne étoilé et de l’agrile du frêne, l’Agence canadienne d’inspection des aliments recommande fortement de ne pas déplacer le bois de chauffage. Celui-ci est un vecteur de dispersion de ces deux espèces envahissantes. Ce sont en particulier les larves qui rongent le bois et qui risquent davantage d’être déplacées vers de nouveaux sites à coloniser. Aussi, l’Agence suggère d’être attentif aux signes d’invasion par ces coléoptères. Au congrès de l’AEAQ, on nous a remis deux cartes sur lesquelles on peut voir la forme et la taille du trou taillé dans les arbres par les deux espèces respectives. J’ai photographié ces dernières à titre informatif, mais vous pourrez en savoir plus en consultant le site de l’Agence. Enfin, les ornithologues amateurs seront heureux de savoir qu’ils peuvent encourager les pics à visiter leur terrain, puisque ce sont des prédateurs naturels des larves de xylophages.

Tremex columba
Tremex columba photographié lors du congrès

Finalement, j’ai fait la connaissance de Tremex columba, un hyménoptère à l’allure particulière. Le corps robuste et cylindrique, le tremex  n’a pas l’apparence d’un hyménoptère traditionnel à la taille de guêpe. Il s’agit en fait d’un membre du sous-ordre Symphyta, caractérisé par un abdomen fortement réuni au thorax. Le tremex photographié lors du congrès est une femelle. On voit bien son ovipositeur. C’est de cet appendice que se servent les femelles pour pondre leurs œufs dans le bois. Elles favorisent les feuillus tels les érables, les chênes et les hêtres. Contrairement aux deux individus précédents, le tremex est une espèce native. De plus, il préfère les arbres mourants ou morts. Ces deux caractéristiques font en sorte qu’il ne s’agit pas d’une espèce préoccupante. Elle peut même s’avérer bénéfique, puisqu’elle contribue à la décomposition du bois.

Ce portrait de quelques xylophages est très bref et il y en aurait encore beaucoup à dire… peut-être dans le cadre de prochaines chroniques, qui sait! D’ici là, pour les plus curieux, je vous conseille de jeter un coup d’œil à certaines des sources citées dans la section « Pour en savoir plus ».

 

Pour en savoir plus